LA LÈPRE AU JAPON
avec quelques vivres et on les dirige en pleine mer, ils sont ainsi exposés à être noyés ou à mourir d’inanition.
En Chine on croit tellement à l’hérédité de la lèpre qu’on n’admet pas le mariage d’une personne qui compte des lépreux dans sa famille, que si la maladie n’y a pas apparu depuis quatre générations.
Un missionnaire catholique américain a recueilli de larges souscriptions aux Etats-Unis et acquit un îlot situé dans la rivière à 60 milles environ de distance de Canton. Il y construisit des baraques et il attira les lépreux qui y sont logés, nourris et vêtus. Les valides se livrent à des travaux de culture. Un certain nombre de malades se sont présentés et furent reçus dans cet asile; mais la plupart en sont repartis peu après, préférant vivre de mendicité qui les fait obtenir jusqu’à un dollar par jour, et conserver leur liberté. Le gouvernement chinois n’a pas encouragé cette œuvre, en obligeant les lépreux à résider dans cet asile. (Dupuy Anna/es d'hygiène et de médecine coloniales, 1911, n° 2, p. 388).
Il y aurait environ 2000 lépreux dans le Kiang-Si oriental, selon Sauton, où les filles de la charité ont ouvert une léproserie. Il y en aurait 4o 000 dans le Kiang-Si méridional ; 12 000 dans le Yun-Nan; 3o 000 dans le Fokien et le Kouang-Tong. On y rencontre quelques misérables léproseries. L’empereur leur accorde une ou deux piastres par tête et par jour.
Les missionnaires catholiques ont créé une petite léproserie dans l’île de Waïtchaw près Pahhoï (Sauton).
La lèpre au Japon. — Certaines races offrent des aptitudes particulières à contracter telle ou telle maladie bacillaire ; quelques autres, au contraire, douées d’immunité, sont à l’abri de la contagion pour telle affection, pendant que d’autres sont ravagées par le fléau, bien qu’habitant la même contrée.
Dans une communication faite à la conférence de Berlin, le Dr A. S. Ashmead de New-York, ex-directeur de Fhôpital au Japon, insista sur l’aptitude de la populace à contracter les diverses maladies bacillaires. La classe noble, d’origine indienne, est rarement atteinte par la lèpre ; mais elle paye large tribut à la tuberculose ; chez la seconde classe la lèpre est plus fréquente, tandis qu’elle estravagée par la syphilis. Enfin la troisième classe, les Eta, est la proie de la lèpre. Celle-ci, rebut de la société, est d’origine négroïde (Descent and variation of the Bacillus). Ashmead en conclut que l’amélioration de l’exis- Zambaco. Anthologie. 37
tence et l’isolement contribueront à éteindre le foyer actif de la lèpre. Les Ainos n’auraient jamais eu de lépreux. L’auteur fait remarquer que ceux-ci ne mangent jamais de poissons, tandis que le peuple japonais est grand ichtyophage. Il ne suffit pas de placer le cheval devant l’eau , il doit être persuadé de boire. Notre confrère se sert de ce proverbe populaire pour signifier que ce n’est pas assez de cueillir le bacille; il faut que celui-ci rencontre les conditions voulues pour agir. Or, il ne les trouve pas dans la peau blanche des Ainos.
Quoi qu’il en soit, le bacille de la lèpre a perdu son ancienne virulence. D’ailleurs il en est de même pour les autres bacilles. Que l’on compare leurs ravages au moyen âge à leurs méfaits actuels. La civilisation, qui améliore les conditions d’existence des populaces, émousse aussi de plus en plus la virulence des bacilles. Le Dr Hansen ayant manifesté quelque méfiance à propos des paroles du Dr Ashmead, celui-ci s’adressa à Kaneviro Takald, président de la société médicale de Tokio (Japon) Seil Kwai pour avoir son avis. Nous ignorons la réponse obtenue.
Cependant on doit noter que la syphilis a toujours existé au Japon et que l’on y doit aussi l’avoir confondue avec la lèpre, dès la plus haute antiquité; car elle y aurait sévi même à l’âge de pierre, selon Adachi ( Arch . f. Derm. u. Syph., igo3, t. LX1V, fasc. i et 2). (Au musée de Tokio se trouve un tibia hypertrophié dans sa partie médiane et présentant nombre d’aspérités à sa surface. Il appartient chronologiquement à l’âge de pierre; ce sont des stigmates de syphilis. Adachi a conclu que Ridken-Gakudzin et Okamura ont tort de dire que la syphilis fut introduite au Japon de l’occident au xvie siècle (Presse médicale, i4 février 1904).
La population du Japon dépasse 4o millions. Les lépreux y sont très nombreux. Le Dr Baelz, médecin très en renom, pense qu’il y en a 5o 000, et peut-être plus encore.
La lèpre n’est pas considérée comme contagieuse. Le peuple n’éprouve aucune répugnance pour les lépreux et se trouve en relations continuelles et intimes avec ceux qui se logent avec les individus sains, sans la moindre crainte. Les miséreux vivent de mendicité.
Le Dr Sauton écrit que le père Gorre, des missions étrangères, a fondé une léproserie à Kummamoto, province de Nagasaki. Parmi les pensionnaires il y eut plusieurs nobles,