LA LÈPRE AU MEXIQUE
constatèrent que la lèpre sévissait dans la vallée et sur les plateaux y attenants. Hersan Cortès fonda une léproserie sur les rives du lac Texcoco, près de la ville de Mexique. Selon le Dr Juan Miro, à Yucatan, en dehors de l’hérédité, les caip ses invoquées sont discutables. Ce sont surtout les blancs que la lèpre atteint. La contagion est douteuse, et dans tous les cas, pas démontrée par les recherches entreprises à Yucatan. Les cas rares de contagion recueillis qu’on a publiés ont peu de valeur. On n’a jamais observé la contagion entre époux. Et pourtant c’est là qu’il faudrait la constater, dit-il. La lèpre diminue de plus en plus, malgré l’absence de toute loi sur l’isolement. Au lieu de s’attacher à l’hostilité du bacille, il vaudrait bien mieux s’occuper du terrain, de l’organisme, pour le rendre plus résistant à l’offense du microbe ( El miedo à los microbios , Mexico, 1901 ; la peur du bacille, Riquez, professeur de pathologie interne à Vénézuéla, mars 1901). Bref, le Dr Miro reste dans l’incertitude par rapport à la contagiosité qui n’est pas définitivement tranchée, dit-il. De nouvelles études doivent être faites pour éclairer ce sujet (La Question de la lepra, merida de Yucatan).
Notre distingué et regretté confrère, Poncet de Cluny, médecin militaire, professeur au Val-de-Grâce, qui étudia la lèpre au Mexique pendant la néfaste occupation française, après l’installation du malheureux empereur Maximilien, en i863, publia plusieurs mémoires très intéressants sur ce sujet. Il décrit quatre formes : La mutilante Antonio ou nerveuse, la léoninos ou tubéreuse, la lazarinos ou ulcéreuse. Cette dernière est bien plus commune au Mexique qu’ailleurs. Ainsi sur 42 lépreux qu’il observa à l’hôpital de Mexico, 9 étaient tubéreux, 11 lazarins et 17 anesthésiques ( Société de biologie , i4 mars 1881). Il nous a dit aussi, verbalement et par lettre, avoir vu des doigts se détacher chez des lépreux, par le mécanisme de l’Aïnhum. Il nous a assuré avoir rencontré la forme anesthésique ou tropho nerveuse sans qu’elle fut précédée, ni suivie de macules cutanées, fait contraire à ce que Hansen vit en Norvège. C’est l’avis aussi d’un léprologue clinicien renommé du Mexique, le Dr Lucio, qui publia un travail sur la lèpre, en i85i. Il assure que ces éruptions constantes au début de la maladie, à Bergen, sont très rares au Mexique. Le Dr Lucio est anticontagionniste.
Le Dr Poncet a vu la sensibilité persister chez des lépreux
atteints de la forme systématisée nerveuse ou tropho-nerveuse de Danielssen, lors même que la lèpre était très avancée, qu’il y avait des lésions trophiques profondes, des griffes, des rétractions des doigts, des mutilations, des atrophies musculaires des mains très prononcées. Il a maintes fois observé la résorption des phalanges, comme dans la sclérodactylie, chez des lépreux mexicains atteints de la forme nerveuse, avec l’immobilité des traits, la placidité de la face dont la peau tendue ne se ridait pas et imprimait le masque sclérodermique. Les maux perforants des pieds sont fréquents chez les lépreux mexicains et constituent, parfois, avec l’anesthésie, les seules manifestations lépreuses dans les cas atténués ; tandis que, d’habitude, ils coïncident avec les autres symptômes classiques de la lèpre.
Poncet a rencontré aussi, comme manifestation cutanée unique, un large placard pigmenté s’étendant de la nuque jusqu’à la région sacrée, progressivement pâlissant et de chaque côté, jusqu’à l’abdomen. En bon observateur, il a décrit avec détails bien des lépreux dont l’histoire fait la base de ses intéressants travaux. Nous résumons les symptômes les plus remarquables qui diffèrent de ce que l’on voit ailleurs et notamment dans l’orbite où nous observons. Dans la lèpre mutilante ou antonine, à part la mutilation des doigts, des orteils par suppuration et élimination des os, le calcanéum et l’astragale même ont subi ces lésions précédées par une phlyctène et une ulcération qui creusait en profondeur ; les phalanges se sont parfois résorbées et même les os du métacarpe et du tarse, sans suppuration, sans élimination. Cette forme mutilante est souvent accompagnée des symptômes de la lèpre tropho-nerveuse : paralysie d’un côté de la face, lagophtalmie, atrophie musculaire, griffe ; tandis qu’en Orient la lèpre mutilante est souvent pure^sans ces phénomènes de la forme tropho-nerveuse. La cause déterminante, dit Poncet, est le refroidissement ; il faudra dire la cause occasionnelle. Les prodromes (frissons, fièvre, courbature, douleur dans les membres, fourmillements) sont presque constants avant l’apparition des taches et d’autres symptômes de la lèpre. Cependant les macules peuvent manquer. L’anesthésie manquerait aussi parfois et le sens du tact serait seul aboli. Les crevasses profondes, suppurantes pendant des années, sont très fréquentes, ainsi qu’un durcissement corné des téguments pro-