DISCOURS DE BESNIER PRONONCÉ SUR LA LÈPRE
sur sa persistance et ses ravages en Orient. Puis, le remarquable travail du regretté Léloire et mes études persévérantes l’ont mise à l’ordre du jour.
L’éminent dermatologue Besnier, analysant l’ouvrage de Léloire, prononça devant l’Académie un discours qui résuma d’une manière précise l’état de nos connaissances en 1887 sur cette maladie redevenue une question palpitante d’intérêt, même pour l’Europe centrale.
Nous croyons devoir rendre compte du rapport de Besnier qui représente une vraie étape de la question au point de vue de l’érudition et des discussions académiques. Le Dr Le Boy de Méricourt, ancien médecin de la marine, qui étudia la lèpre sur un grand champ d’observation dans les colonies, combattit vigoureusement les doctrines de Besnier, arguant de sa pratique personnelle et de celle de nombreux léprologues coloniaux. Ce fut vraiment une joute académique mémorable qui prit une place d’honneur saillante dans l’histoire de la lèpre.
La lecture du discours de Besnier impose tout d’abord l’approbation des idées du grand dermatologue sur la contagion de la lèpre, formulées, non sur ses études personnelles — car il a vu peu de lépreux et n’eut l’occasion d’observer la maladie dans aucun de ses foyers actifs — mais sur des témoignages recueillis à droite et à gauche, trop facilement et sans les discuter. Mais la critique des faits sur lesquels s’est basé Besnier, faite par Le Boy de Méricourt qui se livra à une enquête rigoureuse en puisant aux sources mêmes, annule toute l’argumentation de son éminent contradicteur, en prouvant que ses informations légendaires étaient erronées et sans valeur.
En analysant ces deux discours aussi savants qu’éloquents, nous dirons avec Montaigne que nous n’avons fourni que le fil pour attacher ces bouquets de fleurs. Le lecteur, en possession de toutes les pièces du procès, sera à même de se former une opinion justifiée.
Après avoir reconnu l’importance de la découverte du bacille spécial par Hansen et Neisser, Besnier mentionne sa ressemblance avec celui de la tuberculose, à cette différence près qu’on ne put jamais l’inoculer aux animaux, comme cela a lieu pour le bacille de Koch. Néanmoins Besnier force les analogies et applique à la lèpre tout ce qui est acquis pour la tuberculose, principalement au point de vue de la contagion.
Plus loin Besnier a le tort, selon nous, d’affirmer qu’il ne s’agit pas de lèpre toutes les fois qu’on n’arrive pas à constater son bacille. Or les faits qui contredisent cette assertion sont extrêmement nombreux et cette opinion ne saurait être soutenue. Il proclame aussi qu’il n’y a pas de lèpre en dehors de ces foyers et que c’est un diagnostic défectueux que celui qui voulut établir la lèpre nostras. Or la lèpre survit en Europe, en France surtout, cela ne saurait être contesté. En dehors des cas atténués, frustres, il y a des lépreux classiques indéniables.
Par contre, en sagace observateur, il admet que la lèpre n’est pas constamment contagieuse et que certaines régions sont plus favorables que d’autres à la germination de son agent. Besnier soutint la même opinion à la Conférence de Berlin de 1896. « Certains climats, certaines régions présentent une aptitude particulière à la germination de l’agent lépreux, pendant que d’autres semblent réfractaires. » Après avoir signalé la difficulté de diagnostic et la confusion avec la syphilose, la scrofulose et diverses tropho-névroses, par les non-initiés aux finesses différentielles, et même avec certaines affections cutanées vulgaires, Besnier admet qu’un conjoint lépreux ne contamine pas l’autre; et il explique la lèpre conceptionnelle avec immunité de la femme, comme pour la syphilis, par la loi de Colles. A ce propos j’objecterai que les femmes de certains lépreux qui n’ont jamais conçu sont néanmoins restées indemnes. Or la loi de Colles ne leur est pas applicable, et je n’ai jamais vu un conjoint contagionner l’autre. Il avoue ne pas connaître d’exemple de transmission de la lèpre d’un des nombreux lépreux ambulants, circulant de tout temps avec entière liberté, à un habitant de Paris. Ceslépreux étrangers, au nombre de plus de 200, à tous les degrés de la lèpre même ouverte, reçus à l’hôpital Saint-Louis, dans les salles communes, n’ont offert, ni à lui, ni à aucun de ses collègues un seul exemple de transmission. J’ajouterai à cette déclaration faite en 1887 que personne n’a constaté non plus depuis cette date un seul exemple de contagion. Ce fait incontestable avait tant soit peu ébranlé, à la fin, les croyances contagionnistes de notre éminent et regretté collègue et ami.
Besnier ne fait jouer qu’un rôle presque insignifiant à l’hérédité et dit avoir vainement cherché l’exemple d’un enfant de lépreux, né sain qui, enlevé à sa mère et à son pays aussitôt