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DISCOURS DE BESNIER PRONONCÉ SUR LA LÈPRE

après la naissance, fût devenu lépreux. Or de tels exemples confirmatifs de l’hérédité ont été observés, depuis, par les Drs Zaférino Falcao, à Lisbonne, par Magalhaës, de Rio Janeiro et par nous.

Zappelius, Landouzy, Bassy, Samson, Marfan ont montré que des enfants de phtisiques, éloignés de leurs familles dès leur naissance, ont présenté une aptitude désolante à devenir tuberculeux.

Besnier s’était basé sur les paroles de Danielssen et Boeck savoir « qu’il est rare de voir apparaître la lèpre avant la troisième ou la cinquième année ». Néanmoins ces auteurs ont rapporté que des parents ont affirmé que leurs enfants étaient venus au monde avec des taches et des stigmates de la lèpre. Cet argument a perdu aussi toute sa valeur, puisque nous avons publié de tels faits qui furent reproduits en chromolithographie dans notre livre Les lépreux ambulants de Constantinople. Besnier appelle l’hérédité hérédo-contagion. « Ce ne serait qu’une contagion iri utero comme la variole contractée par le fœtus, lorsque la mère en est atteinte. Ce serait une transmission faite de toutes pièces des générateurs au produit d’un élément spécifique extrinsèque introduit par la voie séminale ou plus certainement par la circulation utéroplacentaire. » C’est dire que le bacille de la lèpre a été transmis par le spermatozoïde ou par l’ovule à l’embryon. Cette explication très ingénieuse pourrait peut-être s’appliquer à la variole, dans l’inoculation rapide par la circulation commune de la mère et du fœtus. Mais elle e^t inacceptable pour la lèpre qui apparaît 5, 10 ou 20 ans après la naissance. Et, lorsque l’hérédité saute une ou deux générations, les intercalaires demeurant sains? Où donc a pu se réfugier ce germe en épiant le moment favorable pour faire son apparition ? Il est bien plus rationnel d’admettre, croyons-nous, pour toutes les maladies héréditaires, en général: i° la transmission du germe, du bacille, en nature ; 20 celle d’une aptitude, du terrain à contracter la maladie des géniteurs, les circonstances ambiantes aidant (Landouzy). C’est la transmission, selon Virchow, de la prédispotion à contracter la maladie. Enfin Besnier admet, dans son beau discours, que les conditions extrinsèques, principalement les défauts d’hygiène, favorisent la propagation de la lèpre. Nous sommes absolument de son avis sur ce point.

Ce magnifique exposé de Besnier sur l’état de la science

concernant la lèpre, il y a 25 ans, est passible de plusieurs objections à l’heure qu’il est. Ainsi dans son enthousiasme légitime pour les nouvelles découvertes, il affirme que « dans toutes les espèces, formes et variétés de la lèpre, sans exception, on constate le bacille de la lèpre et qu’on n’est pas autorisé à poser le diagnostic de lèpre sans cette constatation ». Or il fut prouvé, depuis, que le bacille de Hansen manque d’une manière constante dans la lèpre mutilante pure, fréquente dans la tropho-nerveuse et la maculeuse, principalement à certaines périodes et quelquefois, bien que rarement, dans la forme tubéreuse même. Enfin on ne le voit jamais dans les formes atténuées ou frustres. C’est que la science a marché depuis 1887. Des observateurs méticuleux ont prouvé le fait en se basant sur les plus minutieuses recherches bactériologiques. Or l’axiome pas de bacille pas de lèpre induit en erreur. La clinique pose ce diagnostic, même en l’absence du bacille qui peut paraître plus tard, après des mois ou des années. Le nombre de tels faits est considérable. Est-ce que la même chose n’a pas lieu pour la tuberculose? Besnier a dit aussi que la lèpre est l’aînée de la syphilis et que les textes l’ont convaincu de l’antiquité de l’une et de la modernité de l’autre. Cependant il est démontré aujourd’hui que toutes les deux sont antiques et contemporaines; mais la syphilis ayant été ignorée, ses victimes étaient considérées comme atteintes de lèpre. Besnier fut un grand défenseur de la contagion, bien qu’avec certaines restrictions, sans en avoir vu, lui-même, un seul cas probant. Dans la défense ardente de son opinion, il admet trop facilement les observations incomplètes, tronquées, douteuses, publiées par les premiers venus, au lieu de les passer au crible d’une critique sévère, lors même qu’elles tiennent du prodige, comme le fait du petit Chinois, Ahia, qui infecta les îles de Sandwich, en i85o, si rapidement qu’il mit en émoi tout le monde. Le Roy de Méricourt n’a pas eu de peine à démontrer dans son argumentation, que la lèpre sévissait déjà depuis bien longtemps chez les naturels de ces îles. De même il est regrettable que cet esprit d’élite ait fait fond sur la légende du Dr Gairdner, de Glascow, dont j’ai déjà prouvé l’inanité1.

1. Je résumerai ce cas dont Besnier a eu tort de se servir pour plaider en faveur de la contagion : un médecin d’une île des tropiques vaccina son enfant avec du vac-

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Un antre fait mal interprété et dont s’est servi notre bien regretté ami et collègue, est celui du condamné à mort Kéanu qui eut la vie sauve pour avoir consenti à se laisser inoculer par le Dr Arning avec de la matière prise sur un lépreux. Kéanu devint plus tard lépreux et ce fut le triomphe des contagionnistes. Mais ce triomphe fut éphémère, car le médecin qui succéda au Dr Arning, à Sandwich, se livra à une enquête minutieuse qui démontra que plusieurs membres de la famille de Kéanu étaient lépreux. Or la lèpre existait dans sa lignée. Elle est très commune et endémique à Sandwich. Cette observation est donc frappée de nullité; et d’autant plus que plusieurs léprologues, parmi lesquels le Dr Arning lui-même, ont vacciné avec du vaccin pris sur des lépreux, sans transmettre la lèpre. Devons-nous ajouter qu’un léprologue éminent qu’on ne saurait accuser d’erreur, ni de mauvaise foi, le Dr Danielssen, a vainement cherché d’inoculer la lèpre à luimême et à plus de vingt sujets?

Discours de Le Roy de Méricourt. — Le Dr Le Roy de Méricourt, membre de l’Académie, combattit en mai 1888 plusieurs assertions de son collègue, le Dr Besnier, principalement la contagiosité de la lèpre, et son refus d’admettre l’hérédité, comme cause principale de sa propagation. Ancien médecin en chef de la marine, il eut l’occasion d’étudier la lèpre dans les colonies ; il fut directeur de plusieurs léproseries et publia plusieurs mémoires de grande valeur dans les Annales de médecine de la Marine. A part son expérience personnelle, pour mieux défendre ses convictions, il s’adressa à plusieurs léprologues émérites, Français et Anglais, qui ont étudié la lèpre dans les localités où elle sévit dans toute son activité. Pour se munir de tous ces documents corroborants, il n’a pu répondre au Dr Besnier que sept mois plus tard. Il a fallu puiser à toutes les sources pour se mettre en état de discuter avec efficacité l’éloquent et captivant discours de son collègue, qui avait produit une immense impression sur le corps médical.

cin puisé sur un enfant non lépreux alors, mais qui le devint plus tard ; puis prenant du vaccin de son enfant à lui, il vaccina l’enfant d’un capitaine écossais. Plus tard l’enfant du docteur et celui du capitaine devinrent lépreux. Ainsi la lèpre larvée chez le tout premier enfant aurait été communiquée chez les deux autres. Notons que ce fait s’est passé dans une île où la lèpre est endémique et ce qui plus est, le D1' Gairdner dit qu’il n’avait pas été prouvé que le premier vaccinifère devint réellement lépreux ! Et voilà que notre judicieux Besnier se base sur ce fait pour soutenir que la lèpre peut se transmettre par la vaccination !

Le Dr de Méricourt, sans se préoccuper des théories et faisant peu de cas de la science naissante, de la bactériologie, se borna à étudier la lèpre en clinicien, conformément au principe de Baglivi Ars tola in observationibns. Parmi ses correspondants, on doit citer surtout deux grandes autorités en la matière : Sir J. Fayrer, correspondantde l’Académie de Médecine de Paris, président du Conseil de santé du Ministère des Indes (où l’on évaluait le nombre de lépreux en 1886, à plus de i3oooo) et Van Leent, inspecteur général du service de santé de la marine royale néerlandaise, également bien qualifié pour apporter un précieux témoignage, vu les ravages déterminés par la lèpre dans toutes les colonies de la Hollande ! Nous devons faire remarquer tout d’abord que les deux discours, également remarquables, celui de Besnier et de Méricourt, se complètent l’un par l’autre, pour parfaire l’état de la science sur la lèpre en 1888, bien que soutenant des thèses opposées. Celui de Méricourt reflète l’ancienne médecine, basée uniquement sur la clinique, c’est-à-dire sur l’étude des malades. Tandis que celui de Besnier, imbu de la nouvelle, embrasse surtout et fait siennes les belles découvertes pastoriennes, auxquelles il sacrifie par trop la médecine séculaire édifiée par tant de sagaces cliniciens passés. Pour nous, on doit allier dans une sage mesure toutes les deux. Mais toutes les fois qu’il y a discordance entre la théorie et la clinique, c’est à cette dernière à dicter la loi dans l’art de soigner les malades. Néanmoins on doit entendre avec un égal scrupule les deux cloches Audiater ed altéra pars sans préjuger la question.

La tuberculose et la lèprose offrent bien des points de ressemblance ; mais on ne saurait conclure strictement de l’une à l’autre et appliquer à celle-ci ce qui fut prouvé pour la première. Comparaison n’est pas raison. Malgré la ressemblance des deux bacilles, celui de Koch et celui de Hansen, on ne saurait identifier leur manière d’agir, et, de ce que la tuberculose est très souvent contagieuse, en conclure qu’il doit en être de même de la léprose. Ainsi sans aller plus loin, le bacille de Koch est cultivable et inoculable aux animaux ; tandis que ces deux qualités essentielles manquent absolument au bacille de Hansen. Leroy de Méricourt a produit des documents irréfutables contre l’excessive contagiosité de la lèpre, il se prévaut d’abord de l’opinion d’Alibert et de tous les éminents dermatologues qui lui succédèrent à l’hôpital Saint-

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Louis: Bazin, Devergie, Cazenave, Gibert, Hardy... qui ont toujours reçu et gardé fort longtemps des lépreux dans les salles communes, sans avoir jamais vu un seul cas de contagion aux autres malades. J’ajouterai que les successeurs de ces éminents médecins ont continué les mêmes libéralités aux nombreux lépreux reçus à Saint-Louis, sans qu’aucun malade, aucune personne de service fût contaminée. Besnier en fit autant, sans la moindre prophylaxie et il avoua lui-même que pendant les 26 ans qu’il a passés à l’hôpital Saint-Louis, il n’a été témoin d’aucun cas de contagion.

Leroy de Méricourt se base aussi sur l’opinion des deux éminents léprologues Scandinaves, Danielssen et Boeck, et sur celle de l’illustre Virchow qui étudia longuement la lèpre. Les léprologues norvégiens ont suivi pendant 3o ans des lépreux qui habitaient avec d’autres malades, sans contamination. Il en fut de même dans les nombreux ménages dont un seul conjoint était lépreux. Enfin ils ont inoculé vingt fois des parcelles de tubercules, du pus, du sang de lépreux à des individus sains, et les résultats ont toujours été négatifs. Toutes ces évidences ne pèsent guère dans la balance des intransigeants contagionnistes qui prétendent faire de la science exclusivement avec leur myopie personnelle.

En 1862, le Royal medical college of Physicians adressa, par le sous-secrétaire d’Etat pour les colonies anglaises, un questionnaire à tous les médecins ou comités médicaux des possessions anglaises d’outre-mer; et l’illustre compagnie, se basant sur les rapports qui lui parvinrent de toutes parts, formula les conclusions suivantes : i° d’un accord presque unanime, la lèpre est considérée souvent comme héréditaire ; 20 la conviction presque unanime des observateurs les plus expérimentés des différentes parties du monde est entièrement opposée à la croyance que la lèpre est contagieuse. Les mêmes conclusions ont été plus tard formulées par le Dr Gavius Milrop, membre du collège royal, envoyé aux Indes Occidentales.

En 1867, une nouvelle enquête sur la lèpre fut organisée dans toutes les colonies britanniques. La commission déclara que tous les documents provenant de diverses sources établissent la non-contagiosité de la lèpre, et qu’il n’y a pas lieu de prendre des mesures d’internement forcé des lépreux.

En 1872, le duc d’Argyle fit faire une enquête dans l’Inde britannique par deux éminents dermatologues: les Drs Til-

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bury Fox et T. Farquhar qui adressèrent un questionnaire à tous les médecins des localités lépreuses. La conclusions tirée de toutes les réponses, conforme à l’expérience personnelle de ces deux sommités, fut que la lèpre ne se transmet pas par contagion.

En 1876, les Drs T. Fox, Farquhar et van Dick Carter publièrent un mémoire dans lequel ils disent : « Le Dr Hansen de Bergen affirme que la lèpre se propage principalement par la contagion. Dans le rapport que nous avons rédigé, cette opinion est pleinement démentie... il n’y a aucune raison pour que les lépreux ne soient pas admis dans nos hôpitaux généraux. Il n’y a jamais eu en Angleterre de fâcheux résultats de cette manière d’agir. »

En 1876, les Drs Lewis et Canningham ont imprimé à Calcutta, par ordre du gouvernement, un rapport dans lequel il est dit : « La lèpre existe dans l’Inde au moins depuis trois mille ans. On estime qu’il y a 54 lépreux par 100000 habitants. L’asile d’Almora contenait alors, en 1876, 2 1 1 malades ; un seul cas pouvait, à la rigueur, être attribué à la contagion. Il n’y a pas eu d’exemple qu’un infirmier ou employé en relation avec les lépreux gagnât la maladie. L’hérédité, au contraire, est une cause évidente de transmission. La maladie a une tendance à suivre la ligne maternelle descendante. L’internement forcé n’est ni pratique, ni efficace pour arrêter l’extension de la lèpre. »

En 1887, le Dr R. de Méricourt s’adressa directement au Dr Cunningham pour savoir si ses idées s’étaient modifiées depuis la publication de leur rapport dans les annales de la Commission sanitaire du gouvernement de l’Inde, en 1875- 1876. Il lui fut répondu que la transmission ne pouvait être déterminée par la contagion ; mais elle dépend de l’hérédité et des conditions locales.

Le Dr Mac Connel, professeur de pathologie et médecin résident au collège médical et à l’hôpital de Calcutta depuis dix ans, a écrit au Dr R. de Méricourt en novembre 1887, ((je me suis occupé de la lèpre; j’ai été chargé par le gouvernement de Bengale en 1875-1876, de son traitement par l’huile de gurjun. J’ai cherché dans les commémoratifs l’origine de la maladie. Je n’ai pas le souvenir d’un seul cas qui puisse démontrer d’une manière évidente qu’elle fût le résultat d’une contagion directe: il m’est impossible d’admettre la contagio-

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sité de la lèpre. Je suis convaincu qu’elle se propage par le mariage et par hérédité.

En septembre 1887, le Dr Beeven Rake, surintendant médical de la léproserie de la Trinité, écrivait dans le British medical: « Personne ne sait encore ce que nous donnera la bactériologie dans l’avenir. Mais je pense, pour le présent que peu de personnes admettent dès maintenant, qu’il ne reste plus aucun doute sur la contagiosité de la lèpre. »

Le ier novembre 1887, le Dr Fayrer écrivit au Dr L. de Méricourt: « Le travail de Bernier lu à l’Académie est magnifique... l’auteur est convaincu delà contagiosité. Mais j’ai vu un grand nombreux de lépreux ; j’ai fait beaucoup de recherches et je n’ai jamais pu parvenir à acquérir la conviction que la lèpre fût contagieuse. Je suis arrivé plutôt à la croyance contraire, et cette opinion est partagée par beaucoup d’autres médecins. Je crains que l’exagération de la théorie de contagion ne soit destinée à faire plus de mal que de bien et ne conduise au retour des idées d’autrefois qui condamnaient les lépreux à des tortures aussi horribles que la maladie ellemême. »

La Japon est très éprouvé par la lèpre ; le peuple est misérable et bien sale. Le Pr Baelz, médecin très estimé, déclare que la lèpre n’est pas contagieuse, pas même au plus faible degré. J'ai toujours eu, dit-il, dans mes salles d’hôpital des lépreux mêlés aux autres malades. Aucun procédé de désinfection ne fut jamais mis en pratique, il n’y a jamais eu de contamination. Un docteur indigène de Tokio reçoit et traite dans sa famille des lépreux comme pensionnaires. Cette maison de santé spéciale, située au centre de la ville, date de cent ans; trois générations médicales s’y sont succédées. On y a traité des milliers de lépreux. Jamais on n’y vit un cas de contagion.

Arrivons maintenant aux îles de Hawaï ou Sandwich où l’excessive contagiosité aurait occasionné de terribles ravages d’une manière si rapide que l’univers en fut terrorisé. C’est là la plus grande arme entre les mains des contagionnistes excessifs.

En février 1 885, Gibson, ministre des Affaires étrangères et président du comité de santé du gouvernement Hawaïen, adressa un questionnaire relatif à la lèpre au secrétaire des Indes anglaises, au secrétaire de Ceylan et à tous les agents

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diplomatiques et consulaires du gouvernement dans les parties du monde où la lèpre existe. Les résultats de cette enquête furent publiés à Honolulu en 1886, sous le titre de Leprosy in foreing countries. Les médecins non contagionnistes sont en grande majorité. Les contagionnistes admettent surtout la transmission sexuelle. Le Dr Besnier soutint l’accusation contre le Chinois qui infecta Sandwich où l’on aurait vu la lèpre se propager d’une manière si rapide qu’inconnue auparavant elle aurait infecté, dans l’espace d’une trentaine d’années, presque le quart de la population! Cependant il n’ose pas rejeter absolument l’idée que la maladie avait préexisté. Seulement il attribue l’épouvantable épidémie à cette nouvelle importation par le Chinois.

Cependant Fernander établit que la race polynésienne était originaire de la Péninsule indienne, premier foyer de la lèpre, d’où elle a envahi tout l’univers. De plus, en 1823, bien avant le débarquement du Chinois accusé d’avoir introduit la lèpre aux îles Hawaï, le R. Charles Stewart écrivit dans ses notes : la majorité des habitants sont défigurés par des éruptions de la peau et des ulcères. Ils sont aussi hideux que des lépreux. Le Dr Mouritz, directeur de la léproserie de Molokaï, bien que contagionniste, fit lui-même ces curieux extraits du journal de Stewart et les consigna dans son rapport au gouvernement hawaïen, en février 1886. Et il admet qu'il s’agit bien de l’éléphantiasis des Grecs, c’est-à-dire de la vraie lèpre, dès 1823. En 1819 la lèpre avait déjà été constatée par Auoy. Elle y régnait on ne sait depuis quand; probablement dès la plus haute antiquité, comme aux Indes, dans toute l’Asie et en Afrique. Or le Dr Hillibrand propagea une erreur en soutenant la légende du petit Chinois. On appelle la lèpre aux îles Sandwich, le mal chinois ; comme on a appelé et l’on appelle encore la syphilis mal français, bien qu’il fût prouvé que la maladie sévissait en Campanie (ancien nom de Naples), bien avant le xve siècle, c’est-à-dire la guerre de Charles VIII, et le retour en Europe de Christophe Colomb {Antiquité de la syphilis par Zambaco, Masson).

Le Ministre résident des États-Unis, général James Comby, demanda officiellement au gouvernement hawaïen à quelle époque la lèpre fit son apparition aux îles Sandwich ; et le gouvernement répondit par l’organe de John Grew, en septembre 1878 : « D’après les informations les plus précises,

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cette maladie a existé de tout temps parmi les indigènes de ces îles. Les plus anciennes traditions en font mention. Elle n'a pas été introduite par le Chinois comme le prétendent quelques uns. Aucun Chinois, ayant la lèpre, n’aurait débarqué dans ces îles. » Une publication officielle du gouvernement hawaïen, sous le titre de Leprosy in foreing countries rapporte textuellement ce qui est plus haut mentionné et coupe court à la discussion. Voilà donc avec quelle légèreté on bâcle l’histoire, même en fait de science.

Le Dr Varigny, né à Honolulu et dont le père y fut ministre des Affaires étrangères, avait publié un intéressant travail sur la question dans la Revue scientifique. Interrogé directement par le Dr Le Roy de Méricourt, il lui répondit en novembre 1887: « Je crois que les premiers cas de lèpre ont été observés sur des lascars (travailleurs indiens). Le fléau s’attaque surtout aux indigènes et épargne relativement les blancs et même les Chinois. L’importation des Chinois pour les plantations de la canne à sucre, date du 23 septembre i855. Mais la lèpre sévissait déjà et l’on ne saurait l’attribuer à leur arrivée. En 1866, on établit une léproserie à Molokaï. Les blancs qui y vivent (médecins, gardiens, sœurs) en sont presque tous exempts. »

Depuis 1866 jusqu’à la fin de 1 885, on reçut dans cette léproserie 3 100 lépreux dont trois mille Hawaïens, 70 Métis, 22 Chinois, 4 blancs et 5 de nationalités ayant des lépreux. La syphilis est très commune aux îles de Sandwich, et certes elle y est confondue avec la lèpre, comme partout. De Méricourt réfute aussi le cas de Gaidner de Glascow, sur lequel nous avons suffisamment insisté.

Le Dr Méricourt admet l’hérédité qu’il ne considère pas comme fatale, ainsi que nous. Le Dr Van Heent des Indes néerlandaises lui accorde aussi une part prépondérante dans la transmission de la maladie qui peut sauter une génération.

Nous sommes absolument de l’avis du Dr L. de Méricourt lorsqu’il dit que tout demeure encore obscur dans l’étiologie de la lèpre. Il y a 25 ans passés depuis la mémorable discussion académique et, malgré les immenses progrès de la bactériologie, la question en est toujours au même point. Il y a contraste entre les léprologues ; les uns citent quelques cas de propagation autour des lépreux, les autres n’en ont jamais vu. Il y a des immunités surprenantes, tant pour les indivi-

Zambaco. Anthologie. 4o

dus que pour certaines localités. Ainsi aux îles de Sandwich depuis i856 jusqu’à 1887, il n’y a eu que i4 lépreux de nationalités diverses, après un long séjour dans le pays ; tandis que les indigènes ont une grande aptitude à contracter la maladie. Ce qui paraît dépendre de la nourriture et de l’hygiène. Nous ajouterons qu’il est probable que l’hérédité y joue aussi un grand rôle parmi les indigènes. Le Dr Leroy de Méricourt poursuit : A Geylan, aucune des personnes qui soignent les lépreux, pas même la lavandière ne contracta la lèpre. Il en est de même de la léproserie d’Almora (Inde). A la léproserie de Tracadie, selon le Dr Bayard, les enfants de lépreuses, allaités même par leurs mères ne deviennent pas lépreux. Au Canada, selon le Dr Taché, on enferma dans la léproserie de Tracadie, par erreur de diagnostic, des individus non lépreux, pendant des années; ils n’ont pas gagné la maladie. Aux Antilles, à l’île de Réunion, à Pondichéry, en Indo-Chine, en Annam, il y a parfois de grands abus dans la séquestration : des paresseux, des infirmes... sont placés dans les léproseries sous la fausse accusation de lèpre ; tandis que d’autre part, bien des familles conservent et soignent leurs lépreux. On n’a jamais observé la contamination. Nous aussi nous avons observé des cas absolument pareils dans divers asiles d’Orient.

Le Dr Leroy de Méricourt cita une erreur de diagnostic du Dr Schilling, contagionniste effréné, qui prétendait que la lèpre se communiquait presque fatalement par le coït. Ce qui est une hérésie pour tous ceux qui ont longuement étudié la lèpre dans ses foyers les plus actifs : il accusa un médecin d’être suspect de lèpre. La famille le fit séquestrer. Il mourut dans l’asile sans que la lèpre fut déclarée ! et dire que les paroles de ce médecin sont des axiomes pour quelques auteurs !

A Java, à Sumatra, à Bornéo, Célèbes et Timor, les Arabes seuls sont atteints. Ils se marient entre eux; ils ne se croisent pas avec les autres éléments de la population. Leroy de Méricourt en conclut en faveur de l’hérédité et contre la contagion.

Or ce beau discours si riche en documents cliniques est dirigé surtout contre la contagiosité; il est favorable à l’hérédité.

Tout en applaudissant à cet éloquent plaidoyer, conforme à nos études personnelles, nous ferons remarquer qu’il n’explique pas comment les colons et les militaires européens, ayant vécu pendant quelques années dans les colonies où domine

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