RAPPORT SUR UN LÉPREUX BRÉSILIEN MORT A PARIS
la lèpre, en furent atteints. On est porté à admettre, jusqu’à nouvel ordre, que c’est par contagion, dans des conditions climatériques spéciales, impénétrables. La bactériologie ne nous a pas encore éclairés sur le modus faciendi. Ce beau discours restera dans les archives de la léprologie avec tous les honneurs dus à l’observation de faits cliniques documentaires. On est en droit d’en inférer que le laboratoire ne saurait infirmer les faits cliniques ; bien qu’il soit appelé à fournir son contingent dans la recherche de la vérité scientifique. Il peut éclairer la clinique sans prétendre lui imposer ses théories, et principalement lorsqu’elles sont en contradiction avec les faits bien observés.
Les deux éloquentes plaidoiries de Besnier et de Leroy de Méricourt, l’une en faveur et l’autre contre la contagion delà lèpre ont pris rang dans les archives de la science. En les lisant on est suffisamment éclairé pour se former une opinion motivée.
Rapport sur un lépreux brésilien mort à Paris, par le Pr Proust. —
En 1832, le Préfet de police de la ville de Paris chargea le Dr Proust, professeur d’Hygiène à la Faculté de Médecine de Paris, membre du Conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, de faire un rapport sur un cas de mort par la lèpre, survenu le 24 février à l’hôpital Saint-Louis. C’était à la suite du savant et éloquent mémoire communiqué à l’Académie de Médecine de Paris, le 11 octobre 1887, par l’éminent dermatologue, le Dr Besnier dont la conclusion était que la lèpre est très contagieuse et qu'il y avait lieu de prendre des mesures pour prévenir l’envahissement par le fléau qui ravagea si terriblement la France et toute l’Europe, pendant le moyen âge.
Ce rapport du Pr Proust fut adopté parle Conseil d’hygiène et de salubrité, avant d’être présenté au Préfet; c’était quatre ans avant la conférence sur la lèpre tenue à Berlin. Il est toujours de toute actualité. Le Pr Proust se mit, préalablement, en rapport avec les médecins de l’hôpital Saint-Louis pour être suffisamment renseigné sur le cas dont il s’agissait, en même temps qu’il a recherché si la présence de lépreux dans les salles communes de l’établissement — où il s’en trouve toujours quelques-uns, étrangers ou Français ayant contracté la lèpre dans les colqnies pendant leur séjour, comme soldats ou colons — ne constitue pas un danger permanent de transmission
6a8 LA LÈPRE A TRAVERS LES SIÈCLES ET LES CONTRÉES
de cette affection, et s’il n’y aurait pas lieu de créer un service d’isolement pour les sujets qui en sont atteints.
Le lépreux qui occasionna ce rapport était un Portugais qui avait habité le Brésil où la lèpre règne toujours, comme d’ailleurs dans son pays natal, le Portugal. Ce malade, lépreux depuis 18 ans, vint à Paris en octobre 1891. En janvier, il eut une gangrène du pied droit qui l’obligea d’entrer à l’hôpital Saint-Louis, le 10 février. Il était atteint de lèpre tubéreuse; il avait eu aussi, autrefois, la syphilis; il succomba à la gangrène, le 26 février de la même année, et fut autopsié par le Dr Jeanselme. On désinfecta les couvertures, la capote, le linge et l’on a peint à neuf la chambre que le malade avait habitée. D’ailleurs on procédait toujours de la même façon toutes les fois qu’un lépreux quittait l’une des chambres payantes du pavillon Gabriel. Mais pour les lépreux admis dans les salles communes, on se bornait à désinfecter les rideaux de lit, les draps et les couvertures. Les lits étaient lavés avec la solution de sublimé.
Le Dr Proust demande d’abord si ses mesures sont suffisantes pour donner toute sécurité relativement à la transmission possible de la lèpre, soit aux autres malades, soit aux infirmiers et aux religieuses ? (Nous pouvons répondre à cette question par un non expressif, si la lèpre était réellement contagieuse à Paris).
Le D1 Proust continue: Il ny a pas eu jusqu’ici de cas de contagion dans cet hôpital, non plus d’ailleurs qu’en aucun point de la France , sauf les Alpes maritimes ; mais ne doit-on pas craindre qu’il en survienne?
Ici, si l’on me permet, je ferai quelques remarques au savant rapporteur. D’abord, nos connaissances sur l’antisepsie et l’asepsie ne datent que d’hier, et depuis Alibert, les Cazenave, Bazin, Hardy, Devergie, Gibert, c’est-à-dire depuis un siècle, sans remonter plus loin, les lépreux sont hospitalisés dans les salles communes de Saint-Louis, dans la plus grande promiscuité avec les autres malades, et jamais il n’y a eu contamination. Ce ne sont donc pas ces mesures illusoires d’asepsie qui ont empêché la contagion. Puis enfin je ferai remarquer aussi qu’aucun cas certain, prouvé, de transmission de la lèpre n’eut lieu dans les Alpes maritimes. Gela dit, reprenons la suite du rapport du Pr Proust.
« L’agglomération des lépreux à Saint-Louis ne peut être