RAPPORT SUR UN LÉPREUX BRÉSILIEN MORT A PARIS
considérée comme tout à fait négligeable. Il y a actuellement six lépreux dans le service de M. Hallopeau, un dans celui de M. Besnier, un dans celui de M. Tenesson. Ils ont tous, soit en permanence, soit par intervalles des ulcères dont les produits semblent devoir être facilement inoculables. Les mesures de propreté prises à l’hôpital suffisent-elles pour garantir contre toute possibilité de contagion ? Les médecins de l’hôpital Saint-Louis ont émis des opinions diverses. Interrogés sur la nécessité de créer un service d’isolement pour les lépreux, deux ont répondu négativement, deux autres ont reconnu l’utilité de cette création bien qu’ils redoutent peu la possibilité d'une transmission. (Que signifie cette réponse de Pithie dépourvue de toute clarté scientifique ?) Deux enfin s’en sont déclarés partisans résolus.
Voici les arguments invoqués de part et d’autre :
« A. Il n’y a pas lieu de créer un service d’isolement pour les lépreux, bien que la transmissibilité de la lèpre est mise en évidence par le résultat positif de l’inoculation pratiquée par le Dr Arning et par le fait d’Hawtrey Benson ; on ne connaît jusqu’ici aucun cas de contamination survenu en France, sauf dans les Alpes maritimes. La maladie ne peut être transmise que par inoculation. (Je dirai, par parenthèse, que le Dr Arning lui-même a plus tard contesté la validité de son observation. Car le condamné à mort (Kénétu) qu’il avait inoculé, appartenait à une famille de lépreux et que Danielssen, Zambaco et d’autres ont fait des inoculations qui toutes ont donné des résultats négatifs. Quant au cas d’Hawtrey Benson, nous avons prouvé ailleurs que sa valeur est nulle.)
« Il est donc facile, poursuit le Pr Proust, d’éviter l’infection. La lèpre est moins transmissible que la syphilis. Faudrait-il créer des services d’isolement pour les syphilitiques ? La transmissibilité de la lèpre est si exceptionnelle que des observateurs tels que Danielssen, Boeck, Virchow, Zambaco, Leroy de Méricourt et bien d’autres ont pu la révoquer en doute. A part la promiscuité, peut-être faut-il invoquer l’influence de la race et du climat. Quoi qu'il en soit, il semble exister pour la France, comme pour toute l’Europe centrale, une immunité à l’égard de la lèpre. Les mesures d’isolement seraient donc inutilement vexatoires. Il n'y a pas lieu de créer à Saint-Louis un service spécial pour les lépreux .
« B. Les partisans de l’isolement disent que l’on connaît
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imparfaitement les conditions de transmission de la lèpre. Estil démontré qu’il n’y ait pas d’autres modes d’infection que par inoculation ? On invoque les piqûres de moustiques ; comment s’expliquer que le personnel de l’hôpital des Sandwich serait infecté et comment nos religieuses seraient revenues contaminées ? On ne peut invoquer une immunité créée par nos climats, car on observe la lèpre sous toutes les latitudes, et l’on sait les ravages qu’elle a faits dans nos contrées, lorsqu’elle y a été importée au moyen âge par les Croisés revenant d’Orient. »
Je ferai remarquer que ces éminents confrères commettent ici deux erreurs : La lèpre existait en Europe qu’elle ravageait d’une manière terrible, bien avant la première Croisade. Puis les Croisés étaient bien plus syphilitiques que lépreux.
M. Hallopeau, notre éminent ami, reste toujours le protagoniste léprophobe. Malgré tous ces arguments des contagionnistes, le Pr Proust ne s’est pas laissé convaincre et il conclut de la manière suivante qui est une fin de non recevoir très académique. « 11 serait urgent de créera Saint-Louis un service d’isolement et quand les affections plus susceptibles de se transmettre que la lèpre en seront pourvues, on pourra songer à organiser un service d’isolement pour cette affection. »
Vingt ans se sont écoulés depuis la rédaction de ce rapport. Les lépreux ont continué à affluer à Paris, où il y en a, bon an mal an, plus de deux cents, chiffre admis par les contagionnistes. Ces lépreux circulent partout en toute liberté, malgré la désolation et les cris de paon jetés continuellement par Messieurs les contagionnistes, et nous attendons toujours la justification de leurs lamentations par un exemple de contagion qui serait bien plus éloquent et démonstratif que les plus belles théories du monde. Cependant MM. Hallopeau et son élève Jeanselme persévèrent toujours dans les mêmes errements. Voici comment s’est exprimé ce dernier, le 29 janvier 191 1, à la Société de Médecine et d’Hygiène tropicales : Le Dr Hostalrich cite le cas d’une indigène de Sadec atteinte de lèpre nerveuse depuis dix ans qui n’a pas contaminé son mari avec lequel elle n’a cessé d’avoir des rapports, ni son fils qui vit avec elle ; il tire argument de ce fait et de plusieurs autres qu’il a rapporlés antérieurement, pour soutenir que dans certaines régions de l’Indo-Chine la contagion de la lèpre est assez rare. Le Dr Jeanselme a vu plusieurs faits pareils; mais
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il leur refuse toute valeur. Est-il nécessaire pour qu’une maladie chronique soit réputée contagieuse qu’elle se propage à coup sûr dans le milieu familial ? De ce que le mari d’une phtisique vit 20 ans à ses côtés, sans le contaminer, peut-on nier la transmission de la tuberculose? Je répondrai à mon distingué collègue de la Société de médecine tropique, que les cas de transmission de la tuberculose à l’autre conjoint sont fréquents, bien qu’on en ait encore exagéré le nombre, tandis que les léprologues n’ont jamais vu un tel fait dans la lèpre, en commençant par lui-même.
Le Dr Jeanselme admet, « comme dans la tuberculose, la transmission lorsque la lèpre est ouverte. Un malade qui émet par sa muqueuse nasale ou par ses tubercules ulcérés des myriades de bacilles de Hansen, doit être, jusqu’à plus ample informé, tenu pour nuisible et isolé, si possible. A l’heure actuelle où la contagion fait d’innombrables victimes dans nos colonies, il paraît inopportun d’émettre une opinion sur laquelle les pouvoirs publics pourraient s’appuyer pour repousser toutes les mesures susceptibles d’enrayer le fléau de la lèpre. »
Quant à Paris, le Dr Jeanselme a dit dans une circonstance récente être toujours pour la déclaration obligatoire et l’isolement des lépreux, bien qu’il ne produisît aucun fait de contagiosité par les nombreux lépreux errant librement dans Paris, pas plus que tous les contagionnistes parisiens excessifs, y compris les médecins de St-Louis qui y soignent bien des lépreux.
The National Leprosy Fund 1893. — En i8g3, il s’est formé à Londres, sous la présidence de S. A. R. le prince de Galles, depuis roi d’Angleterre sous le nom d’Edouard VI, un comité the National Leprosy Fund , pour étudier la lèpre qui ravage terriblement presque toutes les possessions anglaises, principalement les Indes. Les membres du comité exécutif furent des hommes de science considérables savoir : And. Clark, G. Hunter, James Paget, J. Fayer et et J. Hatchinson. (Jne commission a été envoyée aux Indes pour y visiter les nombreuses localités lépreuses, et faire son rapport sur les questions les plus importantes de cette maladie, principalement sur la contagion, l’hérédité et l’étiologie. Cette commission examina, personnellement et scrupuleusement, deux mille lépreux, pendant les cinq mois qu’elle a passés sur les lieux, en même temps qu’elle se mit en relations avec les médecins
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civils du gouvernement indien qui furent interrogés sur leurs opinions personnelles et leurs expériences réciproques, relativement à la propagation de la maladie.
Le rapport publié sous les auspices de la commission est certainement le travail le plus complet qui ait jamais paru sur ce grave sujet. En le lisant on est réellement émerveiilé delà manière consciencieuse, patiente, scientifique dont s’est prise la commission pour scruter les faits qu’elle étudia dans tous leurs détails et pour réunir de précieux documents par lesquels elle étaya ses conclusions basées sur la clinique. Il serait à désirer que ce rapport modèle fût étudié et médité par tous ceux qui veulent aborder et approfondir l’étude de la lèpre. C’est un exemple à imiter. Au lieu de pérorer ex cathedra , en montant sur un tabouret de laboratoire, il vaudrait bien mieux se livrer à l’étude des malades, feuilleter le grand livre de la nature et y puiser les preuves palpables, autant que possible, sur les questions si délicates et si graves de la propagation de la lèpre. Cela vaut incomparablement mieux que de bâtir sur du sable des théories que démentit la vraie clinique, le seul guide imperturbable en médecine. Il est vrai qu’il est bien plus commode et moins pénible de bâcler des théories que d’observer des malades. Que l’on compare ce rapport, si bien documenté, aux observations incomplètes, écourtées, mal prises par les théoriciens exaltés, pressés de conclure, acceptant avec une facilité déconcertante tous les racontars cueillis à droite et à gauche, pendant de rapides excursions, sans prendre ni le temps nécessaire, ni les précautions rigoureuses exigées par la science, mais enregistrant à la hâte tout renseignement favorable à des idées préconçues, et l’on verra si l’on doit faire fond sur des informations sans garantie, sans valeur scientifique prises par des touristes, munis de Kodaks.
Les conclusions de ce rapport de la commission anglaise sont, néanmoins, siprudentes, si modérées qu’elles contrastent avec les décrets impériaux, intransigeants, incisifs de la conférence de Berlin qui émit des oracles impériaux.
Pour mettre le lecteur en état de juger la haute importance, la concision, la valeur de ce rapport, nous en présentons un extrait dont la lecture édifiera tout homme impartial cherchant à se faire une idée exacte sur la propagation de la lèpre, par la clinique, seul flambeau qui puisse éclairer lumineusement cette grave question. Je ferai remarquer que cette enquête de
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la commission anglaise eut lieu cinq ans après la savante et retentissante discussion qui eut lieu à l’Académie de médecine de Paris parla communication du rapport de Besnier (1887) et sa réfutation par le Dr Leroy de Mérieourt.
« La commission espère que l’amélioration des conditions économiques et hygiéniques fera cesser l’endémicité de la lèpre aux Indes. L’opinion que la lèpre se propage par la vaccination doit être regardée à l’heure qu’il est, comme privée de valeur scientifique (p. 1 35). La lèpre diminue dans l’Inde anglaise. On estimait qu’il y avait en i8g3 25oooo lépreux. ( British medical Journal i3 septembre 1890).
Les auteurs de ce rapport et Ilansen — qui se rendit en Amérique pourvoir ce que deviennent les enfants des émigrés norvégiens lépreux — rejettent l’hérédité en se basant sur le fait que la plupart de ces émigrés ne sont pas lépreux. »
J’ajouterai de mon côté qu’on doit tenir compte aussi de ce fait que la lèpre en état d’incubation ne se trahit pas, et qu’à son début elle passe souvent inaperçue et que l’hérédité la plus fatale se modifie par le milieu dans lequel vit la descendance des lépreux. Or certes les conditions de la vie en Amérique sont mille fois meilleures que celles en Norvège, qui sont détestables pour le bas peuple et pour les malheureux lépreux qui vivaient chez eux, principalement du temps où feu Danielssen a fait des recherches qui prouvent l’hérédité de la maladie (Zambaco).
Selon la commission, la lèpre ne peut être considérée comme une maladie héréditaire dans l’Inde et il n’y a aucune prédisposition spéciale familiale appréciable. « De grandes ressemblances existent entre la lèpre et la tuberculose qui est une maladie de la vie extra-utérine. L’hérédité ne peut être considérée que comme une prédisposition. (C’est donc avouer qu’elle joue un certain rôle...) D’ailleurs une distinction doit être faite entre les maladies congénitales et héréditaires et une infection du parent par la circulation placentaire du fœtus (p. 206 et 207 du mémoire). La question est à l’étude pour savoir à quel degré et comment la lèpre de l’enfant est due à la lèpre de ses ancêtres et quelle est la part que l’on doit attribuer aux autres conditions morbides des parents qui ont pu transmettre à l’enfant une prédisposition congénitale. On ne doit pas oublier que dans la léprose, comme dans la tuberculose une prédisposition et un certain temps sont nécessaires ;
cette prédisposition peut dépendre de nombreux facteurs; et il est possible que parmi ces facteurs figure aussi la prédisposition de la parenté, la prédisposition congénitale transmise par les parents. Ainsi il y a une question pratique à résoudre : quelles mesures devrait-on prendre pour séparer le mari de l’épouse, et relativement à l’interdiction des mariages des lépreux. Le sujet mérite d’être étudié.
« La commission prétend qu’on n’a jamais vu un enfant naître avec la lèpre ; ce qui serait considéré comme un cas congénital. » Le mémoire de la commission a été publié en 1893. Depuis, j’ai publié dans les Lépreux ambulants de Constantinople de tels cas, qui furent communiqués également par Besnier à la conférence sur la lèpre de Berlin, en mon nom, en 1896. « Si le cas se présentait, dit la commission, il faudrait faire des investigations pour savoir si le bacille envahit l’ovule ou l’embryon.
«La commission n’admet pas l’atavisme en pathologie. Dans une liste consignée dans ce rapport, on constate que plusieurs enfants devenus plus tard lépreux étaient nés avant la constatation de la lèpre chez les parents. Or on ne saurait accuser l’hérédité dans ces cas. » Cependant il aurait fallu savoir ce qui s’était passé dans l’ascendance, et si la lèpre étant à son début chez les parents, ne fut pas ignorée. Nous savons que lorsque latuberculose — qu'on prendtropsouventcoinme terme de comparaison avec la lèpre — existe dans un famille, il peut arriver que les enfants soient atteints et succombent avant les père et mère. On ne doit pas oublier non plus que, règle générale, les lépreux innocentent leur ascendance ; ils ne veulent pas avouer ou admettre que la lèpre existe dans leurs familles. C’est là une remarque qui a été faite par maints léprologues. Il m’est souvent arrivé, après le déni formel du lépreux, de me livrer à des recherches assidues, et de découvrir un ou plusieurs lépreux plus ou moins proches parents du lépreux que j’étudiais ; une fois le fait prouvé, celui-ci était obligé de reconnaître qu’il avait menti pour sauvegarder la réputation de sa famille. Car dans les pays lépreux on montre du doigt, les familles qui comptent des lépreux dans leur ascendance ; on les stigmatise et on évite les liens matrimoniaux avec elles. Or on cache sa lèpre.
Les éminents membres de la commission ont constaté que le pouvoir procréateur des lépreux est diminué. Les glandes
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séminales sont lésées et il y a une ovarite lépreuse; d’où les mariages entre lépreux sont souvent stériles; ce qui selon moi amène une diminution du nombre des candidats à la lèpre. « 5 pour ioo des enfants de lépreux sont devenus lépreux. C’est là une raison pour que le nombre des lépreux aille en diminuant. La commission conclut néanmoins « que les mariages entre lépreux augmentent les risques de diffuser la maladie par l’hérédité que la commission n’admet que d’une manière restreinte (La commission s’est mise ainsi en contradiction avec elle-même). Elle estime qu’on doit séparer même les enfants nés avant le développement de la lèpre chez un des géniteurs ». Je ferai remarquer qu’il est très fréquent, pour ne pas dire constant, qu’un des époux soit atteint de la lèpre bien avant que la maladie ait été dûment constatée. Car elle passe toujours inaperçue pendant les premières années, lorsque, silencieuse et discrète elle n’attire les regards de personne, même de la victime ; puis, celle-ci même reconnaissant sa lèpre la cache tant qu’elle peut.
« Les lépreuses devenant stériles, dit la commission, la procréation diminue et consécutivement la chance de propager la maladie parles mariages des lépreux. » Selon nous on doit ajouter que, même après conception, la grossesse est souvent interrompue par les avortements dont la fréquence est en raison directe du degré plus ou moins avancé de la lèpre. De plus, bien des enfants naissent non viables à cause de leur état cachectique lors de la naissance. Ils sont vieillots, ridés, maigres, chélifs, malingres et succombent peu après ou dans la première année. Mais dans ces cas, en dehors de l’influence de la maladie sur les produits de la conception, il faut tenir compte aussi de la misère dans laquelle vivent les pauvres lépreux qui ont faim ou sont bien mal nourris ; et les mères nourrices, quel lait peuvent-elles fournir dans les affreuses conditions dans lesquelles elles vivent? Ainsi les enfants, outre la tare matrimoniale, souffrent des conséquences de la mauvaise alimentation de la mère pendant la grossesse, et des déplorables conditions dans lesquelles se trouvent leurs mères pendant l’allaitement. Il est donc difficile à ces enfants de survivre dans un tel affreux concours de circonstances homicides.
Quoi qu’il en soit la conclusion de la commission est que « le mariage entre lépreux ou bien avec des lépreux n’augmente pas le risque de propager la lèpre et que la stérilité des
femmes et des hommes lépreux est le principal empêchement de la diffusion de la maladie.
« On ne peut savoir l’histoire vraie des familles que 5 ou 6 fois pour ioo ; et dans bien des cas les enfants sont atteints lorsque les parents sont sains. Le pourcentage des enfants issus de mariages lépreux, qui deviennent lépreux est trop petit pour faire admettre l’hérédité de la maladie. Les faits obtenus à YAlmora asylum des orphelins combattent l’existence d’une prédisposition héréditaire ; car 6 seulement sur ioodes enfants nés après manifestation de la lèpre chez les parents, sont devenus eux-mêmes lépreux. Les histoires des frères et sœurs des lépreux montrent le peu d’importance qu’on doit attacher à l’hérédité comme agent de la perpétuation de la lèpre. Finalement , la commission en inféré que le mariage des lépreux aux Indes ne saurait être considéré comme un danger pour la société et elle l’autorise.
La commission poursuit: « les autorités modernes admettent que la lèpre est une maladie infectieuse causée par un microbe qui pénètre dans le corps de dehors, et pullule dans l’organisme. Mais toute maladie infectieuse n’est pas fatalement contagieuse. La propagation de la lèpre par la contagion est excessivement rare et ne peut avoir lieu que dans des conditions spécialement favorables et lorsqu’il y a prédisposition. D’un autre côté, Hansen, bien que très contagionniste, reconnaît que la manière dont la lèpre est communiquée d’un lépreux à une personne saine nous échappe, et il incline à penser que la transmission a lieu par une sorte d’inoculation. D’après les recherches concernant l’hérédité que le léprologue Scandinave fit en Amérique sur les émigrés norvégiens, il conclut à la non-hérédité de la maladie. Cependant ces mêmesNorvégiens n’ont pas transmis la maladie en Amérique. » (Or de ses propres recherches on peut conclure contre les croyances de l’auteur, c’est-à-dire contre la contagiosité de la lèpre. C’est qu’en Amérique, ni les émigrés, ni le peuple, ne vivent dans lesaffreuses conditions hygiéniques de saleté et de misère qui régnent chez les miséreux en Norvège et par conséquent la lèpre ne trouve pas un terrain favorable à sa propagation.)
« Selon Leloir la lèpre doit figurer sur la liste des maladies contagieuses ainsi que la diphtérie, la tuberculose, le lupus etl’érysipèle » (Mais d’abord c’est une hérésie que de placer sur
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la même liste la diphtérie, le lupus et la lèpre, lors même que l’on se déclare contagionniste. Et ce qui est absolument inadmissible, c’est de frapper des mêmes mesures prophylactiques, indistinctement, toutes ces maladies que Leloir place à la queue leu leu). Selon la commission on doit séparer le terme scientifique abstrait , de F application pratique (On ne peut mieux dire).
« Il ne suffit pas de déterminer par les expériences ou bien par un ou deux cas cliniques authentiques qu’une maladie est infectieuse et contagieuse. Des recherches et une enquête soignée doivent être faites quant à l’activité de la contagion au point de vue pratique et des conditions habituelles, courantes qui la favorisent. Bien que la bactériologie ait beaucoup contribué à l’étude de l’étiologie de bien des maladies, la question actuelle de la contagion ne saurait être établie par cette voie. L’évidence clinique et épidémiologique est ici de la plus haute importance. En science pure une maladie peut êlre groupée parmi les affections contagieuses et infectieuses, lorsque cliniquement et pratiquement, elle ne mérite pas cette désignation. Il est regrettable que la bactériologie tende à détourner le public et les écrivains scientifiques de l’évidence qui dérive de la clinique et de l’ épidémiologie seules. D’autre part il est impossible de supposer que les défauts d’hygiène générale ou individuelle produisent la lèpre. D’ailleurs des contrées se trouvant dans des conditions hygiéniques pareilles, l’une est, comme par caprice, atteinte, et l’autre épargnée. Aux Indes on trouve la maladie tant dans les provinces riches que dans les pauvres. Ni la mauvaise habitation, ni la mauvaise nourriture, ni le défaut de propreté, ni les rudes travaux ne déterminent la lèpre. » Mais elles favorisent son acquisition lorsqu’elle est endémique. « Ces conditions aggravent et accélèrent sa marche, une fois la maladie déclarée. La nourriture pouvait être accusée tant que la lèpre était considérée comme maladie infectieuse ; mais considérée comme parasitaire, cette cause est mise de côté ». Cependant les expériences de Léo ont prouvé que les ingesta modifient la constitution des animaux auxquels on inocule des maladies infectieuses; et Roger et Charrin ont inoculé plus facilement le charbon aux rats préalablement fatigués. Les aptitudes à contracter les maladies augmentent donc par la mauvaise nourriture et le surmenage, même pour les maladies microbiennes ;
la résistance diminue et le bacille s’introduirait directement dans ces cas, par la nourriture ; les tissus ainsi modifiés augmentent l’activité des bacilles qui trouvent alors un terrain propice. «On a accusé le poisson, le sel, l’eau. Relativement à l’Inde, la plupart des habitants sont végétariens et la majorité ne mange pas de poisson une fois par an. La commission a trouvé que 162 lépreux sur 464 n’avaient jamais mangé du poisson. Le défaut de sel de cuisine ne peut être responsable , selon la commission , de V origine ou de la maintenance de la lèpre. L’eau a été considérée comme un véhicule du bacille. C’est une opinion accréditée selon Boinet ( Revue de médecine , X, n° 8), dans certaines parties de la Chine.
La commission n’a jamais trouvé le bacille de la lèpre dans l’eau.
Contrairement à la tuberculose, la lèpre n’attaque aucun animal domestique. Sur 464 lépreux 88 ont eu la syphilis, à des époques variées. Trois malades étaient incontestablement lépreux et syphilitiques et, en pleines doubles manifestations dans l’Asile de Madras.
Conclusions finales. — La lèpre ne se propage pas par l’hérédité à cause de la stérilité qu’elle confère. La lèpre a de la tendance à disparaître.
Dans une classification scientifique des maladies, la lèpre doit être regardée comme contagieuse et incurable ; mais elle ne se propage que d’une manière excessivement limitée. La lèpre peut atteindre toutes les races : La nourriture n’y est pour rien directement. La lèpre est influencée par les défauts d’hygiène (pauvreté, nourriture, ventilation...) qui augmentent l’aptitude de la gagner. Dans la grande majorité des cas, elle est de nouvelle origine ( originales de novo) à la suite de conditions et de concours de causes imparfaitement connues.
« Suggestions pratiques. — L’isolement peut être volontaire ou coercitif, partiel ou complet. Complet il n’a jamais été possible, il a échoué, tant aux îles Sandwich qu’en Norvège. Sous la présidence de Gibson, le conseil de santé ayant douté de son efficacité, l’isolement avait pris fin pratiquement. A présent on essaie l’isolement rigoureux. Dans les asiles de Norvège l’isolement n’est pas absolu ; les portes ne sont pas fermées au public et l’on rencontre les pensionnaires se promener dans les rues. Les lépreux sans ulcérations ont la permission de sortir et les docteurs des asiles déclarent qu’ils
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n’ont jamais vu un cas de contagion ; cependant les lépreux de Trondjem sont retenus les jours de marché. Dernièrement il fut défendu aux lépreux d’entrer dans les maisons et les églises et de se mettre en contact avec le peuple. Il est tout à fait erroné d’attribuer la diminution de la lèpre en Norvège à l’isolement. Les lépreux se promènent partout à Bergen. » Ce n’est pas l’isolement, mais l’augmentation de la prospérité du peuple par le développement du commerce et des transactions, qui font diminuer la lèpre. Hansen admet que la propagation de la lèpre s’est arrêtée en Norvège; témoin la diminution des entrées des lépreux dans les asiles. Et il propose de voter une loi qui confère le droit au lépreux de vivre chez lui pourvu qu’il ait sa chambre, son lit personnels, que son linge soit blanchi à part et que son service de table (cuiller, fourchette, etc.) soit séparé. Dans le cas contraire les lépreux doivent entrer à l’asile. Mais jamais ces conditions n’ont été tenues.
« L’isolement estimpraticable à l’Inde. D’ailleurs la présence d’un lépreux dans un milieu sain n’offre pas un danger plus grand que celui du tuberculeux. Toutes les deux maladies sont contagieuses au même minime degré. Les ulcérations dans toutes les deux augmentent le danger de la contagion ; il faut laisser l’isolement ad libitum. La commission est d’avis d’empêcher les lépreux d’exercer la prostitution, d’être coiffeurs, barbiers, blanchisseurs et de vendre des aliments, des boissons, des vêtements au peuple. Les vagabonds et les indigents vivant dans les villages et dispersés dans la contrée sont des sources peu probables de danger qui est même nul. La commission propose d’empêcher les lépreux, par des lois, de fréquenter les endroits publics, de les obliger de rester chez eux ou d’entrer dans les asiles que l’on doit établir. Dans aucun cas la commission ne voudrait suggérer au gouvernement une loi dirigée spécialement contre les lépreux ; car ils sont bien moins dangereux pour le public que les syphilitiques. Il serait bon d’établir des fermes de lépreux comme à Chypre (Heindestam, Report on Leprosyn Cyprus, 1890). Peu d’enfants naissent des lépreux ; on devrait les placer dans des orphelinats spéciaux. Dans les conditions actuelles même de la vie des lépreux , la lèpre diminue d’une manière remarquable dans l’Inde. Selon la commission le déclin de la lèpre en Europe est dû principalement à l’amélioration des conditions hygiéniques du
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peuple et à l’accroissement de sa prospérité matérielle. Membres anglais de la commission : Beaven Rake, G. Buckmaster, A. Kantchack. Membres indiens : A. Barcley, Samuel,
Thomson.
« La commission n’a jamais trouvé le bacille dans le sang. Le liquide des vésicatoires n’a jamais présenté de bacille dans la lèpre anesthésique ; pas même chez les tubéreux, lorsqu'on les a appliqués à la partie saine de la peau ; tandis qu’il en contenait si on les appliquait sur les tubercules. On doit bien presser le léprome, après sa section, pour obtenir des bacilles. On n’a jamais trouvé le bacille dans le liquide des ulcères lépreux anesthésiques. Un lépreux lava ses membres inférieurs couverts de lépromes ulcérés. L’eau contenait des bacilles et de nombreux autres microbes. Mais la culture de cette eau n’a pas produit de colonies de bacilles. On trouva le bacille dans la salive lorsqu’il y avait dans la bouche, à l’arrière-gorge ou au larynx des lépromes ulcérés. Le mucus vaginal pris sur une fille de 16 ans, atteinte de la forme mixte, contenait un grand nombre de bacilles de Hansen mêlés à d’autres bacilles. Le mucus vaginal puisé sur une autre fille de i5 ans, atteinte de lèpre tubéreuse présenta des staphylocoques, des microcci et des bacilles lépreux. Il est évident que la porteuse de ces bacilles peut inoculer la lèpre, dit la commission ; et puis le coït ne transmet pas la lèpre. L’urine n’a jamais présenté le bacille de la lèpre. Les fèces contenaient le bacille spécifique dans les formes mixtes chez un malade qui en avait aussi dans sa salive; on ne l’a pas trouvé dans les fèces de 5 autres lépreux. Le bacille fut trouvé dans les crachats de quelques lépreux tubéreux.
« Arning prétend avoir trouvé le bacille de Hansen dans la terre des tombeaux des lépreux à Hawaï ; mais pas dans les cousins qui avaient sucé le sang des lépreux. Kaurin n’a trouvé les bacilles lépreux, ni dans la terre, ni dans la poussière, ni dans l’air des chambres des lépreux. A Trinidad, on ne le trouva non plus dans la terre du cimetière de l’asile. La commission a trouvé très peu de bacilles dans la terre des léproseries ; quant à l’eau où les lépreux se sont baignés, c’est douteux qu’ils y existent. On ne les a jamais trouvés dans les poissons et les crustacés qui y ont vécu.
« Kéanu, condamné à mort, consentit, en retour de sa grâce, à se laisser inoculer un tubercule lépreux sous la peau de