‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 73 sur 124 · CONFÉRENCE SUR LA LÈPRE TENUE A BERLIN · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE SUR LA LÈPRE TENUE A BERLIN

l’ avant-bras gauche, le 3o septembre. D’abord, on ne put obtenir d’informations sur sa famille : quatre semaines après, il eut des douleurs rhumatismales à l’épaule gauche et plus tard au coude, puis une névrite du nerf médian. Au bout de 6 mois la névrite diminua et un petit tubercule lépreux apparut sur le kéloïde situé sur la piqûre de l’inoculation; 16 mois après l’inoculation, on découvrit des bacilles lépreux dans les tissus de la cicatrice. En septembre 1887 parurent des signes certains de la lèpre. « Mais pour apprécier la valeur de cette expérience, on doit savoir que le fils de Kéanu, son neveu et son cousin germain maternel étaient lépreux. » Report on leprosy in Molakai, by Dr Swift, qui a suivi l’observation de Kéanu, après le départ des îles Sandwich du Dr Arning qui pratiqua l’inoculation et se pressa beaucoup trop de conclure, sans avoir fait une enquête sur la famille de Kéanu ; ce dont se chargea d’une manière bien méticuleuse le Dr Swift, son successeur. Or, l’inoculation du condamné Kéanu ne prouve rien; sa valeur est nulle. »

Conférence sur la lèpre tenue à Berlin, 1896. — - Voici les conclusions finales rédigées par le Pr Neïsser. « i° Le bacille lépreux existe dans tous les cas de lèpre, n’importe la race, le pays, le climat... (Ce qui n’est pas absolument exact ; car il y a nombre de lépreux, principalement dans les formes trophonerveuse et mutilante, dont les biopsies faites par les plus compétents n’ont jamais montré le bacille, surtout au début de la maladie. Zambaco); 2° La propagation de la lèpre a lien par l’homme à l’homme. Personne ne peut devenir lépreux que par le contact avec les lépreux. L’homme seul est la source de la lèpre et de ses nouveaux foyers. La lèpre doit être classée sur la liste des maladies contagieuses et infectieuses. Pour la combattre on doit en empêcher la transmission du germe de l’individu lépreux à l’individu sain. » (Cependant nous avons vucommentrillustre Virchow, président de cette conférence, avait protesté contre cet entraînement précipité, injustifiable que la science rigoureuse révoquait d’avance. Car tout au moins dans l’Europe centrale, la contagion n’existe pas. Et, ainsi que l’a dit le président de la conférence, aucun membre du congrès n’a produit un fait personnel de contagion. Z.).

Kaposi, l’éminent professeur de dermatologie à Vienne, a pris la parole et s’exprima ainsi : « Jusqu’à quel point est-on en droit de regarder le bacille comme la cause de la lèpre ?

Zambaco. Anthologie. 41

Dans deux cas de lèpre tubéro-maculo-anesthésique, l’examen histo-bactériologique des tubercules et du sang n’a relevé aucun bacille. D’après cela, la diagnose absolue même de lèpre tubéreuse ne doit pas dépendre de la présence du bacille, mais de l’état clinique (conférence de Berlin, p. 182, vol. 1). D’ailleurs les faits de ce genre pullulent pour les formes mutilante et nerveuse. En voici encore un : Le Dr Rouget a présenté à la Société médicale des hôpitaux de Paris, le 17 juillet 1903, un individu dûment lépreux chez lequel toutes les recherches du bacille de Hansen restèrent infructueuses. Nous avons vu dans le chapitre consacré à la bactériologie de la lèpre, que bien des dermatologues ne parvinrent pas à découvrir le. bacille chez des lépreux incontestables et que Hansen lui-même observa un cas de ce genre. Zambaco).

Cependant l’entraînement fut général vu l’éloquence, l’opiniâtreté et je dirai même, la manière imposante des contagionnistes allemands, si téméraires, qui ont légiféré des décrets intangibles ! On fulmina contre ceux qui étaient d’un avis contraire, avec la plus grande intolérance. Ceux qui n’avaient pas assez vu de lépreux et n’ont pas suffisamment étudié cliniquement la lèpre se sont laissé imposer.

Ainsi le Dr Rossolimos d’Athènes, assez bien placé pourtant pour se faire une opinion nette sur la question, a dit timidement : Les médecins des pays où la lèpre existe encore acceptent, d’après des faits qu’ils citent, l’hérédité incontestable de la maladie. Au contraire ils ne m’ont cité aucun cas qui pourrait démontrer la contagiosité, et de mon côté je n’ai vu aucun cas personnel, favorable. Cependant vu les quelques cas authentiques de contagiosité cités (?) je suis persuadé que l’on finira par découvrir les conditions de réceptivité et les portes de sortie du microbe léprogène (p. i58). Ainsi c’est un être de raison de scolastique, une vue de l’esprit et non de fait.

Le bacille a dominé et maté tout raisonnement. Cependant nous vivons au milieu des bacilles et peut-être la vie ne serait pas possible sans eux. Une selle d’adulte élimine 8800 milliards de microbes vivants ou morts (Alex. Klein, Gaz. hebd. des sciences médicales de Bordeaux ) et le regretté Kelsch a dit: « Les moteurs pathogènes de la plupart des maladies contagieuses vivent normalement avec les saprophytes dans nos cavités naturelles ou dans les milieux ambulants. Les maladies contagieuses peuvent se développer sans contagion,

Page 1