CONFÉRENCE SUR LA LÈPRE TENUE A BERLIN
par genèse autochtone ; ce qui nous porte à attribuer à la contagion quand même les faits auxquels l’enquête la plus minutieuse dénie cette origine. » Nous ne sommes que des narrateurs laissant à chacun sa responsabilité personnelle.
Le Pr Corail a dit à l’Académie de médecine de Paris (vol. XIII, p. 3i3); le parasitisme n’implique nullement l’idée de contagion nécessaire. Quant à nous aucun de nos travaux n’a la prétention de généraliser, ni de solutionner définitivement la question de la contagiosité universelle. Nous apportons une contribution au grand effort collectif, quelques éléments de vérité recueillis pendant des années consciencieusement dans les localités où j’ai observé, des contingents pour élucider la question. Mais nous ne sommes pas emballé ni lors de la découverte de la tuberculine de Koch, dont le monopole devait tarir le fléau, ni pour les sanatoria qui avaient la prétention de guérir tous les phtisiques. Ce qui fait mousser tous ces succès imaginaires c’est la bonne presse qui sert de porte-voix sonore qui entonne et enfle d’une manière abracadabrante toute espérance naissante, et induit en erreur le public ignorant, souvent à son préjudice. N’a-t-elle pas entonné la frayeur en publiant que « l’Europe est campée sur le volcan demi éteint de la lèpre du moyen âge avec une superbe insouciance! »
Tous les membres anticontagionnistes de ce Congrès ont été pour leurs frais ; malgré les faits cliniques en leur possession, ils n’étaient pas écoutés ; on ne tenait aucun compte de leurs travaux, si sérieux qu’ils fussent.
Le Dr Sach, médecin sanitaire à Beyrouth, qui avait passé plusieurs années à l’île de Crète où il a soigneusement étudié la lèpre, fit une communication contre la contagion, où il relatait ce qu’il avait observé. On n’y a même pas prêté l’oreille. C’était d’ailleurs le sort de tous ceux qui ont osé élever la voix pour argumenter les ultracontagionnistes. Impatienté, il a dit bien haut : Si un seul des honorables membres de cette assemblée est à même de nous citer un seul cas personnel de lèpre produit par la contagion, d’une manière incontestable, nous le prions de venir le déclarer. Mais, jusqu’à présent nous n’avons pas entendu un seul confrère ou maître nous affirmer avoir vu un tel exemple. Et si les bacilles transmettent la lèpre de nez à nez par l’air expiré du lépreux charriant tant de milliers de bacilles et inspiré par ceux qui l’entourent, je demande
comment se fait-il que dans les couples vivant maritalement pendant io et 20 ans, le conjoint lépreux n’ait pas contaminé l’autre ? Dans la plupart des cas que j’ai eu à observer, j’ai pu découvrir l’hérédité familiale. Enfin Virchow, président de la Conférence, s’est exprimé, à propos de la contagion et de l’hérédité de la lèpre, dans les termes mémorables que voici : « Nous commençons à tomber dans le dogmatisme et nous élevons ce dogmatisme au* rang de véritable tyrannie, de façon que les autres gens, qui ne sont pas du même avis, sont regardés comme inhabiles (maladroits) ou comme gens de mauvaise volonté. Je veux bien vous en fournir un exemple. M. During qui s’est déclaré avec acharnement contre l’hérédité, s’est prononcé pour la contagion congénitale. Mais, pour plusieurs médecins, l’hérédité comme la contagion congénitale est dogmatique, toutes les deux théories sont sur le même pied. Nous ne pouvons pas démontrer l’hérédité directe, et bien moins, à ma connaissance du moins, avons-nous quelque part un cas qui prouve la contagion congénitale . Ne cherchez donc pas à élever ces interprétations — dont quelques-unes sont vraisemblables, d’autres plus près encore de la vérité — au rang d’articles de foi. 11 faut conserver une certaine liberté pour déclarer pendante cette question, tant que ces preuves n’en seront pas apportées. Je penche bien à accepter la contagion, comme un pilier de soutien, et cependant, nous tous ri avons pas entendu , qié un seul confrère dans cette assemblée ait observé un cas concluant qui prouve clairement la contagion. Nous élevons donc une interprétation au rang de dogme. Le dogme peut nous sembler être aussi vrai que possible, il n’en reste pas moins un dogme; et nous ne voulons pas que nos gouvernements acceptent notre dogme comme le seul heureux (valable). Il est possible qu’à côté de ce dogme quelque autre chose encore existe. Du moment que nous nous félicitons d’être un corps savant, nous devons d’abord tenir fermement ce principe de toute société scientifique : n’accepter pour vérité reconnue que celle où les preuves matérielles sont partout fournies. »
Ces paroles d’or n’ont produit aucun frein au fougueux et irréfléchi torrent des théoriciens tapageurs, impératifs !
Congrès international de Dermatologie tenu à Berlin en 1904. — Depuis la conférence de Berlin l’éveil a été donné partout sur l’existence de la lèpre dans l’Europe centrale. On s’attendait donc naturellement, à la dénonciation de faits de contamina-