‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 75 sur 124 · CONGRÈS INTERNATIONAL DE DERMATOLOGIE TENU A BERLIN · texte numérisé non relu

CONGRÈS INTERNATIONAL DE DERMATOLOGIE TENU A BERLIN

tion de la part des promoteurs de la contagiosité excessive et de tous les médecins qui, parleur situation spéciale, sont en état d’étudier des lépreux. Or, aucun fait évident ne fut signalé. On jugera la valeur des deux cas cités comme tels. Néanmoins on persista dans les mêmes errements de 1896, et les grands et petits quotidiens ont derechef répété des bourdes de cette force-: Ni l’ observation, ni l’ expérimentation ne permettent de douter qu’on peut prendre la lèpre en fréquentant les lépreux et que la lèpre est inoculable et contagieuse (Temps, Journal , Débats, Petit Journal . ..) Messieurs les rédacteurs des feuilles politiques sont excusables après tout d’ignorer que jamais on ne parvint à inoculer la lèpre, ni à l’homme ni aux animaux. Mais ce qui est impardonnable, c’est que les journaux scientifiques aient fait aussi chorus avec ces derniers pour propager de telles erreurs dans le corps médical même. Gomment lutter contre de telles propagandes? Gomment après ces fausses idées inculquées dans l’esprit du public, soutenir la cause stricte de la vérité sans dépasser la mesure. Est-ce que Zola a eu raison contre les miracles de N.-D. de Lourdes dont le grand succès est dû à la Presse d’une certaine nuance et au mutisme de celle qui n’admet pas le surnaturel que les peuples se plaisent toujours à gober? Il n’est pas bien difficile de semer de mauvaises herbes, notamment sur des terrains incultes. Mais lorsqu’il s’agit plus tard de les arracher, on rencontre d’inouïes difficultés. Les efforts des plus puissantes charrues détruisent bien lentement les racines des chiendents, dits arrête bœufs!

Dans un rapport présenté à ce Gongrès international, le Dr Jeanselme, professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris, s’est occupé de la lèpre en France et dans les colonies. Voici un court résumé de son important travail. En France il y a peu de lépreux, relativement à sa population. Ge sont des Français qui ont contracté la maladie dans les colonies ou bien des étrangers qui y viennent pour se faire traiter. Le Dr Jeanselme en a vu près de 80 à l’hôpital Saint-Louis, en moins de 10 ans. Des cas importés aussi s’observent dans les villes maritimes. Le Dr Pitres en a observé 55 à Bordeaux, en vingt ans ; et ce n’était ni des cas ambigus ni des frustes. A Marseille, le Dr Perrin en compta onze colons ou Italiens. Tous ces lépreux n ont pas propagé la lèpre en France, à part quelques exceptions selon le Dr Jeanselme, au nombre de deux : une

Française jamais sortie de France fut contaminée par un enfant lépreux. Ce fait a été vu par le Dr Lande (?). Une autre prit la lèpre, selon le Dr Perrin, de son mari qui l’avait contractée en Indo-Chine où, notez bien, elle l'avait accompagné. Voilà tout le bilan de contagiosité de la lèpre en F rance où circulent librement de nombreux lépreux; carie Dr Jeanselme, très contagionniste, admet aussi que rien qu’à Paris, il en circule toujours environ 200 qui n’ont contaminé personne. « Quant à la survivance de la lèpre autochtone , le Dr Jeanselme admet qu’elle végète encoré obscurément en Bretagne et dans quelques départements de la Méditerranée. Ce sont des cas solitaires qui ne font pas foyer. Or, la lèpre dont on proclame l’excessive contagiosité, ne s’est point transmise. Elle ne se propage pas. Nous sommes heureux d’entendre dire cela à M. Jeanselme, fervent contagionniste et partisan de mesures prophylactiques à prendre en France même, pour prévenir la dissémination de la lèpre.

Le Dr Jeanselme parle aussi de la survivance de la lèpre en Ligurie, dans les environs de Nice, où elle décroît de plus en plus, et des anciens foyers du Var et des Bouches-du-Rhône, qui ont presque disparu. Il ne croit pas que ces anciens foyers (je pense qu’il admet avec nous que ce sont là de vieux reliquats datant du moyen âge), nécessitent des mesures défensives. Mais il craint la propagation de la maladie par les nouvelles introductions exotiques, et semble regretter que la lèpre ne figure pas sur la liste des maladies dont la déclaration est obligatoire en France. Il présente un tableau vivant des pérégrinations en France des lépreux exotiques riches, menant à Paris l’hiver la vie mondaine la plus large, et passant l’été en villégiature dans les stations thermales les plus à la mode, toujours mêlés à la société d’élite et en contact aussi avec le peuple par leurs domestiques et la fréquentation des lieux publics, les voyages en chemin de fer, en voiture... Il a même connu deux jeunes lépreux internes dans un lycée voisin de Paris. (Notre regretté maître, le Pr Hardy, dermatologue émérite, ancien médecin de l’hôpital Saint-Louis, anticontagionniste, cita devant l’Académie de tels exemples de lépreux lycéens créoles qu’il maintint comme internes au lycée de Saint-Louis dont il fut médecin pendant plus de 3o ans, sans aucun préjudice pour leurs 600 condisciples). Bien que malgré ses recherches, le Dr Jeanselme n’ait jamais été témoin d’un

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