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CONGRÈS INTERNATIONAL DE DERMATOLOGIE TENU A BERLIN

exemple de contagion, soit en ville, soit à l’hôpital Saint-Louis, il répète que la prudence conseille de ne pas s’ endormir dans une quiétude parfaite , il craint les retours offensifs. Néanmoins il ne préconise pas la visite des voyageurs en France, comme le voudrait le Dr Thibierge (Conférence de Berlin, 1896), si ce n’est pour les militaires, les marins et les fonctionnaires rentrant en France après un séjour en pays lépreux, qui devraient être surveillés, désinfectés et au besoin hospitalisés. Le Dr Jeanselme n’admet pas non plus l’opinion du Dr Hallopeau qui veut interdire l’entrée des lépreux par les ports maritimes, après déclaration obligatoire par le médecin du bord et vérification lors du débarquement. D’ailleurs « ce triage pour les lépreux étrangers, continue notre savant confrère, ne saurait être appliqué en France qu’après convention avec les pays étrangers, pareille à celle contractée par l’Allemagne, la Perse, la Roumanie, la Russie, la Turquie. Toutes ces puissances se sont engagées à ne pas délivrer de passeports aux lépreux. » J’ignore ce qui se passe ailleurs ; mais en Turquie, les lépreux étrangers pénètrent sans obstacles; je vois des Grecs, des Russes, des Monténégrins, des Italiens circuler librement à Constantinople. Il est à supposer que les mêmes fuites s’opèrent également partout, excepté dans la vigilante Allemagne, unique pour ces vexations inopportunes. Reste la création d’un sanatorium destiné à cueillir les lépreux. Nous savons que, malgré les rapports favorables du Conseil d’hygiène publique et de l’Académie {Bull., mai 1901), les Conseils munipaux de Rouen et de Neufchâteau se sont formellement opposés à l’installation d’un sanatorium pour lépreux sur leur territoire. On serait très justement étonné qu’il en fût autrement, après la proclamation urbi et orbi que la lèpre est excessivement contagieuse même à distance, faite si bruyamment et si solennellement par la Conférence de Berlin, et paraphée même par les congressistes français. Le retentissement de ce dogme si sonore par la Presse quotidienne mit tout le monde en émoi. Le Dr Jeanselme, très conciliant, verrait ses inquiétudes de contagionniste calmées par l’adoption de ces trois solutions ; mais il reconnaît que leur application n’est guère praticable parce qu’elles choquent des intérêts respectables. Donc il y renonce bien qu’à regret. Quant à moi je ne m’en chagrine guère parce que toutes ces tracasseries sont sans but, la lèpre n’étant pas contagieuse, tout au moins en Europe.

Pour ce qui concerne les colonies de la France, dont plusieurs ont été visitées par l’auteur, les mesures prises contre la lèpre seraient insuffisantes, appliquées par saccades et défaillances alternatives, vu les apathies coutumières. Enfin il se plaint de l’incohérence vis-à-vis du fléau grandissant. La lèpre s’infiltre dans les familles blanches faute de précautions : des lépreux avérés exercent, au vu et au su de tous, les professions de boucher, de boulanger, de blanchisseuse... des nouveau-nés européens sont même confiés à des nourrices indigènes sans examen médical préalable. « De là des malheurs irréparables : un Lyonnais établi en Guyane épouse une blanche indemne, comme lui. Leur fils s’unit à une Française originaire du département du Loir-et-Cher. Ils sont aussi sains; mais trois de leurs cinq enfants sont lépreux. La lèpre a été évidemment introduite dans cette famille par une négresse qui a élevé l’aîné des enfants, et qui est morte plus tard de la lèpre. Cependant Jeanselme ne l’a pas vue. » Et le Dr Jeanselme regrette qu’on n’interne pas les lépreux de gré ou de force. D’ailleurs toute la population indigène et blanche se soulèverait, dit-il, contre une telle mesure qui commencerait par faire rechercher les lépreux dans les familles. D’où les léproseries de la Guyane, des Antilles et de la Réunion sont presque vides. Car elles sont volontairement habitées par les lépreux indigents sans famille. Et notre savant confrère plaide pour l’instruction de la population par les médecins sur les dangers qu’elle court au contact des lépreux. De ce qui précède on voit que le Dr Jeanselme attribue exclusivement au contact, c’est-à-dire à l’assaut du bacille, la transmission de la lèpre. S’il en était ainsi, pourquoi ce même bacille débarqué en France n’attaque guère les enfants qui y sont nés, comme cela a lieu pour ceux des émigrés aux colonies? Il y a donc, outre le bacille, d’autres facteurs dont la coopération est indispensable, et en dehors desquels on ne saurait devenir lépreux, malgré la présence du bacille.

Selon le Dr Jeanselme, à la Nouvelle Calédonie , la lèpre se propage chez les Canaques; sur une population de 25 ooo aborigènes, il y avait 4ooo ou 5ooo lépreux. Nous sommes toujours dans les à peu près avec une oscillation trop ample, lorsqu’il s’agit de prouver la ra/ùâù/ê effrayante du fléau qui, avec ses copains, la syphilis, la tuberculose et l’alcoolisme, menace de faire disparaître la race. En 1888, on a reconnu officiel-

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lement le premier Européen lépreux; et en 1898, on en comptait i32. Notre distingué confrère trouve que les mesures prises par l’Administration sont insufïisantes. Le Dr Primet {Annales d’hygiène et de médecine coloniale , igo4) est aussi d’avis que celle-ci agit avec peu de rigueur.

La léproserie de Bélep, visitée trois fois en cinq ans par des médecins de passage, n’a reçu qn’une partie des lépreux délaissés et en détresse ; aussi fut-elle supprimée, pour avoir manqué son but. Le DrJeanselme conseille, avec raison, l’organisation de colonies de lépreux. Nous avons toujours été de cet avis.

En Cochinchiue et au Tonkin, d’après une enquête personnelle, le Dr Jeanselme estime qu’il y a de 12 à i5ooo lépreux et signale l’envahissement des blancs. Cette approximation paraît bien élastique. Pour soutenir que la lèpre fait des progrès ilfaudra des enquêtes officielles et répétées à intervalles, qui dénombrent les lépreux, ainsi que l’a fait le Gouvernement anglais à plusieurs reprises aux Indes. En dehors de cette manière de procéder, il est impossible de prouver scientifiquement que la lèpre augmente ou bien qu’elle diminue dans une contrée. Dans les villages lépreux, tels que Ninh Binh la population saine égale au moins celle des lépreux. C’est absolument ce qui se passe dans les léprochoris de l’île de Crète, que nous avons visités. Or une enquête rigoureuse faite par nous, aidé des médecins de la localité, qui ont continué à observer et à surveiller pendant 20 ans ces villages où de nombreuses familles lépreuses confondent leur vie avec des familles saines dans la plus grande promiscuité, aucun de ces indigents sains, intrus , ne devint lépreux. Nous pensons que les mêmes investigations prolongées sont nécessaires pour prouver qu’en Cochinchine la lèpre se conduit autrement qu’en Crète vis-à-vis des personnes saines qui cohabitent avec les lépreux ; car l’induction ne doit être tirée que de l’observation.

Le Dr Jeanselme trace un plan pour organiser dans les colonies des léproseries où les malades pourront être soignés, loin de la population saine ; tandis qu’aujourd’hui les lépreux se livrent à toutes les professions : ils sont vendeurs de comestibles, d’objets d’habillements, domestiques... ils fréquentent les bains, les hôtels et voyagent dans les véhicules publics. Cependant des mesures sont prises pour créer

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bientôt une léproserie sur le Mékong, en Cochinchine, et une autre au Tonkin dans une île de la baie d’Along.

Bien que nous ayons consacré des chapitres spéciaux à toutes ces colonies françaises, nous avons pensé que les recherches personnelles faites par un léprologue aussi distingué que le Dr Jeanselme devaient être consignées, dans cette Anthologie, et d’autant plus qu’elles sont récentes.

Plus loin le Dr Jeanselme étudie la lèpre à Madagascar ravagé aussi par le fléau. 11 décerne de grands éloges au gouverneur général Gallieni qui prit des mesures sévères sur 8000 lépreux, officiellement reconnus, dont 3 3oo sont internés dans les léproseries. Pour les cas douteux, la peau, le mucus naval et le vaginal sont bactériologiquement interrogés. Le service des léproseries se fait par des sœurs et des infirmiers lépreux encore valides, sous la surveillance d’un médecin résidant indigène. Les sexes sont séparés, mais on ne désunit pas les mariages contractés; les enfants sont transportés, dès leur naissance, dans un orphelinat annexé, et alimentés artificiellement; la séquestration est absolue. Ces léproseries sont des colonies agricoles; mais elles sont insuffisantes. Aux colonies la déclaration de la lèpreest obligatoire. Le Dr Jeanselme prône la généralisation des mesures prises tant pour arrêter les progrès de la lèpre dans les colonies, que pour pourvoir à la sécurité de la France, car le retour dans la mère patrie des citoyens contaminés constituerait pour elle même un réel danger, toujours la même hantise.

Dans un autre mémoire, communiqué au même congrès de Berlin (en septembre igo4), le Dr Jeanselme a exposé ses persévérantes et remarquables recherches sur les Altérations médullaires dans la lèpre anesthésique . Il a jeté une vive lumière sur les lésions du système nerveux dans la lèpre. Nous nous bornerons à reproduire ce qui suit : « La syringomyélie est-elle une manifestation de la lèpre? L’anatomie pathologique ne fournit aucun argument à la thèse soutenue par Zambaco. Le cas de Souza Martins est le seul dans lequel on a trouvé le bacille de la lèpre dans la moelle.... Pourtant, la lèpre prend souvent le masque de la syringomyélie et la ressemblance de ces de.ux états morbides est si grande' que le diagnostic est parfois impossible pour le clinicien le plus consommé. »

D’après les études du Dr Jeanselme, les manifestations de la lèpre nerveuse (anesthésies à type rubané ou segmentaire),

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l’exagération des réflexes parfois observée, les arthropathies rappelant celles du tabes, la résorption si remarquable des doigts et des orteils, indiquent la participation de la moelle; mais l’hégémonie de la névrite lépreuse reste incontestée. Cependant les altérations du système radico-spinal, bien que de second plan, sont fréquentes ; on est sollicité à réserver à ces lésions centrales une certaine part dans l’expression symptomatique de la névrite lépreuse. Enfin, selon le Dr Jeanselme, ce qu’on voit en Nouvelle Calédonie rend peu probable le rôle des moustiques dans la propagation de la lèpre. Dans cette colonie il y a deux catégories distinctes de prisonniers internés au pénitencier: les relégués, qui n’ont aucune communication avec la population indigène, et les condamnés aux travaux forcés qui ont des rapports constants avec les Canaques. Or, seuls ces derniers sont atteints de la lèpre ; tandis que les premiers, exposés également aux piqûres des moustiques, restent entièrement indemnes.

Au même congrès, le Dr Yon Nonne d’Hambourg fit une communication sur le diagnostic des manifestations nerveuses de la lèpre anesthésique . Les léprides ne seraient pas seulement un trouble trophique de la peau, dû à l’altération des nerfs correspondants, mais le bacille spécifique joue aussi un rôle dans leur production. Il y a névrite parenchymateuse et interstitielle des nerfs périphériques, avec maxima aux lieux de leur distribution, et des foyers centraux sur les troncs. On n’a pas trouvé de lésions importantes dans les ganglions spinaux ; mais il y a des lésions médullaires, bien que peu accentuées, dans les substances blanche et grise, surtout aux cornes antérieures. Ces lésions doivent intervenir dans la génèse des symptômes tropho-névrotiques. On ne peut pas aflirmer que dans la lèpre il ne se forme pas de cavités médullaires. « Pour trancher la question de l’identité de la lèpre et de la syringomyélie, de nouveaux examens du système nerveux central et périphérique sont d’autant plus nécessaires que l’on voit de plus en plus apparaître le tableau de la syringomyélie dans le pays oû sévit la lèpre. »

Le Dr Berich von Wellesley Bailey fit une communication très intéressante sous ce titre : Augmentation ou diminution de la lèpre depuis le premier congrès international sur la lèpre , tenu à Berlin en 1896. .

La conclusion anticipée que formule l’auteur, avant d’entrer

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dans les détails, c’est que la lèpre se trouve en rapide diminution dans l’Inde pendant la décade étendue de 1891 à 1901. Cependant on doit tenir compte de deux causes essentielles qui ont emporté beaucoup de lépreux et en firent ainsi diminuer considérablement le nombre, savoir la famine et la pellagre bien mortelles toutes les deux qui, dans certaines provinces, ont fauché la population dans la proportion de 4o pour 100 et, l’on doit tenir compte du peu de résistance des malheureux lépreux ; ainsi en Penjab, la statistique signale 9 734 lépreux en 1881, 6271 pour l’année 1891 et 5 o36 pour celle de 1901 . Dans bien des localités il y. a une diminution de 36 pour 100 ou de 20 et une proportion de 18 lépreux pour cent mille habitants ; tandis que, en 1881, il y en avait 43 pour cent mille. Seulement au Plateau de Nagpur le nombre de lépreux s’est accru depuis 1891. On doit tenir compte de l’amélioration des conditions de vie, survenue aussi aux Indes, qui eut pour effet, comme en Europe, de diminuer le nombre des lépreux. ABarma, qui fournissait la plus grande proportion de lépreux, relativement, la maladie a diminué. Ainsi en 18911a statistique signala 6 464 lépreux, et en 1901 seulement 4 1 54, ce qui fait une diminution du tiers. On doit remarquer qu’on y a créé deux léproseries. Même diminution approximative pour les provinces du centre de l’Inde. Nous ne pouvons rapporter ici toutes les nombreuses statistiques si concluantes de l’auteur qui aboutissent presque toutes à la démonstration que la lèpre diminue. A signaler aussi que les Bhois ou porteurs de palanquins sontichthyophages et ne sont pas atteints de lèpre. Enfin voici un dernier document: à Hyderabad il y aurait eu en 1881 un total de 2 989 lépreux, et en 1901 seulement 33o. Une chose à remarquer aussi c’est que les chrétiens sont plus aptes à gagner la lèpre et fournissent un contingent plus élevé que les sujets ayant d’autres croyances religieuses (?)

On doit aussi savoir que souvent on qualifie de lépreux, même dans les asiles, des malades tout autres. Et d’autre part, on classe comme non lépreux des leucoderm.iques lorsqu’il est notoire, dit G. Bailey, que bien des lépreux ont des placards blancs sur diverses parties de leurs corps. Mais, toutes ces statistiques ne sauraient être infaillibles parce que les femmes de plusieurs castes ne se montrent pas, et parce que les familles cachent souvent leurs lépreux. Les enfants aussi sont dissimulés et échappent à la numération. Le peuple est réti-

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