CONGRÈS SUR LA LÈPRE TENU A BERLIN EN
cent pour montrer ses infirmités, les mendiants excepté. On doit aussi tenir compte des erreurs de diagnostic, dans les deux sens, par ignorance de la lèpre. Bien des infirmités sont considérées à tort comme lépreuses, le lupus surtout. En un mot les erreurs de diagnostic sont nombreuses. Le DrC. Bailey fournit maintes preuves de tout cela.
Depuis 1897, le gouvernement anglais, les philanthropes et les missionnaires font des efforts simultanés et combinés les plus louables pour combattre la lèpre. Tous contribuent à organiser des léproseries. Pendant les sept dernières années la mission des lépreux a établi 16 établissements. Il y en a 48 qui abritent 2000 hommes, 1 200 femmes et 200 enfants de lépreux. Les sexes sont séparés ; mais il y a des accidents . Les dépenses totales ont été de plus de 18000 livres en 1903. Le Dr G. Bailey est pour l’isolement des lépreux et la séparation de leursenfants. Il trouve très emphatique l’assertion de la conférence de Berlin de 1896 : la lèpre ne se transmet pas par hérédité. Cependant le plus grand nombre d’enfants, séparés de leurs parents lépreux, ont échappé à la maladie.
Selon le Dr Ernest Neve de Kashmir (article publié dans le British Medical Journal ), l’hérédité prend une petite part dans la lèpre. On doit donc séparer les enfants de leurs parents lépreux. Enfin il est contre la circulation libre des lépreux et leurs voyages par les moyens ordinaires de transport publics. Il préconise aussi de donner une occupation d’après l’état de chaque malade, pour rompre leur vie monotone absorbée par leurs malheurs.
Le Dr Pernet fit la communication suivante : Aden est une ville commerçante d’Arabie située au sud de l’Yémen, ayant une population de 5oooo habitants environ, et appartenant aux Anglais. La lèpre y est assez commune, comme du reste dans tout le Yémen ottoman ; elle ravage toutes ces contrées. Le gouvernement ottoman est absorbé par bien d’autres soucis, concernant le Yémen toujours en révolte ou en agitation, que par celui de la lèpre et de ses misérables victimes. Mais les Anglais, maîtres aujourd’hui d’Aden, sont informés par leurs offices médicaux fonctionnant dans toutes leurs possessions, de la présence des lépreux. Le Dr G. Pernet put avoir quelques informations bien que très incomplètes, en s’adressant à J. -S. Wilkins principal medical officer.
On a reçu plusieurs lépreux à l’hôpital civil depuis 1894 ;
c’étaient des tubéreux et des maculeux. On en trouve dans presque tous les villages environnant Aden. Il y en a parmi les montagnards qui viennent à Aden à cause des troubles des provinces ottomanes. Dans ses voyages dans la contrée, Wilkins a rencontré partout des lépreux, principalement au village de Misamur, où il en a vu une douzaine sur une population de 200000 habitants. Et chose digne de remarque — sur laquelle nous avons nous-même attiré bien des fois l’attention, — à côté de villages infectés, il y en a d’absolument indemnes. M. Wilkins n’a pas rencontré un seul lépreux à El-Daregan, grand village très voisin de celui de Misamur. Sur le territoire du sultan d’Abyan, bien des lépreux viennent de l’intérieur; il en a rencontré provenant de la tribu de Fadhli.
L’îleMaurice, située dansl’océan Indien àl’est de Madagascar, a une population de 4oo 000 habitants, il y a un asile de Saint- Lazare subventionné par le gouvernement anglais et desservi par les sœurs de Notre-Dame de Bonsecours. La forme tubéreuse y serait la plus fréquente. Le nombre des malades serait de 1 46 dont 32 femmes. L’isolement n’y est pas obligatoire, il leur est néanmoins défendu d’entrer dans les bazars de comestibles et dans les magasins. Les condamnés par les tribunaux sont seuls transférés dans l’asile.
Aux Seychelles, à Ceylan, il y a fort peu de lépreux, bien que près de l’Indoustan, il y aurait dans l’asile une centaine de cas pour une population de 4 millions; mais les lépreux se cachent. Dans Colombo la capital du Dominion, il y en aurait 56o environ.
Dans l’archipel Malais ce sont surtout les Chinois qui en sont atteints ; nombreux sont les mutilés lépreux. H y a une léproserie à Selangor qui renfermait, en 1903, 24o lépreux, il y a 1 10000 immigrés chinois. Les lépreux sont Chinois et Malais ; ils peuvent sortir de l’asile et rentrer à volonté. Néanmoins on ne croit pas que la lèpre soit en augmentation.
Au Bornéo anglais, à l’île Hong-Kong, il y a partout des lépreux. Mais il n’y a aucun renseignement scientifique que l’on puisse cueillir dans ces nombreux rapports bien laconiques, au point de vue de la science, adressés par les médecins officiels au Dr G. Pernet ; tout au plus on dénombre les lépreux et encore d’une manière incomplète, ainsi qu’il est avoué par les correspondants eux-mêmes. On s’occupe fort peu de
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l’étude delà maladie ; tous les médecins la regardent comme contagieuse, sans que personne justifie son opinion.
Dans l’Afrique anglaise la lèpre se rencontre partout plus ou moins ; par exemple dans la Côte d’or, à Lagos (Guinée anglaise); la population indigène fuit les lépreux et les isole. Néanmoins il entre peu de lépreux à l’asile ; mais ils s’isolent volontiers hors des villes, souvent dans les brousses.
A Nigéria les indigènes mahométans n’ont jamais pris une mesure contre les lépreux, bien qu’ils soient nombreux et la plupart mendiants. Le Dr Tonkin dit avoir rencontré 220 lépreux dont il a pu examiner 125 hommes et 96 femmes.
Dans la Nigéria méridionale, il y en aurait 200.
Dans toute l’Afrique britannique, les lépreux pullulent. Le Dr Moffat a exercé pendant de longues années dans les contrées voisines du lac Victoria, le pays de Somalis excepté. 11 a rencontré la lèpre à Uganda, à Gondokors principalement, et parmi les troupiers provenant de la vallée du Nil. Aucune mesure ne fut encore prise contre la maladie.
Il n’y aurait que deux lépreux à Sainte-Hélène. La lèpre existe aussi dans les îles Bermudes, où elle est confondue avec la syphilis. A la Jamaïque, la lèpre aurait beaucoup diminué ces dernières années ; de 4o qu’ils étaient en 1896 il n’en restait que 9 en igo3. Les blancs, les noirs et les mulâtres comptent des lépreux dans leurs rangs. On les oblige d’entrer dans l’asile où il y en avait 4o en igo3. La forme anesthésique est prépondérante. Il y aurait en tout 3oo lépreux à la Jamaïque, sur une population de 800000 habitants. Aux îles Leeward (Antigua, Saint-Kittis, Nevis, Dominica, Montserrat, Anguilla et Virgin) qui ont une population totale de i3oooo habitants environ, il y a deux léproseries et i3o lépreux. A Barbados il y a 116 lépreux dans l’asile. On ne les force d’y entrer que lorsque la maladie est très avancée. La population est de 200 habitants environ. Saint-Vincent : Les lépreux entrent dans l’asile avec leur consentement. Il y en aurait en tout une trentaine dans le pays.
Dominique (Petite île parmi les Antilles anglaises), 3oooo habitants ; quelques lépreux.
Sainte-Lucie. Une des petites îles anglaises, 4oooo habitants. La lèpre y diminue selon G. Melville. Il y a 32 ans il y avait 20 lépreux ; actuellement il n’y en a que 2 ou 4 ; tandis que selon le Dr Galgas elle augmente ; il a découvert 12 lépreux vivant
chez eux et 5 à l’hôpital. Ile Vingin : 5ooo habitants avec 4 lépreux.
La lèpre au Congrès de Madrid. — A cause de l’état de ma santé, je n’ai pu prendre part au Congrès de Madrid comme je l’avais promis. Il y a été peu question de la lèpre.
Le Dr Toutain, qui eut la bonté de me communiquer ses recherches sur la lèpre, que j’ai déjà utilisées, eut l’occasion de se rencontrer avec plusieurs distingués dermatologues français. Le Dr Leredde lui a dit : Je n’ai aucune opinion absolue sur la contagiosité de la lèpre. La question se pose dans les pays où il y a beaucoup de lépreux, à peu près comme celle de la tuberculose; dans la majorité de cette dernière on ne peut saisir le point d’entrée, et l’hérédité est fréquente. Cependant, puisqu’il y a un germe auquel on attribue les lésions de la maladie, il faut bien admettre que ce germe est entré à un moment donné dans l’organisme; et comme ce germe, du moins pour la lèpre, n’est connu que chez l’homme, on peut admettre la contagiosité comme un postulat nécessaire. Tout ce que fait Zambaco a un grand intérêt et une grande valeur, parce qu’il a beaucoup et bien observé. Mais comment prouver que la lèpre n’est pas contagieuse? C’est bien difficile. Au point de vue pratique, il me semble qu’il faut agir comme si elle l’était. Quant au Dr Brock, il a accusé le Dr Toutain d’avoir souvent pris la syphilis pour la lèpre. Je trouve que c’est là une accusation injuste. Le Dr Toutain a eu avec moi une longue correspondance scientifique sur la lèpre qu’il a scrupuleusement étudiée et qu’il connaît à fond. Pendant des années, il a bien voulu m’envoyer de nombreuses observations très bien prises, très détaillées, accompagnées de très bonnes photographies, et j’ai eu ainsi l’occasion d’apprécier ses connaissances profondes sur la lèpre. Le Dr Brock m’accuse, à mon tour, de ne pas avoir vu la lèpre en dermatologue. J’avoue que je ne comprends pas cette assertion de M. Brock. Ce distingué confrère a ajouté : Lorsqu’en i885, Vidal fit une leçon à l’hôpital Saint-Louis, préparée par Brock, la lèpre était considérée partout comme héréditaire et non contagieuse. Il affirma sa contagiosité. En 1886, un de ses adversaires, le Dr Leloir, se convertit, puis Besnier, Darier, Jeanselme.
Cependant le Dr Toutain a vu tant de lépreux à Lisbonne, sans avoir jamais pu remonter à la contagiosité. Dans tous les