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CONSÉQUENCES DÉSASTREUSES DE LA CONFÉRENCE DE BERLIN

En déclarant à cors et à cris que la lèpre est excessivement contagieuse, qu’il y a un réveil de son antique violence et menace pour l’Europe, on a exalté l’opinion publique qui, de toutes parts, fut entraînée à des exagérations engendrant la persécution des lépreux. Ainsi on se livra de tous côtés à des actes navrants contre ces malheureux qui furent mis au ban de la société, expulsés, refusés par les navires qui devaient les rapatrier et, chose incroyable et pourtant absolument vraie, dans certaines contrées on les enferma dans des cages grillées comme des bêtes féroces qu’on empêche ainsi de nuire. Ailleurs, poursuivis et traqués par la plèbe en furie, ils ont dû se réfugier dans les bois, sans abri, sans secours; en proie au plus profond désespoir, ils succombèrent aux affres les plus atroces et aux plus cruelles privations.

Mais il y a plus : on a entravé les efforts des philanthropes. Le Dr Sauton acquit une propriété éloignée du centre, à Neufchâteau, pour établir une léproserie. Il obtint l’approbation de l’Académie de médecine et celle du Comité de la salubrité publique. Mais toute la plèbe des alentours, le maire en tète, s’y opposèrent absolument et abusivement. J’ai subi la même aventure. Le gouvernement ottoman, après de longues démarches, me céda un hôpital inutilisé, placé sur une montagne, à une demi-heure du village d’Emirguian, dans le Bosphore. La populace ignorante et sauvage, terrorisée par le microbisme et la léprophobie, se révolta et empêcha la réalisation du projet. Ces méfaits sont dus à la Conférence de Berlin qui, selon un proverbe oriental, fit d'une puce un éléphant.

Voilà à quels désastres ont abouti les lubies de la majorité des membres du Congrès de Berlin! J’ai tant de fois entendu les lépreux geindre et maudire ces instigateurs! Le fait incontestable c’est que les droits de la collectivité priment ceux des individus isolés, lorsqu’il s’agit de la nécessité de la préserver contre tout danger imminent, même avec sacrifice de la liberté personnelle. Mais toujours est-il qu’avant de prendre des mesures vexatoires, tyranniques, antihumaines, on doit être certain du besoin absolu d’avoir recours à des moyens illégaux et inhumains. Or rien n’a autorisé les promoteurs, les ultra-contagionnistes incitateurs à sonner le tocsin, à mettre en branle des tams-tams assourdissants qui ont épouvanté l’univers! Ils sont partis d’un dogme sans fournir la démonstration de sa réalité, sans l’appui de la clinique, c’est-à-dire de l’ob-

servation des faits exacts, précis, indiscutables que l’on devait, avant tout, verser au procès pour avoir gain de cause.

Depuis le i5 décembre 1912, une convention conclue entre la France et rAllemagne pour réglementer les échanges d’informations immédiates en cas d’apparition de maladies contagieuses frappant l’homme et les animaux, est entrée en vigueur. Les maladies contagieuses humaines soumises à la déclaration réciproque sont divisées en deux classes : i° maladie dont l’avis doit être donné dès l’apparition des premiers cas: lèpre (sous réserve pour la France du caractère facultatif de la déclaration des cas aux autorités), choléra asiatique, typhus exanthématique, fièvre jaune, peste, variole; 20 maladie dont l’avis doit être donné lorsqu’il se produit de nombreux cas dans une localité : fièvre typhoïde, dysenterie, scarlatine, méningite cérébro-spinale, fièvre récurrente (sous réserve pour la France du caractère facultatif de la déclaration des cas aux autorités), ophtalmie granuleuse, toujours sous réserve pour la France du caractère facultatif de la déclaration des cas aux autorités. L’échange des informations aura lieu par l’envoi rapide et franco de port d’une feuille d’avis hebdomadaire des cas constatés portant indication des localités atteintes. Viennent ensuite les maladies contagieuses affectant les animaux, qui sont passibles d’une information réciproque : peste bovine, rage, farcin et morve, fièvre aphteuse, clavelée, dourine, gale du mouton, pneumo-entérite infectieuse (Presse mèd., 4 janvier 1913). On voit donc que le gouvernement français persiste toujours dans ses anciens errements, c’est à dire qu’il n’impose pas la déclaration obligatoire des lépreux, fait qu’il a déclaré officiellement à l’Allemagne qui agit tout autrement chez elle.

Pourtant cette manière d’agir du gouvernement français ne concorde pas avec la conduite du ministre de l’Intérieur et du Préfet de police de Paris vis-à-vis* du lépreux Goroftiago.

Traitement et curabilité de la lèpre. — La toute première question que l’on doit se poser en commençant ce chapitre, c’est celle de la curabilité de la lèpre. Nous dirons, par anticipation, et avant de nous occuper des nombreux et divers moyens que l'on a employés et prônés comme spécifiques pour la combattre, que la lèpre est une maladie curable , et qu’elle guérit même spontanément chez des misérables lépreux vivant dans les plus affreuses conditions hygiéniques, dans la plus sor-

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«dide saleté et dans les transes de la faim. Nous avons constaté le fait même dans les foyers les plus actifs ou la lèpre endémique fait des ravages.

Nous nous proposons de situer brièvement Fomentation actuelle de la thérapeutique de la lèpre.

Dans l’antiquité la lèpre fut considérée, tantôt comme une affection bénigne facilement curable, même livrée à ellemême, et tantôt comme d’une gravité excessive et irrémédiablement mortelle. La confusion de la maladie avec des éruptions cutanées diverses à aspect hideux mais sans gravité, nous donne l’explication de la première version. On pensait que la guérison en pouvait être obtenue à très court délai. Ainsi la Bible enseigne que la loi mosaïque écartait du peuple hébreu tout individu soupçonné d’être atteint de Zaraath, Après éloignement du camp des lépreux, pendant une ou quelques semaines, le lévite examinait derechef le malade et déclarait souvent officiellement sa guérison et l’autorisation de rentrer dans le camp. D’autre part, des éruptions cutanées invétérées, émouvantes, persistantes tenaient le patient éloigné des siens et lui interdisaient tout rapport avec le camp des Hébreux. Que d’eczémateux, de lupiques, d’ulcéreux vulgaires, d’ecthymatiques... ne devaient-ils pas être condamnés à passer leur vie entière à l’écart, avec des habits déchirés et criant impur à tout individu qu’ils rencontraient, pour le préserver de leur contact.

Les imprécations gravées sur les plinthes assyriennes témoignent de la frayeur et du terrorisme qu’inspirait au peuple cette horrible et inexorable maladie qui, selon les légendes, se perpétuait même au delà de la tombe !

D’Hippocrate jusqu’à Aétius, la Leucé et le morbus Phénicicus, c’est-à-dire la lèpre, sont déclarés extrêmement graves et fatalement mortels. Cette dernière pensée a prévalu depuis ces époques éloignées et reste encore inculquée dans l’esprit des peuples et des médecins. Certes bien des cancers, des esthiomènes, des lupus vorax et des syphilis malignes, aboutissant fatalement à des mutilations horribles et à la mort, étaient attribués à la lèpre !

Postérieurement et progressivement, la science marchant, on a pu faire le triage véritable de la lèpre dans cet imbroglio autrefois inextricable, et les études prolongées des léprologues dans les asiles exclusifs aux lépreux réels, dégagèrent la

lèpre du dédale antique et fournirent la preuve indubitable de sa curabilité, malheureusement restreinte et rare. C’est donc un fait aujourd’hui acquis que la lèpre peut guérir. Ce fait réel, mais généralement ignoré induit, souvent en erreur et remplit d’illusions les promoteurs de nombreux traitements qui, expérimentés et contrôlés par les léprologues les plus compétents, sont continuellement réduits à leur réelle nullité; c’est que la lèpre peut guérir spontanément, même dans les milieux les moins favorables, en coïncidence avec l’emploi de ces fameux spécifiques.

Or, l’idée générale que tout lépreux, indistinctement, est fatalement voué à la mort, que son mal est au-dessus de toute ressource, qu’on doit l’abandonner à son malheureux sort en souhaitant son trépas dans le plus bref délai pour abréger ses affreuses tortures, est absolument erronée. Nous verrons plus loin qu’en plaçant les malheureux lépreux dans de bonnes conditions hygiéniques, en leur prodiguant des soins appropriés, en les traitant méthodiquement, on parvient non seulement à alléger leurs souffrances et à leur rendre la vie tolérable, mais à prolonger leur existence. En les plaçant dans lesconditions voulues un certain nombre d’entre eux guérissent

définitivement. Or, Attila et ses consorts ne sauraient trouver aucune justification pour exterminer ces non valeurs , ee& tableaux hideux, ces bouches inutiles! Et d’autant moins que l’organisation de colonies lépreuses, en les écartant des centres, sauvegarde l’esthétique publique et décharge aussi la société de tous frais. Car les valides mettent par leur travail la communauté agricole au-dessus de l’indigence et suppriment tout recours à la charité publique. Si l’éminent Kaposi, professeur de dermatologie à la Faculté de Vienne, enseignait (bien à tort) que la lèpre est incurable; c’est qu’il n’a pas eu l’occasion d’observer beaucoup de lépreux et surtout de les suivre suffisamment.

Le Dr Lie de Bergen, placé dans les meilleures conditions pour étudier longuement les lépreux si admirablement soignés dans les excellents asiles de la Norvège, fournit une statistique très réconfortante : sur 97 lépreux sortis guéris de l’hôpital Lungen Garden, du service de l’illustre léprologue norvégien Danielssen, la guérison s’est maintenue sur 3o. Parmi les nombreux lépreux que nous avons longuement observés, quelques-uns ont définitivement guéri. Et je ne

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parle pas de ces arrêts temporaires parfois prolongés pendant des mois et même quelques années avec réviviscence tardive de la maladie après des entr’actes illusoires ; mais des arrêts définitifs pendant 5, io et 20 ans, avec recul de l’affection, disparition des symptômes, sauf les stigmates, et retour d’un état général parfait.

Les lépreux tubéreux sont ceux qui nous ont fourni les plus rares exemples de guérison. Néanmoins nous avons été témoin de telles guérisons spontanées même dans cette forme, la plus grave de la lèpre. Nous avons rencontré dans les plus ignobles léproseries d’Orient des individus couverts de cicatrices stellées du tronc, des membres et de la face, avec des placards d’atrophie cutanée consécutive à la régression de petits et de grands lépromes, mais le plus souvent à leur abcédation. Cette évolution mit parfois une et deux années, à s’accomplir. La sensibilité restait abolie partout où elle avait été atteinte pendant l’activité de la maladie. Cependant nous l’avons parfois vue revenir, bien que très obtuse. D’autres léprologues ont également cité de pareils faits. Parfois la maladie avait atteint son apogée: les cornées couvertes de lépromes, devenues opaques, interceptaient définitivement les rayons lumineux, le nez déformé, écrasé par la perte des os, la face sans sourcils, sans poils, plus ou moins balafrée, le tégument atrophié ou bien bouffi, tous les traits altérés imprimaient une physionomie étrange, bizarre, spéciale, caractéristique à ces lépreux guéris, mais estropiés. Parfois des doigts et des orteils mutilés, des mains et des pieds détachés, de vastes ulcères des membres cicatrisés et blanchâtres ou pigmentés, des perforations du vomer, du palais, du voile avec adhérences au pharynx, tous reliquats de l’évolution rétrospective intense de la maladie, demeuraient, bien entendu, indélébiles; mais la santé générale était excellente. 11 y avait un certain degré d’embonpoint acquis qui faisait mieux ressortir l’atrophie partielle des téguments. Ces malades ainsi déformés n’avaient aucune souffrance ; tous les organes fonctionnaient d’une manière satisfaisante ; et ces ressuscités paraissaient bien heureux de ce retour à la vie, que j’ai vue prolongée pendant 5, 10 et 12 ans et terminée par une maladie accidentelle, intercurrente. D’autres léprologues ont été également témoins de faits similaires. Nous avons rencontré des lépreux tubéreux guéris dans le service de Danielssen à Beraren, dans

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l’asile de Tronjem, à San Renio, dans la division du Dr Aicardi. Une de ses malades âgée de 54 ans avait perdu tous les doigts et tous les orteils, ses mains n’étaient que des palettes, des nageoires de phoque ; néanmoins son aspect général était florissant.

Dans nos Voyages chez les lépreux en Orient , nous avons rencontré aussi, par-ci par-là, dans les plus sordides et infects bouges quelques exemples de ces guérisons spontanées (Jérusalem, Damas, île de Chio, Mételin, Chypre, Crète).

Le Pr Gaucher admet aussi la curabilité de la lèpre ; Guillier, Jeanselme et Mauclaire en ont rapporté 3 cas dans le bulletin de la Société de Médecine exotique et tropicale.

J’ai fait figurer dans mon livre, Les lépreux ambulants de Constantinople, une telle guérison de lèpre tubéreuse. Malheureusement ces cas sont rarissimes, relativement, au si grand nombre d’éléphantisiaques. Les guérisons sont bien plus fréquentes dans les formes maculeuse, mutilante et trophonerveuse. Dans la première sans laisser aucune trace ; dans la seconde la chute de l’extrémité de quelques doigts trahit seule le passage de la lèpre; et dans la troisième il ne reste comme souvenir que des aLrophies musculaires. Nous avons vu un grand nombre de lépreux trophoneurotiques atteindre un âge très avancé, jusqu’à 80 ans, la lèpre restant définitivement silencieuse dans ses retranchements Les doigts crochus, l’atrophie des muscles de la main, parfois l’atrophie d’un ou des deux orbiculaires des paupières, étaient les seuls stigmates persistants. Mais ce qui est bien plus fréquent ce sont les cas atténués restant stationnaires, à peine marqués par la flexion des auriculaires, l’insensibilité limitée des mains et l’amaigrissement de la région hypothénar. Et chose à marquer, l’expérience des lépreux est telle qu’à ces signes si légers ils reconnaissent la lèpre et l’indiquent. C’est à l’île de Crète surtout que j’ai constaté de tels faits. Peut-être, nous objectera-t-on, qu’il s’agit, dans tous ces cas, de trêve et non de guérison radicale définitive. Mais lorsque cet état dure pendant une longue série d’années, après un recul si manifeste de l’affection si accentuée et en présence d’un excellent état général pendant i5, 20 et 3o ans, n’est-on pas en droit d’admettre une vraie guérison ? L’arrêt définitif de la lèpre chez les atténués est bien plus fréquent. Car, quoi qu’on en dise, ces lépreux frustes sont nombreux, tant dans les foyers éteints que dans les foyers actifs

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de la lèpre. Tous les léprologues qui se sont donné la peine de les rechercher les ont toujours trouvés. Le Dr Lebeuf insiste aussi sur ce fait incontestable dans un article paru dans l'Argus médical (n° 12, décembre 1912. La lèpre en Nouvelle-Calédonie). Dans les pays à lèpre, dit-il, il y a beaucoup plus de sujets atteints qu’on ne le croit généralement; outre les formes évidentes,explosives, qui seules sont enregistrées, il y en a de gravité réduite qui traînent pendant des années avant de se révéler à grand fracas. Beaucoup d’entre ces lépreux guériront, ainsi que cela se passe pendant les premiers stades cle la tuberculose. De la sorte s’expliqueraient ces fuites qui se produisent souvent quand on cherche à établir la filiation des cas de lèpre en un point limité. Il y a ainsi des vrais lépreux passés inaperçus, parce qu’atténués. »

Il est incontestable que si les lépreux étaient mis dans de bonnes conditions d’hygiène ambiante et individuelle, s’ils étaient proprement tenus, bien nourris et traités conformément aux exigences de l’antisepsie, les guérisons seraient bien plus fréquentes. Ces résultats ont été obtenus tant en Norvège dans ces léproseries modèles, qu’à San Reino, à Catane, au Brésil et dans les colonies agricoles bien organisées.

Notre éminent et regretté ami, le DrBesnier, nous a assuré avoir vu guérir plusieurs lépreux. Sa grande réputation universelle attirait à Paris un grand nombre de riches lépreux de diverses provenances (Cuba, Mexique, Brésil, toute l’Amérique Latine, Espagne...). Tous ces lépreux, dontquelques-uns très avancés, s’installaient à Paris et passaient sous la direction de ce maître des années, tout en profitant de la vie agréable et joyeuse du milieu. Leur lèpre s’arrêtait, reculait et paraissait définitivement guérie chez quelques-uns d’entre eux. Mais avant tout, Besnier attribuait ces excellents résultats ainsi obtenus, à l’éloignement de ses malades des foyers actifs de la lèpre. Aussi défendait-il à ses clients et de la manière la plus absolue de rentrer chez eux. Voici comment l’éminent dermatologue français s’est exprimé à la conférence de Berlin, en 1896 : « Je crois à la curabilité de la lèpre. On doit

commencer par. l’hygiène générale, les bains et les pansements antiseptiques quotidiens; puis on doit détruire les lépromes avec le galvano-cautère. A l’intérieur l’huile de chaulmoogra doit être employée à haute dose, c’est-à-dire supérieure à 200 gouttes par jour, qui seront prises en quatre ou six fois.

après les repas, en capsules, cachets, en émulsion, ou bien mélangées à l’huile de foie de morue. On tolère mieux ce médicament si on l’ingurgite avec un peu de champagne, de grog, de thé ou de vin licpioreux. Cependant il y a des malades qui ne la tolèrent pas. Enfin on doit savoir qu’elle détermine parfois la néphrite albumineuse et surveiller les reins pendant son administration. »

Les traitements pronésàcette conférence ont été nombreux ; ce qui prouve qu’il n’y en a pas un seul absolument efficace et spécifique.

Abraham de Londres prépara un sérum avec du suc des lépromes, qu’il injecta au cheval. Il expérimenta le sérum de cet animal chez trois lépreux avec succès. On eut aussi à s’en louer à la léproserie de Robben-Islande au Cap. Hallopeau expérimenta sans succès le sérum de Carasquilla ainsi que l’huile de chaulmoogra en injections sous-cutanées incorporée au lait ou bien en lavements, à la dose de 5 grammes par jour. Le Pr Dubreuilh de Bordeaux publia un article intéressant sur la curabilité de la lèpre qu’il admet aussi. Il cite le cas d’un Brésilien arrivé à Bordeaux en pleine efïlorescence lépreuse. Notre distingué confrère le soumit aux pilules d’ichthyol, à l’arséniate de soude, à l’usage de la pommade pyrogallique (5 pour 100), l’oxyde de zinc. L’amélioration arriva bientôt : les tubercules se sont résorbés et la sensibilité revint. 11 eut aussi à soigner quelques lépreux atteints de la forme maculeuse et de la tropho-nerveuse. Tous ces lépreux se sont vite améliorés bien quhls n’eussent obtenu aucun effet bienfaisant de ces mêmes moyens thérapeutiques employés chez eux: Brésil, Mexique, Havane. Il devient donc évident que l’amélioration remarquable et relativement rapide obtenue à Bordeaux doit être attribuée, avant tout, au changement de milieu.

Les léprologues Norvégiens n'ont pas foi à la thérapeutique de la lèpre. Ils ne reconnaissent la moindre efficacité aux diverses drogues employées ; aussi n’a-t-on recours à aucun médicament dans les léproseries de ce pays. Ils admettent que la lèpre peut guérir spontanément par la seule amélioration des conditions hygiéniques. Toujours est-il que leurs asiles sont admirablement tenus ; la propreté des salles est remarquable et les pensionnaires parfaitement soignés, j’allais dire gâtés. La sollicitude pour ces malades est portée si loin en

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Norvège qu’un comité de dames les visite, les console, leur porte des douceurs deux fois par semaine et leur offre même de petits bouquets de fleurs — chose bien précieuse dans cette atmosphère si froide, si inhospitalière — qui ornent toujours les tables de nuit de ces malheureux. La propreté des cuisines est vraiment éblouissante ! Il n’est donc point surprenant que les lépreux si bien soignés, si dorlotés et moralement soutenus guérissent même sans intervention de la moindre thérapeutique, et bien qu’ils continuent à résider dans une contrée où la lèpre est endémique. La vie dans les asiles diffère tellement de l’existence misérable que les lépreux traînaient dans leurs infects taudis et dans les plus grandes privations, que leur séjour seul dans ces luxueux asiles suffit pour améliorer leur état et par guérir un certain nombre.

Au XVe congrès international tenu à Lisbonne en 1906, le Dr Unna fît une communication sur le thème suivant : La Pathologie et la thérapeutique de la lèpre. Ce distingué dermatologue affirme aussi la curabilité de la lèpre, autant que celle de la tuberculose, affections considérées toutes les deux, autrefois, comme incurables. A part les haltes passagères, spontanées de la lèpre, il croit fermement avoir guéri des lépreux, grâce au traitement institué par lui. Il semble refuser toute guérison de la maladie lorsque les lépreux sont abandonnés à eux-mêmes, sans intervention thérapeutique. Tous les léprologues qui ont longuement suivi de nombreux lépreux s’inscrivent en faux contre cette assertion. La lèpre peut s’arrêter, reculer et lâcher définitivement sa victime, lors même que le lépreux, privé de toute mesure hygiénique, croupit dans la plus sordide saleté et gémit dans la plus profonde misère. Malheureusement, ces exemples sont rares; mais ils existent; c’est un fait indéniable ; on n’a qu’à parcourir les léproseries pour le constater ; ce que notre distingué confrère n’a pas eu l’occasion de voir, parce qu’il n’a étudié la lèpre que dans sa clinique à Hambourg. Si les lépreux observent les règles hygiéniques, à la tête desquelles on doit placer la propreté et une nourriture appropriée avec changement d’ambiance, en se réfugiant dans un pays où la lèpre ne sévit pas endémiquement, ils se mettent dans les meilleures conditions pour guérir ou tout au moins pour voir leur maladie ralentir sa marche et arrêter ses progrès. Tout cela est indiscutable. Et lorsqu’on prône une drogue quelconque, on doit avoir présentes à l’es-

prit toutes ces vérités scientifiques, pour ne pas être la proie de ses illusions.

Selon le Dr Unna les drogues qui guérissent la lèpre sont nombreuses. L’huile gynocardique, le baume Gurjun, l’arsenic, la strychnine, le mercure, les préparations salicyliques, l’ichthyol, intus et extra font merveille ainsi que les cautérisations avec l’acide phénique, l’acide acétique, le nitrique, la potasse ; puis la créosote, l’hydrogène peroxydé, l’oxychloride de bismuth, l’aspirine... tous, tuent les bacilles et les rendent inoffensifs, ainsi que le pyrogailol et la résorcine. Le Dr Unna a soigné 60 lépreux. Il s’agissait chez tous de la lèpre de la peau , commençant par les plus légères neuroléprides sans bacilles , ne se trahissant qu’au connaisseur; chez d’autres, au contraire, il y avait des lépromes parsemés du derme et de l’hypoderme. Plusieurs avaient une affection nasale; mais pas tous. Quelques-uns présentaient des manifestations oculaires. Il \\di jamais \v\ les formes pures de la lèpre des nerfs, ni de la lèpre mutilante. Or, dit-il, mon matériel était restreint et en général dermatologique. Il n’a fait aussi qu’un traitement dermatologique; qu’il recommande seulement pour la lèpre à manifestations cutanées. Il croit fermement à l’efficacité des traitements qu’il emploie dans ces formes de la maladie, sans posséder cependant un spécifique comme le mercure dans la syphilis. Le Dr Unna parvint, par des procédés personnels, cà distinguer chez des lépreux guéris ou en train de guérir, que les bacilles sont morts, inactifs. Ils sont alors négligeables et le sujet ne présente plus aucun symptôme de la maladie active. Lesbacilles sont, dans ce cas, enveloppés dans unegraisse ou dans une matière glaireuse. Le meilleur traitement serait celui par les bains très chauds sulfureux et les bains ferrugineux, les bains d’encre composés de fer sulfurique et de tanin, à 3o° centigrades, dont on en élève la température progressivement ; ou bien les douches chaudes avec savonnages de savon mou ou phénique ; il emploie aussi les remèdes irritants, caustiques : moutarde, acide chlorhydrique et le savon de soude, en cas d’hyperkératose ; puis aussi la pression parle fer à repasser très chaud sur une flanelle. Sur les parties consécutivement excoriées il applique le gutta-plaste au camphre et à l’huile gynocardique avec résultats satisfaisants. Il enlève aussi les lépromes par le rasoir et couvre la plaie avec le guttaplaste. Le massage aussi est recommandé par lui. Enfin il se

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sert des pâtes caustiques et du gutta-plaste à la thiosinamine ; parfois cette dernière est employée en injection. Elle ramollirait la sclérose. Ainsi le DrUnna possède un carquois plein de flèches à l’adresse des lépreux, qu’il lance avec grand succès. Il préconise le pelage par la résorcine qui ramollit et fait suppurer les lépromes et, subséquemment, l’application de la gélatine au zinc.

Le Dr Lie, directeur de la léproserie de Bergen, objecta que la disparition des lépromes de la peau n’a pas d’effet sur les lépromes profonds des viscères, et qu’on ne peut prétendre à la guérison de la lèpre par le fait de la disparition des lépromes externes; il craint l’effet de la destruction locale des lépromes sur les reins, car sur ioo lépreux 4o sont plus ou moins albuminuriques (on doit faire remarquer que la lèpre étant une maladie générale, il faut toujours combiner les moyens topiques avec le traitement interne, modificateur de l’économie ; on ne peut guérir la partie sans le tout, Platon Charmide. Z.).

Une phrase d’Unna est à retenir: une panique la moins fondée et la moins raisonnable a éclaté en Europe par les nombreuses publications sur la lèpre, et il circule sur son infectiosité des idées tout à fait fausses et outrées.

M. Montel a traité deux lépreux avec l’huile iodoformée, à io pour ioo, et obtint une amélioration nette des troubles morbides. L’iodure de potassium s’est montré aussi efficace entre ses mains. Les lépromes s’affaissèrent et l’état général devint satisfaisant. Il y a lieu aussi, dit-il, d’essayer le nucléinate de soude ( Société de 'pathologie exotique, i4 décembre 1910).

Plusieurs médecins ont employé le mercure dans le traitement de la lèpre et s’en félicitent. Nous restons absolument incrédules à ce sujet; je dirai même plus; voulant expérimenter chez quelques-uns de nos lépreux pour savoir à quoi nous en tenir, nous avons dû nous arrêter bien vite, à cause de ses effets déplorables. Chez deux malades qui cumulaient la sy~ philose et la léprose, et dont les manifestations cutanées simultanées nous présentaient un contrôle facile, nous avons vu un contraste frappant: les éruptions syphilitiques reculaient assez promptement lorsque, au contraire, celles de la lèpre (macules et lépromes) s’aggravaient, se multipliaient et évoluaient d’une manière inquiétante et rapide. L’état général empirait aussi de plus en plus. Nous sommes donc porté à

croire que le succès de certains confrères est dû à une erreur de diagnostic qu’il n’est pas toujours bien aisé d’éviter : telle est parfois la similitude de ces deux maladies (syphilis et lèpre) que la confusion en est facile. Nous en avons été bien des fois témoin. Des médecins fort instruits d’ailleurs, mais ne s’étant spécialement occupés ni de syphilis, ni de lèpre, sont bien excusables. Mais aussi c’est avec réserve et méfiance que l’on doit admettre les assertions concernant la lèpre, de la part de ceux qui ne se sont pas spécialement occupés de ces deux maladies.

Danielssen a essayé la syphilisation contre la lèpre. Consécutivement, la syphilis a évolué pour son compte, sans aucun avantage pour la lèpre. Au contraire, l’usage du mercure, nécessité parla maladie gratuitement conférée, aggrava la marche de la lèpre, ou bien il ne l’impressionna point, tandis que la syphilis en guérit, dit-il.

Le Cat/iolic Missions (une publication mensuelle allemande) avait publié une lettre du père Damien, le prêtre missionnaire de la léproserie de Molokaï, qui contient le passage suivant: « Pendant 20 ans, notre distingué médecin employa sans succès bien des moyens proposés contre la lèpre, lorsqu’il y a 3 ans un homme blanc devenu lépreux préféra se rendre au Japon au lieu de rester à Molokaï. Le Dr Goto le soumit pendant 2 ans au traitement hydrothérapique. Il revint ici en bon état de santé, accompagné du fds du Dr Goto qui introduisit à la léproserie ce traitement hydrothérapique consistant en l’administration chaque jour de deux bains chauds, dans lesquels on faisait dissoudre une drogue japonaise. Ces bains réussiraient au Japon. Ce traitement produisit des améliorations aussi chez quelques pensionnaires de la léproserie de Molokaï. » Mais quelle était cette drogue japonaise merveilleuse ?

L’éminent clinicien Japonais Baelz même l’ignore.

Le Dr Magalhaës, du Brésil, a remarqué que les lépreux tubéreux sont très sensibles à l’iodure de potassium. Il l’employa surtout au début de la maladie, depuis la dose de 5 centigrammes jusqu’à un gramme, comme résolutif. Il occasionnerait une inflammation locale quelquefois violente, accompagnée de fièvre ; aussi prescrit-il ce médicament à dose minime qui influe toujours sur la circulation du tubercule ; il provoquerait parfois la disparition de ceux-ci, des infiltrations de la peau, de l’épaississement des oreilles et ferait

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croire à une amélioration de la maladie ; mais l’illusion est éphémère. Ajoutons que ce léprologue distingué observa la diminution et même la disparition des lépromes dans les maladies intercurrentes. Un lépreux devenu tuberculeux par suite de l’envahissement des bacilles de Koch succomba à la phtisie pulmonaire, presque guéri de sa lèpre. Les bains de chaux répétés et prolongés produiraient aussi des améliorations locales: affaissement, diminution et môme disparition des lépromes cutanés, mais toujours d’une manière temporaire et passagère. Le Dr Magalhaës m’a écrit qu’il est profondément convaincu que la lèpre peut guérir, même spontanément.

Tous les léprologues expérimentés, qui ont observé dans les foyers même les plus actifs de la maladie, ont vu la lèpre s’arrêter après une marche plus ou moins rapide, parfois extrêmement lente et plus ou moins destructive, et cela même sans l’intervention d’aucune médication. Quelques médecins, témoins de tels arrêts, temporaires ou définitifs de la maladie, n’ayant pas vu assez de lépreux, se sont mis à proclamer l’efficacité de telle ou telle drogue mise en usage. Ils ont ainsi bien vite entonné la fanfare en l’honneur de leur prétendue découverte. Erreur prouvée par la rareté de tels succès, par le réveil de la maladie au bout d’un laps plus ou moins long de temps et par l’échec des léprologues les plus compétents qui ont voulu contrôler l’effet de ces médicaments merveilleux.

Le Dr Jeanselme fit traiter par Darbois, dans son laboratoire d’électrothérapie, plusieurs lépreux présentant des manifestations variées. Il a vu la radiothérapie faire régresser et même disparaître les lépromes récents. Les rayons ont été filtrés sur aluminium. Une pigmentation succéda aux lépromes. L’état général ne se modifia pas ; la photothérapie n’eut pas de succès. Les douleurs ne sont pas toujours modifiées par elle ; parfois même elles sont exaltées, bien qu’au premier moment amoindries. Ces améliorations sont donc éphémères; leur durée n’excède pas quelques semaines. L’irridation doit être appliquée sur le trajet des gros nerfs. Les rayons ne doivent pas dépasser 5 H. La haute fréquence, selon le Dr Jeanselme, exerce une influence heureuse contre les douleurs spontanées et les démangeaisons. Au bout de io séances elle serait bienfaisante contre les atrophies musculaires, en même

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temps que les courants galvaniques continus, la rééducation motrice et les courants faradiques ; mais ces moyens doivent être employés d’une manière discrète. Les maux perforants peuvent être traités par X étincelle de haute fréquence employée de huit en huit jours, de 4 à 5 centimètres de longueur et de trois minutes de durée (séance du 7 décembre 1911 de la Société de dermatologie de Paris).

Boinet fit à un malheureux lépreux, couché dans son service à l’hôpital, 3935 (!) piqûres d’abeilles, du 3o novembre au 23 janvier 1913. Il commença par 8 piqûres par jour et arriva progressivement jusqu’à 200 ! Les ulcérations lépreuses se sont cicatrisées. Les lépromes de la face se sont considérablement améliorés. Le Pr Gaucher ajouta que le venin du serpent cobra aurait fait disparaître les papules lépreuses. Il rapproche le fait précédent des essais pratiqués par le venin des serpents et le chlorate de potasse, qui sont des méthémoglobinisants. En effet le Dr Carot, de la Guadeloupe, a essayé le chlorate de potasse comme méthémoglobinisant jusqu’à 12 grammes par jour. Les lépromes se seraient affaissés consécutivement.

Brocq et Pomaret vantent les injections avec le mélange suivant : 70 parties de chaulmoogra et 3o d’huile d’eucalyptol. Ce mélange reste fluide et transparent à toutes les températures ; on doit l’enfermer dans des ampoules de deux centimètres cubes. Ce mélange est bien moins douloureux que l’huile pure de chaulmoogra.

Les Verteuil, de la Trinité, ont employé le Salvarsan chez 9 lépreux dont 8 étaient tubéreux et 1 anesthésique, en émulsion huileuse injectée dans les fesses. Tous ces malades ont présenté une amélioration de leur état général, et deux mois après, les lépromes ont diminué de volume et se sont ramollis. Chez un lépreux anesthésique, une tache jaune qui couvrait presque tout l’abdomen a disparu. Le nombre des bacilles aurait diminué aussi ; ils devenaient granuleux et s’assemblaient en masses cornées, principalement chez le lépreux anesthésique. Ces auteurs conseillent de faire une injection toutes les trois ou quatre semaines et surtout au début de la lèpre; il n’y aurait aucun danger, si les yeux et les reins sont sains ( British Med. Journ., 23 septembre 1911).

Dans la séance du 7 décembre 1911 de la Société de dermatologie de Paris, le Dr Jeanselme fit part des expériences qu’il

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entreprit sur quelques lépreux avec le Salvarsan. 11 n’en a obtenu aucun effet utile chez une femme atteinte de lèpre maculeuse avec anesthésie et amyotrophie; il fit quatre injections intraveineuses de 4o à 5o centigrammes de 606, sans la moindre amélioration : réaction modérée et légère turgescence temporaires. Chez un autre lépreux, tourmenté par des douleurs névritiques des cubitaux, deux injections intraveineuses de 4o et de 5o centigrammes n’ont procuré le moindre soulagement, comme chez la malade précédente ; l’exanthème devint plus floride pendant quelques heures et voilà tout. Enfin dans un cas de lèpre nodulaire, trois injections intraveineuses faites à une dizaine de jours d’intervalle n’ont produit aucune modification des lépromes. Le Pr Gaucher n’eut non plus aucun résultat heureux dans ses expériences, tandis que Peyri Rocomora aurait obtenu 17 fois de bons résultats ( Bulletin de l’Institut Pasteur , i5 janvier 1 9 1 3) . Ehlers, de Copenhague, n’eut pas de meilleurs effets, ainsi que Gioseffi, Isaac, Senator et Benda ; Monte-Santo dit au contraire avoir eu un succès chez une lépreuse ulcéreuse. Ne s’agirait-il pas de syphilis ?

Brock n’eut, après de telles injections, qu’une amélioration de l’état général. Aussi renonça-t-il à ce traitement. A ce propos Balzer a dit avoir employé les injections d’hec/tine chez quelques lépreux et remarqua un relèvement de l’état général et parfois la cicatrisation d’ulcérations lépreuses torpides.

Le Pr Photinos et le Dr Michaelidis d’Athènes ont expérimenté la séro-réaclion de Wassermann et la cuti-réaction de Pirquet sur 240 lépreux. Le W. fut positif n5 fois : 76 dans la tubéreuse et moins dans les autres formes. L’antigène employé fut l’extrait alcoolique du foie hérédo-syphilitique et l’extrait alcoolique de lépromes. La cuto-réaction fut positive chez 118 malades (Lepra, vol. XII, 1912).

Le i3 mars 1913, le Dr Jeanselme déclara à la Société de Dermatologie avoir traité des lépreux avec succès par les injections intramusculaires du mélange suivant : huile de chaulmoogra, lavée à l’alcool et filtrée sur coton, 20 grammes, gaïacol 1 gramme, camphre o,5o, huile de vaseline 20 grammes. Stériliser à no0 et répartir en ampoules de 5 centimètres. Balzer remplace la vaseline, non absorbable, par l’huile végétale. Boinet, de Marseille, présent à la séance, préfère les piqûres d’abeilles.

Le Dr Jeanselme publia, dans la Presse médicale du 2 décem-

bre 1911, un article sur /es nouvelles médications antilépreuses. Il commence par cette conclusion générale anticipée qui résume en une phrase tout le travail : Il n’y a pas de remède spécifique de la lèpre.

En commençant par l’huile de chaulmoogra, si prônée et partout employée, il énumère toutes les drogues qui ont donné des illusions à tour de rôle à tant de médecins, et qui n’ont produit que des déceptions lorsque d’autres que leurs promoteurs ont voulu contrôler leur efficacité surfaite. C’est que ceux qui n’ont pas suffisamment étudié la lèpre et qui 11’ont pu suivre longuement ses péripéties, ignorent la marche intermittente de l’affection, avec arrêts et reculs fréquents ; je dirai même ses améliorations spontanées et même ses guérisons, bien que rares, sans aucune intervention, ainsi que nous l’avons maintes fois constaté, chez des misérables lépreux vivant, comme en Orient, dans les privations les plus cruelles,, dans la saleté la plus immonde; ces allures s’observent principalement lorsqu’on a amélioré les conditions générales de leur existence, surtout au point de vue de l’hygiène. On est porté à attribuer à la drogue, fortuitement employée, toute amélioration survenue chez ces malheureux. Quoi qu’il en soit, l’huile de chaulmoogra n’est pas toujours tolérée. Le Dr Jeanselme l’a employée en la faisant enrober dans des capsules kératinisées qui résistent au suc gastrique et ne se dissolvent que dans l’intestin. Mais même ainsi, il y a peu de lépreux qui puissent la continuer pendant des mois et des mois et à cent gouttes par jour, dose qui paraît parfois modifier la marche de la maladie, notamment dans les formes tubéreuse et mac.11leuse. Les injections sous-cutanées n’ont réussi qu 'une seule fois entre les mains de leur promoteur, le Dr Tourtoulis du Caire. D’ailleurs me rendant tous les ans au Caire pour y passer l’hiver, nous avons suivi ce malade, un Copte très riche, que nous avons vu encore il y a peu de temps dans un état piteux à cause des progrès de la maladie. Ce cas de lèpre tubéreuse débuta il y a 12 ans et suivit sa fatale évolution ; la face devenue léonine, épouvantablement déformée, rendait ce malheureux méconnaissable, les lépromes se sont partout ulcérés, les yeux furent atteints et la vue très compromise ; tout le corps presque en suppuration exhalait une terrible infection...,, la cachexie profonde terrassa ce malheureux.

Nous aimons à croire que le Dr Tourtoulis, de la probité

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scientifique duquel on n’a pas le droit de douter, a perdu de vue son unique lépreux soi-disant guéri (car il n’a expérimenté les injections de chaulmoogra que chez ce lépreux); sans quoi il aurait complété son observation et avoué sa déception. Plusieurs confrères du Caire savent à quoi s’en tenir. Ce malade fut soumis à des centaines d’injections sous-cutanées de chaulmoogra pendant près de cinq ans. D’ailleurs bien des léprologues ont vraiment employé l’huile en injections {Hallopeau, Raynaud d’Alger, Amaral...) sans le moindre succès.

Le Dr Jeanselme emploie en dernier lieu la formule suivante: huile de chaulmoogra lavée à l’alcool, filtrée sur coton et stérilisée à ioo°, et huile composée comme suit: gaïacol, o,5o, camphre, 0,26, huile de vaseline et vaseline stérilisées et filtrées, 5 grammes; une injection de 6 centimètres de ce mélange est renouvelée trois fois par semaine ; ce qui équivaut à i4o gouttes du -principe actif; mais le Dr Jeanselme ne dit pas en avoir tiré grand profit.

Engel bey, directeur général de la statistique médicale du gouvernement égyptien, propose d’employer fantiléprol ou huile purifiée, en capsules, à la dose de 2 à 5 grammes et pen dant un ou deux ans*(Policlinique Munich, 1910). Le Dr Engel, avec qui j’ai eu bien des conversations scientifiques sur la lèpre, n’a dit nulle part avoir guéri des lépreux. Nous restons donc toujours dans les théories et les illusions.

Piccardi de Turin a employé aussi fantiléprol (l’éther éthylique de l’acide de l’huile de chaulmoogra), en capsules à la dose de 5o centigrammes à 1 gramme par jour. Ce produit serait facilement toléré. On pourrait l’employer aussi en injections intramusculaires de 1 à 2 grammes par jour. Résultats: amélioration de l’état général, cicatrisation des ulcérations, résorption des nodosités, réapparition de la sensibilité douloureuse, diminution et disparition progressive des bacilles.

Le Dr Rost des Indes prétend avoir cultivé le bacille de la lèpre, et de ces cultures il retire la léproline , un spécifique! Cependant, tout d’abord, personne n’a réussi jusqu’à présent à cultiver le bacille de Hansen (Gaz. med. of India, 1904).

Beurmann et Gougerot ont employé la léproline à l’hôpital Saint-Louis et parurent très satisfaits d’abord ; mais l’amélioration fut toujours temporaire. Aussi y ont-ils renoncé.

Voici encore un merveilleux spécifique du DrDeyck de Ham-

bourg, la nastine. Ce serait une graisse bactérienne retirée des cultures du streptothrix léproïde. En la combinant avec le chlorure de benzoyle on fabrique la Nastine B dont il y aurait trois préparations plus ou moins concentrées, employées en injections cutanées. Le Dr Deycke aurait eu de magnifiques succès, q4 fois sur ioo ! A la deuxième conférence sur la lèpre, tenue à Bergen en 1909, Kuppfer de la léproserie de Kuda (Eslhonie en Finlande, Russie d’Europe), Williams de Bushire, Biehler de Riga ont déclaré avoir obtenu des effets très concluants par la nastine. D’autre part de nombreux léprologues ont déposé, séance tenante, contre ces témoignages élogieux, pour n’avoir eu que des échecs : Brincherhoff et Wayson ont employé ces injections sans profit pendant 5 et même i5 mois, et l’accusent de déterminer, parfois, des douleurs musculaires violentes. Macleod s’est inscrit aussi en faux, car l’état de ses patients en fut aggravé. Kitasato du Japon n’a pas eu à s’en louer non plus. La conclusion du léprologue distingué, Ashburton Thompson de la Nouvelle-Galles, fut que la nastine est une substance inerte. Lenz, de Begamoio, est du même avis, ainsi que Gordon Messum. Le Dr Jeanselme n’a pas eu à se louer non plus de la nastine qu’il employa pendant six mois chez quelques lépreux. J’ajouterai que les expériences du Dr Deycke ont été instituées d’abord à Constantinople, où il dirigeait un service à l’hôpital dépendant de l’école de médecine. Ses élèves mêmes qui l’assistaient n’ont pas partagé l’enthousiasme du maître. J’ai vu plusieurs de ces malades censés améliorés ou guéris, la lèpre a continué bel et bien à évoluer chez eux et à suivre son cycle, parfois lentement, ou par étapes d’arrêt et d’amélioration apparente, comme cela a lieu très souvent, pour ne pas dire presque toujours ; mais je n’ai pu constater un seul cas de guérison. Aussi les successeurs du Dr Deycke ont-ils renoncé à l’emploi de la nastine à Stamboul. Tant il est vrai que les meilleurs esprits s’emballent souvent dans leurs découvertes personnelles !

Beurmann et Degrais ont employé la radiothérapie. Les douleurs des névrites furent combattues, la sensibilité revint, les lépromes des oreilles et de la face se sont affaissés et disparurent à la suite de ce traitement indolent. On a employé aussi les rayons X, la haute fréquence, les courants galvaniques et faradiques. Sequeira, Scholtz, Oudin, Wilkinson de Manille, G. Pernet, Mattheus, ont obtenu de bons effets des rayons X ;

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ils favoriseraient la cicatrisation des ulcères et la régression des lépromes. Selon Heiser, la radiothérapie fait disparaître les bacilles meme dans le mucus nasal. Brault d’Alger ne partage pas cet enthousiasme. Kalindéro employait extérieurement le pétrole avec succès aussi.

Les médecins de l’hôpital Saint-Louis du siècle dernier, Biett, Gazenave et leurs contemporains, employaient les vésicatoires, les bains sulfureux, ceux de vapeur, les pommades irritantes, les préparations arsenicales. Ils avaient aussi remarqué que les mercuriaux aggravent la situation ; puis, après les caustiques, ils avaient recours aux émollients ; ils insistaient sur la nécessité de quitter les pays où les malades avaient contracté la lèpre.

Je ne dirai rien de quelques autres sérums inventés dernièrement et que des entrepreneurs d’affaires ont tant fait mous-ser, en inondant l’univers de leurs prospectus pompeux où figurent les guérisons les plus merveilleuses ! Aucun léprologue n’a eu à s’en louer, bien que par devoir de conscience ils en aient entrepris l’expérimentation sur une vaste échelle (sérum de Bombay, etc.) Le Dr Gottard, de Lisbonne, expérimente en ce moment l’acide phénique en injections, selon les indications du Pr Bertorelli.

En Orient, en Anatolie, des médicastres traitent la lèpre tubéreuse ulcérée par la succion répétée tous les 2 jours, en se gargarisant souvent la bouche avec de l’eau vinaigrée. Un de mes lépreux fut ainsi traité même à Stamboul. Il paraîtrait que cette pratique est une survivance des temps antiques, en Troie. En effet, il est dit dans l’Iliade, chapitre iv : « Lorsque le perfide Pandarus blessa par sa flèche Ménélas, Machaon, fils d’Esculape, a sucé la plaie » conformément à l’habitude d’alors, empruntée à l’instinct des chiens.

En Egypte, Godard a vu frotter la peau d’un lépreux avec un gros serpent cuit. Les fellahs soignent les lépreux en les phlébotomisant ou bien par des scarifications ; ils les purgent et emploient aussi les cautérisations au fer rouge, en traçant des lignes autour du cou, des poignets et des malléoles pour arrêter l’envahissement par les néoplasmes.

Après une longue série d’expériences variées, voici en dernier lieu le traitement que nous avons adopté. Il y a d’abord ce fait unanimement reconnu et que l’on ne doit pas oublier. Le changement du milieu; le transport des lépreux du foyer

où ils ont contracté la lèpre dans une localité non lépreuse suffît souvent pour améliorer l’état du patient, pour arrêter la marche de la lèpre et pour rendre bien plus efficaces toutes les autres mesures et meme les médicaments déjà employés sans succès dans la patrie des lépreux. Parfois rien que le changement de séjour entrave définitivement l’évolution de la lèpre. C’est ce qui arrive aux lépreux Scandinaves émigrés en Amérique et aux lépreux exotiques venus à Paris. Vient après, l'heureuse influence de l’amélioration des conditions hygiéniques ambiantes et personnelles. Nous avons vu en Norvège même l’état des lépreux s’améliorer et la maladie s’arrêter par le seul fait que les lépreux, vivant misérablement dans leur taudis, ont été transportés dans les asiles de Bergen, de Molde et de Tronjem où ils rencontrent la propreté et le bien-être. Ainsi sans changer de climat, sans quitter les foyers actifs où ils ont été atteints, sans traitement pharmaceutique le moindre, ces malades voient leur état s’amender d’une manière surprenante. C’est ce que j’ai obtenu aussi maintes fois chez mes lépreux, lorsque je pouvais changer les conditions générales déplorables dans lesquelles ils se trouvaient. Après la propreté de l’habitat et de l’individu, c’est l’alimentation qui constitue le point essentiel du traitement. Le f)r Hutchinson est donc dans le vrai ; on doit le reconnaître, sans exagération. En Orient, partout où la lèpre existe, le peuple, outre sa saleté sordide, se nourrit d’aliments putrides : poissons salés altérés, huile d’olives rance, charcuterie en décomposition, saumures ; en outre il fait de grands abus alcooliques ; toutes ces substances agissent sur les humeurs par leurs toxines et prédisposent à toutes les maladies cutanées, par le botulisme et l’élimination de ses poisons par les téguments. La lèpre est une maladie humorale, malgré son bacille qui trouve alors son bouillon de culture. L’alimentation par les poissons putrides modifie le terrain et favorise ainsi, dans les localités lépreuses, l’acquisition de la maladie ; elle aggrave aussi de plus en plus l’état des lépreux. L’immunité, en général, des Européens, vivant dans Les endroits où la lèpre est endémique, est due à leur propreté et à leur régime alimentaire. Lorsque l’état de leur profonde misère ne rend pas la chose impraticable, nous appliquons le régime lacto-végétarien. Nous supprimons les alcooliques, les épices, les condiments, les aliments putrides (caviar, sardines, thons, l’huile d’olives rance).

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Chose curieuse: dans toutes les îles de la mer Égée et en général partout en Orient où la lèpre est endémique les populations abusent des poissons conservés putrides, principalement de la morue infecte et d’un caviar rouge très puant. Ce dernier consiste en œufs de poissons salés tassés dans de grands barils, produit nauséabond que tous les épiciers vendent à très vil prix. Le peuple en est très friand. Il consomme aussi de grandes quantités de mauvais alcool pour combattre l’inextinguiblê soif que ces putridités très salées déterminent, et cela pendant les longs jeûnes de l’orthodoxie (pendant plus de 200 jours par an !). La propreté du corps et de l’habitat joue un grand rôle, et d’autant plus que la grande majorité des lépreux miséreux d’Orient présentent simultanément des affections cutanées vulgaires ; un bain savonneux (savon noir, savon de Marseille ou de Crète, savon d’acide phénique ou d’ichthyol) est prescrit par semaine. Mais bien des lépreux ne consentent pas à se baigner; ils ont horreur de ce moyen de propreté, sous prétexte qu’il ravive les ulcérations.

L’huile de chaulmoogra nous a paru influencer souvent très heureusement la lèpre tubéreuse ; mais la plupart de nos lépreux n’ont pu la tolérer à haute dose, et pourtant elle n’est efficace que longuement continuée tout au moins à 2 et 3 grammes par jour; mêlée à l’huile d’amandes ou d’olives et en injections, elle parut contribuer parfois à la régression des lépromes ; mais on ne doit oublier que ces améliorations et ces arrêts ont souvent lieu spontanément et surtout lorsque les malades sont placés dans de meilleures conditions hygiéniques et, qu’après des rémissions plus ou moins prolongées, la maladie se réveille et reprend son évolution. Encore une fois, c’est pour avoir ignoré ces allures capricieuses fréquentes de la lèpre, principalement de la tubéreuse, que des médecins se sont hâtés de proclamer l’efficacité de leurs découvertes et la guérison de quelques lépreux qu'ils ont eu à soigner.

Nous combattons les poussées aiguës des formes tubéreuse et maculeuse avec congestions érysipéloïdes, bouffissure, fièvre, courbature.., par l’ergotine à haute dose à l’intérieur, ou l’ergotinine en injections. Nous déclarons que l’ergotine employée par nous, chez de nombreux lépreux, pendant des mois et à forte dose, jusqu’à 2 et 3 grammes quotidiennement, n’a jamais déterminé V ergotisme. Nous avons presque toujours eu à nous féliciter de l’action anticongestive de ce précieux

vaso-constricteur. Ces congestions intenses de la face portent des lépreux à enfoncer leur tête plusieurs fois par jour dans un seau plein d’eau froide.

Les préparations arsenicales produisent des effets salutaires indistinctement sur toutes les formes de la lèpre, en agissant sur l’état général. Pendant nombre d’années nous employions la solution de Fowler, avec interruption de 8 jours par mois; mais depuis quelque temps nous avons recours à l’hectine par la bouche ou en injections sous-cutanées. Aux malades épuisés nous administrons les toniques et principalement les préparations de quinquina. Enfin, les ulcères et les lépromes en suppuration sont aseptisés par les lotions au lysol et pansés avec une pommade ichthyolée.

Léopold II, le grand duc philosophe, disait à Lamartine, à propos de l’assainissement des Marennes Toscanes : je travaille dans le sens de la nature. Lorsque la lèpre tubéreuse marche vers la guérison spontanée, les exsudats plastiques, les lépromes, tubercules ou placards, suppurent, et leur destruction spontanée est suivie d’une cicatrisation stellée ou en nappe, parfois très lente, qui épuise le sujet et expose à la septicémie par la résorption des produits putrides de ces suppurations interminables. J’ai donc pensé qu’en imitant la nature médicatrix, en détruisant par le thermo-cautère ou par le galvano-cautère, successivement tous les lépromes, par lots, par régions, et prévenant ainsi leur suppuration, je mettais le malade à l’abri des accidents de celle-ci et que je prévenais la grande débilité qui survient chez les lépreux tubéreux, par suite de la longue durée de ces abcédations spontanées bienfaisantes, si le malade y a pu résister. En outre, la cautérisation par le couteau ou la pointe du platine chauffé à blanc détruit les microbes et arrête leurs colonisations en les entourant d’un tissu cicatriciel infranchissable qui rend impossible leur migration. Ainsi les bacilles sont en partie détruits sur place, en partie emprisonnés par les tissus cicatriciels, et l’économie est mise à l’abri de leurs toxines. La cachexie est ainsi prévenue. Vu leur insensibilité absolue les lépreux voient avec stoïcisme leurs chairs fumer pendant l’ignition ; constatant leur amélioration, ils viennent réclamer une ou deux fois par semaine leur séance, et nous lotissons ainsi la surface cutanée en départements que nous attaquons par le feu les uns après les autres. Pour rendre les cautérisa-

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tions plus faciles et détruire les plus petits lépromes, nous avons fait fabriquer des pointes fines, en platine, que nous enfonçons dans l’épaisseur des exsudats, en les maintenant chaque fois pendant une ou plusieurs secondes dans l’épaisseur même des lépromes. En prenant les précautions voulues nous cautérisons rapidement même les lépromes des conjonctives et de la cornée pour prévenir les panus, et ceux du palais, du voile et les accessibles des fosses nasales : nous en faisons autant des ulcérations de ces régions. Les applications sur les parties cautérisées, de compresses trempées dans l’eau phéniquée ou lysolée sont faites pendant quelques heures ; puis, l’on continue les pansements avec la pommade ichthyolée. La théorie et la pratique plaident à la fois en faveur de la destruction des lépromes, par la cautérisation que j’ai été le premier à employer (Déclaration au Congrès international de Copenhague 1882). Bien que le galvano-cautère agisse comme le thermo-cautère, nous le préférons parce qu’il épargne aux patients la vue du métal rougi d’avance, comme pour les torturer.

Lorsqu’il n’y a ni lépromes, ni ulcères, comme dans les formes tropho-nerveuse et mutilante pures, les cautérisations ignées n’ont pas leur raison d’être. Dans la forme lazarine ou ulcéreuse, les cautérisations rapides pratiquées une ou deux fois par semaine et les pansements antiseptiques nous ont donné de bons résultats, conjointement avec le traitement interne et l’observance sévère des mesures hygiéniques cidessus mentionnées/

Lors de notre visite à la léproserie de Moldé, en Norvège, le distingué léprologue Kaurin, directeur de l’établissement, nous montra plusieurs lépreux tropho-neurotiques dont il préserva les yeux par la suture des paupières. En effet la lagophtalmie, qui résulte de la paralysie des paupières, expose la cornée à des altérations profondes par suite de la nonlubréfaction par le clignotement, altérations qui vont jusqu’à l’ulcération et la fonte de l’œil. Or le Dr Kaurin suture les deux paupières après en avoir ravivé les bords et ne laisse libre que la petite partie correspondante à la pupille. Le patient peut ainsi conserver la vue, et la cornée est mise à l’abri de toutes les funestes conséquences de son exposition permanente à l’air. Nous avons fait chez quelques malades cette petite opération, si simple dans son exécution, et toujours avec succès.

Dans la forme mutilante, nous amputons les doigts atteints de ces panaris indolores interminables et nous pratiquons aussi les pansements antiseptiques.

Enfin dans la forme tropho-nerveuse simple, le traitement interne, le massage des muscles atrophiés, leur faradisation, leur rééducation trouvent leurs indications. Cette dernière forme revêt alors une allure très lente ; la vie est rendue supportable et se prolonge pendant 20, 3o et même 4o ans. L’électricité des téguments est aussi utile contre les stases sanguines sous forme de taches violacées qui aboutissent 'Souvent à la formation d’escarres. Si des lépromes ou des ulcères venaient à compliquer la situation, nous avons recours encore aux cautérisations et aux pansements antiseptiques. J’ai ainsi vu guérir bien des lépreux. Je les pansai/, Dieu les guaryt ; cependant on ne doit pas oublier que la lèpre étant une maladie générale, un traitement local seul, quel qu’il soit, est absolument insuffisant pour la combattre avec efficacité.

Le bien regretté Straus, professeur à la Faculté de Paris, essaya les injections de tuberculine chez quelques lépreux ; entre autres sur un lépreux de la forme mixte, avec lépromes. Il s’agissait de ce Belge qui servit au Tonkinà la légion étrangère pendant 8 ans, hospitalisé dans son service à la Charité. Ce malade présentait de l’atrophie musculaire des régions thénar, hypothénar et des interosseux, avec sclérodactylie, mutilations de plusieurs doigts et orteils, maux perforants, perte de la sensibilité thermique et de celle à la douleur, avec persistance du tact. Le jury pour la nomination d’un médecin des hôpitaux diagnostiqua une syringomyélie lorsqu’il s’agissait d’un lépreux classique, et le candidat aussi, qui fut nommé à l’unanimité. Quoi qu’il en soit, c’est à ce malade que le Dr Straus fit une injection de 2 milligrammes de tuberculine qui provoqua une réaction violente. Au bout de 24 heures la température atteignit 4o° et dura 48 heures ; cette fièvre fut précédée de frissons et de céphalée avec courbature.

Le Dr Straus m’a remis un petit flacon de tuberculine pour faire des expériences sur mes lépreux à Constantinople. Bien que je ne l’aie injectée d’abord qu’à la dose d’un milligramme, pour tâter la susceptibilité individuelle de mes malades, j’ai eu chez quelques-uns d’entre eux les mêmes accidents que le Dr Straus. Chez d’autres, à la seconde injection de 2 milligrammes, la fièvre a persisté pendant plusieurs jours. Néan-

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moins, tout en agissant avec prudence, j’ai répété les injections une ou bien deux fois par semaine, selon que la réaction était modérée ou intense. J’ai dù bien vite renoncer chez quelques lépreux tubéreux par suite de leur intolérance ; chez d’autres ce traitement fut continué d’une manière exclusive pendant un ou deux mois, sans résultats favorables. Aussi y avions-nous définitivement renoncé !

Nous mentionnerons à 'peine les moyens originaux et absurdes employés par les peuples, principalement par les anciens pour combattre la lèpre. Au moyen âge on a souvent pratiqué la castration. On avait soutenu que cette mutilation arrêtait les progrès de la maladie. Ne serait-il pas plutôt pour empêcher les progrès de la maladie par hérédité ? Toujours est-il que des membres du clergé ont été ainsi asexués. Le pape Innocent 111 permit, par lettre adressée à l’évêque de Paris, au prêtre Michel, castré pour raison de lèpre, de conserver sa dignité et de continuer à dire la messe, bien que les eunuques fussent exclus de l’église latine. Par contre dans la vieille Byzance, les prêtres pouvaient êlre castrés. Il y a eu des Archevêques et même un Patriarche ennuque. Nous trouvons que c’est plus logique ; puisque l’église catholique défend le mariage au clergé et que les organes sont du superflu, autant les supprimer et éviter ainsi bien des scandales.

Pour empêcher la procréation des lépreux hommes et femmes on pourrait mettre à contribution les progrès de la radiothérapie, et détruire par les rayons X leurs facultés prolifiques en agissant sur les testicules et les ovaires. Empêchez les vices de naître et vous aurez fait assez pour la vertu , a dit J. -J. Rousseau. Empêchez les léprosables de naître et vous aurez beaucoup fait contre la lèpre, en la prévenant. Cette opération faite conformément aux derniers progrès de l’art n’offre aucun danger pour les patients. On sait que certains gouvernements de l’Amérique asexuent ainsi les êtres défectueux qui lèguent à leurs descendants une hérédité morbide. On prive ainsi du droit de paternité les citoyens indignes C’est là une mesure Eugénique pour éviter la procréation d’êtres indésirables (fous, épileptiques, criminels, etc.). A Indiana, à Connecticut, Californie, Newada, New-Jersey, Washington et même à New-York, plus de 220 asexualités furent réalisées, en pratiquant la vasectomie chez les hommes et la salpingectomie ou l’oophorectomie chez les femmes. Dans certains

états d’Amérique, il est interdit au tuberculeux de se marier. Cette mesure est frappée au coin de la logique et devrait être appliquée rigoureusement aux lépreux.

Conclusions. — La lèpre est une maladie curable. Les lépreux peuvent guérir spontanément et lors même qu’ils se trouvent dans les plus ignobles léproseries d’Orient, croupissant dans la plus sordide saleté, dévorés par la vermine, affamés, non pansés, non lavés même.

L’organisation des colonies agricoles met les lépreux dans les meilleures conditions pour obtenir leur guérison ou tout au moins pour arrêter les progrès de la maladie et leur rendre la vie tolérable. C’est un devoir impérieux que d’établir de telles colonies partout où règne la lèpre. La solidarité et l’assistance honorent l’humanité. Les déshérités doivent avoir la première place dans la sollicitude des gouvernants, selon la noble formule inscrite par la convention dans la déclaration des droits de l’homme. Les secours sont une dette sacrée, surtout vis-à-vis de la partie de l’espèce humaine le plus à plaindre, les malades privés de ressources (Diderot).

Les avantages des colonies agricoles sont incontestables. Les lépreux y sont installés dans les meilleures conditions hygiéniques. Par leur travail, selon la capacité et l’état de validité de chacun, ils peuvent pourvoir eux-mêmes en leurs dépenses en totalité ou en partie et 11e pas être à la charge des gouvernements et de la charité publique. Ces colonies ont partout prospéré. En plus, les malheureux lépreux, abandonnés à l’oisiveîé, souffrent moralement. Ils concentrent toute leur pensée sur leur malheureux sort et plusieurs d’entre eux tombent dans la plus profonde mélancolie. Ils deviennent Lypémaniaques et perdent même la raison. Ceux qui sont atteints dès leur enfance subissent un arrêt dans leur développement physique et en même temps dans l’évolution de leurs facultés intellectuelles. Tous, tristes et moroses, peu communicatifs et même plongés dans le mutisme, ils ne s’intéressent guère à rien et concentrent toute leur attention sur leur affreuse situation ! L’oisiveté atteint leur psychisme. Le travail et l’occupation, selon leurs aptitudes, relèvent leur moral, les distraient et leur procurent, en dehors du nécessaire, quelques douceurs qui les réconfortent.

En outre ces colonies opèrent les restrictions réclamées par les collectivités saines, auxquelles on doit épargner la

TRAITEMENT ET CURABILITÉ DE LA LÈPRE

vue de tableaux hideux, ambulants. En plus on doit imposer le célibat aux lépreux, pour empêcher la procréation de candidats à la lèpre. En vue de cette urgente nécessité et vu leurs tendances libidineuses à certaines périodes de leur affection, il serait d’un intérêt suprême d’asexuer les lépreux par les rayons X, comme nous l’avons déjà dit.

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Travaux parus après l’impression du livre. — Au 18e Copgrès international des sciences médicales, tenu à Londres au mois d’août 1913, M. R os de YIndian medical service , a dit « avoir cultivé le bacille de Hansen, qu’il range parmi les streptothrix. Il pense que la lèpre est contractée par les vêtements infectés. Il aurait obtenu des résultats satisfaisants de l’emploi du léprolin : quatre guérisons définitives sur douze cas et quatre améliorations » c’est superbe ! M. Fraser (de Kuala Lampur) et Fletcher pensent qu’on n’arrive pas réellement à cultiver le bacille ; mais qu’on parvient à le garder vivant pendant longtemps, plus de 9 mois en petite quantité, relativement à leur nombre immense existant dans le fragment du tissu lépreux excisé. XL Bayon de Robien d’Islande montre, dans de nombreuses projections, les cultures qu’il a obtenues. Il a préparé un vaccin d’après les principes de Koch pour la tuberculine, et se loue des résultats obtenus dans le Sud-Afrique, par ce vaccin. M. Sims Wodhead de Cambridge fait remarquer que le bacille de la tuberculose ne produit pas toujours des lésions expérimentales après inoculation. Selon Bayon, on peut obtenir des lésions sur les rats, une fois sur vingt, lorsque par le bacille de la tuberculose on obtient des lésions typiques presque toujours.

Charles Martin de Londres ne partage pas l’avis de Duvai sur la constance du bacille de la lèpre. Les cultures du bacille présentent de grandes variations ; ce qui n’indique pas qu’il ne s’agisse pas du vrai bacille de Hansen. C’est à ces diverses déclarations que se sont bornées les communications concernant la lèpre, faites à ce Congrès. On voit qu’il n’y a pas grande moisson à y faire.

Nous avons déjà mentionné les travaux du Dr Marchoux; cet auteur vient de publier dans la Revue d'hygiène et de police sanitaire (août 1913) un excellent mémoire sur la lèpre. C’est un travail de laboratoire et d’érudition bactériologique. Ses.

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nouvelles expériences concernant la lèpre murine, découverte en 1903 par le Dr Stefansky, sont du plus haut intérêt. Mais est-on autorisé à appliquer à la lèpre humaine, qu’on n’a jamais pu inoculer aux animaux pas même aux rats, les résultats obtenus par inoculation de cette maladie murine sur les rats d’égout ? Certes non. La tuberculose a de nombreux points de ressemblance, même au point de vue clinique, avec la léprose, leurs bacilles ne diffèrent pas beaucoup, ils furent souvent confondus ; et pourtant il est inadmissible de conclure de l’une à l’autre, cliniquement parlant. A plus forte raison les expériences sur les rats et leur maladie, ressemblant quelque peu à la lèpre, ne saurait conduire à leur identité, pas même à leur similitude.

Quoi qu’il en soit, une éruption de tubercules, des places alopéciques et des ulcérations de la peau constituent la symptomatologie de cette maladie murine qu’on a appelée lèpre des rats. Un bacille acido-résistant, comme celui de Hansen, alement incultivable, fut constaté par Stefansky ; il en diffère morphologiquement. Selon le Dr Marchoux, il est au bacille de Hansen comme le bacille tuberculeux aviaire est au bacille tuberculeux humain; il est inoculable au rat sain. Cette maladie infectieuse fut constatée par l’autopsie dans certains lots de rats, dans la proportion de 4o pour 100. Dans les inoculations, les premiers foyers se montrent dans le ganglion lymphatique correspondant à la piqûre, d’où les germes envahissent le tissu conjonctif des muscles et des nerfs dont ils déterminent l’atrophie. La maladie reste insidieuse pendant longtemps. Les rats se communiquent cette maladie par morsure (ce qui n’est pas le cas dans la lèpre humaine). Elle ne se transmet pas par les voies génitales, ni par les insectes. Elle ne serait cliniquement diagnosticable que 0,60 pour 100 des rats parisiens. L’inoculation simultanée du bacille de Stefansky et du staphylocoque favorise la multiplication et la dissémination. Cette association est parfois spontanée chez les animaux. Cette affection ne tue pas les rats ; elle guérit spontanément, surtout à la suite d’une bonne alimentation.

Nous insistons sur le fait que la lèpre humaine ne put jamais être inoculée aux rats. Or ces deux maladies ne sauraient être identifiées; car elles ne sont pas de même nature

N’a-t-on pas voulu aussi, par analogie, identifier vainement la Dourine, maladie propre à la race équine, à la syphilis Zamba.co. Anthologie. 5o

humaine ? Le Dr Marchoux s’occupe longuement, dans son intéressant mémoire, de la lèpre humaine, sans y apporter cependant des observations personnelles. Le lecteur est même en droit de se demander si hauteur a étudié la lèpre surnature car il ressort de la lecture de son travail qu’il n’en a vu que huit cas, et son remarquable travail n’est qu’une savante compilation. Toujours est-il que ce bactériologue distingué dit qu’en présence d’un cas difficile à diagnostiquer , le microscope est impuissant à renseigner le médecin. Aussi l’article d’Eitner annonçant la présence, dans le sérum des lépreux, d’anticorps spécifiques a-t-il été bien accueilli. La réaction d’Eitner serait la réplique de celle de Wassermann pour la syphilis. A ce propos le Dr Marchoux expose longuement les si intéressants travaux de Bordet et de Bordet-Gengou. Mais on sait que toutes les deux réactions, celle de Wassermann et celle d’Eitner, ne sont pas spécifiques. Pour ne parler que de la dernière, Eitner s’est d’abord servi, comme antigène, d’un extrait aqueux de léprome, comme le Pr Gaucher et Abrami, Pasini, Akerberg, etc. Puis on s’est servi des antigènes les plus divers : produits hérédo-syphilitiques, cœur de cobaye, foie normal, tuberculine, peau normale, extrait de carcinome, lépromes durât... « La multiplicité des antigènes utilisés indique suffisamment l’indigence spécifique de la méthode. Aussi ne faut-il pas s’étonner qu’on l’ait accusée d’avoir fait quelque peu faillite. » Les résultats expérimentaux ne sont pas aussi beaux que les premières recherches permettaient de l’espérer; tous les lépreux ne réagissent pas; mais 80 sur ioo, et surtout les lépreux tubéreux chez lesquels on n’a pas besoin de chercher midi à i4 heures, le diagnostic étant très aisé. D’ailleurs les syphilitiques réagissent aussi aux antigènes lépreux (Jeanselme et Vernes). Il y a même des sérums de certains malades qui fixent l’alexine ou complément des Allemands, sans antigène. «En somme, la réaction d’Eitner ne diffère pas de celle de Wassermann, et le séro-diagnostic ne permet pas de se prononcer entre la syphilis et la lèpre, sans le secours de la clinique. » Cet aveu, fait par un bactériologue si distingué, est de la plus haute importance. Cependant, ajoute le Dr Marchoux, le séro-diagnostic est important dans les cas de lèpre fruste qui donnent fréquemment une séro-réaction positive.

Quant à la culture du bacille de la lèpre, le Dr Marchoux

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apprécie par une seule phrase, à leur juste valeur les prétentions de nombreux expérimentateurs qui ont pensé l’obtenir. Le nombre des savants qui ont cru avoir isolé le bacille de Hansen est bien grand; il est même trop grand, dit-il.

Dans le riche répertoire de divers bacilles acido-résistants, nous ne retiendrons que les expériences instructives du Dr Marchoux lui-même. « En inoculant sous la peau du rat du mucus nasal de lépreux, il a vu se développer, au milieu d’une infinité de germes étrangers, un bacille acido-résistant qui paraissait provenir de globies. Ce bacille a été cultivé in vitro sur des fragments d’organes stérilisés à 1 15°, je n’ai jamais pu l’obtenir pur. 11 n’est pas alcoolo-résistant ; on n’a pas encore réussi à inoculer la lèpre aux animaux et les résultats obtenus parles auteurs avec leurs germes de culture plaideraient plutôt contre la valeur de leur découverte. »

L’inoculation à l’homme ne réussit pas non plus. Le Dr Marchoux parle des résultats négatifs d’inoculation obtenus par Danielssen. Il réduit à sa nullité le cas de Kéanu, grâce à la conslatation du Dr Swift qui trouva des lépreux dans sa famille. Il répète qu’au Japon, selon Ashmead, on s’est servi sans précautions d’enfants lépreux comme porte-vaccin, et l’inoculation avec leur vaccin de sujets sains n’aurait jamais servi à la propagation de la lèpre.

Voici la conclusion finale du Dr Marchoux : le bacille de la lèpre n’est ni cultivable, ni inoculable. Le Dr Marchoux est contagionniste et dit très laconiquement avoir observé 8 cas de contagion. Quant à l’hérédité on n’hérite de ses parents, comme pour la tuberculose, qu’une plus grande aptitude à contracter la lèpre.

Pour lui les bacilles acido-résistants trouvés sur des pièces de monnaie d’une lépreuse ne sont pas significatifs, cette catégorie de germes étant très répandue dans la nature. Quant à la transmission de la lèpre par les insectes: moustiques, punaises, poux, « les bacilles acido-résistants sont légion et se rencontrent fréquemment chez les anthropodes ; s’ils ont la forme et les réactions colorantes du bacille de Hansen, ils n’en possèdent pas le pouvoir pathogène pour l’homme. Cependant les mouches nourries sur des ulcères lépreux auraient présenté, selon Lebeuf, des bacilles dans leurs intestins et leurs excréments. Si cela était vraiment démontré ce serait là une cause de contamination, comme pour la tuberculose

Les Acariens de la gale ont été incriminés aussi, comme les Démodex (Borrel). »

Le Dr Marchoux dit dans un paragraphe intitulé lèpre ganglionnaire « qu’il doit y avoir chez Fhomme, comme chez le rat des foyers ganglionnaires qui peuvent rester ignorés pendant longtemps, quelquefois pendant toute la vie du porteur de germes. Les bonnes conditions hygiéniques restreignant l’infection. Sugai (Cent. f. Bakt. orig., n décembre 1912) a constaté le bacille de Hansen dans les ganglions». Lebeuf, ainsi que nous l’avons déjà dit, a fait la même constatation ; mais ces malades portaient des signes indubitables de la lèpre. Sorel fit les mêmes constatations chez quelques individus vivant dans des foyers lépreux. Mais ces sujets étaient certes lépreux; car ainsi que nous l’avons déjà signalé plusieurs fois, un des premiers symptômes de la lèpre débutante est l’engor gement ganglionnaire et le plus souvent aux aines, sans solution de continuité, sans chancre lépreux, dans leur orbite d’action. Ces personnes étaient donc infectées tout bonnement, et il n’y a pas de raison pour créer une lèpre ganglionnaire.

Le Dr Marchoux mentionne aussi que des individus vivant parmi les lépreux, bien que sains, ont présenté des bacilles de Hansen dans leur mucus nasal (Falcao, Kitasao). Mais n’est-il pas de même pour ceux qui partagent la vie des tuberculeux et des typhiques. Enfin il admet, comme nous l’avons établi le premier, la lèpre fruste sans explosion pendant une vie de 3o ans, le germe, le bacille, restant cantonné, en un point quelconque de l’économie sans qu’il fût constaté (??) Ces cas erratiques de lèpre latente seraient la cause de la survivance de la lèpre dans certaines contrées (Bretagne, Cantal, etc.). Enfin, en sa qualité de contagionniste, il fait chorus avec ses coreligionnaires ; il craint l’explosion de la lèpre active en France et prêche la déclaration obligatoire et l’isolement déjà et quand même. Néanmoins il qualifie de draconiennes les mesures prises en Allemagne. Poursuivant la comparaison de la lèpre murine avec la lèpre humaine il conclut que les hommes comme les rats guérissent spontanément par une hygiène rationnelle. Enfin il prêche l’organisation de sanatoria dans l’intérêt des malades et de la société.

Bref, la maladie murine constitue une curiosité de la médecine vétérinaire et ne saurait être identifiée à la lèpre humaine.

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