‹ La lèpre à travers les siècles et les contréesChapitre 84 sur 124 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

tantôt la certitude de l’incertitude prudente à laquelle doivent se borner ceux qui n’ont pas l’occasion de voir par eux-mêmes. En outre, il suscite de nouvelles recherches de la part de ceux qui sont bien placés pour vérifier, par démonstratif) ad ocutos, les opinions opposées qui partagent aujourd’hui les dermatologues. En un mot il démontre le fait acquis que la constatation du bacille ne constitue pas un sine quanon du diagnostic de la lèpre, et que la contagiosité de la maladie en Europe est une fiction ; puisque à l’hôpital de Pasteur même on la diagnostique rien que par ses signes cliniques, sans se soucier de son microbe ; et, ce qui plus est, on place les lépreux dans les salles communes, sans aucune mesure de prophylaxie ; or le procès est gagné. « Théoriquement une maladie peut être groupée parmi les affections contagieuses, lorsque cliniquement et pratiquement, elle ne mérite pas cette désignation. De ce qu’il y a bacille il ne s’ensuit pas que la lèpre soit nécessairement contagieuse » a dit aussi The National leprosy Fund.

De l’étude comparative de la lèpre dans toutes les contrées de l’univers, il ressort que cette maladie mondiale n’épargne aucun coin de la terre, et qu’elle ne se comporte pas partout d’une manière absolument identique. Par exemple l’Européen rapatrié, après avoir gagné la lèpre dans les colonies, tout en foisonnant de bacilles qu’il disperse de tous côtés autour de lui, ne contamine personne. Donc le bacille est insuffisant à lui seul pour propager la lèpre. Il faut à la graine d’autres conditions de milieu et de réceptivité pour qu’elle germe. Or les décrets de la conférence de Berlin, si outrés, ne sont pas admissibles et leur proclamation a fait du tort à la science, comme elle fut néfaste pour les malheureux lépreux. La vie intime prolongée en toute promiscuité avec les lépreux, même la vie connubiale, ne transmet pas la lèpre en Europe. Le bacille lépreux y est inoffensif; on ne saurait répéter assez haut ces grandes vérités. La médecine n’est pas une science fictive et exclusivement livresque : mais issue de l’étude des malades, elle a pour base la clinique ; et lorsqu’il s’agit de son exercice, qui est son but essentiel, c’est-à-dire de soigner les malades, c’est la clinique qui doit constituer son unique flambeau. Le laboratoire peut bien éclairer souventla clinique ; mais il ne saurait jamais diminuer l’importance de son rôle, ni usurper sa place. L’observation est la méthode précise et

féconde des sciences; la théorie ne vaut qu’autant que la pratique la confirme.

Annexe. — Les monuments mégalithiques de l’ Armorique et leurs sculptures lapidaires sont dus aux Phéniciens qui y ont colporté aussi la lèpre , le morbus Phéniciens.

Lors de mon enquête scientifique en Bretagne sur la survivance de la lèpre, mon attention fut particulièrement attirée par les gravures des monuments mégalithiques des environs de Vannes, que je visitai en compagnie du Dr de Closmadeuc, président de la Société polymathique du Morbihan. J’exprimai, de prime abord, à ce savant confrère, ma surprise de leur ressemblance avec quelques signes tracés sur les monuments de l’antique Egypte et avec certaines lettres des premiers alphabets phéniciens.

Bien que, depuis cette date, des travaux de médecine aient absorbé tout mon temps, dans mes loisirs et pendant les nombreux voyages entrepris pour étudier la lèpre, la question des monuments mégalithiques armoricains a toujours hanté mes méditations, principalement pendant mon séjour en Palestine, à Chypre et en Egypte.

Et plus j’avançais dans mes recherches, plus j’acquérais la conviction que ces monuments funéraires étaient l’œuvre des sémites de Tyr et de Sidon.

Bien que, le domaine de la science générale devenant de plus en plus vaste, il faille se cantonner dans un de ses petits coins, il est permis, pensons-nous, de s’élever parfois au-dessus de son sujet restreint, de prédilection, et de jeter un coup d’œil sur les questions plus ou moins connexes, afin de saisir les rapports de ses diverses parties constituantes.

La propagation de la lèpre dans l’univers est due, avant tout, aux excursions des Phéniciens qui ont laissé partout des traces profondes de leur passage.

On ne saurait contester que ces premiers navigateurs, trafiquants d’instinct, si intrépides devant l’appât du gain, transportaient, par voie de mer, aux nombreuses contrées où ils abordaient, en Afrique, en Asie, en Europe, en même temps que les produits des divers pays, qu’ils échangeaient, les fondements de la première civilisation, et aussi le germe de la lèpre dont ils étaient affectés ; fait constaté par les médecins de l’antiquité, qui désignaient souvent cette maladie sous le vocable de morbus phœnicicus ou de mal de Tyr.

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Il convient, avant de s’occuper de leurs sculptures lapidaires, d’établir d’abord quelle est l’origine des monuments préhistoriques de la Bretagne, dont la construction remonte, il n’y a point de doute, à une époque de beaucoup antérieure à la conquête de l’Armorique par les Romains.

Les divers archéologues, les membres même de la Société polymathique, qui ont écrit sur les dolmens armoricains, les attribuent aux Celtes et qualifient les sculptures des mégalithes de griffonnages baroques ou bien d’ornements primitifs.

Pour nous, ce sont les Phéniciens qui sont les auteurs de ces monuments. En effet, ces coureurs de mer, ces marchands hardis confiaient leurs frêles esquifs à la fureur des flots, sans redouter ni le vent impétueux d’Afrique, ni la rage des vagues, sillonnant l’onde avec une audace inouïe. Lorsque l'Europe était encore dans les langes delà barbarie et de l’ignorance, ils ont été les premiers à nouer les relations internationales, cherchant l’imprévu, les aventures, et introduisant dans les pays où ils établissaient leurs comptoirs et leurs colonies, en même temps que leurs marchandises, les idées, les croyances et les divinités de la Chaldée, de l’Assyrie et de l’Egypte d’où ils rayonnaient dans l’univers entier.

A cette époque préhistorique, qui remonte si haut, l’Asie et l’Afrique, progressant dans la voie de la civilisation, construisaient déjà des monuments gigantesques, de plus en plus soignés, pour servir de tombeaux ou pour fixer des souvenirs capitaux.

Le mégalithisme était dans les goûts des anciens peuples d’Orient fréquentés par les Phéniciens, et il fut adopté par ces derniers.

Les livres saints mentionnent l’érection d’énormes blocs de pierre, comme trophées, par les Chaldéens, les Hébreux, les Syriens.

Il en fut élevé après l’entrée dans la Terre promise, ainsi qu’après la défaite des Philistins par Samuel.

On lit dans le Deutéronome (ch. 27, v. 5) : « lorsque vous aurez passé le Jourdain, vous élèverez de grandes pierres sur le mont Hébal, des pierres brutes et non polies ». Jacob en érigea aussi sur la tombe de Rachel. Plus tard, plusieurs de ces pierres ont servi aux sacrifices chez les Hébreux, les Egyptiens et même les Grecs.

Nous avons été émerveillé à la vue de ces blocs colossaux de pierre qui font la base du mur extérieur de la mosquée d’Omar, à Jérusalem, mur dit des Lamentations (des Juifs) et que l’on considère comme ayant fait partie du temple de Salomon.

Nous avons retrouvé des monolithes analogues et aussi gigantesques, superposés le long du mur extérieur du temple du Soleil (Bâal) à Baal-Beck, entre Beyrouth et Damas.

Quels efforts inouïs a-t-il fallu déployer pour le déplacement et la juxtaposition de ces pierres dont chacune mesure 20 mètres de longueur, sur 6 de hauteur et 7 de largeur ! Un ingénieur a évalué à la coopération de 4oooo hommes la force nécessaire pour déplacer les blocs de Bâal. A l’aide de quels appareils, par quels moyens de transport a-t-on pu faire mouvoir de telles masses, à des époques aussi reculées ? C’est là un secret qui demeure impénétrable, malgré les hypothèses émises î

Les ÉgypLiens archaïques n’érigeaient-ils pas aussi des monuments colossaux que la mécanique de notre temps, avec tous les engins qu’elle a inventés dans ses immenses progrès,, ne parvint à déplacer qu’à grand’peine ? Témoins les appareils inventés pour transporter et ériger l’obélisque de Louqsor sur la place de la Concorde, à Paris, qui sont gravés sur le socle, et l’aiguille de Cléopâtre à Londres. On n’a qu’à lire la revue Le Promethens peur se faire une idée des efforts déployés et des machines imaginées par les ingénieurs Cheney et Spiller, pour déplacer et tailler les trente-deux colonnes en granit de la cathédrale de New-York récemment construite. Et ces monolithes n’ont que 16 mètres de hauteur et ne pèsent chacun que 160 tonnes. Les menhirs, les dolmens, les cromlechs de l’Armorique et les monuments analogues de l’Angleterre, de l’Écosse et de l’Irlande reconnaissent probablement des auteurs qui, inspirés par les habitudes qui dominaient alors en Asie et en Égypte, ont reproduit ce qu’ils voyaient dans ces dernières contrées.

Avant d’aller plus loin, nous ferons remarquer que plusieurs monuments mégalithiques de l’Armorique présentent des dimensions surprenantes. Est-il admissible que les aborigènes, sauvages au moment de leur érection, aient été en état de remuer de telles masses dont le déplacement exigeait des connaissances et des moyens qu’ils ne pouvaient posséder ?

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Certes, ce sont des gens d'une intelligence supérieure et cultivée, qui furent capables de concevoir et d’exécuter de tels travaux. Et il n’y a que les Phéniciens qui, à cette époque reculée, profitant de l’expérience acquise des peuples qu’ils fréquentaient, aient pu entreprendre l’érection de tels monuments, à l’instar des Asiatiques et des Égyptiens. La table principale du dolmen de Loc-maria-quer (Morbihan), qui se trouve au confluent des rivières de Vannes et d’Auray, daterait de plus de 4o siècles ! Elle a 12 mètres de longueur sur 4,3o de largeur. Dans le voisinage, nous avons vu, gisant, les débris d’un obélisque quia eu 65 mètres de hauteur! Le grand menhir ou menhir bras, mesure 21 mètres de longueur sur 4 d’épaisseur ; son poids dépasserait, selon le Dr de Closmadeuc, 3ooooo kilogrammes.

Il y a plus. Tandis que les pierres de Carnac et de Saint- Michel sont purement bretonnes, d’autres, comme la table de Gavrinis, sont d’un grain différent de celui du sol de Pile. Donc, ces énormes blocs de granit y ont été transportés d’ailleurs.

Nous verrons plus loin que dans ces tombes préhistoriques de l’Armorique, on a trouvé des produits provenant de contrées très éloignées, de la Baltique, du golfe Persique et même de la Chine, que des navigateurs avaient transportés et inhumés avec leurs morts.

Sauvagère, officier de Louis XV, commandant des côtes, reconnut déjà dans les blocs de Carnac des pierres monumentales, semblables à celles citées dans les livres saints. Peut-être, dit-il, étaient-elles des trophées militaires, comme chez les Chaldéens, les Hébreux, les Syriens.

Les tumuli bretons ressemblent aussi à ceux de l’Asie et de la Troade qui ont contenu des cendres de héros ou de chefs. Quelques-unes des pierres mégalithiques de la Bretagne paraissent avoir servi à des sacrifices, comme le monolithe de file aux Moines (Morbihan) qui ressemble aux killing stones des Ecossais. Sur ces pierres on aurait immolé des hommes en l’honneur de Bel ou d’Osiris. On voit, sur plusieurs d’entre elles, un trou et un canal incliné. On y égorgeait et l’on regardait couler le sang, pour tirer des augures. D’autres fois, on brûlait aussi les victimes ; après quoi les cendres recueillies étaient placées sous l’autel.

La plupart des monuments mégalithiques bretons étaient

des chambres sépulcrales. A première vue, j’avais dit au Dr de Closmadeuc, qui avait la complaisance de m’accompagner et de me guider dans ces excursions, que je les trouvais ressemblants à certains monuments que j’avais vus à Chypre et en Égypte. En les examinant attentivement et en songeant à leur haute antiquité, j’avais exprimé à mon savant confrère, et cela avant toute recherche, qu’ils ne pouvaient être attribués qu’aux Phéniciens.

Maintenant, voyons quelles ont été les opinions des divers auteurs qui se sont occupés des monuments mégalithiques de l’Armorique. G. de Mortillet a dit, aux congrès de Stockholm, de Lille et de Paris, que des races différentes ont pu élever et employer ces monuments pour y enfouir des sépultures ; et que les dolmens ne sont ni l’œuvre ni la caractéristique d’un seul peuple. L’archéologue danois Worsæ est du même avis; J. Miln, le fouilleur de Carnac, pense qu’on a construit des monuments mégalithiques pendant l’âge du bronze et même l’âge du fer. M. Bertrand, membre de l’Institut, conservateur en chef du Musée de Saint-Germain, ne réprouve pas l’opinion qu’on construisait encore des dolmens du temps de César. Gaillard soutient, au contraire, que pour ce qui concerne l’Armorique, tous les cirts, tous les coffres, comme tous les dolmens ont été édifiés antérieurement à la connaissance des métaux. Cependant, on a rencontré dans quelquesuns de ces tombeaux du bronze, du fer et même de l’or (Danemark, cirts de Murgers), tandis que dans d’autres, les plus anciens, on n’a trouvé que du silex. La conclusion qui découle de toutes ces constatations, c’est que tous ces monuments ne sont pas contemporains; qu’il y en a qui datent de l’âge de pierre, tandis que d’autres sont, sans conteste, d’époques postérieures.

Dans un savant mémoire, le Dr de Closmadeuc se demande quels sont les peuples qui ont élevé les dolmens pour faire des tombeaux. Il cite, à ce propos, les auteurs qui les ont considérés comme romains, gaulois, kimriques, celtiques, préceltiques, primitifs, etc. Mais ce savant n’a pas pensé aux Phéniciens, pas plus que ses collègues de la Société polymathique du Morbihan, qui ont écrit sur le même sujet.

Nos recherches ultérieures nous réservaient un plaisir inénarrable. En fouillant dans la littérature armoricaine, sur les lieux mêmes, nous avons mis la main sur deux mémoires re-

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marquables dont l’auteur eut la même pensée et arriva aux mêmes conelusions que nous.

Perihouët voit, dans ces monuments mégalithiques bretons, des vestiges des mœurs asiatiques transmises par les Phéniciens ; mais son opinion n’a point prévalu. Elle tomba même dans le plus profond oubli.

Nous allons exposer brièvement les raisons qui militent en faveur de l’attribution aux Phéniciens des monuments mégalithiques de l’Armorique, et nous espérons que bientôt le lecteur lui-même partagera notre profonde conviction à cet égard. L’architecture de quelques-uns de ces monuments, et surtout les objets qu’ils renfermaient, établissent péremptoirement le fait. De plus, des antiquités égyptiennes, des statues préhistoriques découvertes dans l’Armorique, en tout pareilles à celles de l’Egypte pharaonienne, constituent des arguments éloquents et puissants dans la discussion qui va suivre.

Et d’abord, les monuments mégalithiques de l’Armorique sont tous situés à grande proximité de la mer qui, toujours envahissante, en a submergé quelques-uns.

Gérard et Dèsjardins, membres de l’Institut, admettent le fait ( Géographie de la Gaule romaine , 1876). Nous avons nousmême constaté la chose, en compagnie du savant Dr de Closmadeuc, en 1893. Pendant le jusant, la mer étant très calme, nous avons vu le cromlech d’Er Lassic, composé de 60 menhirs de granit, dont l’un a 5 mètres et demi de hauteur, et formant un curcle de 180 mètres de circonférence; il se submerge de plus en plus.

Selon Desjardins, la vaste nécropole des âges mégalithiques a été entièrement engloutie par les eaux, et le golfe du Morbihan n’existait pas à l’époque romaine.

D’après Penhouët, les empiétements séculaires et incessants de l’Océan ont submergé et fait disparaître les cités vénètes et les emplacements des comptoirs phéniciens.

A cet envahissement par la mer on doit ajouter aussi l’affaissement progressif du sol.

Dans les Archives de Quiberon, il est fait mention d’une île Bivito qui a été complètement engloutie par les flots. Au commencement du xviii6 siècle, on voyait encore à la pointe Saint- Jacques de la presqu’île de Pihuys, un clocher en pierre émergeant de la mer. César, vainqueur des Vénètes, les punit

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sauvagement en faisant passer au fil de l’épée les principaux habitants et vendant le reste à l’encan. A la suite de sa conquête, les digues ont été détruites, et la mer, de plus en plus envahissante, engloutit l’ouvrage des siècles. Cette submersion a toujours continué. Le Dl de Closmadeuc est porté à croire aussi que, dans une antiquité reculée, le golfe du Morbihan n’existait pas et que trois rivières parcouraient la surface de la terre pour se décharger dans l’Océan1.

Les monuments mégalithiques de l’Armorique, construits par des étrangers au bord de la mer, dans les temps antiques, n’ont pu l’être que par les Phéniciens, les premiers navigateurs qui, partant de Tyr et de Sidon, se dirigeaient sur les côtes de la Méditerranée et de l’Océan pour échanger leurs marchandises. A cette époque préhistorique si reculée, il n’y avait pas d’autres navigateurs que ces habiles sémites qui, vivant en paix avec les divers peuples, animés du seul désir du gain, se prostituant, selon Isaïe, devant tous les peuples pour de l’argent, avides de s’enrichir, selon Homère, les Phéniciens constituaient un peuple fameux dans la marine, mais subtil et fourbe (Odyssée, chant XV). Cependant ils étaient les propagateurs aussi de la civilisation éclose en Asie et en Égypte. « Une reconnaissance universelle et éternelle leur est due pourtant de ce qu’ils ont beaucoup fondé, sans rien détruire » (A. Lefèvre, Discours d’ouverture du cours d’ethnologie et de linguistique, 1891).

Ils ont joué un immense rôle, même dans la fusion des idées artistiques, grâce à leurs relations commerciales avec l’Égypte (marquis de Vogué, Académie des inscriptions et belles-lettres, juin 1895. A la même séance, M. Dieulafoy a ajouté, en se basant sur l’ornementation, que Part mycénien a beaucoup emprunté à la Phénicie, à l’Égypte et indirectement à la Chaldée). Tous ces faits déposent en faveur de notre thèse.

Les fouilles opérées dans les tombeaux préhistoriques de l’Armorique ont fait découvrir des vases contenant des cendres, résultat de l’incinération des corps, et des ornements

1. On sait que l’Armorique était composée de Nanettes (Nantes d’aujourd’hui), des Rhédoniens (Rouen), des Vénètes (Vannes), de Guriosolites et d’Ossimiens. Vannes vient de wenet, mot breton qui signifie blanc. Car les îles situées à l’entrée des rivières de Vannes et d’Auray, battues par les flots, sont souvent blanches. De même l’Angleterre était appelée wen, insula alba, d’où Albion.

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dont la nature démontre aussi que ces monuments ont été l’œuvre des Phéniciens.

En effet, ces parures, déposées au musée de Vannes, consistent en colliers de turquoises, grosses comme des œufs de pigeon, et en perles d’ambre jaune et de jaspe. On y voit figurer, en outre, des haches de jadéide et de chloromélanile. Ces dernières, ainsi que les turquoises, ont été trouvées dans le dolmen de Tumiac, en Argon, dans la presqu’île de Rhuys, située, dans le golfe du Morbihan. Le collier en jaspe provient du monument funéraire du mont Saint-Michel de Carnac, qui était rempli d’ossements humains incinérés et mêlés à du charbon.

Or, toutes ces matières n’existent pas en Armorique. Elles sont originaires de contrées fort éloignées, savoir : les turquoises du golfe Persique1, l’ambre jaune de la Baltique, la jadéide et la chloromélanite de la Chine.

M. Damour, de l’Institut, a indiqué la composition minéralogique des Celtæ du musée de Vannes, trouvés dans les monuments funéraires. Il a été établi que la jadéide provient de l’Asie centrale, de la province chinoise de Tché-Kiang. Quant à la chloromélanite, son gisement lui est inconnu. Mais d’autres savants, parmi lesquels S. Reinach, la croient originaire de la Mongolie (Académie des sciences, 21 août i865). Sur un total de 186 Celtæ de ce Musée, 17 1 ont été fabriqués avec des substances étrangères au territoire Morbihanais et à la Bretagne. Celles de provenance indigène, grossièrement travaillées, sont de diorite, de grès, ou dedilouiic. Les haches de minéraux exotiques, trouvées dans les dolmens de Tumiac, de Saint-Michel, du Massé-Er-Hrock, sont élégantes, admirablement travaillées, parfaitement polies, avec des arêtes d’un fini qu’on ne saurait dépasser même aujourd’hui. Certai-

1 . Clermont-Gatineau a trouvé l’origine de la tradition qui, depuis Hérodote, fait venir les Phéniciens du golfe Persique. Les textes assyriens montrent Asarhaddon prenant Sidon, transportant ses habitants en Assyrie et les remplaçant par des colons transplantés des pays avoisinant le golfe Persique. Le commerce des turquoises a toujours appartenu, dans l’antiquité, aux Phéniciens. Babelon confirma, par la numismatique, les inductions de Clermont-Ganneau (Rev. bis., 1891; Rev. Lamison, 1891 ; Rapp. ann. à la Soc. Asiatique, par J. Darmesteter, 1862). Derrière les Pasteurs ou Hyksôs (rois brigands) des confins de la Chaldée, des îles basses du golfe Persique, une émigration cananéenne s’est glissée dans la Syrie : c’étaient les tribus phéniciennes. Emergeant de leur étroite lisière, demi-pirates, demi-trafiquants, ils firent l’éducation de l’Occident (A. Lêfèvre, cours d’ethnologie et de linguistique à l’Lcole d’anthropologie de Paris).

Zambaco. Anthologie.

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nement elles ont été transportées toutes faites. On n’a nulle part trouvé, en Armorique, des débris de leur fabrication, ni des instruments qui auraient servi à les travailler. Donc, elles ont été fabriquées à l’étranger, par un peuple déjà très avancé en civilisation, possédant des métaux indispensables à des fabrications si artistiques. L’admirable celta bleu-vert, trouvé à Massé-Er-Hrock, étonne par sa beauté tous ceux qui visitent le musée de Vannes. Du reste, on n’a trouvé ni bronze, ni fer dans les principaux dolmens tumulaires du Morbihan.

La différence entre les menhirs grossiers de la Bretagne et ces celtae si élégants est telle, dit M. Damour, qu’il est impossible d’admettre que ce soient les mêmes peuples et les mêmes mains qui aient fabriqué les uns et les autres.

On sait que c’est Cambry qui donna le premier, le nom de celtæ aux haches en pierre. Ce sont les stone-eelt des Anglais. On en a trouvé d’innombrables dans le Morbihan, principalement sous les dolmens. La collection du musée de Vannes est riche et belle. D’ailleurs, les haches retrouvées dans tous les pays se ressemblent; ce qui fait dire que cette forme était l’expression d’une loi naturelle découlant de l’unité de l’esprit humain. Parmi les haches provenant des dolmens bretons, il y en a d’une longueur de 48 centimètres, tandis que d’autres n’ont pas plus de 3o millimètres. Pendant les cérémonies funéraires de leurs propriétaires, on brisait souvent ces celtæ et l’on mettait tous leurs morceaux, jusqu’aux plus infimes, dans le tombeau, comme objets aimés, à coté du cadavre du possesseur.

Nous ferons ici un rapprochement. M. de Morgan dit, dans ses recherches sur les origines de l’Egypte (1897) : (( tout le contenu a été incendié dans le tombeau de Négadah. La calcination a du être produite après la construction du tombeau. Parfois, on trouve dans cette nécropole des vases semblant avoir été brisés lors de l’ensevelissement, afin d’être détruits avec leur maître, et les débris jetés dans les chambres funéraires, au hasard. La légende égyptienne voulait, pour faire parvenir l’objet aimé au défunt à l’autre monde, qu’on le brisât pour forcer son double, son Ka, à quitter la terre avec le double du propriétaire ». Le mort, placé à même la terre, était entouré de ses objets familiers brisés, de ses ornements ou bijoux affectionnés. Chose curieuse! Nous avons vu à

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Constantinople, des moribonds, prévoyant leur fin prochaine, faire briser devant eux les objets aimés dont ils se servaient chaque jour, principalement les instruments de musique, les luths, afin qu’aucun autre ne pût jouer après eux, avec recommandation de les placer dans leurs tombeaux.

Les haches de pierres précieuses du Musée de Vannes, si remarquablement belles, n’ont jamais été emmanchées. Quelques-unes, percées d’un petit trou, ont dû être des ex-voto, des amulettes, des pierres sacrées comme les bétiles des Phéniciens, ou céraunies, descendant du mont Liban dans un globe de feu (Pierres de foudre, de Kspauvoç, propres à préserver de la foudre et des maléfices, comme Isidore, Asclépiade et Eusèbe en ont vu1). De nos jours encore, les haches sont appelées, en langue bretonne, men-gurun , pierres de foudre, et on leur attribue les mêmes vertus. De Closmadeuc et Boucher de Perthes admettent aussi que ces celtæ mignons étaient des talismans que l’on portait; Pline les a signalés aussi. Cependant, Fréminville a considéré les longs celtæ comme des instruments de sacrifice, opinion partagée par H. Martin (Fréminville, Antiquités de la Bretagne, i835. H. Martin, Origine des monuments mégalithiques, Congrès de Saint-Brieuc, 1868). Néanmoins, le Dr de Closmadeuc ne parvint jamais à pratiquer des incisions, sur des cadavres, avec les celtæ du Musée de Vannes. Pourtant, dans les anciens temps, le tranchant aiguisé des silex découpait finement. Les Hébreux s’en servaient même pour opérer la circoncision. Il est dit dans le livre de Josué (qui ordonna au soleil de s’arrêter pour qu’il achevât sa victoire contre Adonisedech, roi de Jérusalem), que c’est avec des couteaux de pierre que furent circoncis tous les juifs qui avaient passé le Jourdain, bien que les métaux fussent connus à cette époque. L'habitude de se servir de couteaux en silex, pour les usages domestiques, s’est prolongé pendant bien longtemps chez quelques peuples retardataires. M. Maspero, le savant directeur général du service des Antiquités du Caire, nous a affirmé avoir vu de ses yeux, dans un village d’Egypte, un Fellah se raser avec un instrument en silex.

1. O11 sait que le silex était, chez les anciens, l’emblème de la foudre. Aussi le mettait-on dans la main du premier dieu. Peut-être a-t-on eu cette pensée en observant que le choc en fait jaillir des étincelles, tout comme le choc des nuages occasionne des éclairs et'la chute de la foudre.

On vient de le voir, les divers objets conservés actuellement au musée de Vannes, en ambre jaune, turquoises, jadéides, chromomélanite, trouvés dans les monuments mégalithiques de l’Armorique, originaires de contrées très éloignées, n’ont pu être transportés que par mer. Dans ces temps reculés il n’existait aucune communication par terre. Ce n’est que plus tard, vers le xie siècle, que les Phéniciens ont eu des colonies dans l’intérieur de la Gaule et qu’ils établirent des routes pour transporter leurs marchandises. Ils faisaient alors le commerce avec les indigènes possesseurs des mines des Cévennes et des Alpes. Selon Garat ( Histoire universelle , Amsterdam et Leipzig, 1752), les Phéniciens avaient comme rameurs des pasteurs de la Bactriane et de la Logdiane, toujours pauvres, lorsque les patrons s’enrichissaient (Ézéchiel a dit : « tous les matelots étaient engagés dans votre commerce, les habitants d’Arad furent vos rameurs). Ils dirigeaient leurs marchandises provenant de tous pays, de l’Inde et de la Chine même, à Babylone par le golfe Persique, et de là par l’Euphrate, au portThapsacus ; chargées sur des chameaux et des chariots elles arrivaient à Tyr, d’où on les expédiait par mer sur les entrepôts de la Méditerranée et de l’Atlantique; par les divers fleuves, ils les transportaient plus tard partout en France. En effet, les monuments mégalithiques armoricains préhistoriques ont eu une date bien antérieure à l’établissement de la grandiose route, dite voie herculéenne, qui, selon Polybe, existait à l’époque de la grande guerre punique. Nîmes n’a été fondé qu’au xie siècle ; vers le xive, les Phéniciens ont été à Marseille, car malgré l’opinion accréditée, les Phocéens n’y sont venus que bien après. Or, les Phéniciens n’ont pu arriver à établir leurs colonies en Armorique que par mer. L’ambre jaune n’a été transporté par terre qu’au temps des Césars. Tous les objets en matières précieuses trouvés dans les monuments mégalithiques de l’Armorique ont donc été transportés par mer. Quel est le peuple qui a été les chercher en Orient et même en Extrême-Orient? Le Dr de Closmadeuc répond : « Sur ce point, l’obscurité est complète ». Quant à nous, nous avons déjà dit que ce sont les Phéniciens. Mais continuons! Nous allons rendre incontestable l’établissement de colonies phéniciennes sur le littoral armoricain.

Au musée de Vannes, si riche en reliques préhistoriques, j’ai vu, en outre, des verres irisés, absolument Phéniciens,.

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plusieurs petits vases en terre, très gracieux, pareils, par leurs formes, à ceux qui figurent aux musées de Boulak, de Borelli à Marseille, et dans maints autres, sous la désignation de verres Phéniciens; ce sont des cupules ou bien des lacrymatoires, à une ou deux anses, pareils à ceux découverts à Chypre, — une des plus anciennes et des plus importantes colonies Phéniciennes, — à Arles, à Nîmes, villes fondées par les mêmes sémites, et dans plusieurs autres endroits.

En plus, j’ai trouvé, au musée de Vannes, des têtes de sta tuettes dont l’une à coiffure tyrienne, pareille à celle de Didon, fille de Bétus, roi de Tyr, fondatrice de Carthage; — la physionomie de cette tête à lèvres épaisses est africaine, — une autre petite tête, en marbre, couronnée de feuilles de lotus, et une autre rappelant le type de la fameuse statue en bois du Chéik-El-Belède, du musée de Boulaq. Tous ces objets proviennent des fouilles des tombes mégalithiques, creusées dans les rochers, au bord de la mer, ou bien des chambres sépulcrales des dolmens.

Dans une de ces tombes, on a trouvé un vase en cuivre, cerclé de fer, une lampe à tête de sphinx, un vase Samien, très gracieux, et des os calcinés. Ces diverses trouvailles prouvent les importations des Phéniciens en Armorique, depuis la plus haute antiquité jusqu’aux époques historiques.

Jetons, maintenant, un coup d’œil rapide sur la construction des monuments funéraires préhistoriques de la Bretagne. Ils ressemblent, parfois, aux tombeaux des antiques Egyptiens. Quelquefois la tombe est au fond d’un puits perpendiculaire, au-dessous d’un tumulus constitué par une première couche extérieure de pierres sèches et d’une couche de vase;.vient ensuite une seconde couche de pierres amoncelées (grotte tu mulaire du mont Saint-Michel, à Carnac). Au fond d’une galerie de dix mètres, il y a une étroite ouverture, entre deux énormes blocs de granit; c’est l’entrée de la chambre à quatre parois en pierres brutes superposées, avec une large et épaisse table de recouvrement.

Au fond de la crypte, se voit une cavité dont la paroi inférieure est constituée par le roc. La table de recouvrement est creusée de cupules hémisphériques de 3 à 4 centimètres de diamètre et d’un centimètre de profondeur, disposées d’après une figure géométrique angulaire dont le sommet est tourné vers l’endroit où gisaient les ossements.

La plupart de ces grottes sépulcrales de la Bretagne sont orientées de l’Est à l’Ouest ; et leur entrée est tournée vers le levant. N’est-ce pas là l’expression d’un sentiment religieux, en l’honneur du Dieu Baal?

Devant cette orientation, le Dr de Closmadeuc s’exclame: « C’est là, peut-être, une réminiscence en faveur des pays d’Orient que les Celtes saluaient comme des contrées bénies, où leur religion était éclose et qu’ils avaient habités avant de refluer vers l’Europe ».

Et pourtant, ce savant archéologue n’a jamais songé, que je sache, aux Phéniciens. N’est-il pas rationnel de conclure, de ce fait, une fois de plus, que les constructeurs de ces tombes étaientles Phéniciens, adorateursde Baal, qui y déposaient leurs morts avec leurs divers signes et ornements pris aux quatre coins du monde qu’ils visitaient pour leur trafic ? Il est vrai, cependant, que la plupart des tombeaux Phéniciens n’affectent pas la forme ci-dessus décrite. En général, ce sont des voûtes hémisphériques construites avec de la terre mêlée de paille. Mais ils avaient aussi des tombes carrées à trois ou quatre compartiments, quadrilatères inégaux, communiquant entre eux, comme nous en avons vu à Chypre et comme le Dr Bouvier, de Beyrouth, en a découvert une aux environs de cette ville. La tombe rectangulaire vient de la Chaldée \

On sait que l’inhumation des corps a été le premier mode de sépulture ! et que celle-ci a précédé, de plusieurs siècles, l’incinération qui, par ses complications, marque un état plus avancé de l’homme primitif.

Worsaï et Mérimée admettent que les sépultures par incinération n’appartiennent pas à l’âge de pierre, mais à la période séculaire qui lui est postérieure.

Dans les tombes les plus anciennes de la vallée du Nil, dit de Morgan, quelques squelettes préhistoriques ont les membres repliés, les genoux à la hauteur de la poitrine et les mains placées devant la face, dans la position d’un fœtus dans le sein maternel. Il a constaté la même attitude dans les cistes de l’Arménie russe et dans les dolmens des pays Caspiens. Sjoeborg a vu la même position dans les dolmens Danois.

I. Lorsque l’Egypte a été envahie par les Sémites, apparut la chambre souterraine analogue aux dolmens ou allées couvertes. Les anciens pratiquaient, parfois, l’incinération et l’enterrement en même temps.

LES MONUMENTS MÉGALITHIQUES DE L'ARMORIQUE

Dans les fouilles du pied de la montagne Gébel-el-Tarif, localité préhistorique, de Morgan a trouvé des sujets ayant les membres repliés, et parmi les objets, une hache en pierre polie et des perles en cornaline. Cette nécropole remonterait au début de l’époque égyptienne. En effet, l’usage des métaux, et tout d’abord du bronze, n’a été introduit que bien plus tard dans la vallée du Nil. Cet amalgame d’étain et de cuivre, que l’Asie a connu la première, pénétra en Egypte dix mille ans avant d’arriver en Europe, ce qui démontre l’ancienneté des relations entre l’Asie et l’Egypte.

Dans les nécropoles de l’Egypte antique, les fosses étaient creusées dans des bancs de galets roulés; le mort était placé à même la terre. Ces dispositions se rapprochent de celles constatées dans quelques petites tombes préhistoriques de la Bretagne. Les squelettes étaient aussi pliés, ramassés, les genoux fléchis sur le tronc et les jambes sur les cuisses. Ces squelettes étaient orientés de l’Est à l’Ouest, ce qui, encore une fois, confirme l’expression de respect et d’adoration de Baal. De telles tombes ont été trouvées à la base des monolithes dits Menhirs h

Quant aux objets placés dans les anciennes tombes égyptiennes, la nécropole de Négadah, — le monument funéraire le plus ancien connu, dit de Morgan — - ne renfermait que des instruments en pierre : couteaux, racloirs, poinçons... Ce n’est qu’après la IIIe dynastie que l’usage du silex fut abandonné et remplacé par les métaux, sauf dans quelques cérémonies religieuses. L’usage des métaux apparaît en Egypte, en meme temps que celui des signes hiéroglyphiques, au moment où débute 1 histoire.

Mettant à contribution toutes ces connaissances, on doit admettre que le tumulus de Tumiac, où les corps n’étaient pas incinérés, est antérieur, comme chronologie, aux monuments funéraires bretons préhistoriques qui contenaient des os brûlés.

Un autre mode d’ensrevelissement, chez les antiques Egyp-

1. Nom qui résulte de la réunion des deux mots celtiques : men (pierre) et hir (longue). Les monolithes du Béarn — bien plus petits que les Bretons, puisqu’ils n’ont que deux mètres de hauteur - — s’appelaient Peyrefittes (pierre debout). On les vénérait dans les premiers siècles. En 45?-} de Concile d’Arles menaça d’excommunier les évêques qui permettraient de rendre un culte à ces emblèmes des divinités païennes. A Vannes, les Menhirs sont toujours l’objet de pratiques religieuses, disait le chanoine de Vannes, en 1825.

tiens, était la dissémination des parties du cadavre. C’est ce qui eut lieu pour le corps d’Osiris. Les serapeums contenaient, chacun, une relique. C’était un vrai démembrement qui dispersa le Phallus divin. Cela n’a pas empêché Osiris, lors de sa résurrection, de féconder Isis qui conçut Horus. En Egypte, on a trouvé, parfois dans la même sépulture, soit plusieurs squelettes repliés, soit des fragments de plusieurs corps. En Bretagne, il est arrivé aussi de ne trouver, dans certaines tombes, que quelques parties du squelette.

Un des sarcophages de Gavrinis affecte la forme d’une croix. De Caumont et l’abbé Cochet y ont vu des tombes chrétiennes. Mais le signe de la croix est antérieur au christianisme. M. de Morgan a rencontré cette figure dans la nécropole de Négadah qu’il fait remonter à plus de huit mille ans. Or, revendiquer pour le christianisme toutes les fois qu’il y a croix, c’est commettre une erreur basée sur l’ignorance. D’ailleurs, le monument préhistorique de Toulvern, à Baden, est aussi en croix. De ce que dans une tombe de Gavrinis on a rencontré un crucifix en cuivre, on ne peut en inférer que le monument ne remonte pas plus loin que le Christ ; car il est prouvé que les chrétiens accaparaient et transformaient les monuments préhistoriques de la Bretagne. C’est ainsi qu’on a christianisé, comme on le verra plus loin, une statue d’Isis, sûrement égyptienne, dont on a fait une vierge Marie.

L’incinération des morts n’a donc commencé qu’à une époque ultérieure. Ce genre de sépulture se trouve à Abydos et à Négadah, ce qui serait une preuve, selon G. Jequier, de l’origine asiatique des premiers Egyptiens. En effet, l’incinération aurait pris naissance en Assyrie dont les rois se faisaient brûler dans leurs palais avec leurs richesses et les objets aimés. Peut-être est-ce pour la même raison égoïste que les Indiens brûlaient, sur le même bûcher, vivante, la femme du défunt, afin que personne ne pût posséder cet objet, après la mort de son maître et seigneur. Ainsi la pensée primordiale de brûler les morts a été empruntée par les Egyptiens aux Asiatiques.

Selon Brugsch (Histoire d’Lgypte), grâce aux relations des Phéniciens avec l’Egypte, un certain nombre de Dieux et d’habitudes asiatiques s’introduisirent dans ce pays. L’offrande par combustion était destinée aussi au dieu Soleil. Les autels affectés à cet usage étaient dédiés à Hélios. Plus tard, on croyait obtenir, par la combustion, la renaissance du mort ;

ANNEXE

d’où le mythe du Phénix. Il est donc probable que la combustion des cadavres a été introduite dans l’Armorique par les Phéniciens, ainsi que leur culte et leurs autres us et coutumes. L’inhumation des cadavres avait lieu ailleurs, ou bien sur place. Après quoi on y élevait des monuments ; cela se passait de la même manière en Egypte et en Armorique.

Chez plusieurs peuples de l’antiquité les deux modes d’ensevelissement— l’inhumation et l’incinération — étaient en même temps usités. Du reste, ce n’est qu au ive siècle que le ehristianisme parvint à introduire l’inhumation d’une manière complète et définitive, ce qui certes, n’est pas un progrès au point de vue de l’hygiène, si souvent négligée et outragée par la religion chrétienne qui sacrifie la propreté du corps à la pureté de l’âme, comme si toutes deux étaient incompatibles et inconciliables. Nous pensons qu’on peut parfaitement être propre et pur à la fois.

Témoignages anthropologiques en faveur de l’immigration préhistorique des Phéniciens en Armorique. — Les recherches anthropologiques de Broca, de Closmadeuc et de Guibert ont prouvé que les crânes trouvés dans les plus anciens monuments mégalithiques de la Grande-Bretagne et de la France, — spécialement dans le monument de Masse-Becker nos (Quiberon) — sont hyperdolicocéphales. Van Duben et Retzius ont fait la même constatation dans les monuments mégalithiques du midi de la Suède. Les indices des crânes des long-barrow ou allées couvertes de Norton, trouvées par Turnam étaient en moyenne, de 66,4- Selon Berzélius, ce sont les premiers hommes à tête étroite et longue (dolicocéphales) qui ont pénétré en Europe, au milieu des populations brachycéphales autochtones. D’après cet auteur, les Celtes sont des brachycéphales. Ils seraient venus se mêler à une population dolicocéphale plus ancienne; toutes ces opinions peuvent se concilier si l’on admet que dès la plus haute antiquité, les Phéniciens, sémites, dolicocéphales par excellence, vinrent s’établir sur le littoral de la Bretagne dont l’intérieur était occupé par les aborigènes, brachycéphales. Les caractères de ces derniers ont prévalu de plus en plus, en absorbant l’élément hétérochtone, au point que les Bretons de nos jours sont brachycéphales. Cette manière de voir donne raison à Quatrefages et à Pruner bey, qui soutiennent que la plus ancienne race était de petite taille, à face prognathe; que c’est

8 io LA LÈPRE A TR A VERS LES SIÈCLES ET LES CONTRÉES

cette race qui habitait la Gaule au temps des mammouths ; et c’est à cette race qu’il faut rattacher l’homme de Boucher de Perthes, dont la mâchoire inférieure a été trouvée dans le diluvium d’Abbeville. Cet homme antéhistorique appartenait à la race touranienne. Nous avons vu que dans plusieurs tombeaux armoricains préhistoriques, les crânes étaient dolicocéphales. Qu’on nous permette de répéter que dans la nécropole de Négadah, considérée par de Morgan comme préhistorique, la dolicocéphalie prédominait.

Dans un mémoire fort intéressant, fruit de laborieuses recherches, le Dr Guibert (Ethnologie armoricaine , congrès celtique, 1867) a établi que, dès l’âge de la pierre taillée, par conséquent bien avant l’apparition des dolmens — qui ne se montrent qu’à la fin de l’âge delà pierre polie et avant l’âge de bronze — il existait, en Gaule, une race petite, brachycéphale. Mais il avait existé, en même temps, une race dolicocéphale qui a élevé les plus anciens tombeaux mégalithiques pour ses chefs. Dans les tombeaux mégalithiques postérieurs, appartenant à l’âge de bronze, on trouve des crânes dolicocéphales et des brachycéphales ; ce qui prouve que ces monuments ont été construits par le mélange de ces deux races. Il est à remarquer, dit-il, que sur le littoral breton, les dolicocéphales sont bien plus nombreux que dans toute autre région de l’Armorique ; ce que cet auteur attribue à l’envahissement d’étrangers arrivés par mer.

Dans la Nécropole de Négadah, les crânes dolicocéphales prédominent ; c’est ce qu’ont prouvé les mensurations de notre distingué confrère et ami, le Dr Fouquet, correspondant du Ministère de l’Instruction Publique. Cela indiquerait l’envahissement de ,1’Egypte par une race asiatique venant de la Mésopotamie ou bien de l’Arabie-Heureuse, selon Wiedemann et Schweinfurth. La tradition biblique, qui attribue aux Égyptiens une provenance asiatique, serait ainsi confirmée (Maspero, Hist. anc. des peuples d’Orient, p. 1 4, 1886).

Par ses profondes études, Broca arrive à la conclusion, relativement à l’ethnologie de la Basse-Bretagne, que deux races ont été juxtaposées: l’une petite refoulée vers le centre, l’autre grande, venue par mer et installée sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique. Nous disons que cette dernière est constituée par les Phéniciens qui ont établi de nombreuses colonies sur le littoral armoricain.

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8ii

Henri Martin admet également que les Phéniciens ont fondé une colonie dans la Basse-Bretagne. La cité vénète était le port principal commerçant avec la Méditerranée. D’ailleurs, Diodore de Sicile, P. Mêla, Sextus Avienus relatent que les Phéniciens naviguaient sur les côtes de l’Océan pour se procurer des métaux. On admet généralement qu’ils se rendaient à une mine d’étain, sur la côte de la Guérande, actuellement arrondissement de Savery, dans la Loire-Inférieure (Recherches historiques de la Bretagne, Nantes, i8i4), et même à l’île de Thulé considérée successivement comme étant l’île de Shetland, la Scandinavie ou l’Islande. Rappelons en passant, que dans tous ces endroits, comme partout où ils ont mis le pied, ces navigateurs trafiquants ont propagé le morbus Phénicicus, c’est-à-dire la lèpre, ce qui confirme encore leur colonisation.

L’abbé Barthélemy soutient aussi que les Phéniciens se sont établis sur les côtes bretonnes.

Enfin, j’ai été on ne peut plus heureux de trouver, dans mes recherches biographiques, la confirmation de mes idées dans deux mémoires de M. de Penhouët, datés de 1812 et de i8i4. L’auteur soutient, avec conviction et chaleur, que les dolmens de la Bretagne ont une origine Phénicienne et qu’ils furent dressés par d’habiles mécaniciens, comme les monuments d’Egypte et de toutes les colonies Phéniciennes, que l’on consacrait à Onga.

Statues égyptiennes antiques trouvées dans V Armorique. — Outre les divers objets provenant des fouilles des monuments mégalithiques Armoricains, attestant leur transport par des navigateurs étrangers, tels que turquoises, ambre jaune, jadéide, chloromélanites, des statues représentant des prêtres égyptiens et même la déesse Isis, témoignent de l’immigration phénicienne. Ces statues, objets de profonde vénération de la part des populations locales et dont plusieurs sont encore conservées, trahissent leur origine et prouvent la communauté des croyances religieuses des Armoricains antiques avec les peuples d’Orient. L’abbé de Fontanu a écrit que les Gaulois ont emprunté aux Phéniciens et aux Egyptiens leurs dieux. Selon Mézerai, le culte d’Isis existait chez les Suèves qui le devaient aux Phéniciens. A Rennes existent encore les traces d’un temple dédié à cette divinité égyptienne. A la petite ville de Locminé, située à 4 heures de Baud, il y a deux sta-

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tues colossales représentant deux prêtres égyptiens ornés de leur symbole, un lotus ou nymphéa. Ils sont identiques à ceux trouvés à Abydos et à Sais. On sait que les prêtres égyptiens portaient toujours cette fleur à la tête. Plutarque même le mentionne. L’archéologue Richard de Nantes, et Pouyard, conservateur du musée du cardinal Fesch, ont constaté aussi le style égyptien de ces statues.

Au château de Quinipily, arrondissement de Pontivy, à 8 lieues de Vannes, paroisse de Bieuzy, existe une statue égyptienne antique placée au-dessus d’une pierre de grandes dimensions. C’est Isis pleurant sur le tombeau d’Osiris. Elle a les bras croisés sur la poitrine, signe de douleur chez les Egyptiens. Il est inutile de rappeler le fait de connaissance courante, que, chez les Egyptiens, Osiris représentait le dieu Soleil, et Isis, sa sœur et femme, la Lune. D’ailleurs, celle-ci avait reçu mille noms ; ce qui la fit désigner sous le vocable de Myrionyme. Et, chose qui mérite de fixer l’attention, et bien significative, Bieuzy est l’ancien Bée — isy, nom composé de Bée, tombe, et d’Isy, Isis. Dès la plus haute antiquité, cette idole était adorée parles Bretons qui y tenaient toujours, même après leur conversion au christianisme ; à tel point que les autorités ecclésiastiques n’osaient y toucher, et toléraient ce témoignage du paganisme persistant au milieu de la dévotion, toujours exagérée, des Bretons devenus, néanmoins, de fervents chrétiens. D’ailleurs, l’amalgame permanentdu christianisme et. de l’idolâtrie se constate toujours. Au dix-septième siècle, les évêques prièrent le comte de Lannion, gouverneur des villes de Vannes et d’Auray, de faire disparaître cette statue d’Isis, scandale des âmes catholiques. Mais les paysans s’y opposèrent de vive force. On fut obligé de renoncer à la suppression et de transiger par un biais fort ingénieux. On christianisa, on sanctifia tout bonnement la statue païenne ; c’est le poulet baptisé carpe. On la baptisa Sainte- Vierge de la Couarde, à la satisfaction de tous. L’idole continue toujours son rôle d’objet adoré par la population. Il atteste l’instabilité des doctrines religieuses et l’avidité des légendes chez l’homme, son amour constant pour le surnaturel, quelles que soient ses croyances du jour! Alphonse Karr aurait dit : plus ça change et plus c’est la même chose. Selon l’abbé Fontanu, « les Bretons ont toujours confondu le paganisme avec le christianisme. Ils ont appelé la statue de Qui-

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nipily, la Vierge de la Couarde. » Autre point de ressemblance entre les deux divinités ; toutes les deux portent leur enfant sur les bras: Isis son fils Horus, et Marie Jésus. Et le bœuf Apis, n’était-il pas conçu par une génisse immaculée et grâce à l’intervention d’un rayon fécondant du soleil ? Les Portugais abordant au Paraguay ont trouvé, à leur grand ébahissement, dans un temple chinois, une statue représentant la Vierge et l’enfant Jésus ; c’était encore tout bonnement Isis portant son fils Horus. Toujours les dieux d’un pays se sont identifiés avec ceux introduits postérieurement. Ainsi, le culte de Saturne fut substitué à celui de Bâal, et les attributs des deux divinités se sont amalgamés, comme ceux du christianisme et du druidisme dans l’Armorique (A. Lefèvre, cours d’ethnographie et d’anthropologie). L’obélisque de la place du Vatican, — provenant d’Héliopolis, Métérieh d’aujourd’hui, — a été consacré d’abord à Osiris, puis à César et enfin au Christ. Le& pierres consacrées à Onga par le Phénicien Cadmus, en 1619, avant le Christ, devinrent plus tard des autels à Minerve. Le christianisme survenant les transforma en Eglises.

Le christianisme ne pénétra que tardivement et difficilement en Bretagne, toujours conservatrice. Ce n’est qu’au v& siècle que saint Brieuc débarqua à la ville qui porte son nom, et commença à prêcher dans une petite chapelle, qui est soigneusement conservée et que nous avons visitée avec notre bien regretté confrère et ami, le Dr P. Aubry, de Saint- Brieuc.

Les Bretons, malgré leur extrême piété catholique, gardent toujours leurs divinités païennes antérieures au christianisme. Ils n’ont jamais voulu renier Isidore et Cornély, que l’Eglise a dû admettre dans son sein, pour sauver son prestige, en les proclamant saints par un acte rétroactif; ils ont été sanctifiés après coup, bien qu’ils aient vécu avant la venue du Christ. Isidore était la divinité païenne tutélaire de l’Agriculture. Sa statue figure parmi les saints dans les églises de la Bretagne, tenant une faucille à la main droite et une gerbe d’épis à la gauche. Cornély, autre divinité païenne, a été aussi christianisé. II re ste toujours le protecteur tutélaire du bétail. Nous avons vu, lors des Pardons , le curé frotter des licols sur la statue et les vendre agx paysans, à beaux deniers, comme préservatifs contre toute maladie pendant un an. L’immunité disparaît, si l’on ne renouvelle pas le licol au pardon suivant.

Le christianisme, dit Bulliot, président de la société Eduenne, ne parvint pas à détruire les croyances païennes, mais les transforma. Souvent le culte d’un génie païen fut remplacé par celui d’un saint, les facultés thaumaturges étant toujours conservées.

Les mystères d’Isis ont longtemps survécu dans les contrées qui constituent la France actuelle. Les prêtres Gaulois y étaient initiés (Marcel, Histoire des Gaules).

Il y avait en Bretagne, dit Penhouët, une divinité appelée Morgan , mot qui signifie : née de la mer. Morgan était une jolie femme qui cultivait la magie. « On lui donnait l’habillement des femmes égyptiennes, qui est encore celui des femmes de la côte de la Bretagne ». Je ferai remarquer, à ce propos, l’analogie qui existe entre Morgan et Vénus de Paphos, sortie aussi de Fonde écumante et adorée à Chypre, ancienne et importante colonie phénicienne.

Les Phéniciens adoraient Bâal. Les Carthaginois, leurs compatriotes, adoraient de leur côté, Bâalsamen et Bélisama : le Soleil et la Lune. Or, Bélisama était aussi une divinité adorée en Armorique.

Parmi les souvenirs asiatiques syriens, qui persistent encore en Bretagne, on doit citer le groupe équestre de Guélen, de la commune de Biée, à neuf kilomètres de Quimper, découvert par Trévedy, vice-président de la Société archéologique du Finistère (séance du 25 mars 1886). Nous avons vu cette statue, extrêmement intéressante, dans la cour du musée archéologique de Quimper. Elle pèse près de 2000 kilogrammes et représente un cavalier dont le cheval se cabre sur le corps d’un serpent enroulé qui se termine en avant par le corps d’un homme placé entre les deux pieds antérieurs du cheval. M. Trévedy a eu l’amabilité de nous donner lui-même tous les détails voulus sur sa trouvaille. Une autre statue, pareille à la précédente, existe à Kerlot, commune de Plomerin. Feu Luzel, savant archéologue armoricain, nous a donné, à Quimper, des renseignements sur un autre groupe équestre, analogue aux précédents, qu’il a découvert au village Saint- Mathieu, commune de Plouaret, Côtes-du-Nord. Veulot, conservateur du musée d’Epinal, a vu des groupes équestres pareils, dans le nord-est de la France1. D’après ce savant, ce

. Revue Archéologique, août et novembre 1880 el février 1881.

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sont des groupes solaires. Le cavalier serait le dieu Soleil, l’amphibie représenterait la Terre et l’Eau. C’est une déification du Soleil, traversant la Terre et l’Onde, Veulot assigne comme date à ces monuments l’époque d’Héliogabale (commencement du me siècle). Héliogabale, prêtre du Soleil à Emèse, ville de Syrie, où il naquit, fut proclamé empereur à i4 ans. Il introduisit le culte du Soleil à Rome et amena en Europe la résurrection des Mythes de l’Asie.

Tous ces monuments ont une origine Asiatique. Leur présence dans l’Armorique prouve l’introduction de tous temps, dans cette contrée, des produits de l’Asie par les sémites de Tyr et de Sidon.

D’autres antiquités Egyptiennes et Asiatiques ont été découvertes en Bretagne : à Missiriac, le Taureau Zodiacal, à Landevan le Serpent, emblème de la nature. Penhouët y a rencontré le Sphinx, en mosaïque. Nous avons dit que cet observateur sagace a conslaté que l’habillement des paysannes Armoricaines est celui des femmes Egyptiennes de l’antiquité. De notre côté, nous avons vu que les habitants de Plougastel, — ces grands cultivateurs de fraises, — n’ont point le type Breton, mais l’ionien le plus pur. Ils ont conservé leur ancien costume qui rappelle absolument celui des anciens Ioniens, — tel qu’on le rencontre encore dans plusieurs îles Sporades arriérées, écartées du mouvement international, conservateurs obligés par conséquent des us et coutumes des vieux temps.

Les coiffes des femmes Armoricaines ressemblent à celles d’Isis, comme leurs vêtements à plis à ceux des statues Egyptiennes.

Nous savons que les Phéniciens cachaient leur commerce et les mines où ils puisaient les métaux dont ils avaient l’exclusif trafic, et qu’ils allaient souvent chercher à de grandes distances. Diodore de Sicile rapporte que les Grecs achetaient d’abord l’étain et le plomb des Phéniciens, et plus tard des Yénètes et des Narboniens. Mais plus tard, les Ioniens se sont mêlés aux Phéniciens, qui les avaient initiés aux secrets de leurs voyages et de leur négoce. Dans plusieurs îles de l’Archipel, colonies Phéniciennes, le type sémite des Phéniciens a persisté pur, criard, indéniable, jusque dans ces derniers temps, ainsi que l’instinct du trafic et l’habileté sémitique dans le brassage des affaires. Celle qui témoigne le plus du

mélange des deux races, au physique et au moral, est sans contredit Chio, dont les enfants pur-sang ont la tête dolichocéphale la plus accusée qu’on puisse rencontrer, la figure allongée et l’expression absolument judaïque. Jusque dans ces derniers temps, les Chiotes se mariaient entre eux. On était honni si l’on dérogeait à ce principe. C’est ce qui conservait la pureté de leur race sémitique. Mais, depuis une quarantaine d’années, ce fanatisme national s’est émoussé, grâce à l’appât de grosses dots ; il y a donc eu croisement. Aussi les derniers rejetons chiotes ont dégénéré, comme type.

Un autre témoignage persistant de la colonisation du Morbihan par les Phéniciens serait la conservation de la couleur rouge, encore aujourd’hui, des voiles des bateaux pêcheurs. On sait que les Phéniciens, qui avaient découvert la pourpre, teignaient toujours en rouge les voiles, en peau ou en tissu, de leurs navires. Ce souvenir est encore conservé sur les. côtes italiennes, où les colonies phéniciennes ont été si nombreuses.

Enfin, le type sémitique se rencontre encore dans la Polynésie Armoricaine. C’est ce que nous avons constaté, avec le Dr de Closmadeuc, notamment à l’île aux Moines.

Témoignages de la colonisation des Phéniciens dans T Armorique, fournis par la Linguistique et par leurs visites aux mines d’étain . — La langue de la Basse-Bretagne contient plusieurs mots Phéniciens, selon Bochard (Geogr. sacra). L’idiome armoricain, dit-il, se rapproche tellement du Phénicien, qu’il est impossible que ce soit là l’effet du pur hasard. Plaute avait déjà émis le même avis. Susmich a trouvé dans l’ancien celtique, des traits de ressemblance avec la langue Phénicienne (Dict. celtique, Dom Pelletier). Saines a exprimé la même pensée. Selon Penhouët, une colonie asiatique vint s’établir sur le territoire des anciens Vénètes, et la langue de la Basse- Bretagne contient des mots des langues phénicienne et carthaginoise. Le mot breton Britannia vient du phénicien Bra tanna 9 qui signifie terre abondante en étain. Penesten veut dire, en breton, lieu où se trouve l’étain. Or, le mot Pen est phénicien et se traduit par cap ; sten signifie, en armoricain, étain. Penesten est donc un mot phénico-breton. Le cap Penesten, situé à l’embouchure de la Vilaine, dans le Morbihan, était, dans les anciens temps, le débarcadère de l’étain. Dans l’antiquité, l’Irlande s’appelait Scotia ; c’était une colonie car-

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thaginoise dçs Scots venus d’Espagne. D’après Ammien Marcellin, l’Irlande et l’Ecosse ont emprunté beaucoup de mots aux navigateurs Phéniciens qui les visitaient au temps de Cad mus.

Selon le savant suédois Nilson, après avoir colonisé le littoral de la Méditerranée, les Phéniciens ont doublé Gibraltar et sont allés en Irlande et en Suède. Cela a été établi à propos du monument de Kivik, près de la ville de Cimbrishamm. Ils ont été les ancêtres des Basques, dit-il, qui ont hérité de leur aptitude nautique.

Il est incontestable que les Phéniciens allaient chercher l’étain aux îles Cassitérides ou îles Britanniques, dès la plus haute antiquité. Ils gardaient le secret sur les mines qui le fournissaient, et fabriquaient, par l’alliage de ce métal avec te cuivre, le bronze qu’ils importaient dans tous les pays qu’ils fréquentaient1. Il en a été trouvé dans les tombeaux antiques de l’Egypte et de l’Armorique, ainsi que de l’ambre jaune. Hérodote signale déjà la connexité de ces deux commerces : de l’étain et de l’ambre. M. Maspero mentionne, dans la Revue critique du 4 avril 1892, la trouvaille d’une bague, en étain pur, contemporaine de la XIIIe Dynastie ; c’était un métal précieux à cette époque. L’ambre jaune, de la mer du Nord, a été trouvé dans les tombes égyptiennes de la Ve Dynastie.

Selon Strabon, les Phéniciens se rendaient dans la Baltique pour y chercher l’ambre. Ils s’arrêtaient, en passant, sur les côtes de l’Armorique, pour prendre de l’étain, à une mine située sur la côte de la Guérande, aujourd’hui arrondissement de Savény, dans la Loire-Inférieure (Rech. historiques de la Bretagne, Nantes, 1 8 1 4) . Diodore de Sicile, P. Mêla, Sextus Avienus, disent aussi que les Phéniciens naviguaient sur les côtes de l’Océan pour se procurer des métaux. Ils se rendaient à l’île de Thulé, où l’on a trouvé une inscription qui rappelle le premier des Hercules que l’on fait vivre du temps de Moïse. On ne sait d’une manière précise si les anciens donnaient le

I. Cependant dans la plus haute antiquité, il y avait des amalgames sans étain. Ainsi, M. Berthelot n’a trouvé qu’une partie de plomb avec quatre de cuivre et un peu de soufre dans la poudre provenant d’une statuette datée de Bour-Sin (roi clialdéen de la ville d’Our, vers le xxive siècle avant Jésus-Christ), que lui a remise M. Heuzey • un échantillon provenant du centre de la statuette, par conséquent sans patine, ne renfermait que du cuivre et du fer. Or, l’étain n’était pas de rigueur, comme on l’a soutenu, dans les alliages, il y avait même des statuettes constituées par du cuivre presque pur comme celles de Goudéan et de Our-Nina.

Zambaco. Anthologie. 02

nom de Thulé, aux îles de Shetland, à la Scandinavie, ou à rirlande. En géographie ancienne, Thulé serait une île septentrionale au nord de la Calédonie, qui comprenait toute la partie septentrionale de l’ancienne Bretagne, c’est-à-dire l’Ecosse actuelle.

M. S. Reinach a démontré, en traçant l’histoire de l’étain celtique, les excursions des Phéniciens jusque dans les mers du Nord (Comm. à l’Acad. des inscriptions, mai 1892). Tyr faisait venir l’étain, Kaac nzepoq des Greçs, avant la domination romaine dans la Méditerranée, de Tarshis, c’est-à-dire du sud de l’Espagne, selon Ezéchiel. captif de Babylone (vie siècle aVant le Christ). D'après Hérodote, les navigateurs allaient chercher ce métal aux îles Cassitérides, situées quelque part à l’occident de l’Europe, dit-il, sans plus préciser. Strabon confirme que le commerce des Phéniciens avait pour point de départ Gadès. Des îles Cassitérides, l’étain arrivait en Espagne, d’où il était dirigé en Phénicie. Or selon S. Reinach, les îles Cassitérides étaient les îles Britanniques et non les îles Scilly ou Sorlingues qui ne pouvaient être, tout au plus, qu’un dépôt ; car il n’y a jamais eu de mines d’étain. Donc l’étain était transporté, voie maritime, par les navigateurs Phéniciens. Ce n’est que bien plus tard, — après l’an 5oo de l’ère chrétienne — , lorsque Marseille devint une ville importante, que l’étain traversait la Gaule par une route miterrestre, mi-fluviale. On a prétendu que le mot Karcfcspoç (Kassiteros) était d’origine Sumérienne ou Assyrienne. M. Oppert, de l’Institut, a prouvé avec sa haute compétence, que l’on avait accrédité une erreur (Acad, des Inscriptions... 1886). Selon S. Reinach, ce mot serait composé de cassi, expression celtique, qui signifie extrême, lointain, et de téros, comparatif grec.

Les îles Cassitérides seraient les îles reculées, insulae , extimae, ss^rcat, les Hespérides, les îles Britanniques. Le mot Cassitéros existe dans Homère. Les Phéniciens, dès le vme ou ixe siècle avant le Christ, auraient trouvé, dans la Gaule occidentale, des hommes parlant une langue celtique. Les Celtes ont pu connaître les dieux grands Kabirim des Phéniciens (S. Reinach). Polybe affirme qu’une partie de la milice gauloise parlait phénicien. Avant les Carthaginois, compatriotes des Phéniciens, on les appelait Bilingues de ce que, outre le phénicien, ils parlaient aussi la langue des habitants des con-

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trées où ils s’établissaient. Le savant S. Reinach soutient que tout l’étain méditerranéen provenait, à l’époque de la grande navigation Phénicienne, des pays celtiques. Les Grecs n’ont connu les îles Cassitérides que par l’entremise des Phéniciens. Selon le Dr Apostolidès, le mot Cassitéros vient des premiers habitants de l’Egypte, de Ha-sbers , les Ibériens occidentaux, les Hespérides. Ce nom transmis par les Phéniciens aux Égyptiens devint Kas-ber, Kasder, Kaster, d’où Kassiteros. C’est le produit des pays Ka-sber.

D’après l’Abbé Barthélemy, les Phéniciens se sont établis sur les côtes de la Méditerranée, aux îles Britanniques, sur les côtes Bretonnes, et rapprochaient, par leur commerce, les extrémités du monde qu'ils remplissaient de leurs colonies. Ils ont laissé partout des traces de leur établissement: pierres gravées, médailles, etc. Q. Curtiusestdu même avis. Une inscription Phénicienne, trouvée en Afrique, est ainsi interprétée : Nous fuyons la face de Josué. Elle remonterait à l’émigration des Cananéens, ancêtres des Phéniciens. Selon Garat, ils auraient abordé trois fois l’Amérique (Hist. Universelle, Amsterdam et Leipsick, 1752). Ils connaissaient déjà la boussole, selon Wallencey, qui a été découverte à nouveau en Europe, en i3o2. Les anciens Bretons l’auraient aussi connue, selon Strutt (Mœurs et usages des anciens Bretons, 1789). Les Phéniciens appelaient l’aimant, pierre Herculéenne. C’est l’héritage des Phéniciens, dit A. Lefèvre (Loc. cit .), qui a poussé les anciens Bretons à faire de longs voyages. Car ils allaient autrefois jusqu’aux Indes. Ils luttaient contre les orages et les tempêtes avec audace et témérité.

M. Bouquet de la Grye, de l’Institut — section de géographie — - n’a pas le moindre doute sur la visite des Phéniciens à Belle-Isle-en-Mer.

Dans une conversation scientifique, il nous a dit qu’il y avait un endroit appelé Bordj-sos. Ce mot est composé de Bordj qui signifie village, en phénicien, et de sos, terme breton. Ajoutons, en passant, que la lèpre léonine, ou mal phénicien, existe sur cette île. Nous en avons montré des photographies à l’Académie de Médecine, en 1892 ; ce que nous regardons comme un reliquat de la maladie importée, dès la plus haute antiquité, par les Phéniciens.

Le village de Crubelz, dans l’arrondissement de Lorient, tirerait son étymologie de Bélus, le Dieu Bel, dont l’oracle se

Sao LA LÈPRE A TRAVERS LES SIÈCLES ET LES CONTRÉES

trouve par là, selon le Dr Drase. Ces toponyinies, et celles relatées plus haut, sont significatives.

On a découvert, à Crubelz, un dolmen tumulaire de l’âge primitif. Ce tombeau a été fouillé par le Dr de Closmadeuc, mon distingué collègue, qui y a trouvé trois belles tables, dirigées de l’ouest à l’est. L’entrée du monument est tournée vers le soleil levant. La crypte a trois mètres et demi de hauteur; son plancher est formé par le roc, à l’instar de plusieurs tombeaux égyptiens antiques ; il n’y avait pas de métaux, mais des silex taillés et une tète de flèche à ailerons. Le tout était entouré d’un mur de pierres sèches. Or, ce monument appartient à l’âge de pierre ; il contenait des fragments de charbon et une terre riche en phosphate de chaux, ce qui indique que le corps avait subi l’incinération. A cette occasion, le Dr de Closmadeuc se demande quelle est la nation qui a élevé ce tumulus et ses analogues P1

Plusieurs auteurs soutiennent que des mines quiont existé en Armorique, du temps des Phéniciens, ont pu être englouties par les flots. Un fait qui doit être remarqué, c’est qu’on trouve encore, de temps en temps, de l’étain sur le rivage, près Piriac, d’après Penhouët. L’auteur des Mirabiles auscultationes appelle l’étain celtique tov Kaaafcepov tov KsXtixcv. Nous avons dit qu’en Bretagne la mer envahit la terre de plus en plus, et que d’anciennes villes ont été entièrement submergées. C’est ce qu’on peut facilement constater par une mer calme qui permet aux regards d’en scruter les fonds. Robien a écrit, en 1727, que la mer a englouti plusieurs îles du golfe du Morbihan, entre autres celle de Birvito, qui n’est plus qu’un écueil. Nous avons vu à Loc-Mariaquer, des constructions romaines enfouies dans la vase, dont plusieurs à T20 mètres du quai. Penhouët rapporte que des Oppida et des villes maritimes entières ont été complètement engloutis.

Or, il devient de plus en plus évident que les Phéniciens ont visité l’Armorique et y ont établi des colonies ; ils y ont érigé des monuments mégalitiques, des tombes préhistoriques dans lesquels on a trouvé des turquoises provenant du golfe Persique, de l’ambre jaune transporté de la Baltique, des haches en jadéide et en chloromélanite originaires de la Chine. Ces audacieux navigateurs sillonnaient les mers dans tous les

1. Rev. Archéol. Le dolmen de Crubelz, tirage à part sans date.

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sens et opéraient des échanges des produits des diverses contrées qu’ils visitaient. Il n’est plus à établir qu’ils se rendaient à Ophir % sur tout le littoral de la Méditerranée, à ses diverses îles, aux îles Britanniques, en Scandinavie, aux Indes, en Chine, et, selon quelques auteurs, à l’autre hémisphère, découvert derechef et désigné par le nom de Nouveau-Monde.

Il est unanimement reconnu, d’autre part, que les Phéniciens ont visité la Gaule, mais bien longtemps après l’Armorique, et qu’ils y ont fondé de nombreuses colonies. Les armes de la ville de Nîmes sont encore, à l’heure présente, un crocodile et un palmier; une inscription trouvée dans le Jura prouve qu’une ville Phénicienne y a existé.

11 y a un village dans le canton d’Accous (Basses-Pyrénées) appelé Borce ; le mot phénicien Borce, B orza, signifié retrouvé1 2. Borce était le chef-lieu du vie d’en haut de la ville d’Aspe. Les Phéniciens remontaient les rivières et se livraient partout à leur commerce. Polybe affirme qu’une partie de la milice Gauloise parlait Phénicien. Un tableau dû au pinceau d’un artiste émérite, Paul Baudouin, consacre la visite des Phéniciens à l’ancienne Lutèce, fait que nous a légué l’histoire. Cet intéressant tableau, que nous avons vu au salon de Paris en 1893, porte le titre suivant : Les Phéniciens apportent aux populations primitives des bords de la Seine V alphabet et le papyrus.

Des sculptures des monuments mégalithiques de la Bretagne. — Les gravures des dolmens Armoricains ont été considérées, parla plupart des auteurs qui s’en sont occupés, comme des ornements fantastiques de l’art primitif, sans la moindre valeur, tracés par des inconnus.

L’Abbé Mahé et l’abbé Masset n’ont attaché aucune importance « aux griffonnages baroques gravés à la pointe du marteau sur les pierres, dus, selon toute apparence, aux bergers qui cherchent dans les dolmens un abri dans les mauvais temps ».

Selon Simpson (Proceedings ofthe Society of Antiquaries of Scotland), toutes ces sculptures sont des énigmes qu’on ne saura jamais résoudre.

1. Sur la côte de l’Ethiopie, aujourd’hui Akaba, à l’extrémité N. -O. de la mer Rouge, où ils ont été aussi avec la flotte de Salomon qui avait conclu un traité de commerce avec lliram, roi Phénicien.

2. Dictionnaire des localités, Hist. de Béarn, carte de Sauvelade, d’après Morra, et fort d’Aspe.

Cependant un savant archéologue breton, le Dr de Closmadeuc, — qui fît plusieurs communications sur ce sujet à la Société Polymathique Armoricaine — semble parfois hésitant, quant à leur signification et émet un soupçon sagace à leur égard. Les sculptures lapidaires, dit-il, restent des énigmes et attendent leur Champollion. Ils se pourrait qu’elles fussent des caractères figuratifs ou symboliques ou bien des signes phonétiques, en un mot, de l’écriture ; et plus loin : « puisque les inscriptions des dolmens d’Armorique sont indéchiffrables, il faut laisser en blanc l’âge des monuments et les noms des peuples qui les ont élevés » (Sculpture lapid. des Dolmens, Closmadeuc, président de la Soc. Polymath. du Morbihan, 1873). Nulle part ce savant n’a dit, que nous sachions, que ces gravures pouvaient bien être l’œuvre des Phéniciens immigrés en Bretagne, les seuls capables, à cette époque reculée des âges, d’exprimer, dans cette contrée, leur pensée par des signes conventionnels, ce qui constitue le début de l’écriture que les Hittites, les Chaldéens, les Touraniens et les Égyptiens ont été les premiers à posséder. Vu les analogies présentées par les gravures des mégalithes avec l’écriture hiéroglyphique et la cypriote, on aurait du y reconnaître, à priori, des signes graphiques, linéaires, idéographiques plutôt que des ornements insignifiants et fantasques.

Avant d’aborder l’étude des sculptures des monuments mégalithiques de l’Armorique, nous avons cru nécessaire de démontrer, par la situation de ceux-ci au bord de la mer, et par les objets qu’ils renfermaient, que leur érection est due à un peuple étranger, venant de loin, navigateur, émergeant des contrées où existaient des monuments analogues, et que ces navigateurs coloniaux ne pouvaient être que des Phéniciens.

Nous nous flattons de croire que la discussion, à laquelle nous nous sommes livré, a déjà préparé le lecteur en faveur de notre opinion qui atteindra, un peu plus loin, la lucidité d’un fait éyident. Puisque les Phéniciens fréquentaient les côtes Armoricaines, qu’ils y avaient fondé des colonies, qu’ils y ont construit des tombes qui contenaient, à côté des sujets inhumés de leur race, des produits qu’ils transportaient des trois, sinon des cinq parties du monde qu’ils étaient les seuls à visiter dans ces temps préhistoriques, il est logique d'attribuer, à priori, les sculptures de leurs monuments funéraires à eux-mêmes. Cette conclusion découle naturellement de la

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convergence de tous les arguments longuement exposés dans les chapitres précédents. Elle revêt la force d’une démonstration inéluctable par le fait que des signes similaires ont été constatés en Égypte et remontent, probablement, aux mêmes âges de l’humanité. Dans nos notes prises sur les lieux mêmes, en 1893, dans nos conversations avec les savants archéologues de l’Armorique dans les villes par nous visitées — le DrClosmadeuc en témoigne, — nous avons toujours soutenu l’origine Phénicienne des monuments mégalithiques de la Bretagne, et, par conséquent, de leurs sculptures lapidaires. Et depuis, plus nous creusions cette question intéressante, et plus notre conviction s’affermissait quant à cette origine.

Bien que Renan ait soutenu avec toute son autorité que les Phéniciens et les Chananéens formaient un peuple à part, absolument différent des Sémites (Mission en Phénicie), on continue à admettre, avec Movers, qu’ils appartenaient à la même famille que ces derniers. Des récentes études sont venues confirmer l’opinion de l’illustre savant. En effet, bien avant l’invasion de la Syrie par les Hébreux — qui eut lieu x5ooans environ avant Jésus-Christ — des peuples allophyles, avancés en civilisation, occupaient déjà cette contrée. C’étaient les Sidoniens, les Héthéens, les Tourlens, les Kads que les Amorrhéens désignaient sous le nom d' Askenas ou Aknas, et les Egyptiens sous celui de Fenchn. Les Grecs leur donnaient le nom de Phéniciens.

Dans un travail récent, plein d’érudition, basé sur les anciens textes grecs et les documents égyptiens, un archéologue distingué, le Dr Apostolidès, mit en relief l’indépendance complète des Phéniciens de la race des Hébreux. Il entreprit la même tâche en faveur des peuples pré-helléniques qui avaient précédé les Grecs dans la voie de la civilisation (Essai sur l’Hellénisme classique. Paris, 1898 !).

Les Phéniciens étaient des Couchites qui, partis des bords du golfe Persique, du Couchistan, — et, si l’on voulait remonter

1. D’après le même auteur, les Hellènes, sous le nom de louai (Ioniens) étaient établis très anciennement en Egypte. Ce nom daterait de la 18e Dynastie ; après l’invasion des Hyskos, une colonie hellénique, établie à Naucratis, commerçait avec la Lybie et les îles de la mer Egée ; il y aurait donc eu, à cette époque, des navigateurs grecs. Selon Brugsch, Naucratis était une ancienne ville égyptienne dont les Grecs ont hellénisé le nom. D’après Eusèbe, Naucratis a été fondée par les Milésiens, lorsqu’ils étaient maîtres de la mer, à la VIe Olympiade, 4 7&3 ans environ avant le Christ.

plus loin, de Caboul — vinrent s’établir à l’Ouest du Jourdain,, vers le xxe siècle avant notre ère. Ces Couchites envahirent aussi l’Egypte — où ils importèrent la civilisation babylonienne, 60 siècles avant J. -C., et, vers la fin de la seconde dynastie, tout le littoral de l’Asie occidentale et la Grèce. Ce n’est cf ue bien plus tard cfue ces Phéniciens anticjues, mêlés aux Sémites, et ainsi sémitisés , ont occupé la partie sud-ouest du Couchistan (Billerbeck, Susa) Ce sont les Phéniciens des temps postérieurs. La Phénicie antique, appelée Askan, était occupée par les Tyriens et les Sidoniens. Quoi qu’il en soit, tout le monde reconnaît que les Phéniciens, navigateurs et commerçants, mettaient en relations, dès la plus haute antiquité, l’Asie, l’Egypte et l’Europe. Cette constatation nous suffit pour l’objet de ce travail.

Dans un de mes voyages en Egypte, j’ai eu la bonne fortune de rencontrer M. de Morgan, et je causais avec ce savant, ainsi qu’avec mon confrère le Dr Fouquet, médecin et archéologue distingué, des dolmens Armoricains, précisément lorsqu’il venait de pratiquer les fouilles de Négadah. Cette conversation, et plus tard, la lecture de son remarquable travail, sur les origines de l’Egypte, m’ont fourni de nouvelles armes en faveur de la thèse que je soutiens. L’examen des dessina insérés dans ce livre, dont plusieurs sont pareils à ceux gravés sur les mégalithes de la Bretagne, finit par dissiper tout doute dans mon esprit, et par me donner, définitivement, gain de cause, ainsi qu’on le verra plus loin en comparant ces diverses gravures.

Les sculptures lapidaires des pierres funéraires préhistoriques de la Bretagne sont de plusieurs sortes. Les unes constituent des décorations primitives, souvent maladroitement exécutées ; tandis que les autres peuvent être considérées comme figuratives ou symboliques. La plupart sont grossières et incohérentes ; il y en a pourtant de bien délicates et gracieuses comme celles de Gavrinis. Néanmoins, elles sont, en général, mieux exécutées que celles des mégalithes de l’Irlande, de l’Ecosse et du pays de Galles, bien qu’au fond elles soient identiques. M. Letourneau a constaté aussi cette identité, en examinant un album, offert à la Société d’Anthropologie de Paris par l’amiral Tremblett ; tous les archéologues sont d’accord pour considérer ces divers monuments mégalithiques comme contemporains de ceux de la Bretagne. Le savant sué-

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8ai>

dois Nilson admet l’origine Phénicienne du monument mégalithique de Cairn de Kivik.

Nous ne devons pas perdre de vue que, pour ce qui concerne l’Armorique, les sculptures lapidaires ne se rencontrent que sur les monuments de la bande maritime, sur les rivages d’Arzon, de Locmariaquer et de Carnac, c’est-à-dire sur la zone du littoral qui s’étend de la presqu’île de Rhuys à celle de Quiberon, en comprenant le golfe Morbihanais, ou bien sur les îles. En dehors de ces limites, les dolmens bretons sont dépourvus de toute gravure. Ce fait n’est-il pas déjà très suggestif? ne donne-t-il pas à penser qu’ils ont été érigés par des navigateurs, accostant le littoral ?

Les monuments mégalithiques Bretons marquent des étapes chronologiques successives. Les blocs de pierre bruts, sans traces d’inscriptions, doivent avoir été érigés les premiers ; viennent après, les blocs couverts de dessins grossiers et maladroits, puis les monuments funéraires dont les sculptures sont de plus en plus soignées. Les gravures les plus finies même ne sauraient être déchiffrées ou lues. N’en est-il pas de même des dessins découverts par M. de Morgan, dans la plus ancienne Nécropole égyptienne connue, à Négadah? On verra plus loin, en comparant ces diverses gravures, combien celles de l’Armorique ressemblent à celles de l’Egypte archaïque qu’on n’a guère pu déchiffrer. Pour ce qui concerne les gravures Armoricaines, nous dirons que les navigateurs Phéniciens, s’aventurant au hasard des flots, n’amenaient certes pas avec eux des artistes de la Syrie et de l’Egypte. Improvisés artistes eux-mêmes, à la morf de l’un d’entre eux en pays étranger, ils tâchaient da tracer de leur mieux, sur leurs pierres tombales, quelques signes idéologiques de leur culte, ou commémoratifs de leur pays d’origine. En outre, la plupart de ces gravures ont dû être exécutées avec des instruments en silex, toul comme plusieurs de celles de Négadah ; car en Égypte ce n’est que sous la troisième dynastie que les instruments de pierre ont été remplacés par ceux en métaux dont l’usage apparaît en même temps que les signes hiéroglyphiques. Les monuments mégalithiques de l’Armoriqne, étant de diverses dates, il est logique d’admettre que les gravures grossières ont été exécutées avec des outils en silex, et celles plus fines avec des instruments en métal. Et de fait, la présence de métaux dans quelques-unes de ces tombes préhistoriques

Sa 6 LA LÈPRE A TRAVERS LES SIÈCLES ET LES CONTRÉES

démontre leur date, relativement plus récente ; et, ce qui vient à l’appui de cette différence chronologique, c’est ce que l’on a trouvé dans quelques monuments mégalithiques du Morbihan même, des statuettes représentant Vénus Anadyomène, la Vénus sortant des eaux, que nous comparerons à la Vénus de Paphos de l’île de Chypre — colonie Phénicienne des plus importantes — émergeant aussi des vagues.

Parmi les gravures les plus simples des mégalithes Armoricains, on remarque une suite de lignes concentriques en cercles ou en demi-cercles, emboîtées autour d’un rond central. Ces gravures laissent, en général, beaucoup à désirer quant à leur régularité. A ce propos M. Maspéro, le savant directeur des Musées Égyptiens, nous a dit que les anciens étaient aussi maladroits que nos enfants ; ils ne parvenaient pas à tracer un cercle non anguleux, pas plus qu’un carré régulier. On a voulu voir, dans ces lignes concentriques, des vagues ou bien les ondulations de l’eau, produites par la chute d’un caillou. Selon HenriMartin, c’était l’emblème des cycles sans fin de l’existence et de la transmigration des âmes. Nous pensons que le rond du centre représente le Soleil adoré par les Egyptiens et les Phéniciens (Osiris et Bâal), autour duquel tout gravite. De tels cercles existent également sur les monuments préhistoriques de Suède et de Danemark, ainsi que les signes cupuliformes dont nous parlerons plus loin. On a trouvé, souvent, dans les tombes Phéniciennes, des vases ornés de cercles concentriques, de figures géométriques, avec ou non indications de lotus, de palmiers ou d’animaux. De pareils dessins se voient aussi dans l’ouvrage de M. de Morgan (Recherches sur les origines de l’Égypte, 1897, P* 91)- Et, chose curieuse, ils figurent sur des embarcations, sur les pirogues de l’ancienne Égypte. A la page 93 de ce travail, on remarque un cercle avec un point central, pareil au dessin plus bas tracé.

En étudiant les sculptures de tous les monuments mégalithiques de l’Europe, qui se ressemblent, on peut suivre le perfectionnement progressif, du simple au plus compliqué. Les plus simples gravures linéaires des dolmens paraissent être les premiers essais de l’homme qui trace des ornementations enfantines, comme le font encore de nos jours les sauvages dépourvus de toute intuition artistique. Il en est de même des signes tracés par les antiques Égyptiens, et reproduits dans

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l’ouvrage de M. de Morgan qui leur assigne une date préhistorique remontant, approximativement, à huit mille ans. En effet, les signes gravés par les Egyptiens archaïques sont aussi naïfs que ceux des monuments mégalithiques. Ils n’ont pas la perfection des inscriptions des. monuments d’Abydos, par exemple, qui leur sont de beaucoup postérieurs.

Les signes cupuliformes abondent sur les monuments mégalithiques de l’Armorique. Le graveur y figura, idéologiquement, l’objet de son adoration, le Soleil. Souvent aussi il mettait, à côté, l’emblème d’Isis qui était le croissant. Il s’agit donc d’une épigraphie hiératique. Est-ce que les Chrétiens ne gravent pas, sur leurs pierres tombales, la croix, pour indiquer la religion de l’inhumé ! Ce n’est donc pas trop se hasarder que de reconnaître dans la cupule, dans le rond, le symbole d’Osiris, le Soleil, dans le croissant, celui d’Isis (la Lune), sa sœur et femme. Les Phéniciens n’adoraient-ils pas également le Soleil Bâal, qu’on appelait Belen en Mésopotamie, et chez leurs descendants, les Carthaginois, Baalsamen et Be/isama (le Soleil et la Lune)? Bélisama était aussi une divinité adorée en Armorique qui, certes, l’a empruntée aux Phéniciens qui avaient fondé des colonies, et se trouvait en relations suivies et intimes avec eux, depuis la plus haute antiquité jusqu’aux temps historiques. On ne doit pas oublier que les flottes phénicienne et carthaginoise, composées de 220 grands vaisseaux, ont aidé les villes de la Vénétie à repousser la flotte romaine.

Du centre de quelques ronds ou cupules, partent des lignes sous forme de rayons, ce qui vient encore à l’appui que ces cupules symbolisent le Soleil. En Angleterre, en Irlande, en Suède, en Norvège, il existe aussi des cupules sculptées sur les rochers naturels et sur les monuments mégalithiques que nous avons vu ressembler, absolument, aux pierres funéraires de l’Armorique. De nombreuses cupules, profondément creusées, se voient à Locmariaquer, au dolmen des marchands, aux îles des Moines, ainsi que sur la table de recouvrement du monument de Carnac, tumulus du Mont Saint-Michel, où il existe un groupe de dix cercles inégaux, disposés d'après une figure géométrique angulaire dont le sommet est tourné vers le point où étaient les ossements. Cette disposition ressemble à la constellation de Pégase. Peut-on y voir une réminiscence des connaissances astronomiques des peuples Asia-

tiques, des Chaldéens ? La table du dolmen de Kverès est criblée de cupules. Dans la grotte tumulaire de Gavrinis, on voit aussi des cercles et des demi-cercles emboîtés, au milieu de spirales en forme de serpents dressés sur leurs queues et de lignes en zigzags. Enfin on y remarque un cartouche surmonté de trois rangs de celtae en relief. M. Mérimée a reconnu en ces disques soléaires le signe à' A mon Râ, le dieu de la lumière et de la vie , bien que ce grand savant ait interprété les gravures des monuments mégalithiques dans le sens des doctrines druidiques.

Les ronds tout simples ou ombrés ont été rencontrés aussi par de Morgan parmi les inscriptions, indéchiffrables, des plus anciens Egyptiens, ainsi que le Pélum dont nous allons parler tout à l’heure, Sur un vase, ce savant a trouvé le rond avec un point central, mêlé à des hiéroglyphes.

Dès la plus haute antiquité, le cercle, avec ou sans point central, était, chez les Egyptiens, le signe du dieu Râ, du Soleil, d’Osiris. Les Egyptiens antiques considéraient le Soleil comme un fétiche représentant l’esprit bon qui, chaque matin, chassait de l’horizon les esprits des ténèbres. Puis, devenus Nilolâtres et géolâtres, ils ont adoré le Na. Mais plus tard, sous le roi Typhon, on redevint héliolâtre. C’est surtout à la fin de la IIe dynastie que l’adoration de l’Hélios prit profonde racine et que les rois faisaient précéder leur signature du signe O, symbole du Râ-Soleil, tout comme les prélats chrétiens inscrivent le signe de la croix avant leur signature ou leur paraphe. Selon Brugsch pacha, c’est le dernier roi de la IIIe dynastie, Neb-Ka-ra, qui inaugura cette habitude et prit le nom d’Hélios. Il a été le premier Roi-Soleil. Le rond devint un élément essentiel dans la composition des noms pharaoniques : toutes les statues, tous les ustensiles du palais du roi Kafra,

— intitulé fils aîné de Râ, comme qui dirait fils aîné de l’Eglise

— tous les monuments qu’il érigea sont marqués de son nom précédé du signe q, le dieu Hélios.

Les anciennes barques égyptiennes avaient comme enseigne, un cercle cintré, un croissant ou une croix. La branche du palmier figurait souvent à la proue. Remarquons, à ce propos, que les barques des anciennes gravures rupestres de la Suède et de la Norvège portent aussi comme enseignes, des cercles cintrés. Il est à noter aussi que les grands arbres n’ont jamais existé dans la vallée du Nil, et que les premières

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embarcations égyptiennes étaient en roseaux. Or, les pirogues monoxyles égyptiennes ont dû être construites par des étrangers, par les Phéniciens, navigateurs et grands voyageurs, qui prenaient le bois dans les forêts du Liban.

Enfin, un objet en ivoire, trouvé par de Morgan à Négadali, a la forme d’un croissant à ouverture supérieure, et de nombreux ronds sont gravés sur son socle; ce sont encore les symboles du couple divin réuni : Osiris et Isis, le Soleil et la Lune. Dans les vieux textes égyptiens, postérieurs à la VIe dynastie, le mort est toujours assimilé à Osiris et désigné sous le nom de reposé en Râ (Gesch. des Alterthums, Apostolides, loc. cit.) ; c’est, comme on dit pour les chrétiens, reposé en Christ. Tous les faits qui précèdent et les réflexions qu’ils suggèrent, conduisent à la conclusion que les ronds qu’on rencontre sur les mégalithes des tombeaux préhistoriques d’Europe symbolisent le Soleil, le dieu Râ, Osiris, et les croissants, la Luné, sa femme Isis.

Les dessins pédiformes HP tournés à droite ou à gauche, à courbures ronde ou légèrement brisée, se rencontrent fréquemment sur les monuments du Morbihan. On sait que ce signe a été souvent figuré par les antiques Egyptienë. Il se voit fréquemment dans l’écriture hiéroglyphique. C’est le Pedum ou le bâton augurai qu’Osiris, lui-même, tient à la main. Il est reproduit dans l’ouvrage de Griffith (Archeoiogical survey of Egypt, fifth memoir, London, 1896) ainsi que dans le travail de Morgan (Loc. cit., p. 8 et 9). Sur la stèle du roi Kâ, déposée au Musée du Caire, on voit un Pedum f et une main sculptée. Il se trouve aussi, plusieurs fois répété, sur l’empreinte d’un cylindre du tombeau du roi Den (Morgan, p. 235). Sur la pierre de tête du dolmen des Marchands, en Bretagne, on remarque quatre séries de crochets en relief, ou signes pédiformes. Selon Leray, de Nantes, leur nombre (onze) rappelait la race de Chanaan dont le premier des onze fils était l’ancêtre des Phéniciens (Bull. Archéol. de Nantes, i865).

Les spirales irrégulières et les lignes brisées, que nous avons vues sur les monuments Armoricains préhistoriques, ont leurs analogues sur les plus vieilles antiquités Egyptiennes. Il en est de même des serpents, à cette différence près, qu’ils sont décapités sur les pierres de la Bretagne. Cependant, dans les sépultures du roi Horra-Fouad, et de la princesse Noup-Hotep, de la XIIe dynastie, les oiseaux et les ser-

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pents sont aussi privés de leurs têtes (Morgan), comme sur les gravures Armoricaines.

Selon H. Martin, les lignes brisées des monuments mégalithiques Armoricains représenteraient les vies inférieures de transmigration, les séries d’existences violemment interrompues par la mort, et les cercles du serpent infini, le déroulement régulier de la vie dans l’immortalité. A ce propos, l’illustre historien se livre à des interprétations qui séduisent rimagination.

Des perles en rang, figurant des colliers, se rencontrent tant sur les monuments Armoricains que sur des statuettes trouvées à Négadah, par de Morgan.

Sur plusieurs monuments mégalithiques de l’Armorique, on voit des images de haches et de hachettes. Elles rappellent les talismans placés à l’intérieur des tombeaux qui, probablement, avaient servi d’amulettes. M. Oppert, de l’Institut, a combattu l’opinion de ceux qui ont voulu rapprocher ces signes celtiformes des lettre cunéiformes. Les haches sculptées sur les monuments armoricains ont le tranchant tourné en haut ou en bas. Elles sont rangées en ligne ou bien alternent avec des signes serpentiformes.

Fergusson, qui a constaté de pareilles haches sur les mégalithes de Dublin, se demandent si elles ont un sens hiéroglyphique.

Selon Nobbac, l’ascia serait le symbole de la grande divinité du Nord, protectricé des tombeaux ; d’où sub ascia dedicavit. Les Romains avaient trouvé Y Ascia en arrivant en Gaule. Les dieux mânes de provenance étrangère avaient pour emblème sacramentel Y Ascia.

Il nous semble que la hache gravée sur les monuments mégalithiques est aussi un signe idéologique transmis par les Phéniciens. En effet, le roi Snefrou, qui fut le premier à s'e servir du titre de Pharaon (38oo ans environ avant le Christ, IVe dynastie), persécuteur acharné des prêtres héliopolitains, faisait précéder son nom du signe de neter , dieu qui est représenté par une hache dans l’écriture hiéroglyphique. Peut-être les Phéniciens de cette époque avaient-ils renié le Dieu-Soleil. La hache, le marteau de Thor, étaient aussi le signe de la puissance divine. En Scandinavie et en Germanie, la croix chrétienne se voit parfois rapprochée du marteau à deux têtes. Aussi aimait-on faire figurer la hache, comme les Egyptiens

ANNEXE

leur neter, en tête de leurs inscriptions ou de leurs cartouches (Alviera, Migration des symboles, Paris, 1891 ; Apostolidès, loc. cit. ; Lambert, la Numismatique gauloise du nordest de la France).

Sur quelques monuments mégalithiques de l’Armorique? on rencontre des écussons, des cartouches et des empreintes de pieds, — pareillles à celles qui figurent dans le livre de M. de Morgan déjà cité, — et des feuilles de palmiers.

Nous avons déjà dit et répété que, les ronds et les croissants étaient les emblèmes d’Osiris, le Soleil, et d’Isis, la Lune. La feuille du palmier, $o(vy)£, Phénix n’était-elle pas l’emblème des Phéniciens qui en tiraient leur nom? Ne la

Morbihan et Égypte antique.

Égypte

SU

reproduisaient-ils pas sur leurs monnaies ? Les Grecs désignaient sous le nom de Phénicie les villes de Tyr et deSidon, le pays des Chananéens, qui avaient beaucoup de palmiers. Nous savons aussi que la feuille du palmier était le symbole de l’honneur chez les Egyptiens, et plus tard chez les Grecs, auxquels tous les peuples l’empruntèrent. Ne continue-t-on pas à s’en servir, depuis, comme signe de victoire, d’honneur et de récompense ?

Isis était représentée avec des branches de palmier aux pieds. Le Christ, à sort entrée à Jérusalem, fut reçu par le peuple portant des feuilles de palmier : les Piomains s’en servaient pour récompenser les champions victorieux des concours. Cette habitude se perpétue jusqu’à nos jours (Palmes académiques, Palmarès). Enfin la légende du Phénix incinéré et renaissant de ses cendres se rapportait à l’immortalité. Cela rappelait le cours du Soleil, adoré par les Phéniciens, qui, embrasé dans les flammes à son coucher, renaissait à l’aurore pour monter à l’horizon. Le feu se lève aussi comme le soleil. On brûlait les rois ; on enterrait la populace. L’offrande par

S3a LA LÈPRE A TRAVERS LES SIÈCLES ET LES CONTRÉES

combustion était destinée au Dieu Soleil. Mais plus tard, être brûlé, c’était tomber dans le feu des démons. Les ennemis du Dieu Soleil et du roi étaient punis par la combustion. N’est-ce pas là la légende de l’Enfer des religions actuelles?

Penhouët a constaté, en i8i3, les feuilles de palmier sur cinq supports de Locmariacjuer, ainsi que sur un bloc de Gavrinis. Malheureusement, lorsque nous avons examiné cet admirable monument avec son savant propriétaire, le Dr de Closmadeuc, cette gravure était détériorée et confuse. Penhouët affirme aussi avoir vu sur une des pierres de Locmariaquer, le scarabée. Le temps a opéré son œuvre destructive depuis ces constatations. Mais l’affirmation de ce véridique auteur suffit. Nous voyons dans l’image de cet insecte un nouvel argument, et des plus décisifs, en faveur de notre opinion que ces gravures préhistoriques de l’Armorique ont été exécutées par les Phéniciens qui empruntaient souvent aux Egyptiens leurs idées et leurs conceptions. En effet, l’on sait que le scarabée, qu’on trouve si souvent dans les tombeaux égyptiens, sorti du nez d’Osiris, était considéré comme le symbole de la résurrection du Soleil levant, et de celle de l’homme après la mort. Si nous n’avons pu voir le scarabée signalé par Penhouët, nous avons eu, au moins, la satisfaction d’arriver à temps pour constater, sur la table de Locmariaquer, du côté interne, une gravure reproduisant le corps d’un cheval, autre attribut des Phéniciens dont les monnaies en étaient empreintes ainsi que, plus tard, celles des Carthaginois et des Ibères. Cette gravure, déjà elfacée, est condamnée aussi à disparaître.

En étudiant les premiers essais de l’homme pour fixer sa pensée, et le développement successif de l’art graphique, on remarque que la pietographie, l’idéographie ou l’expression des objets par les images, a précédé les signes linéaires ou phonétiques. Ainsi pour écrire le Soleil, on figurait un disque cintré ; pour désigner la Lune, un croissant, l’animal même pour désigner un taureau... Quant aux idées abstraites, elles étaient exprimées par des symboles ; c’est ainsi que fut créée l’écriture hiéroglyphique à laquelle les Conclûtes ou antiques Phéniciens empruntèrent les premières lettres de l’alphabet. Or, avant de former des phrases complètes, les premiers écrivains d’idéogrammes représentaient la chose même et n’exprimaient, de même que par les signes linéaires à leur début,

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qu’une simple pensée, sans liaison, sans suite. C’est ce qu’on a constaté sur les bouchons des jarres de la nécropole de Négadah, contenant des offrandes ou des parties incinérées du corps. Il en est de même des signes figurés sur les stèles tirées des tombeaux et des plus antiques monuments égyptiens. Sur tout cela, il n’y avait que des symboles ou des objets figurés. Aussi, ces inscriptions demeurent-elles illisibles, comme les gravures des mégalithes européens, qui leur ressemblent tant. Ce n’est qu’au temps du roi Djezer — IIIe dynastie — que l’écriture hiéroglyphique devint susceptible d’exprimer la langue parlée. Il est aussi à remarquer que les tout premiers idéogrammes, tant égyptiens que mégalithiques, sont tout simplement des symboles religieux. Ce n’est que plus tard qu’on figurait divers objets, des outils, des plantes, des parties du corps humain, des animaux et enfin des scènes domestiques (Ewans, Primitive pietographis and a prae Phœnician script, from Crete : Journ. of Hellenic studies, i8q4).

Les mêmes signes ont été découverts dans les ruines d’une ville de la XIIe dynastie (2 5oo ans avant J. -Ch.). Plusieurs de ces signes sont identiques aux lettres de l’alphabet cypriote ; ce qui, selon Flinders Pétrie, prouve leur origine commune. Or, les mêmes signes se retrouvant sur les mégalithes européens, j’arriverai. de mon coté, pour ces derniers, à la même induction que ce savant archéologue. Les décorations linéaires des vases de l’antique Egypte, dit de Morgan, sont tout à fait semblables à celles qui figurent sur la poterie européenne de l’âge néolithique et sur ceux de la Troade et des îles de la mer Egée. Nous ferons remarquer aussi que ce savant a trouvé, dans l’antique nécropole de Négadah, des vases d’obsidienne, pierre volcanique inconnue en Egypte et qui se trouve en Asie-Mineure, dans la Chaldée et dans les îles de l’Archipel, principalement à Milo, nouvelle preuve des relations préhistoriques de tous ces pays avec l’Egypte antique.

Vers l’extrémité de la presqu’île de Rhuys, derrière le clocher d’Arzon, se trou ve le galgal du petit Mont, enveloppant un dolmen qui porte sur un de ses Menhirs deux plantes do pieds en relief, ornées de leurs orteils (voir les dessins ci-dessus). Les mêmes empreintes se voient sur les monuments préhistoriques de Suède et de Danemark; un pied est aussi figuré sur une pierre provenant d’un Cist du Norlhumberland. Cette pierre est déposée au Brilish Muséum dans la Zambaco. Anthologie. 53

collection Greenwell. Romilly Allen voit clans cette empreinte le symbole funéraire du passage de cette vie dans l’autre ( Journal of British Assoc., vol. XXIX, 1 883 , et Mém. de Closmadeuc, 1887).

Chose curieuse! M. de Morgan a également reproduit dans son livre, tant de fois déjà cité, des bras et un pied à plat qui a été copié sur un vase en albâtre trouvé dans le tombeau du roi Dja. Sur le loin trouvé à Maraehe, — dans la haute Silicie, près de Cappadoce, — par Hamdy bey, directeur du Musée de Constantinople, on voit, outre les caractères en Boustrophédon — écriture dirigée alternalivement, de droite à gauche et de gauche à droite, comme les sillons de la charrue traînée par les bœufs — des pieds, des jambes, des bras, des ustensiles... ce sont des hiéroglyphes Hittiques1.

De tout ce qui précède, nous tirerons la conclusion suivante : les mains et les pieds figurant sur les monuments mégalithiques, pareils à ceux des monuments des Khétas, ont dû être l’œuvre des Phéniciens, en imitation de leurs devanciers dans l’art de fixer la pensée par des signes idéologiques.

En plus, sur quelques monuments mégalithiques, figurent des marteaux emmanchés, des charrues, des vases et des signes qui correspondent aux premières lettres des alphabets primitifs. L’abbé Mahé a vu sur une pierre de dolmen l image du Phallus. Selon M. de Morgan, dans les plus anciennes nécropoles de Babylonie, très analogues à celle de Négadan, on déposait, auprès des restes du mort, une image du Phallus, probablement en réminiscence du Phallus d’Osiris que n’a pu retrouver Isis, après la mort de son cher époux et frère.

1. Les Hittites ou Ivhétas occupaient, avant l’invasion des Hébreux, la côte de la Syrie. Ce peuple ancien possédait déjà une* écriture. Berger (Histoire de l’écriture dans l’antiquité) est portée y voir l’origine de l’écriture cypriote, et soupçonne quelque parenté entre les Khétas et les aborigènes de l’île de Chypre où les Phéniciens avaient établi une des plus anciennes de leurs Colonies. Ce serait là le point de départ de l’alphabet. Selon Pline aussi, l’alphabet phénicien est né de l’écriture des Khétas. Or, soit dit en passant, l’hébreu ne fut ni la première langue, ni la première écriture. Ce n’est pas dans cette langue que Dieu chassa du paradis Adam et Eve. Saint Jérôme est dans l’erreur en disant que l’hébreu fut le commencement de tout langage humain, et Origène avec lui. L’écriture hébraïque primitive a été confectionnée avec l’alphabet samaritain, presque identique au phénicien. Selon Renan, l’hébreu et le phénicien étaient deux idiomes de la même langue. L’inscription phénicienne trouvée à Marseille, en i845, contient sur 89 mots 59 hébreux. Aalévy vit à Berlin, en 1892, deux inscriptions sémitiques découvertes dans la Syrie du Nord, en dialecte phénicien, proche de l’hébreu, et influencé par l’Araméen, langue parlée par les Hittites.

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M. de Penhouët affirme avoir vu, en Armorique, sur la plinthe d’une statue égyptienne, des dessins pareils à ceux gravés sur les monuments mégalithiques bretons, et Renaud a découvert, en juillet i8i3, à l’intérieur d’un tombeau mégalithique, des caractères hiérolgyphiqués.

Sur plusieurs blocs mégalithiques, on voit des séries de Y ascendants ou descendants, emboîtés ; des houlettes, des caducées, des grecques, — ornements qui consistent en une suite de lignes revenant toujours sur elles-mêmes, dont l’une verticale et l’autre horizontale, et se coupant à angles droits, ainsi que d’autres signes qui se trouvent dans l’écriture cypriote, comme on le verra plus loin.

Le premier signe, reproduisant le joug et la lettre ypsilon des Grecs, a été interprété d’une manière curieuse. Ce serait l’emblème de la vie humaine partagée en deux chemins : le droit, dur, raboteux, escarpé, conduisant à la vertu et à la sagesse; et le gauche, uni, doux, semé de fleurs, aboutissant au vice. Tous les hommes marchent d’abord dans le chemin droit qui est la monade, le sceau même de Dieu. Plus tard, il y a des hommes qui deviennent mauvais, d’où la dyade ou mauvais principe. Enfin, vient la triade ou trinité, qui serait l’harmonie parfaite qui renferme de sublimes mystères. Ce sont là les doctrines de Phythagore qui était de culture Phénicienne et qui vécut six siècles avant l’ère chrétienne.

Les gravures jugiformes (en joug) et les Pé.diformes existent au Massé Lud, à Kergaval-Er-Hroek et à Tumiac, en Armorique. Des dessins en forme de peigne à plusieurs dents se voient aussi sur quelques monuments mégalithiques de la Bretagne et des autres pays déjà mentionnés. Nous en avons vu un tout pareil dans une inscription phénicienne gravée sur le Nécrophage de Tabnit, déposé au Musée Impérial à Constantinople, et provenant de Sidon. Sur ce même bloc de granit figure aussi une barque maladroitement gravée.

Sur une statuette en terre cuite, découverte par F. Pétrie, on remarque aussi des tatouages en Y emboîtés et le signe du peigne.

Nous avons dit que nombre de symboles idéographiques ont servi plus tard à la composition des Alphabets.

Les Kémi-hyperboréens, après avoir longtemps assimilé leurs divinités à des pierres, se mirent à les représenter sur des blocs de pierre et sur leurs tombes mégalithiques par de

petits cônes, par des lignes perpendiculaires, ou par un croissant et des cercles concentriques imitant le disque solaire (Apostolidès ; F. Lenormand ; Cartaillac, l’âge de pierre dans les souvenirs et les superstitions populaires; Sacaze, Le culte des pierres; Desort, Pierres à cupules; Nadaillac, Les premiers hommes). « Plus tard, en combinant les symboles, on désigna différentes idées, sur la nature et la divinité. Ces divers signes figurent sur les plus anciennes tombes mégalithiques de la Scandinavie, du Danemark et de la Gaule ».

André Lefèvre a soutenu, dans son cours d’ethnographie et de linguistique, que la plupart des signes mégalithiques sont empruntés à l’écriture figurative.

Poursuivons la démonstration de l’identité de plusieurs signes gravés sur les mégalithes bretons avec ceux figurés dans le livre de Morgan, datant de l’Egypte archaïque, et avec certaines lettres des premiers alphabets.

Voici quelques gravures mégalithiques armoricaines:

Des croix variées de forme, à branches recourbées, se voient sur le monument de Manescoul, dolmen de Manékérjon, et sur la pierre dite de Sainte-Avoye, dans le Morbihan.

Nous ferons observer crue si l’on ajoute une anse au-dessus

du signe T, on obtient le signe du, symbole de la vie que tiennent à la main plusieurs divinités égyptiennes (le roi Ptah).

Voici quelques marques relevées sur les jarres du tombeau royal de Négadah par de Morgan :

l , oo , nnn,0,u.

>ir»j ‘ïu8 a vw &i il' . cü-o iâi

Dans l’essai de Don Luis Velasquez (sobre Ios Alphabelôs de Las Letras Desconocidas, 1752), je relève la troisiggie lettre de l’Alphabet Phénicien ou Ghimel, et les signes suivants : ,

1,0.1, TA. LC

l fl î V l F

b ôoô

ANNEXE 837

Dans l’Alphabet Cypriote, on retrouvé la plupart des signes gravés sur les Mégalithes, savoir :

Les clous w étaient des signes de numération. On les rencontre sur quelques monnaies phéniciennes au-dessus ou au dessous du cheval ou du palmier traditionnel.

Quelques lettres de l’Alphabet Grec archaïque :

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