C. Handfield Jones
Cljairman.
Vous voyez, Messieurs, par la lecture de ce dernier document officiel si récent, que l'opinion contagionniste n'a pas pris autant le dessus, en Angleterre, que le pense M. Besnier.
Avant de produire l'opinion d'autres autorités du même pays, je désire répondre au reproche fait par notre collègue M. Besnier à notre collègue M. Conslanlin Paul de n'avoir pas consulté l'édition de Tilbury Fox de 1873, dans laquelle cet auteur se montrerait franchemeni contagionniste. Cette édition est postérieure d'une année à la publication olficielle des résultats de l'enquête des Indes (1872) c^ue M. Constantin Paul aurait mise à contribution. Mais M. Besnier lui-même n'a pas compulsé la publication due à Tilbury Fox, Farquhar, van Dick Carter, intitulée : On certain emJemic Skin a>id olhers diseases of India and hot c limâtes generalhj, éditée à Londres, en 1876.
11 y aurait lu le passage suivant, à la page 59 :
« La question de la contagiosité de la lèpre est encore ardem- « ment discutée, et, récemment, le D"" Hansen, de Bergen, a « affirmé que cette maladie se propage, principalement, par la « contagion, dans ce pays. Un rapport spécial sur ce point a été « récemment rédigé par nous, pour le comité de la lèpre nommé « par le Collège royal des médecins ; dans ce rapport, l'inexac- « titude de l'argument de Hansen était pleinement démentie « {ihe fallaci) of Hansen s argument toas fullij shoum.) el une « réplique basée sur ce rapport fut envoyée à lord Carnavan, en
« réponse à la communication reçue parle Collège, dans laquelle « il était établi que leCollège maintenait, jusqu'à présent, l'opinion « que la contagiosité de la maladie n'a pas encore été prouvée. La « maladie peut être inoculable, mais, jusqu'à piésent, nous ne « voyons pas de raison, en cequi concerne la contagiosité, pour que « les lépreux ne soient pas admis dans nos hôpitaux généraux et « n'y reçoivent pas tous les soins désirables. Nous n'avons jamais « observé ni entendu dire qu'il y ait eu, en Angleterre, de fâcheux « résultats provenant de cette manière d'agir. »
Voici des extraits d'une autre publication, qui n'ont pas une moindre importance en raison de la haute compétence des auteurs en matière de lèpre. Je veux parler du rapport du D"" R.-P. Lewis et du D'^ D. Cunningham, imprimé à Calcutta, 4876, par ordre du gouvernement :
« La lèpre existe dans l'Inde, au moins depuis trois mille ans. « Pour les trois présidences de l'Inde anglaise, on estime à « plus de 99,000 le nombre des lépreux pour une population de « 182,837,1 80 habitants, soit 54 cas de lèpre par 1 00,000 habitants,
« En 1877, l'asile d'Almora contenait 211 malades, 117 hommes « etSi femmes. Un seul cas pouvait, à la rigueur, être attribué à « la contagion. L'histoire de l'asile n'apporte aucun autre élément « en faveur de la contagiosité ; il n'y a pas d'exemple, parmi les « infirmiers ou autres employés ayant des relations quelconques « avec les lépreux, qu'un d'entre eux ait eu à souffrir de l'accom- -« plissement de ses fonctions. L'hérédité, au contraire, est une « cause évidente de transmission. La maladie a une tendance à « suivre la ligne maternelle descendante.
« L'internement forcé est une mesure ni efficace ni pratique de « diminuer l'extension de la maladie. Les asiles sont bien supé- « rieurs aux prisons.
« L'histoire de l'asile d'Almora ne vient pas à l'appui de la « contagiosité; elle prouve, avec évidence, le contraire. L'hérédilé « exerce la plus importante influence sur le développement de la « lèpre. »
Depuis dix ans, les convictions du Cunningham ne sont pas modifiées; sur ma demande, à l'occasion de cette discussion, sir J. Fayrer a bien voulu le prier de formuler son opinion actuelle; voici sa réponse :
(37 Courtfield Garden, iiov. 16, 1887).
« Mon cher sir Joseph Payrer,
« Comme vous le savez, le D' Lewis et moi, il y a déjà quelques années, nous avons fait une étude spéciale de la lèpre, dans l'Inde. Les résultats de nos investigations furent consignés dans un rapport qui a été publié sous forme d'appendice au Rapport annuel de la Commission sanitaire au Gouvernement de l'Inde, pour Vannée 1875-1876.
« Je n'ai pas vu qu'il y eût lieu de modifier les opinions que nous avons exprimées alors, relativement à l'interprétation des phénomènes offerts dans l'Inde par la maladie. Ces phénomènes me paraissent, encore aujourd'hui, clairement démontrer que l'apparition et la prédominance variable de la maladie, dans ce pays, ne peuvent être déterminées par la transmission par contagion, mais qu'ils dépendent des conditions de localité et de l'hérédité.
« La constante coïncidence du bacille spécifique avec l'apparition de la maladie est, bien entendu, un très remarquable phénomène qui donne à réfléchir; mais il est bien difficile de le regarder raisonnablement comme apportant un argument capable de détruire l'évidence fournie par les grands faits de la distribution géographique d'une part, et la frappante absence de faits irréfutables de contagiosité apparente de l'autre.
« Bien à vous.