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LES CAGOTS

A côté des lépreux authentiques, il existe une catégorie de malades moins touchés, presque normaux. Le nom le plus couramment utilisé pour les désigner est celui de « cagob ».

Il est difficile de distinguer nettement parmi les « maudits », à savoir bohémiens, juifs, capots, hérétiques, ceux qui furent vraiment des lépreux. On a certainement confondu des affections diverses avec la lèpre. Certains auteurs, devant les conclusions quelquefois confuses des témoignages contemporains, ont prétendu que les cagots n'étaient point des lépreux. Nous devons remarquer que presque tous ces ouvraces de véritable polémique ne sont point dus à la plume de médecins, exception faite des travaux du docteur H.-M. Fay.

C'est au concile de Latran de 1179 que fut réglée pour la première fois la situation des lépreux. Or, nous y trouvons deux classes nettement définies; les uns pourront se marier, les autres seront tenus à la continence. « Leprosi autem si se continere noluerint et aliquam quae sibi nubere velit, inveniant, liberum est eis ad matrominium convolare. »

Cette distinction, dit le docteur H.-M. Fay, allait donner naissance à la classe des lépreux libres, famille dé lépreux héréditaires. La lèpre continua donc à sévir; mais comme ne trouvaient souvent à se marier que des lépreux peu atteints, leur lignée était en grande partie faite de lépreux « plus riches en signes équivoques qu'univoques ». C’est de Ià que commence la distinction des grands lépreux, et de ceux à qui l’on devait donner un jour le nom de cagots. Ceci explique pourquoi dans les titres antérieurs au xiv° siècle, il est souvent impossible de saisir la différence

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entre les crestiaas et les lépreux; au xiv° siècle, la distinction s’établit; au xv°, elle est tout à fait manifeste.

Ce qui nous importe, c'est de savoir si les cagots furent vraiment des lépreux; ainsi, les mesures qui les concernent seront aussi valables pour les véritables ladres.

Nous suivrons de très près dans notre exposé la thèse et les travaux du Docteur Fay, qui examine le problème d’abord en face de la médecine ancienne, puis en face des acquisitions modernes. Lorsqu'on parle de lèpre, on pense toujours au moyen âge; dans les témoignages que nous allons invoquer, il ne saurait être question de nous limiter à cette période. Comment étudier l’histoire par tranches bien définies ? En réalité, la transition est lente et souvent impalpable.

À part des divergences de vue que nous noterons au passage, les cagots furent ciassés par leurs contemporains parmi les lépreux.

D'abord appelés « crestiaas », on trouve mention des cagots dès le xvr° sièele en Béarn. Ce mot remplace les anciens mots Kakod, ou Gaffot, le latin l’emportant depuis déjà longtemps sur les langues celtiques. « C'est de cette époque, dit Fay, que furent créées les premières léproseries. C’est aux dialectes du Nord que nous devons les mots que nous venons d'indiquer. Il est possible que la Phénicie ait antérieurement porté la lèpre dans nos ports et sur nos côtes; mais 11 nous paraît certain que la grande invasion qui saccagea les Gaules, le nord de l'Espagne et de l'Italie joua dans la propagation du mal un rôle plus grand que le commerce des Phéniciens. Quand vint le x° siècle, les langues celtiques avaient définitivement disparu même dans les campagnes les plus isolées. le latin l’emportait depuis le temps de l'extension du catholicisme, et une iangue nouvelle, romane, se fixait. C’est de cette époque pleine de foi et de charité que date le mot « chrétien » appliqué aux lépreux. Ce mot, c'est la psychologie du moyen âge. Qui n’a pas goûté toute la saveur mysbique ét la délicatesse prime-sautière des vertus. de cette

civilisation naissante (elle avait le cœur des enfants) ne peut pas comprendre tout ce qu’il y a de beau dans ce mot appliqué à ces êtres. » (1).

Laissons les discussions philologiques sur le mot « cagot » pour nous en tenir à un examen plus médical. Qu'il nous suilise de faire remarquer dès maintenant que le mot est employé très tôt comme synonyme de lépreux ou d’une certaine classe de lépreux. j

Le mot « gafo », resté dans les langues espagnoles et poriugaises, se trouve déjà dans le romancero du Cid avec le sens de lépreux.

Dans plusieurs cartulaires du xnr° siècle, on trouve, cités sous le nom de « christianni donati », des gens qu'une épreuve physique fait se retirer du monde et « se donner corps et biens à des monastères ». Les riches reçoivent en échange de leurs biens l’hospitalité dans les maladreries: les serfs, où ceux qui avaient quelque métier, les conservaient dans l’abbaye avec une situation équivalente à celle qu'ils occupaient avant.

Tels étaient, toujours d’après Fay, les pauvres du Christ, « pauperes Christiani, ou Christi », les riches étaient frères. « Fratres donati, christiani donati ».

- L'assimilation des chrestiaas aux lépreux est absolue dans un document daté de 1291, où l’on voit le Frère Raymond de Tremblade donnant tous les droits de l'hôpital de Serregrand sur la « chrestiania sive leprosaria » de la Bastide d’Estelle de Barran, en faveur d’Arnaud, Christian d’Auch, et de sa femme. Parmi les témoins figurent Bernard, d’Andorre, « leprosus de Auxio » (2). Cette pièce tendrait à montrer qu'à Auch les lépreux jouissaient d'une certaine liberté, puisqu'ils pouvaient posséder des biens, se marier et témoigner. Leur situation sociale paraît être déjà celle

dont jouiront les cagots au xiv° siècle.

(1) Fay, Lépreux et cagots du Sud-Ouest, p-05:

- (2) A. Lavergne, Origine des cagots, capots ou christians, Congrès scientifique de Dax, mai 1882. 4er semestre, p. 227-229.

Æ hiphs

En eflet, à cette époque, ils commencent à jouir des droits communs, propriétés, témoignage, libre disposition de leurs biens. Ils peuvent se marier en choisissant leur conjoint dans leur caste.

Les cagots étaient-ils des malades? Etaient-ils des lépreux?

Rabelais, qui a parlé de tout, ne pouvait pas oublier les cagots. IT n'en, parle jamais en médecin, et sous sa plume le mot de cagot est toujours une injure; citons, par exemple, Je début du chapitre Lxiv du livre IV :

Puis, demande Pantagruel, quelz gens habitent en ceste belle isle de chien. Tous sont, respondit Xenomanes, hypocrites, hydropic- - ques, patenostriers, chatemites, santorons, cagots, hermites. Tous pauvres gens, vivans ‘comme l’hermite de Lormont entre Blaye et Bordeaux) des aulmosnes que les voyagiers leurs donnent. Je n’y vais pas, dist Panurge, je vous allie. Si je y vais, que le diable me souffle au cul. Hermites, santorons, chatemites, cagotz, hypocrites de par tous les diables, ostez-vous de là.

Nous pourrions citer bien d’autres textes du même esprit, ce ne sont là que boutades de littérateurs. En réalité, les cagots nous sont présentés comme malades par les médecins même du moyen âge. Dès le xiv° siècle, les témoignages médicaux concordent à les faire regarder comme lépreux.

Voici un passage de La grande chirurgie, de Guy de Chauliac (4383, Traité VI, Doctrine I, chap. IT : De la ladrerie) :

Et s’il (le médecin) trouue que auec la disposition à ladrerie, il (le malade) ait quelques signes équiuoques diminuéz, il le faut commander familièrement et secrettement, qu'il se tienne en bon regime et ait le conseil des Médecins : autrement il deviendra ladre.

Mais s’il a plusieurs équivoques et peu d'eunivoques, il est vulgairement appelé cassot ou capot. Et tels doient estre aigrement menacez qu'ils tiennent bon régime, et ayent bon conseil des médecins, et que s’ingèrent fort auec le peuple; car ils entrent en ladrerie.

Et s'ils ont plusieurs signes equivoques et plusieurs univoques auec bonnes paroles et consolatoires, ils doiuent estre séquestres du peuple et conduits en maladrerie.

Mais, s'ils sont sains doivent estre absous, et auec lettres des médecins envoyez aux recteurs G).

Plus tard, Laurent Joubert, qui traduisit L'inventorium sive colleclium partis chirurgicalis medicinae de Chauliac, sous le titre que nous connaissons de Grande chirurgie, fait des

réserves

Quoique de pareilles affections semblent plutôt des impuretés de la peau que des maladies, et que, à ce qu'on dit, elles règnent, non sur la totalité, mais sur de certaines parties du corps, cependant il ÿ a des hommes vulgairement appelés capots et ladres blancs qui présentent une leucé générale. En effet, leur véritable mal, ce n'est pas l’éléphantiasis proprement dit, que l’on définit un chancre de tout le corps et qui provient uniquement de l’atrabile, par suite de l’inflammation de toutes les humeurs, ce n’est pas non plus ce que les Grecs appellent lèpre, et qui n’est qu'une aflection de la peau, ni le mélas, sorte de vitiligo. C'est dans la pituite que la capoterie a sa source; tout l'indique blancheur complète et presque de neige, absence de toute démangeaison, surface du corps égale et unie, et bouffissure de la face. La seule chose qui fasse supposer qu'ils ne jouissent pas d’une parfaite santé, c'est leur mauvaise haleine : ce qui provient de la facilité avec laquelle leur pituite se corrompt. Cette affection n’est pas contagieuse, comme la lèpre: elle ne se gagne ‘même pas par le commerce des deux sexes, elle n’est qu'héréditaire et se transmet aux enfants. En effet, il n’y a que celui qui est né de parents capots, soit de père et de mère, soit de l’un des deux seulement, en qui l’on découvre la capoterie, c’est-à-dire qui soit affecté d'une leucé naturelle et générale; voilà du moins ma conjecture. C’est ainsi que les lézards verts font des lézards verts, et les polypes blancs des polypes blancs. C’est donc avec raison qu’on leur interdit de se marier hors de leur caste, de peur que ce mal, € qui s’est maintenu avec une invincible persistance dans une certaine population, ne s’étende davantage ». La première origine de ce mal remonte à des individus primitivement atteints d’une

(3) E. Nicaise, La grande chirurgie de Guy de Chauliac, Paris, Alcan, 1890. in-80.

SEAGY 7: 2

affection qui se rapproche beaucoup de l’anasarque, et qui provenait, ou de la mauvaise qualité des aliments, ou d’un désordre dans les fonctions digestives : ce que donnent aisément à entendre les ingénieux raisonnements de Galien, livre II, Des causes des symptômes, chap. v (4).

François de Belle-Forest pense aussi qu'il s’agit dé ladres.

Je ne veux oublier qu'és pays de Bearn et de Bigorre, et par presque toute la Gascoigne, il y a une sorte d'hommes, que ceux du pays appellent les uns capots, les autres gahets, mais que touts detestent en général, et fuyent leur accointance pour les avoir en opinion qu'ils sont ladres. Aussi ne leur est-il permis de se tenir dedans les villes, ains ès faubourgs et là encore ecsartez de touts les autres : voire ès Eglises en leur fait une closture à,part, affin qu'ils n’infectent les autres. Ils sont touts charpentiers, et tonneliers et n’en trouverez pas un qui face autre mestier, beaux hommes, laborieux, fort mechaniques; et aureste portans en leur face, et actions quelque cas qui les rend dignes de cette detestation, en laquelle on les à ainsi partout : outre ce tant beaux soyent ils, ny eux ny leurs femmes, si ont ils touts l’haleine puante, et les approchant vous sentez ne sçay quel mal plaisante odeur sortir de leur chair, comme si quelque malédiction de père en fils, tom: boit sur ceste race misérable d'hommes. Quant à dire d’où cela provient, les opinions en sont diverses, les uns raportent cela a la malédiction donnée par Helisee à Giezi son serviteur, et asseurent que ce genre d'homme sont de sa race, à laquelle la lèpre de Naaman (selon le dit du prophète) doit adhérer jusqu'à la fin du siècle: d’autres dient que ce sont les restes des Goths demourez en Gascoigne; mais c’est fort mal parlé, car la plupart des maisons d'Aquitaine et d'Espaigne, voire les plus grandes, sont issues des Goths, lesquels longtemps avant le Sarrasinesme avoyent receu la religion Catholique pour quitter l’Arrianisme. D’autres sont d’advis que ces gahets ou capots sont issus des reliques des hérétiques

(4) Laur. Jouberti. Val. Delph. in Galeni libros de Facultatibus naturalibus Annatationes, discipulis suis dictatae, anno Domini M. D. LXIII, èn cap. x. Laur. Jouberti..., Operum Latinorum. Tomus primus Franco furti, apud here: des Andreas Wecheli, M. D. XC. IX, in-folio, p. 174, lig. 16.

Le Me

albigeois, excommuniez par censure apostolique et que ceste lepre interieure leur est ainsi demouree, et demeure à perpétuité en signe de la désobéissance. Or laquelle que ce soit de ces raisons si est-ce que pour dire vray, ce peuple n’est guere friant des Eglises, et ne frequente le divin service que par manière d’aquit aussi est-il enterre ailleur que le reste des Chrestiens, et presque sans nulle solennité : et qui plus est quelque part qu'il soit, il est povre, vivant du jour à la journée, serf de chacun et n’osent respondre au moindre du peuple qui l’injurie, et s’il y a quelqu'un de riche (ce qui n’advient que rarement) on ne voit guère que ses enfants héritent de sa substance, si ce n’est du meuble que tout le monde abhorre comme la peste : qui me fait penser que ee soit pour vray ceste race Giezite, et Juifve Chrestienne par le commandement de quelque Prince, laquelle porte encore la pénitence du péché dé leur chef : et m’estonne que nul des anciens aye remarqué chose tant signalee que de voir par toute une grande Province n'y avoir presque ville ny village, el sur tout en Béarn, et Bigorre, où il n'ayt quelque famille de ces Charpentiers separez du COTPS, et société des autres citoyens; et que la chose s’estant ainsi escou'ée sous silence, et les modernes en ignorans la cause, ces hommes cependant n'ont peu gaigner l’heur d'estre receuz parmy les autres, tant la main de Dieu les a tenus de prez, et tant sa parole est véritable et infaillible. Je laisse aux gents de meilleur esprit que le mien le discours plus secret da ces Choses, me suffisant de . Vous avoir touché ce que j'ai veu, el que nul (que je sçache) avoit jusqu'aujourd’huy mis en évidence ().

Mais Jean Darnal, en 1629, écrit que « Îles gahets sont une espèce de ladres non tout formez, mais desquels la conversation n’est pas bonne ». se

Examinons divers documents, que nous classerons par ordre chronologique.

(5) La Cosmographie universelle de tout le monde... Auteur en partie Muns ler, mais beaucoup plus augmentée. ornée et enrichie, par Francois de Belle- Forest, Comingeois, etc. A Paris, chez Nicolas Chesneau. M. D. LXXV. in-folio, p. 377, 2e colonne. De la Gascoigne ressortant à Bourdeaux. Ce morecau a €t6 traduit par Paul Merula et inséré par lui dans sa cosmographie générale. Voyez Paulli G. F, P. N. Merulae Cosmographiae generalis Libri. tres. Hx- Officina lantiniana Raphelangii. M. D. CV, in-4°, partis II, liber II, p. 579.

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Voici d’abord une lettre de Charles VI, du 7 mars 4407. aux Sénéchaux de Toulouse, Carcassonne, Beaucaire, ‘ Rouergue, Bigorre et Quercy. Cette lettre dit que les capitouls de Toulouse et les principaux du duché de Guyenne :

(Nous) ont fait exposer en eulx grièvement complaignant, que comme ez dites Senechaussies et Duchié, ait plusieurs personnes malades d’une maladie, laquelle est une espece de lepre ou meseler'e, et les entachies d’icelle maladie sont appelles en aucune contrée Capots, et en autres contrées, Casots, et ont accoustumé de toute ancienete et doivent porter certaine enseigne pour estre connus des saines personnes et aussi doivent demourer et vivre séparément des saines personnes, a ce que les sains n’en soyent entachies ou corrompus, néanmoins depuis, comme on dit, nil y a ezdites Senechaussies et Païs plusieurs personnes malades et entachies de ladite maladie, mais soubs umbre de ce que les plusieurs d’iceulx ont de grans et puissans amis, et par le moyen de leurs diz ou autreont on (t) plusieurs parts et faveurs avecques nos Gens et Officiers, et avec les autres Officiers et Gens de Justice dudit païs, ou autrement contre raison, vont, viennent et repairent entre les saines personnes, sans porter aucune enseigne de cognoissance de ladite maladie, et par ce deffault, lesdits malades boivent et mangent bien souvent avec les saines personnes d’icelui païs, si briesvement n’y estoit pourvu de remède convenable..…., etc., mandons et enjoignons.. que d'oresnavant lesditz capots et cassots, ou malades de ladite maladie, ne aucun d’eulx ne soient si osés ni si hardis qu'ils aïillent et viennent ne reperent aucunement entre les saines personnes sans porter ladite enseigne d’ancienneté accoustumee, aparament et en manière qu'un chascun la puisse voir (6)...

Laurent Joubert apporte également un précieux témoignage, car il semble bien avoir vu lui-même des cagots.

Voici ce qu'il dit après avoir commenté Celse et Gallien au sujet de la leucé, du mélas et du vitiligo

(6) Secousse et Villevault, Ordonnance des rois de la troisième race, i. IX, p. 298.

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Porro etsi ejusmodi vitia, cutis defoedationes potius quam morbi esse videantur, et certas corporis particulas, non corpus universum, aîflicere dicantur, attamen in quibusdam hominibus leuce universalis apparet, ut iis quos vulgo « capotos » et « ladros albos » nominant, Non enim vera et proprio dicta elephantiasi laborant quae totius corporis cancer definitur et ex atrabile solum (quibus comque homoribus adustis) provenit, quemadmodum et lepra Graecis vocata (solus cutis affectio) et melas vitiliginis species. Capotiam vero illam expituita ortum | ducere, indicio est color planè albus ad niveum vergens, nullus pruritus, aequalis et plana corporis superficies, faciesque subtumida. A perfecta vero sanitate solo anhelitus foetore creduntur discedere, qui accidit ex pituita facile putrescente, Vitium hoc in vicinos ex mutuo convictu non serpit, uti elephantiasis : imo neque ex coïtu contagiosus putatur. Sed tantum hereditarius est, ut in natos abest. Nam qui ex parentibus capotis genitus est, vel ambotus, vel alberutro, is duntaxat capotus deprehenditur, id est leuce naturali atque universali laborare, ut ipsi conjicimus. Sic virides lacerti virides edunt partus et albi polypi albos. Proindé merito interdicuntur a coeterorum connubiis ne malum id latius diffundatur, quod in gente quadam pertinacissime est continuatum (8).

Ambroise Paré classe également les cagots parmi les ladres :

Outre plus il faut estimer, que lorsque les signes (de la lèpre) apparoissent au dehors, le commencement est longtemps auparavant au dedans, à raison qu'elle se fait toujours plus tost, aux parties intérieures qu'’extérieures, toutesfois aucuns ont la face belle et le cuir poly et lissé, ne donnant aucun indice de Lepre par dehors, comme sont les ladres blancs, appelez cachots, cagots et capots, que l’on trouve en Basse-Bretagne, et en Guyenne vers Bordeaux, où ils les appellent gahets (9) : ès visages desquels bien

(8) Laur. Jouberti, Opera, Lugdunin apud Stephanum Machaelem, 1582, in Galeni libros de facultatibis maluralibus an otationes, discipulis suis dictatae, anno Domini M. DL. XIII, I. caput XL, p. 21.

(9) Capots, édit. de Paris, Gabriel Buon, 1575. in-folio, p. 623; l'édition de 1568 portait : « comme sont les ladres blancs appelés cachos que l’on trouve en Basse-Bretagne, et plusieurs autres lieux qui m'est une chose indicible, »

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que peu ou point des signes sus alleguez apparoissent, si est-ce que telle ardeur et chaleur estrange leur sort du corps, ce que par experience j'ay veu : quelquesfois l’un d'iceux tenant en sa main l’espace d’une heure une pomme fresche, icelle apres apparoissoit aussi aride et ridée que si elle eust esté l’espace de huicl jours au Soleil. Or tels ladres sont blanes et beaux, quasi comme le reste des hommes, ete. (0),

Michel, qui n'est pas médecin, reproche à Ambroise Paré de s'être laissé abuser en rangeant les cagots parmi les lépreux

Le père de la chirurgie française, abusé par la tradition populaire, range les cagots parmi les lépreux; seulement, les voyant aussi beaux et aussi sains en apparence que le reste des hommes, il invente une classe de ladres, pour les y placer, au lieu d’examiner sans préventions la valeur des bruits répandus sur leur compte.

À propos de la fétidité de l’haleine, nous pourrons citer Guillaume des Innocents (1535), qui fait de ce symptôme la caractéristique de la capoterie.

Cette feteur d’haleine, dit-il à propos des signes univoques de la lèpre, est aussi familière aux capots, comme estant la seule des marques qui les rend differens d’avec les sains, laquelle procède de la pituite, qui est abondante en eux, qui se pourrit et s’altère facilement : d’où procede l’haleine de ces ladres (improprement) blancs, selon maistre Joubert (11).

Plus loin il essaie de démontrer que les cagots sont atteints de vitiligo.

Arnobius, écrit-il, fort ancien autheur (qui estoit du tems de l'Empereur Diocletian), dict que la lèpre de l’ancien testament, et

(10) Les œuvres d’Ambroise Paré, conseiller et premier chirurgien roy. A Paris, chez Barthelemy Macé, 1607, in-folio, vingtiesme livre chap. x1. p. 744 : « Du pronostic de lèpre. »

(Ai) Examen des Eléphantiques ou Lépreux, recueilli de plusieurs bons el renommés auteurs, Grecs, Latins, Arabes, et François Parg., des Innocens, chirurgien natif et habitant de Tolose. A Lyon, Thomas Soubron, M. D. XCV, in-80, p. 85-86.

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Le NVRLe

mesme aussi celle que Nostre-Seigneur Jésus-Christ guérit en conversant auec les hommes, n’estoit que la pure « vitiligo » blanche (que les Juifs appeloient lèpre, Barrat où « Albarrat »- : Les Grecs la nommeyent Xe: xÿ. Les Arabes , « Guada » ou « Alguada », d’où, à mon advis, est procédée l'erreur de quelques-uns, qui veulent que les personnes-saisies de ceste lèpre blanche (qu'’aucuns estiment estre la vraye Cappoterie) descrite en ces lieux du vieil testament, soyent appelez ladres blancs, cappotz, cagots ou cangots. Toutesfois, ils sont fort deceus, comme il leur sera facile à juger quand ils auront leu et bien obserué entre autres liures, et passages, ce que M. Augier Ferrier (médecin en ceste ville et grand Alpheste) en à escrit en sa république (12).

Bouchet paraphrase Ambroise Paré :

Et fust trouvé que notre Poictou n’en estoit guère taché.(de lèpre) à cause de la région qui est tempérée; que s’il y en avaoit, c’estoient ladres blancs appelés cachots, caquots, capots et cabots, qui ont la face belle; que s'ils sont ladres, ils le sont au-dedans le corps, le commencement de ladrerie estant longtemps auparavant au-

dedans avant que paroistre, à raison que la lèpre se fait toujours plus tôt aux parties intérieures qu'aux extérieures (13).

Dès la fin du xvi° siècle, la lèpre s’est atténuée tellement chez les cagots qu’il n’est plus possible de rien conclure des rares documents que nous pouvons trouver. Ceux qui mentionnent encore les cagots n’en parlent pour la plupart que par oui dire.

Mais, en 1607, Florimond de Roémond, « conseiller du Roy en sa Cour du Parlement de Bordeaux », fait paraître un ouvrage, d'allure pseudo-théologique, où il assimile les cagots à des hérétiques, à des « ladres de l'âme », qu'il faut séparer de l’église « comme les ladres du corps le sont du monde ».

Il écrit donc « qu'ils ont l’alaine et la sueur puante (le mesme dit-on des Juifs) et tient pour certain qu'ils Sont

(12) Examen des Eléphantiques ou Lépreux, p. 17. (13) Troisième livre des Serées de Guillaume Bouchet … A Paris, chez Adrian Périer, M. D. XCVIIL, petit in-12, p. 485.

tachez de quelques espèce de ladrerie. C’est pourquoi on Îles contraint en quelques lieux, comme en ceste ville de Bordaux, de porter un morceau de drap rouge sur l'espaule pour les recognoistre » (®.

Nous pouvons encore citer Guillaume Ader, qui écrit en 1621, sans ajouter grand chose aux auteurs du xvi. Comme ceux-ci, 11 considère les cagots comme des ladres blancs.

De is qui vulgo discuntur capots, ladres blancs. — Foetor anhe- Bitus, totiusque corporis, male sapida aura est quintum signum ‘leprae) In Elephantico enim putredinis summa sunt omnia, articuli suis excidunt acetabulis partes à compagine semotae sideratae decidunt. Sunt quibus alioqui probe constitutis et corpore valentibus foetidus sudor emanat, vulgo dicuntur « capots », ladres blancs. In quibus putrescens et foetens pituita toto corporis habitu foetoris seminarium est. Hi etiam suspecti sunt ob foetorem nex iniuira, olet enim bene qui mihol olet, malé qui multum olet (A5),

En cette même année 4621, dit Fay, un basque, Dom Martin, savant et érudit, consacrait de longues pages aux cagots, dont il rattache l’origine aux Goths (6), Ce qu'il raconte, ii l’a vu et entendu dire, aussi en dehors des hypothèses qu'il émet trouvons-nous chez lui, au point de vue de la condition sociale des cagots, bien des renseignements fort précis, mais aussi parfois l'écho de légendes inacceptables. La matière dont ils étaient séparés des autres hommes lui fait dire : « En Béarn, Navarre, y Aragon hay un linage de gentes separada del toto de los ostros avitation, omercio, y trato commo si fuessen « leprosos » (17, Il rapporte longuement

4) L'antichrist et l’antipapesse, par Florimond de Roémond, conseiller du Roy en sa cour du Parlement de -Bordeaux, (Edition (roisièôme revue, Corrigée et de beaucoup augmentée par l’auteur. A Paris, chez Abel L'’Angellier, MAD CAVIT AD RSS,

(13) Guillelmi Ader medici, enarraliones de oegrotis et morbis in Euangelio Tolosae Apud. Dmoinicum et Petrum Base. M. Dec, XXI, p. 2900.

(16) Drecho de Naruraleza, pro Dom Martin de Vizcay, presbytero. En Zarugoza por Juan de Lanaja y Anartenu, Año 1621, in-40, p. 123-146.

(AT Loc. cit. p. 1146 : « En Béarn, Navarre et Aragon, il y à une race d'hommes séparée de tous les autres, quant à l'habitation, les rapports, el qui sont traités comme s'ils étaient lépreux. »

tout le détail de leur séparation et dit entre autres choses « Beber en copa tocada de sus labias, seria como beber toxico. » (8), Enfin il dit plus loin : « que l’on prétend qu'ils ont tous l’haleine empestée, qu'ils n’éprouvent pas le besoin de se moucher,:qu'ils sont sujets à un flux de sang et de semence continuelles, etc. »

André du Chesne, en 1629, ne fait que confirmer ce que les auteurs antérieurs avaient écrit. Il a certainement lu Roémond, dont il rapporte en passant la théorie, sans se prononcer sur sa valeur :

Je ne veux oublier... qu’en ce pays, comme en celui de Béarn, et en plusieurs endroicts de Gascongne, habite une sorte d'hommes appelés vulgairement capots et gahets, qu’un chacun fait et déteste comme ladres, et qui ont l’haleine fort puante, tous charpentiers et tonneliers, vrays restes de la race de Giezi, ou comme tiennent quelues-uns, des Albigeois hérétiques. Quoy que ce soit, séparez du commun, et de domicile pendant leur vie, et de cimetière après leur mort (19),

Notons enfin, pour terminer cette longue énumération, Oihénard (1638), qui ajoute un renseignement nouveau : « Ipsi (cagoti) vicissim nostros (Aquitanos) « pellutos » hoc est pilosos vel comatos vocant. »

En résumé, dit Fay, les auteurs du xvr° siècle, presque tous médecins, parlent de lèpre cagote et la décrivent, tant bien que mal. Les auteurs du xvn° la révoquent en doute. La cause en est : 1° dans la diminution de la lèpre; 2° dans les examens médicaux pratiqués autour de 1600.

Tous les textes que nous venons d'énumérer apportent un élément permettant de rattacher les cagots aux lépreux. Nous

(18) Id. p. 119 : « Ce serait comme boire du poison que de boire dans une tasse que leurs lèvres auraient touchée. »

(19) Les antiquitez et recherches des villes, chasteaux et places plus remarquables de toute le France (sans nom d'auteur), Paris, chez Louys Boulenger, M. DC. XXIX. in-80, Liv. IT, chap. xxxv, p. 35-36.

terminerons en cilant la description clinique de Guy de Chauliac (0) :

On appelle Vnioques, ceux qui signifient tousiours ladrerie, et l’ensuiuent, soit intenses, soit faibles, et sont six : la rondeur des yeux et des oreilles, dépilation et grossesse ou tubérosité des sourcils, dilatation et tonsure des narilles par dehors, auec estroitesse intérieure, laideur de lèures, voixrauque, comme s’il parloit du nez, puanteur d’haleine, et de toute la personne, regard fixe et horrible, en manière de la beste Saton... : le nez devient camus, les lèures grosses et les oreilles apparaissent aiguisées…

On appelle Equiuoques, ceux qui avec ce qu'ils sont troues en lepre, se trouuent en autres maladies et partant ne signifient tousiours lepre. Ils sont seize. Le premier est durté et tuberosité de la chair, spécialement des iointures et extremités. Le second est couleur de morphée et ténébreuse. Le troisiesme est, cheute de cheveux et renaissance de subtils. Le quatriesme, consomption de muscles, et principalement du poulce. Cinquiesme, insensibilité et stupeur, et grampe des extremitéz. Sixiesme, rongne, et dertes, couperose, et ulcérations au corps. Le. septiesme, est grains sous la langue, sous les paupières et derrière les oreilles. Huictiesme, ardeur et sentiment de piqueure d’aiguilles au corps. Neufiesme, crespure de leur peau exposée à l’air, à mode d'’oye plumée. Dixiesme, quant on jette de l’eau sur eux, ils semblent oingts. Onziesme, ils n’ont gueres souuent fièure. Douziesme, ils sont fins et trompeurs, furieux et se veulent trop ingérer sur le peuple. Treiziesme, ils ont des songes pesants et griefs. Quatorziesme, ils ont le pouls débile. Quinziesme, ils ont le sang noir, plombin, et ténébreux, cendreux, graueleux et grumeleux. Seiziesme, ils ont ont les urines liuides, blanches, subtiles et cendreuses.

A eux seuls, ces signes ne prouvent pas que les cagots étaient des lépreux, et peu nous importe. Il nous suffit de savoir que, pour la majorité des auteurs, les cagots étaient des lépreux;-ainsi, lorsque nous parlerons d’une mesure quelconque prise à leur sujet, nous saurons que ces mesures

s’appliquent aux lépreux.

(20) Grande Chirurgie, Edit. Nicaise, D. 404.

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