‹ La Lèpre Dans L'Ancienne FranceChapitre 13 sur 32 · LA VIE DU LEPREUX · texte numérisé non relu

LA VIE DU LEPREUX

I faudrait être poète pour entreprendre la rédaction d’un chapitre sur la vie du lépreux, pour dégager tout ce qu'il dut y avoir d’affreux dans ce long calvaire, dont 4a fin ne venait qu'avec la mort: il faudrait être poète pour écarter toute fausse note d’un propos aussi solennel en même temps qu'intime.

Lorsqu'un homme découvrait en lui quelque symptôme du terrible mal, son agonie commençait. Comme i] s’examinait avec Soin, avec une inquiète curiosité toujours-renouvelée : Si ce bouton, cette tâche plus claire qu'il découvrait, allaient être le début d’un de ces horriliques ulcères qu'il avait pu voir quelquefois sur la face ravagée de ces malheureux rencontrés les jours de fêtes, demandant l’aumône au bruit d’une cliquette !

L'inquiétude augmentait avec la progression du mal, son voisinage commençait à le fuir, à murmurer. Un jour, après avoir lutté longtemps contre l'évidence, il devait s’avouer qu'il était touché. En une minute tragique, il comprenait, comme on peut le comprendre au moment de Ja mort; il devait renoncer, Comme il parait simple ce mot de renoncement lorsqu'on le prononce dans la quiétude ! À part quelques natures d'élite qu'entraine une irrésistible vocation,

quel est celui qui meurt au monde, délibérément, sans re-' grets ?

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