‹ La Lèpre Dans L'Ancienne FranceChapitre 16 sur 32 · h7ese · texte numérisé non relu

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vers Dieu. Nombreux étaient les saints invoqués par eux. Le plus souvent, c'était à saint Lazare, sainte Madeleine et sainte Marthe que s’adressaient leurs prières.

À saint Nicolas étaient consäcrés les gahets de Bordeaux. Saint Loup, sainte Quitterie, étaient connus pour leurs guérisons. Un ermite du vi siècle obtint en Périgord des guérisons de lépreux. Il habitait sur les bords de la Vézère, et comme on ignorait son origine et son nom, on l'appela « Sour », qui veut dire ermite.

Le bon saint Sour naquit en Auvergne dès les premières années du vi siècle de parents nobles et fortunés. Il se retira avec son ami saint Cyprien dans une grotte près dé la Vézère :

Lorsque le roi de Bourgogne, Gontran, que Grégoire de Tours appelle le bon Roi, fut frappé de la lèpre, il alla pour se faire . guérir en un lieu appelé Uriacum, au-dessous des cabanes de Cublac, près du village de la Géronie. Les serviteurs de Gontran eurent de la peine à découvrir la retraite du solitaire, cachée qu'elle était par une barrière formée de branchages entrelacés qui en interdisait l’accès aux bêtes sauvages infestant les forêts voisines. Dès que Gontran aperçut la grotte du Bienheureux, il mit pied à terre pour s’y acheminer sur les genoux et sur les mains (palmisque et genibus reptans). Gontran se prosterna devant lui, mais saint Sour s’empressa de le relever et lui donna pour s’en laver de l’eau qu'il venait de bénir, et, sur l'heure, le monarque se trouva guéri (30).

Saint Sylvain de Livroux, dans l'Indre, avait aussi le privilège de guérir les lépreux, d'où le nom de mal de saint Sylvain pour la lèpre en Berry G1).

La guérison des lépreux leur imposait de devenir serf du chapitre.

Ainsi, lépreux et cagots, véritables « races maudites »,

(30) Mazeyrie, Un guérisseur de la lèpre au vi siècle. Saint Sour de Terrasson (Æsculape. noos 9 et 10, sept.-oct. 1937). Saint Sour est aussi le patron des sourds, comme en fait foi le propre de l'ancien diocèse de Sarlat.

(31) Voir Brissard, Histoire des expressions populaires en médecine, p. 234.

n'avaient de recours qu'en Dieu. Leur foi les a puissamment aidés à supporter leur épreuve. Ambroise Paré a pu écrire à leur sujet :

Ils sont, quasis tous cauteleux, trompeurs et furieux, sur le commeéncement et increment de leur maladie, à raison de l’adustion des humeurs à laquelle davantage la sert d’aiguillon, mais en l’estat et déclinaison de la maladie, ils deviennent cauteleux et trompeurs, et soupçonneux à cause qu'ils sont déffians d’eus mêmes. D'où vient que craignans toutes choses, voire les plus asseurées, ils

taschent (oujours à parvenir et suppléer par malice ce qu'ils sçavent leur défaillir d’esprit et d'adresse (32),

S'il y eut des mouvements de révolte, de rancœur, des efforts incessants pour rentrer dans la communauté, s'ils furent « cauteleux et trompeurs », pourquoi nous en étonner?

Nous aurions voulu nous étendre plus longuement sur ce chapitre de la vie du lépreux, chapitre important et mal connu de notre histoire; nous espérons qu'après nous quelqu'un l’écrira avec ferveur autant qu'avec science (3).

(32) Cité in Salètes, p. 47.

(33) Voir à propos de ce chapitre : Apperdice n° 4, un poème sur l'origine des cagots. |

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