‹ La lèpreChapitre 100 sur 144 · A. — PROPHYLAXIE INDIVIDUELLE · texte numérisé non relu

A. — PROPHYLAXIE INDIVIDUELLE

1 ous les objets de toilette dont le lépreux fait usage, son linge de corps et de lit, les bandes et les compresses qui ont servi à le panser seront plongés dans une solution antiseptique avant d’être envoyés au blanchissage ; les objets de peu de valeur seront de préférence détruits par le feu. La propreté, le savon comme Hansen l’a dit avec raison, est le meilleur moyen à opposer à la propagation de la lèpre. Le malade fera donc des copieuses et minutieuses ablutions. Pour ce qui concerne î’aménagement des pièces occupées par le lépreux en vue de prévenir la contamination familiale, je renvoie à ce qui sera dit plus tard au sujet de l’isolement du lépreux à domicile (voir pp. 572-573).

Dans l’intérêt de la prophylaxie, les solutions de continuité les plus minimes que porte un lépreux doivent être exactement pansées, car l’on sait que la lésion la plus banale, telle qu’un élément d’acné peut servir de voie de sortie au bacille de la lèpre. Les muqueuses de rapport, la pituitaire en particulier seront soigneusement désinfectées. Les personnes vivant dans l’entourage du malade et tout particulièrement celles qui lui donnent des soins, doivent occlure les moindres érosions qui pourraient servir de porte d’entrée au germe spécifique.

Dans les contrées où la lèpre est endémique, la vaccination de bras à bras sera interdite. On sait qu’on l’a soupçonnée d’avoir joué un rôle prédominant dans les grandes poussées épidémiques de lèpre qui sévirent autrefois dans l’Archipel Hawaïen ; mais il y a plus, le bacille de Hansen a pu être démontré dans les pustules vaccinales des lépreux.

Une des questions les plus difficiles à résoudre est la conduite à tenir à l'égard des enfants nés de parents lépreux. Si on les sépare immédiatement de leur mère, comme il est prudent de le faire, beaucoup d’entre eux privés de l’allaitement maternel périclitent et meurent. Mais, d’autre part, on assumerait à mon avis une grave responsabilité morale en confiant ces enfants, qui peuvent être héréditairement lépreux, à une nourrice saine. Pour sortir de ce dilemme, on a conseillé de recourir à l’allaitement artificiel. Mais un nombre considérable d’enfants issus de lépreux sont malingres et succombent s’ils sont privés du sein maternel. Au surplus, dans beaucoup de pays à lèpre, les vaches sont peu nombreuses et mauvaises laitières. Il y a trente ans, à Saïgon, elles ne donnaient guère plus d’un litre de lait par jour. L’allaitement artificiel, outre qu’il est souvent mal toléré, est un procédé de luxe qui n’est guère à la portée de l’indigène. A mon avis, il n’est pas possible de faire une réponse uniforme qui convienne à tous les cas. Si les parents résidant en pays d’endémie ont quelques ressources, appartiennent à la race blanche, par exemple, et si l’enfant est vigoureux, il sera séparé de sa mère dès la naissance et, si possible, rapatrié ou élevé au biberon dans une contrée où la lèpre est inconnue. Si l’enfant est né dans une région où la lèpre n’a pas de tendance extensive, dans l’Europe Centrale ou Occidentale par exemple, faut-il conseiller l’allaitement maternel ou l’allaitement artificiel ? C’est encore là un cas d’espèce. Si la mère est atteinte d’une lèpre à foyers ouverts, tels que des tubercules ulcérés ou de la rhinite lépreuse, je pense qu’on ne doit pas autoriser l’allaitement par la mère. Mais si la lèpre maternelle est du type tropho-neurotique, s’il

n’existe pas de mammite lépreuse et si le lait examiné à plusieurs reprises ne paraît pas contenir de bacilles, j'estime que le médecin peut consentir à l’allaitement par la mère, sous la réserve d’une surveillance attentive et de la suppression immédiate de ce mode d’allaitement s’il se produit chez la mère des accidents de caractère virulent. La lèpre, dans les pays où elle n’est pas endémique, est extrêmement peu contagieuse et les risques de contamination pour l’enfant sont donc fort problématiques.

Le choix d’une nourrice pour allaiter un enfant né de parents sains mérite, en pays léprogène, la plus grande attention. Bien souvent, la lèpre est introduite dans une famille blanche par la femme indigène qui allaite les enfants ou par la nourrice sèche à laquelle on les conlie. J’en ai cité plusieurs exemples typiques à l’étiologie (voir pp. 263-265).

Un individu né de parents lépreux, ou plus généralement issu de souche lépreuse, présente-t-il une aptitude spéciale à contracter la lèpre ? A cette question qui est assez souvent posée au médecin en vue d’une union projetée, il faut répondre, selon moi, qu’un descendant de lépreux paraît offrir une prédisposition qui est surtout marquée s’il réside dans un pays où la lèpre est endémique.

Quant à l’hypothèse plusieurs fois émise que la lèpre peut sauter une ou même deux générations et reparaître ensuite dans la descendance d’un lépreux, elle ne repose sur aucun fondement. Ce qui a contribué à entretenir cette erreur, c’est que la contamination du petit- lils par son grand-père, au foyer familial, est loin d’être rare.

11 est certain qu’une alimentation insuffisante accroît la réceptivité du sujet à l’égard de la lèpre : les cas graves se multiplient dans les populations sous-alimentées.

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