‹ La lèpreChapitre 102 sur 144 · ESPAGNE · texte numérisé non relu

ESPAGNE

La loi organique du 3 mars 1917, interdit aux lépreux l’entrée sur le territoire espagnol. — Le décret royal du 10 janvier 1919 ordonne d’entreprendre le recensement général des lépreux et décide qu’il sera demandé aux Cortès de voter des crédits pour la création de trois grandes colonies de lépreux, la première pour la Galicie, la seconde pour l’Andalousie, la troisième pour les Canaries. Le même décret prévoit l’isolement à domicile des lépreux aisés qui restent soumis à la surveillance sanitaire ; il comporte aussi des subsides pour les institutions privées se consacrant au traitement des lépreux, institutions qui demeurent sous la surveillance du Gouvernement.

L’art. 54 du Nouveau règlement sanitaire, approuvé par le décret royal du 20 octobre 1925, impose l’obligation pour les provinces d’isoler leurs lépreux et de les soumettre au traitement. Pour réaliser ce programme, l’Espagne s’est inspirée de l’exemple de la Norvège. Deux colonies de lépreux ont été créées ou subventionnées, celle de Grenade (fig. 254) et celle de Fontilles (voir description pp. 609 à 611 et fig. 252 et 253). En outre, dans les régions infectées, un dispensaire sera ouvert dans la capitale de la province. Il procédera à l’examen des suspects ; tiendra à jour la statistique; surveillera et contrôlera les lépreux mis en liberté sur parole.

Dans l’hôpital San Juan de Dios, à Madrid, deux pavillons de cet établissement affecté au traitement des maladies vénériennes, sont réservés aux lépreux, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes. Le 11 novembre 1924, il y avait 15 internés.

Des établissements spéciaux, ou tout au moins des services pour les lépreux, annexés aux hôpitaux, existent à Barcelone, Cordoue, La Corogne, Malaga, Séville, Saragosse et Las Palmas.

(1) Bull, de l’Off. Internat. d’Hyg. Publiq., Paris, t. I, 1909, p. 796 et suiv.

(2) Note du 10 juill. 1913, relative à la modification du titre IV. (Lutte contre la lèpre) du règlement d’application du 30 juin 1900. Ibid., T. VI, 1914, p. 233.

PROPHYLAXIE

Portugal

L’article 127 du décret du 21 janvier 1897 contient quelques restrictions visant le débarquement de lépreux sur le territoire portugais.

Italie

Les dispositions prescrites pour la surveillance des lépreux sont les suivantes (1).

1° Isolement aux frais de l’Etat des malades atteints d’une forme contagieuse dans la léproserie de Cagliari, dans les cliniques dermato-syphiligraphiques, dans les hôpitaux civils ;

2° Surveillance à domicile par les fonctionnaires sanitaires des communes pour les malades qui ne peuvent pas être isolés, ou dont l’isolement n’est pas jugé indispensable ;

3° Traitement de ces malades dans des dispensaires largement subventionnés par l’Etat ;

4° Isolement expressément prescrit et rigoureusement observé de toutes les formes aiguës, ulcéreuses ou mixtes.

Passer en revue la législation des autres pays compris dans le premier groupe m’entraînerait trop loin. Je me contente de renvoyer à un travail où j’ai réuni tous les renseignements utiles à cet égard (2).

Parmi les nations de ce premier groupe où la déclaration de la lèpre est obligatoire on compte l’Allemagne, l’Australie, l’Autriche, les Etats-Unis, la France, l’ Italie, la Nouvelle- Zélande, la Pologne et la Tchéco-Slovaquie.

France

Les seules mesures qui me paraissent susceptibles d’être prises en considération sont les suivantes que j’ai soumises à l’approbation de la Société de Pathologie exotique en 1911, lorsqu’elle me chargea de rédiger un rapport sur la prophylaxie de la lèpre dans ce pays (3) :

1° Inscrire la lèpre au nom des maladies dont la déclaration est obligatoire en France ;

2° Organiser une surveillance discrète des lépreux, les exclure des écoles et leur interdire l’usage de certaines professions ;

3° Hospitaliser les lépreux mendiants et indigents ;

4° Encourager la création de sanatoria privés ;

5° Provoquer une entente avec les pays à lèpre, en vue de prévenir l’afflux de lépreux étrangers en France.

La Société de Pathologie exotique adopta les quatre premières propositions. Quant à la cinquième, elle fut rejetée à la demande de Laveran et remplacée par les deux dispositions suivantes :

5° Prendre des mesures rigoureuses pour enrayer les progrès de la lèpre dans nos Colonies ;

6° Interdire l’entrée de la France aux lépreux étrangers.

On ne peut qu’approuver la mesure qui consiste à combattre l’extension de la lèpre

(1) Renseignements communiqués par le Prof. Ambrogio Bertarelli par lettre du 5 juillet 1924. — Dans le Bull. de^TOff. Internat. d’Hyg. Publiq., je ne trouve mentionnée que la déclaration obligatoire en vertu des Décrets ministériels des 12 septembre et 15 octobre 1923.

(2) E. Jeanserme. Rapport sur la prophylaxie de la lèpre en France. Annexe. Bull, de V Acad, de Méd. de Paris, 10 nov. 1925.

(3) Rapport fait au nom d’une Commission composée de MM. Bertrand, Broquet, Kermorgant, Marchoux, Nattan-Larrier et Jeanselme rapporteur.

parmi les indigènes de notre empire colonial. Mais, signifier aux lépreux étrangers l’interdiction d’entrer en France, alors qu’il n’est pas possible de frapper d’une sanction ceux qui transgresseraient cette défense, n’est-ce pas faire un geste stérile et inopérant ?

Le 18 décembre 1923, je présentai à l’Académie de Médecine un ancien colonial atteint de lèpre et son fils contaminé à Paris même par son père. A la suite de cette double présentation, l’Académie confia à sa Commission de la lèpre le soin de rechercher les mesures qui pourraient être prises en vue de prévenir l’extension de la lèpre en France (1).

11 a paru à la Commission que les seules mesures applicables en France à l’heure actuelle étaient : la déclaration obligatoire , V isolement mitigé et la surveillance médicale emportant quelques restrictions à la liberté individuelle.

Les lépreux qui habitent la France appartiennent à deux catégories sociales distinctes : les uns sont de condition aisée, les autres sont des indigents, parfois même des vagabonds qui errent de ville en ville.

Pour recevoir ceux-ci, il conviendrait d’ouvrir, auprès des cliniques universitaires de dermatologie et des principaux centres dermatologiques de France, des asiles discrets et décents, placés sous le contrôle du ministre de l’Hygiène.

Les lépreux disposant de quelques ressources pourraient louer une chambre particulière dans un pavillon annexe. Il n’est pas douteux que les malades de la classe moyenne afflueraient dans ces refuges s’ils étaient sûrs d’y trouver le confort et les soins éclairés que réclame leur état. Sur ces lépreux ainsi groupés, il serait facile d’exercer une surveillance effective, et partant, la prophylaxie serait mieux assurée.

Néanmoins, l’autorisation de vivre dans leur demeure pourra être concédéeaux malades qui se conformeront aux prescriptions suivantes :

L’appartement du lépreux sera indépendant des autres pièces occupées par sa famille. Il se composera au minimum d’une chambre à coucher et d’un cabinet de toilette. Celui-ci sera pourvu d’un W.-C. et d’une baignoire, d’une lessiveuse et d’un évier afin que les pièces de pansements, les instruments de chirurgie, les ustensiles de table personnels au malade puissent être lavés, nettoyés et stérilisés sur place. Aucun meuble et, d’une manière générale, aucun objet dont le lépreux a fait usage ne pourra être retiré de ces pièces avant d’avoir été désinfecté.

En principe, seules auront accès dans l’appartement du malade les personnes qui l’assistent et ses proches. Il y prendra ses repas.

En pénétrant dans la chambre, l’infirmière se revêtira d’une blouse. Elle pansera toutes les plaies du lépreux, même les plus minimes, car elles peuvent être des voies d’émission du bacille de Hansen. Elle nettoyera soigneusement les cavités naturelles, en particulier la bouche et les fosses nasales.

Si elle porte une érosion ou se fait quelque blessure, elle la recouvrira d’un pansement occlusif après l’avoir désinfectée. Elle brûlera les compresses et les linges hors d’usage. Elle veillera à ce que l’appartement du lépreux soit tenu en état de propreté parfaite. Elle se lavera soigneusement les mains et déposera sa blouse avant de quitter la chambre du malade.

fous les six mois environ, un médecin-inspecteur procédera à l’examen clinique et bactériologique du lépreux ; son enquête s’étendra, autant que possible, aux serviteurs et aux proches vivant dans l’entourage immédiat du malade. Lorsqu’une femme lépreuse accouchera, le médecin-inspecteur, après nouvel examen, décidera si la mère peut nourrir son enfant.

En cas de lèpre ouverte, le médecin-inspecteur aura la faculté d’interdire au malade d’entrer dans les lieux publics et de faire usage des moyens de transport en commun.

(1) Cette Commission était composée de MM. E. Roux, Balzer, Netter, Darier, Thibierge et Jeanselme rapporteur.

P RO P II YLAX1E

Si l’isolement est défectueux, si les instructions indiquées ci-dessus ne sont pas ponctuellement suivies, le transfert du malade dans un établissement destiné aux lépreux pourra être ordonné.

Défense sera faite aux lépreux d’exercer certaines professions, en particulier celles de boulanger, boucher, cuisinier, de blanchisseur, de tailleur, de barbier, de conducteur de voiture de louage, de domestique... d’instituteur ou de précepteur, de médecin, pharmacien, sage-femme, nurse, nourrice, infirmier. Cette liste n’est pas d’ailleurs limitative.

Les enfants lépreux ne seront pas admis dans les établissements scolaires (1).

Après discussion, modifications et additions, l’Académie adopta les propositions suivantes (2) :

1° Inscrire la lèpre sur la liste des maladies dont la déclaration est obligatoire (3). Attirer l’attention du Ministre de l’Hygiène sur la nécessité de faire observer le règlement de Police Sanitaire maritime qui invite l’Administration coloniale à aviser les autorités sanitaires métropolitaines du lieu de résidence future du lépreux ;

2° Soumettre les lépreux vivant à domicile ainsi que les personnes de leur entourage à des examens cliniques et bactériologiques qui seront pratiqués, à courts intervalles, par un médecin compétent désigné par l’inspecteur d’hygiène départemental et chargé par celui-ci de préciser, dans son rapport, les mesures prophylactiques que comporte chaque cas particulier ;

3° Défendre aux lépreux d’exercer certaines professions, en particulier celles de boulanger, boucher, cuisinier, de blanchisseur, de tailleur, de barbier, de conducteur de voiture de louage, de domestique, d’instituteur ou de précepteur, de médecin, pharmacien, sage-femme, nurse, nourrice, infirmier. Cette liste n’est pas limitative ;

4° Créer sur certains points du territoire, de préférence auprès des cliniques dermatologiques universitaires ou autres, des asiles aménagés pour recueillir et traiter les lépreux, quelle que soit leur condition sociale ;

5° Provoquer une entente avec les pays à lèpre, en vue de prévenir 1 afflux des lépreux étrangers en France.

Le 15 juillet 1932, le ministre de la Santé Publique Justin Godart posait la première pierre à l’hôpital Saint-Louis du « Pavillon des Maladies Exotiques » dû à l’initiative de l’Association des Œuvres Hospitalières Françaises de l’Ordre de Malte. Ce pavillon, qui pourra recevoir une trentaine de lépreux, a été édifié au moyen de fonds fournis à parts égales par de généreux donateurs et par P Assist ance Publique de Paris. En 1930, la léproserie de Valbonne, située dans le département du Gard, a été aménagée par un pasteur protestant, avec l'aide de Y American Mission to Lepers, pour y recevoir des lépreux (voir sa description pp. 608 et suivantes et les fig. 248 à 251).

b) Deuxième groupe : Pays de race blanche où il existe des foyers de lèpre

C’est le cas des pays Scandinaves. La législation-type qui leur est applicable est l’isolement mitigé réalisé par le système norvégien.

Norvège

La loi du 6 juin 1885 stipule dans son § 2, que les lépreux relevant de l'Assistance Publique doivent, d’une façon générale, être internés dans un établissement de cure public.

(1) En l’état actuel de notre législation, le mariage d’un lépreux est licite ; la lèpre n’est pas une cause de divorce.

(2) Acad, de Méd., séance du 15 déc. 1925.

(3) Jusqu’alors elle était facultative.

D’après le § 3 de la même loi, les autres lépreux peuvent également recevoir avis de la Commission d’ Hygiène d’avoir à vivre isolés de leur famille et des autres personnes saines ; cette prescription ne concerne pas les époux (1). Au cas où l'avis réitéré de la Commission ne serait pas suivi, le malade devra se laisser interner dans un établissement public pour lépreux. Pour ce qui concerne les époux, la décision de la Commission d’ Hygiène devra être soumise à l’approbation du préfet qui prendra l’avis du pasteur.

On doit exiger, en général, que le malade vivant à domicile (à l’exception des époux) ait une chambre à part, et que nul enfant ou jeunes gens n’y soit pas admis.

La chambre ne doit pas servir de passage pour les autres habitants de l'appartement. Elle doit être tenue dans le plus grand état de propreté.

En outre, on doit exiger que les effets de literie, objets de toilette, couverts, etc... du malade ne servent pas à d’autres personnes et soient également très propres.

On doit insister auprès des malades et des personnes de leur entourage sur la nécesité. d’observer la plus grande prudence possible.

Le Rapporteur de la Commission d’ Hygiène doit veiller à ce que les lépreux domiciliés dans son district soient isolés conformément aux règles précitées. En cas d’infraction il devra faire adresser un avertissement par la Commission d' Hygiène et tenir la main à ce que ses prescriptions soient suivies.

Au cas où l'avertissement plusieurs fois réitéré ne serait pas pris en considération, la Commission pourra décider l’internement dans un établissement public pour lépreux, conformément au § 3 de la loi. Cette mesure est spécialement importante lorsqu’il y a des enfants ou des jeunes gens dans le domicile du malade.

Il est, en outre, recommandé au Rapporteur de la Commission d’ Hygiène de s’assurer, lors de sa visite au lépreux, si quelque personne de son entourage offre des symptômes de lèpre (2).

Le nombre des personnes de nationalité étrangère, atteintes de la lèpre d’une manière apparente, qui sont entrées en Norvège n’est que très restreint. Le médecin en chef pour le traitement de la lèpre n’en connaît que 3 cas. Par contre, un assez grand nombre de Norvégiens, qui avaient émigré aux Etats-Unis, sont rentrés en Norvège atteints de la lèpre. Aussitôt que ces cas sont venus à la connaissance des autorités, les personnes en question ont été, en vertu de la loi du 6 juin 1885, internées dans un des établissements destinés aux lépreux. Il serait procédé de même à l'égard de toute personne de nationalité étrangère qui ne retournerait pas dans son pays après un court délai, ou qui n’y serait pas rapatriée par les soins de l’Etat.

Durant la période 1857-1860, on compta : 925 nouveaux cas, et pendant la période quinquennale 1861-1865 : 1.040. Mais dès la période 1866-1870, on constate une régression, d’abord légère, puis plus accentuée, si bien que, durant la période 1921-1925, 15 nouveaux cas seulement furent déclarés. Enfin, pour la première fois en 1922, aucun cas nouveau ne fut enregistré. H. -P. Lie, en 1909, estimait le nombre des lépreux survivants en Norvège à 140 environ (voir le graphique de la décroissance de la lèpre en Norvège de 1856 à 1920, fig. 247, p. 610).

Quel a été le rôle de la loi dans la régression de l’endémie norvégienne ? A cette question, nul n’est capable de répondre mieux que Lie qui succéda en 1894 à D\nielssen dans la charge de médecin en chef du service de la lèpre en Norvège. Voici ce qu’il dit à ce sujet (3). Le recensement de 1856 accusait un total de 2.858 lépreux. Sur ce nombre, environ 235 seulement vivaient dans les hôpitaux à cette époque. Le chiffre des internés s’accrut

(1) Un lépreux a le droit de se marier, mais à la condition expresse qu’il déclare à son futur conjoint la maladie dont il est atteint.

(2) Circulaire du Directeur de l’Hygiène Publique adressée aux Rapporteurs des Commissions d’ Hygiène des communes où séjournent des personnes atteintes de la lèpre, Christiania, 10 novembre 1910.

(3) H. P. Lie. Why is leprosy decreasing in Norway. Transactions of The Royal Society of Tropic. Medicine and Hygiène, vol. XXII, pp. 357-366, 1829.

PROPHYLAXIE

rapidement jusqu’en 1864 et resta alors à peu près le même jusqu’à 1870 ; il n’excéda jamais 800 durant cette période, ce qui était fort loin de représenter la moitié des lépreux libres. A partir de 1870, le nombre des lépreux hospitalisés égale à peu près le nombre de ceux qui ne le sont pas. En 1890, le nombre des hospitalisés l’emporte sur celui des lépreux libres. En 1928 , plus des deux tiers du total des lépreux sont admis dans les hôpitaux. Tels sont les chiffres bruts, ils doivent être interprétés avec la plus grande circonspection car ils sont loin d’avoir tous une égale importance. H. -P. Lie fait remarquer que beaucoup de lépreux n’ont passé dans les hôpitaux qu’un temps très court, certains même n’y sont entrés que pour y mourir. D’autre part, le nombre relativement minime des isolés acquiert une grande valeur quand on sait que tous les efforts ont été faits pour isoler les cas qui paraissaient les plus susceptibles de propager la contagion. Ceci posé, H. -P. Lie incline à croire que guère plus de 10 pour 100 des malades qui vivent chez eux constituent un grand danger pour leur entourage. Il juge que l’isolement a joué un rôle considérable dans la disparition progressive de la lèpre. En 1929, le nombre des lépreux en Norvège n’était plus que de 81, dont 45 étaient soignés à l’hôpital de Bergen (voir la lig. 246 représentant l’hôpital St- Jôrgens).

Toujours d’après Lie, il existe une connexité évidente en Norvège entre l’évolution de l’endémie lépreuse et l'histoire économique du pays. La recrudescence ou la régression de la maladie semble avoir suivi à quelque distance les périodes de crise ou de prospérité. Le retrait de l’endémie qui eut lieu après 1856 doit être, en partie, attribué aux grands progrès que la Norvège a réalisés, non seulement en hygiène, mais dans toutes les branches du savoir. Cette vue paraît justifiée, car l’étiologie nous apprend que le confort et une alimentation généreuse ont un effet bienfaisant sur la marche de la lèpre.

Islande

La loi d’isolement qui suivit les voyages de reconnaissance de Ehlers en 1894 et 1895. fut promulguée le 4 février 1898. Elle reproduit dans ses grandes lignes la loi norvégienne, Son application a été très efficace .D’après S. Bjarnhjedinsson, on comptait en 1897, 250 lépreux ; en 1931, il n’en existe plus que 30 seulement.

Aux lépreux islandais, il est interdit de nourrir des enfants, de servir des individus non lépreux et de faire la cuisine.

Les pièces qui ont été habitées par un affectées à un individu sain.

Les malades soutenus par l’Assistance Publique, si le médecin de district le juge nécessaire, sont dirigés sur l’hôpital destiné aux lépreux.

D’une manière générale, chaque fois que cela est possible, les couples mariés ne sont pas séparés contre leur gré.

Les enfants de parents lépreux soutenus par l’Assistance Publique sont transportés dans d’autres maisons. C’est surtout par ce dernier paragraphe que la loi de 1 Islande diffère de celle de Norvège.

La léproserie islandaise est située dans la presqu’île de Laugarnes, près de Reykjavik. Le chiffre des malades isolés oscille entre 60 et 70.

lépreux dorvent être désinlectées avant d être

RUSSIE SOVIÉTISTE

En mars 1926, a eu lieu à Leningrad une conférence de tous les directeurs d asiles et spécialistes de la lèpre pour établir un programme d’action. Il a été conseillé au gouvernement de créer, en plus des 3 léproseries existantes actuellement (la première, dans le Nord, Krutye Rustschi (100 internés), — la seconde, sur les bords de la Lena dans la République de Yarkoutsk ; — la troisième à 4 ladivostok), de nouveaux asiles, en Ukraine,

chez les Turcomans, les Mongols et les Bouriates (Asie Centrale). A la suite de cette conférence, a été rédigé un projet fort étendu concernant la Prophylaxie et le Traitement de la lèpre (1). J’ignore s’il a été mis à exécution.

c) Troisième groupe comprenant T Amérique Latine

La lèpre y constitue de gros foyers. Mais le degré de civilisation atteint par ces peuples exige l’emploi de mesures mitigées conformes à l’opinion publique.

Le Brésil, l’Argentine et la Colombie ont fait en ces derniers temps un gros effort prophylactique.

Mexique

Un règlement promulgué le 14 janvier 1930 institue un service spécial et permanent de Prophylaxie de la lèpre. Ses principales dispositions sont les suivantes :

a) Déclaration obligatoire ; — b) collaboration du service de l'Education et de la Propagande hygiénique, du Département de la Salubrité, de son Institut d’ Hygiène et de l'Ecole de Salubrité dans leurs attributions respectives ; — c) Recensement quinquennal de la lèpre ; — d) Création de dispensaires anti-lépreux et traitement obligatoire des malades ; — e) Isolement obligatoire, soit à domicile, soit dans les salles spéciales aménagées dans les hôpitaux, soit dans les léproseries pour les patients en forme ouverte ; — /) Division des asiles en sections affectées aux lépreux curables, aux septicémiques, aux invalides, aux lépreux atteints d’autres maladies transmissibles ; — g) Bienêtre matériel et spirituel assuré aux patients ; — - h) Travail obligatoire dans la mesure où il est compatible avec l’état du malade ; — i ) Nombre des personnes saines attachées à l’établissement réduit au minimum ; — k) Sortie de l’établissement, passagère ou définitive, lorsqu’elle est motivée par l’état du malade, son changement de condition sociale ou une nécessité absolue ; — l) Transformation d’une léproserie en Institut National de Léprologie, lorsqu’elle sera parvenue à un degré d’avancement scientifique suffisant ; — ni) Séparation des enfants de leurs parents lépreux et surveillance prolongée pendant cinq ans au minimum ; — n) Interdiction aux lépreux d’exercer certaines professions, de résider dans les hôtels, de manger dans les restaurants, d’utiliser les véhicules, les bains et les lavoirs publics, de se rendre dans les salons de coiffure ; — o) Interdiction aux lépreux de se marier ; — p) Interdiction aux lépreux étrangers de franchir les frontières du territoire mexicain ; — q ) Sanctions encourues par ceux qui transgressent les dispositions du Règlement (2).

Brésil

Le 1er Congrès Américain de la Lèpre réuni à Rio de Janeiro du 8 au 15 octobre 1922, sous la présidence de Carlos Chagas, approuva les conclusions techniques suivantes :

1° Recenser aussi exactement que possible le nombre des lépreux existant dans chaque État.

fl) H. C de Souza-Araujo, Leprosy, p. 326.

(2) Jésus Gonzalez Uruena. Le problème de la Lèpre au Mexique, VIIIe Congrès Internat, de Dermat. et de Syph., Copenhague, 5-9 août 1930.

PROPHYLAXIE

2° Recueillir les différentes législations antilépreuses en vigueur.

3° La contagion étant la cause majeure (elemento decisivo)) de la lèpre, ouvrir pour la combattre des colonies de lépreux.

4° Concevoir ces colonies de telle façon qu’elles satisfassent à toutes les exigences de l’humanité et de la science moderne.

5° Adopter un plan uniforme dans la lutte contre la lèpre ; appliquer simultanément les mesures sur toute l’étendue du territoire.

6° Autoriser les administrations sanitaires à consentir, sous certaines conditions, l’isolement à domicile.

7° Tenir la main à ce que les malades soient traités par les méthodes les plus recommandables. (Le Congrès préconise l’emploi des éthers chaulmoogriques, sans les considérer toutefois comme la thérapeutique définitive.)

8° Procéder à des recherches en vue d’obtenir un agent médicamenteux d’action prompte et sûre.

9° Rendre obligatoire, pour les étudiants en médecine, l’étude de la lèpre.

Voici résumées, d’après une note qui m’a été remise en 1927 par H. C. de Souza- Araujo, les principales dispositions actuellement en vigueur au Brésil.

a) Déclaration obligatoire des lépreux et des personnes qui vivent dans leur entourage ;

b) Recensement des lépreux ;

c) Isolement obligatoire au domicile du malade, laissé à l’appréciation de la Commission Sanitaire. Celle-ci recherche les risques plus ou moins grands que le lépreux fait courir à son entourage ; en outre elle s’enquiert des conditions de fortune et d’habitat de l’intéressé. Celui-ci, par exemple, ne doit pas être logé dans une maison collective ou une maison de commerce ;

d) Envoi du lépreux dans une colonie agricole, un sanatorium ou un hôpital, lorsque la Commission estime que le séjour du malade à domicile constitue un danger public ;

e ) Surveillance sanitaire des malades isolés à domicile et des personnes de leur entourage (examen clinique et bactériologique) ;

f) Surveillance des suspects jusqu’à ce que la conviction de la Commission soit faite dans un sens ou dans l’autre ;

g) Assistance pécuniaire des lépreux isolés dans leur famille ;

h) Interdiction faite aux lépreux d’exercer une profession pouvant constituer un danger public ;

i ) Défense aux lépreux de changer de résidence sans autorisation préalable des autorités sanitaires ;

j) Interdiction de l’allaitement maternel aux femmes lépreuses. Eloignement immédiat du foyer familial des enfants issus de parents lépreux ;

k) Interdiction aux lépreux étrangers d’entrer sur le territoire brésilien ;

l) Extension de la prophylaxie de la lèpre au moyen d’accords préalables entre les divers Etats de l’Union (1)

En somme la législation concernant la prophylaxie de la lèpre dans les Etats-Unis du Brésil tient compte des résultats acquis par l’expérience (système norvégien par exemple), des droits imprescriptibles de l’humanité, des conditions sociales et des possibilités finan-

(1) Le plan de campagne dressé par E. Rabello et Motta comporte en outre les dispositions suivantes : Encouragement à l’étude des méthodes modernes de thérapeutique ; — Lutte contre le charlatanisme pharmaceutique et médical ; - — Développement de l’étude de la léprologie ; — Éducation hygiénique populaire ; — Encouragement de toute initiative privée ayant pour but de faciliter l’isolement à domicile ; — Contrôle officiel des établissements particuliers d assistance aux lépreux.

Jeansel.me — La Lèpre,

cières, tous facteurs variables d’un législation uniforme.

Etat à l’autre, d’où l’impossibilité d’appliquer

une

Enfin, le gouvernement fait appel à la coopération des œuvres privées pour répandre le traitement des lépreux et favoriser les recherches scientifiques.

Le Gouvernement fédéral paie aux Etats qui consentent à suivre ses directives la moitié des frais que leur occasionne la lutte contre la lèpre.

Depuis quelques années, le Brésil s’achemine vers le régime mixte. A la ségrégation, il adjoint des dispensaires pour le traitement des lépreux libres. A Rio de Janeiro, le regretté Chagas, directeur de l’Institut Oswald Cruz, avait organisé un centre d’études et d’action. La Direction fédérale de la Santé Publique a ouvert des stations de traitement avec délivrance gratuite de médicaments. Un service de consultations pour les lépreux est ouvert à la clinique universitaire de dermatologie (Prof. E. Rabello). L’ancien hôpital dos Lazaros, que dirige Rabello, a été parfaitement organisé pour le traitement de la lèpre et pourvu de tous les services annexes ; il abrite une centaine de malades. Il est question de fonder à Rio un Institut de la Lèpre grâce à la générosité du grand philanthrope brésilien Guillermo Guinle. Sâo Paulo, possède une organisation encore plus complète : Service démographique et épidémiologique ; vastes laboratoires ; consultations et dispensaires ; léproserie de Santo Angelo située à 45 kilomètres de Sâo Paulo, très bien aménagée pour le traitement, contenant 600 lépreux ; asile spécial à Carapicuhyla pour les enfants issus de lépreux.

En somme, dit Burnet qui a visité récemment l’Amérique du Sud, « le Brésil est un des pays les plus avancés dans la lutte contre la lèpre. Son outillage, surtout dans l’Etat de Sâo Paulo, peut être cité sur le même plan que ceux du Japon et des Philippines.

république argentine

J’ai indiqué antérieurement (voir Domaine géographique et Statistiques, pp. 97-98) les arguments sur lesquels Aberastury et P. Balina se basent pour affirmer que la lèpre en Argentine est en voie d’extension rapide.

Balina insiste (1) sur le fait que les formes à manifestations accentuées, riches en bacilles, à évolution fébrile, progressive et fatale, sont fréquentes et donnent un caractère général de gravité à l’endémie lépreuse en ce pays.

La lèpre est autochtone dans la Capitale Fédérale. Des 371 cas de lèpre que Balina a observés en dix-huit ans, 62 cas (17 pour 100) ont été indiscutablement contractés à Buenos- Aires. Il y a, dit-il, dans cette ville, plusieurs centaines de lépreux qui émettent des bacilles. Clr, ils exercent les métiers ou professions les plus diverses et vivent en contact permanent avec la population saine. Ce qui a lieu à Buenos-Aires se produit dans le reste du pays ; Balina insiste sur le danger qu'il y a à maintenir à l’intérieur de la capitale un lieu d’internement comme l’hôpital Muniz qui contient 200 lépreux. Il a fait connaître l’existence de cas de lèpre contactés par des personnes ayant habité pendant de nombreuses années dans le voisinage immédiat de cet hôpital.

De ces recherches, Balina conclut qu’il est possible d’instituer une prophylaxie publique elficace en Argentine : « L’isolement des lépreux est la base essentielle, la pierre angulaire de toute l’organisation de la prophylaxie effective de la lèpre. Pas n’est besoin pour l’assurer d’un isolement systématique de tous les cas. Tous ceux qui n’émettent pas de bacilles de Hansen par leurs lésions peuvent vivre en liberté ». Le même auteur conseille de créer le plus tôt possible un « asile provisoire » dans chacun des États qui ont

(1) P. Balina, Estado actual del problema de la Lepra en nuestro pais. ConE. faite à l’Acad. de Méd. de Buenos- Aires, 26 août 1928. La Semana Médica, n° 47, 1928.

PROPHYLAXIE

le plus grand pourcentage de lépreux. Chacun de ces asiles aura un caractère « régional ». Il devra être situé auprès de la capitale ou d’une ville importante, mais de préférence sa situation sera extra-urbaine [suit la désignation du nombre et de l’emplacement de ces asiles, il en est prévu 6J.

A la suite du Ier Congrès Américain de 1922, 'Aberastury fut chargé d’organiser la prophylaxie de la lèpre en Argentine. Le projet qu’il présenta fut adopté et la loi fut promulguée le 17 septembre 1926 (loi n° 11.359).

En voici les principales dispositions :

Déclaration obligatoire des cas de lèpre pour le médecin ; — les chefs ou administrateurs immédiats de tout personnel d’un service public ou privé ; — les directeurs et maîtres d’école publique ou privée ; — les directeurs et médecins d’hôpitaux ou sanatoria publics ou privés ; - — les gérants d’hôtel ou pension ; — les commandants et patrons des navires qui entrent dans les ports argentins ainsi que de ceux qui servent à passer les fleuves.

Les droits du malade sont sauvegardés par l’autorisation donnée au médecin du malade d’assister à tous les examens faits par les autorités sanitaires.

Les individus qui relèvent de la loi sont répartis en quatre catégories :

a) Les suspects soumis à l’inspection préventive dont la durée minimum est de cinq

ans ;

b) Les malades qui ne sont pas actuellement dangereux, ils ont droit à l’Assistance Sanitaire et sont soumis à des examens périodiques ;

c) Les malades dangereux soumis à l’isolement et au traitement obligatoire à domicile ;

d) Les malades dangereux soumis à l’isolement et au traitement obligatoire dans les Asiles ou Colonies.

Les lépreux isolés dans les Colonies se livreront à des travaux agricoles ou industriels. Quand leur état grave ne leur permettra pas de travailler, ils seront hospitalisés dans des infirmeries ( pabellones ubicadas convenientemente) .

Les époux lépreux et leurs enfants seront hospitalisés de telle façon qu’ils puissent continuer dans les sanatoria ou colonies à voir leur famille ;

Tout enfant, non lépreux, devra être séparé de ses parents lépreux si l’état de ceux-ci comporte des risques de contagion ;

Le mariage entre lépreux et entre un lépreux et une personne saine est interdit.

Les enfants nouveau-nés pourront être placés dans les berceaux ou dans les asiles communs, sous une observation attentive et prolongée jusqu’à ce qu’un examen médical minutieux prouve qu’ils sont absolument indemnes de toute manifestation de la maladie et qu’ils ne portent pas de bacilles de la lèpre.

Sous les mêmes conditions, les enfants de lépreux pourront être élevés dans les écoles publiques.

Toute entreprise de transport qui aura opéré le transfert d’un lépreux devra procéder à une désinfection spéciale en accord avec les prescriptions données par le département national de l’Hygiène.

Il est fait défense aux lépreux étrangers d’entrer en Argentine.

Les commandants ou patrons de navire amenant des lépreux devront les reconduire à leurs frais aux ports d’où ils viennent ; ils sont passibles d’amende s’il est prouvé qu’ils ont transporté sciemment des lépreux (1).

lement la qu’il peut existants.

Quand des individus atteints de la lèpre tenteront de pénétrer par la voie de terre, les autorités de police, sur la réquisition des médecins et des officiers sanitaires, s’opposeront à leur entrée conformément aux dispositions en vigueur contre l’importation des malades atteints de maladies épidémiques ou contagieuses.

Tout lépreux étranger qui aura trompé la vigilance sanitaire sera rapatrié. Tous les habitants et en particulier les médecins seront tenus de dénoncer le cas d’un lépreux entré en fraude.

Malgré les efforts de Balina (hôpital Ramos Mejia) et de Puente (hôpital Muniz) à Buenos-Aires, de Fidanza à Rosario, de Borzone à Santa Fé, écrit Burnet à la suite de la récente enquête qu’il a faite en Argentine, on peut dire que les moyens de prophylaxie n’existent pas encore. Le corps médical réclame et le Gouvernement prévoit un institut central d’action et d’étude, des hôpitaux spéciaux, six asiles provinciaux, un réseau de dispensaires, dont l’office pourait très bien être rempli par ces dispensaires polyvalents dont le professeur Araos Alfaro a été le promoteur. Le IVe Congrès national de Médecine réuni à Buenos-Aires, en octobre 1931, sur la proposition des sections de dermosyphilographie et d'hygiène sociale a insisté sur l’urgence de mettre en pratique les mesures contenues dans la loi nationale de Prophylaxie et de Traitement de la lèpre. Pour atteindre ce but, le congrès demande que des asiles-colonies et des dispensaires soient construits ou projetés, en accord avec les autorités sanitaires, en faveur des provinces dont le pourcentage de la lèpre est le plus élevé.

En somme l’Argentine s’oriente vers le système mixte.

Venezuela

Les deux léproseries d’Etat : Cabo Blanco (280 lépreux) et Providencia (600) sont déjà assez anciennes. Elles sont composées « de grands bâtiments communs qui tiennent à la fois de l’hôpital, de la caserne et de la prison ; l’espace devient insuffisant pour le nombre actuel des lépreux ; on s’efforce de faire des agrandissements. Les médecins traitants et le personnel infirmier ne sont pas assez nombreux » fl).

Colombie

Dans ce pays, les mesures prises à l’égard des lépreux sont d’une extrême rigueur. L’isolement à domicile n’est pas admis. Aussitôt reconnus, tous les malades sont impitoyablement dirigés sur les lieux d’isolement sans que la forme qu’ils présentent entre en considération.

Les trois léproseries regorgent de lépreux, soit que l’endémie ait effectivement pris de vastes proportions dans ces dernières années, soit que le service des recherches ait été intensifié.

En octobre 1906, 1.332 malades dont 647 hommes et 685 femmes étaient enfermés à la léproserie de Agua de Dios ; en juin 1926, il y en avait 3.351 dont 1.701 hommes et 1.650 femmes, 3.500 en 1930. Avec ces lépreux, vivent au lazaret environ cinq mille personnes saines : parents, enfants ou serviteurs. Dans les écoles, il n’y a qu’une barrière illusoire entre les élèves sains et malades.

(1) Burnet, loc. cil.

P RO P H YLAX1E

En novembre 1905, étaient isolés à la léproserie de Contrataciôn 165 hommes et 163 femmes, soit 328 lépreux ; en juin 1926, on comptait 3.015 lépreux dont 1.624 hommes et 1.391 femmes dans cet asile, 3.100 en 1930 et pas moins de cinq mille sujets sains.

Enfin, en décembre 1908, la léproserie de Cano de Loro ne contenait que 85 malades, dont 61 hommes et 24 femmes. En juin 1926, leur nombre était de 371, soit 282 hommes et 89 femmes, de 375 en 1930.

Un fait qui doit accaparer l’attention, dit A. Benchetrit (1), dans ce système déplorable d’isolement, c’est le nombre extraordinaire d’enfants qui naissent, grandissent, sont contaminés et meurent dans ces léproseries. Ainsi, dans ces dernières années, sont nés dans les asiles de la Colombie 1.438 enfants qui sont en péril d’être infectés ou, tout au moins, condamnés à la rélégation perpétuelle. Tandis que la nation, poursuit le même auteur, dépense des sommes incalculables sans aucun résultat pratique, le traitement des malades n’est appliqué dans ces asiles que dans une proportion infime, quasi nulle. A peine. 2 % des 6.000 lépreux internés sont soignés et dans les conditions les plus désavantageuses. A. Herrera Restrepo, directeur des lazarets de la Colombie, a récemment présenté au gouvernement un plan de réforme qui comporte l’application d’une prophylaxie rationnelle et la mise en traitement des lépreux isolés.

Les principales critiques que l’on peut adresser à la lutte contre la lèpre en Colombie sont : l’absence d’isolement des enfants issus de lépreux ; le grand nombre de sujets sains qui vivent dans les léproseries sans profit pour les malades, enfin le défaut de lieux de traitement pour les lépreux en liberté.

d) Quatrième groupe. Etats indépendants de civilisation sino=japonaise

Japon (2)

La loi concernant la prophylaxie de la lèpre en ce pays date du mois d’avril 1907. Ses principales dispositions sont les suivantes :

1° Les médecins qui ont donné une consultation à un lépreux sont tenus d’en faire la déclaration dans la semaine ;

2° Les malades, incapables de se soigner, sont recueillis et traités dans les cinq établissements existant au Japon ;

3° Les lépreux aisés peuvent être soignés à domicile. Ils sont placés sous le contrôle de la police sanitaire. Ils doivent, pour le moins, disposer d’une chambre particulière. Les vêtements, les lits et les autres objets à leur usage sont lavés et désinfectés de temps à autre.

En cas d’absolue nécessité, il est permis aux malades de sortir de chez eux avec des vêtements et du linge propres et après avoir été récemment pansés. Il leur est interdit d’entrer dans les restaurants, théâtres, établissements de bains, boutiques de coiffeur, et d'une

(1) A. Benchetrit. Estado actual de la Lepra en Colombia. Bogota, 1926.

(2) Kensuké Mitsuda. La lèpre au Japon. Compte-Bendu de la IIIe Conj. Internat, de la Lèpre (Strasbourg, 1923), Paris, 1924, p. 80 ; — Iv. Mitsuda. Traits principaux de la loi sur la prophylaxie de la Lèpre, ibid., p. 484 ; — K. Mitsuda, Prophylaxie de la Lèpre au Japon, ibid., pp. 373-385 ; — Tokuro Takano. La lèpre au Japon, « Vers la Santé », janv.mars 1929, pp. 71-76.

façon générale, dans les lieux publics. En outre, il ne leur est pas permis d’exercer certaines professions qui pourraient favoriser la dissémination de la maladie.

Enfin, il est strictement défendu d’habiter dans un logement où a vécu un lépreux, de faire usage, de vendre, de donner ou de jeter des vêtements ou des objets quelconques leur ayant appartenu (1).

Des cinq établissements destinés à recevoir les lépreux indigents, deux sont bâtis au bord de la mer, deux sont établis dans des forêts, le cinquième est situé dans une île. Tous sont d’ailleurs à une distance plus ou moins grande, mais suffisante, des agglomérations urbaines. Chacune de ces formations est divisée en zone contaminée et en zone non contaminée. La première comprend les pavillons de malades, la chapelle, la salle de récréation, la salle de traitement, la salle de travail, la salle de bains, la bibliothèque et la buanderie. Les pavillons de malades sont divisés en quartiers distincts pour les hommes et pour les femmes. Cependant les époux sont recueillis dans des chambres réservées aux ménages. Les jeunes hiles et les enfants habitent des locaux affectés à leur usage exclusif. Dans la zone non contaminée sont situés : les bureaux de l’administration, les habitations du personnel, la cantine, la cuisine, la pharmacie, le laboratoire, la salle de consultation, etc. Parmi les installations prophylactiques, il faut signaler un four crématoire pour la destruction des ordures. Les corps des lépreux ne sont pas incinérés, il y a un cimetière.

Les services de police des départements, dit K. Mitsuda, recherchent les lépreux qui vagabondent et les envoient dans l’établissement de la région. Au début, on s’occupait surtout des lépreux vagabonds ; mais, en ces derniers temps, ceux-ci ont diminué graduellement et actuellement, on s’efforce surtout de découvrir les lépreux indigents pour les interner. De plus, les malades et leur famille commencent à s’adresser d’eux-mêmes aux services de police, sans que les agents aient à intervenir.

En 1921, les cinq établissements régionaux contenaient 1.491 lépreux. En 1929, ils étaient en voie d’agrandissement de façon à pouvoir admettre 4.500 lépreux. Le traitement consiste en injections sous-cutanées ou intra-musculaires d’huile de chaulmoogra et en absorption du même médicament.

Les malades valides travaillent à un métier manuel de leur choix. La plupart des hommes se livrent au jardinage. Les produits récoltés sont consommés par les lépreux eux-mêmes. Les femmes font de la couture ou du blanchissage.

Les sujets jeunes reçoivent une instruction primaire. Tous les cultes peuvent être pratiqués avec la plus entière liberté. Des représentations théâtrales, le cinématographe, le chant, la danse, divers jeux apportent un divertissement aux souffrances morales des malades.

Outre les cinq établissements régionaux, le gouvernement projette de fonder un « village de lépreux » non loin de la station sulfureuse de Kusatsu qui jouit d’une grande réputation thérapeutique. Un certain nombre de fondations privées entretenues par des Japonais ou des Européens hébergent un certain nombre de lépreux. En 1921, ils contenaient 358 malades.

K. Mitsuda est partisan de l’internement obligatoire pour tous les lépreux à quelque forme qu’ils appartiennent : « Nous croyons, dit-il, que l’isolement de tous les lépreux, riches et pauvres, dans des léproseries bien installées où les malades peuvent se plaire, est la seule méthode à adopter. L’isolement à domicile, si bien surveillé soit-il, n’empêche pas toute communication avec les autres membres de la famille ».

D’après Tokuro Takano, les bons résultats, obtenus depuis une vingtaine d’années, seraient dus à l’amélioration des conditions d’existence de la population japonaise et au perfectionnement graduel des méthodes prophylactiques. La diminution de la lèpre au

(1) S. Uchino. Die gegenwârtige Lage in der Prophylaxis der Lepra in Japan. IIe Conf. Internat, de la Lèpre (Bergen, 1909), t. III, PP. 378-379.

PROPHYLAXIE

Japon serait démontrée par la diminution considérable des décès dus à la lèpre et par l’examen des conscrits. En somme, de 1908 à 1925, la lèpre au Japon aurait diminué d’un tiers.

Une ordonnance impériale interdit le débarquement des lépreux étrangers. En effet, d’assez nombreux malades venaient au Japon, surtout de Hawaï et de Chine, en vue de se soigner aux eaux de Kusatsu, à Kumamoto dans le département de Kanagawa.

e) Cinquième groupe : Possessions ou Protectorats des Etats d'Europe

ou d'Amérique dans la zone intertropicale

C’est à propos de ce groupe, peut-être le plus important de tous, que les idées sur la prophylaxie de la lèpre se sont le plus profondément modifiées à la période contemporaine.

Les Américains, d’abord aux îles Hawaï, puis aux Philippines, conçurent le projet de fonder pour les lépreux des asiles où ils trouveraient tout le confort possible, toutes les ressources matérielles et morales susceptibles d’attirer les malades, enfin un traitement méthodique qui, s’il n’amène pas la guérison définitive, apporte à ces malheureux un soulagement appréciable à leurs maux. L’expérience a montré que beaucoup de lépreux préfèrent une vie vagabonde et pleine d’aléa à l’existence oisive et dorée qu’on leur offre à Molokaï et même à Culion. Après bien des années d’efforts, le nombre des lépreux ne paraît pas avoir sensiblement diminué. Dans la crainte d’être internés, les malades se dérobent aux investigations et sont dépistés trop tard pour que le traitement soit efficace. Un certain nombre de pensionnaires s’échappent en cours de traitement. A l’isolement forcé, il a fallu substituer graduellement l’isolement volontaire.

En ces dernières années, les médecins coloniaux se sont presque unanimement ralliés à un système mixte dont les points essentiels sont les suivants :

1° Ségrégation volontaire, dans des villages d’isolement, des lépreux impotents ou mutilés, et de ceux qui n’ont pas une famille en état de les entretenir ; obligatoire des mendiants ou vagabonds ;

2° Hospitalisation dans les formations sanitaires des lépreux en formes ouvertes ;

3° Traitement dans les dispensaires des lépreux en formes fermées ;

4° Dépistage des lépreux à une période assez précoce pour que la médication soit efficace ;

5° Traitement largement répandu et appliqué à tous les cas : c’est le meilleur moyen de faire le recensement, d’inspirer confiance à l’indigène et d’entretenir chez lui l’espoir en la guérison ou, tout au moins, dans le soulagement de ses souffrances ;

6° Déplacement des lépreux de pays à pays réglés par des accords internationaux.

Etats-Unis d’Amérique

Iles Hawaï. — A l’heure actuelle, la seule mesure prophylactique est la ségrégation. Le nombre des lépreux isolés est le même que pendant la période 1865-1885 et les léprologues hawaïens, qui sont partisans de l’isolement, reconnaissent qu’il n est pas possible d’apprécier ses résultats. En effet, les éléments constituants de la population ont subi d’importantes modifications : le nombre des hawaïens a diminué et l’arrivée des philippins dans l’archipel a introduit une race très sensible à la lèpre.

Le traitement par l’huile de chaulmoogra appliqué méthodiquement à partir de 1914, puis par les éthyl-esters de Dean à partir de 1918, a permis de libérer sous condition

( paroled ) de 1912 à 1925, 414 lépreux, et c’est au nom de ces résultats que l’on a pris l’habitude de citer Hawaï sur le même plan que Culion. Cette assimilation n’est pas conforme à la situation actuelle ; à Honolulu, une réaction se fait sentir. En 1926, à cause du nombre des rechutes (104 sur 414) observées de 1916 à 1926, Cuming parle de résultats plutôt défavorables (; rather unsatisfactory results) ; et aujourd’hui, ayant observé pendant trois ans et demi au moins 150 lépreux libérés, les léprologistes d' Honolulu ne croient pas à la guérison certaine par les produits chaulmoogriques (1). Ils ne veulent plus prononcer de libération définitive ( discharge ). Les libérés ( released , paroled ) doivent rester sous contrôle médical indéfiniment. Il peut y avoir des lèpres arrêtées ; il n’y a pas de lèpres guéries. Un lépreux est un accusé toujours en sursis, jamais acquitté : « Lépreux, lépreux pour toujours » ( Once a leper, always a leper ) (2).

Iles Philippines (3). — Alors que, parmi les moyens prophylactiques, le Japon donne la première place à la ségrégation, et l’Inde britannique au traitement libre, les Philippines ont adopté un système mixte : traitement intensif, mais ségrégation obligatoire tempéré par la libération sur parole des lépreux qui ne paraissent pas susceptibles de propager l’infection.

Au début, Culion était une léproserie assez misérable où régnait le béribéri. La mortalité était fort élevée et les lépreux redoutaient d’être enfermés dans cet asile. De 1914 à 1921, fut introduit le traitement par injections d’huile de chaulmoogra et d’esters. La médication moderne n’est guère devenue systématique et intensive que depuis 1924.

Grâce à l’emploi de ces mesures, on avait compté sur une décroissance rapide de la lèpre ; il n’en fut rien. Le Culion Aledical Board décida alors de tempérer la ségrégation et de lui adjoindre le traitement en dehors de l’établissement. Culion transformé devint en faveur parmi les lépreux et beaucoup d’entre eux ayant connaissance de cas de guérison ou d’amélioration demandaient spontanément leur admission à la colonie. Peu à peu, à la ségrégation forcée faisait place la ségrégation volontaire. On prévoit que, dans l’avenir, Culion n’hébergera plus que des lépreux impotents ou incurables.

Le programme actuellement en vigueur comporte, outre la colonie de Culion, des stations pour le traitement intensif disséminées dans l’archipel, des cliniques générales de dermatologie, utiles pour dépister des cas précoces qui peuvent être favorablement influencés par le traitement, enfin la propagande et les enquêtes.

Ce qui a fait la valeur exceptionnelle de la colonie de Culion, dit Burnet, c’est le personnel médical (16 médecins, 3 chimistes, 2 assistants pathologistes) et la volonté d’obtenir des résultats. Seuls sont traités les malades qui peuvent supporter la médication, soit 75 pour 100. Le remède actuellement adopté est les ethyl-esters additionnés de 0,5 pour 100 d’iode ; 8.520 malades ont été traités depuis 1921, dont 6.800 pendant une durée variant de six mois à cinq ans et demi. Le nombre des libérés depuis 1922 a été de 1.335 ; il a monté graduellement de 11 en 1922, à 104 en 1925, 207 en 1927 et à 363 en 1929.

Depuis 1928, les injections sont intra-dermiques au lieu d’être sous-cutanées. Le travail du corps médical, dit Lara, est beaucoup plus considérable, mais les résultats paraissent bien supérieurs.

En raison des dangers de l’allaitement artificiel, les enfants nés à Culion sont laissés à leurs parents jusqu’à six mois, âge auquel ils sont admis dans une « nursery » située en dehors de la colonie de Culion. Ils y séjournent deux ans ; ceux qui sont reconnus indemnes après cette période d’observation sont reçus dans une colonie d’enfants située à YVellfareville, près de Manille. Les enfants devenus lépreux sont renvoyés à Culion où ils sont logés

(1) N. E. Wayson, Public Health Reports, t. XLIV, n° 51, 20 décembre 1929.

(2) Burnet, Rapp. sur le voyage d’étude du secrétaire de la Commission de la lèpre... Soc. des Nations, Genève,

(3) Burnet, Rapport, Soc. des Nat., Genève, 1930.

PROPHYLAXIE

dans des pavillons qui leur sont spécialement affectés. Ils sont naturellement mis en traitement.

« L’efficacité prophylactique du traitement libre n’a pas encore été démontrée : l’application est encore récente et partielle... C'est pourquoi V école clés Philippines reste ségrégationiste, mais elle croit que la ségrégation seule n’éteindra jamais la lèpre et qu’il faut, malgré toutes les difficultés, s’engager dans la voie nouvelle où elle s’est engagée elle-même avec un dévouement et une énergie qui commandent l’admiration » (Burnet).

Grande-Bretagne

Inde britannique (1). — L’Ecole de Calcutta met au premier plan le traitement par l’huile de chaulmoogra et ses dérivés. Dans son programme de prophylaxie, l’isolement n’occupe qu’une place secondaire.

Le système de prophylaxie sociale adopté par le Centre d’ Hygiène et d’études scientifiques de l’Ecole de médecine tropicale de Calcutta, inspiré par Léonard Rogers et dirigé par Muir son collaborateur, se résume en ces trois mots : propagande, traitement, enquête ( survey ) ; en abrégé : P. T. S.

Le recensement de 1921 donne pour l’Inde, 102.513 lépreux, chiffre [beaucoup trop bas. Les recherches épidémiologiques faites depuis lors établissent qu’il y a au moins 700.000 lépreux.

Comme il n’y a pas de possibilité financière, morale, sociale, de ségréger un nombre aussi considérable de malades, l’objectif principal est le traitement par le chaulmoogra. Les succès obtenus par cette médication sont d’autant plus grands qu’elle est applicable à des cas plus récents ( early ou incipiens cases).

La population de l’Inde, étant rurale dans la proportion de 90 pour 100, il faut mettre le traitement à la portée des villages au nombre de 685.000.

« Les lépreux bactériologiquement négatifs et les positifs qui peuvent s’isoler à domicile, doivent être traités dans les dispensaires ( out- patients clintcs ) ; les positifs et les négatifs qui ne peuvent recevoir le traitement là où ils vivent, les positifs qui ne peuvent réaliser l’isolement à domicile, les indigènes impotents, mutilés, abandonnés, « burnt-out cases », sont reçus et autant que possible traités dans des hôpitaux et asiles spéciaux (ségrégation). Le système de l’Inde ne supprime donc pas la ségrégation. Sir Léonard Rogers dit expressément (2) : « Dans les pays qui ont fait de grandes dépenses pour la ségrégation forcée je ne conseille pas d’abandonner ce plan pour le moment, mais de le modifier de telle sorte qu’il ne fasse pas de mal en empêchant les lépreux de venir se faire traiter quand la maladie est au début ».

Union britannique de l’Afrique du Sud. — C’est une colonie de peuplement ; mais l’endémie lépreuse est vivace parmi la population indigène ou métisse et entretenue par des courants d’immigration.

Ce groupe comprend le Cap, Natal, Orange, Transwaal et la Rhodesia (3). On a fait autrefois l’essai du procédé de force. T ous les lépreux, en principe, devaient être internés dans une léproserie unique et insulaire à Robben Island (fig. 226). Aucune discrimination n’était faite entre les formes ouvertes ou fermées. Emprisonnés comme des coupables, ils ne recevaient aucun traitement efficace. Ces mesures barbares ont eu naturellement pour effet

(1) Burnet, Rapp. Soc. des Nat., Genève, 1930.

(2) L. Rogers, The practitioner, avril 1928.

(3) Ces régions qui ont perdu leur autonomie, constituent, les unes, un dominion, les autres, des possessions anglaises.

d’inspirer aux malades la terreur d’être internés dans cet asile. Plus tard (1920), 2.248 lépreux étaient isolés dans des camps de ségrégation.

Devant la réprobation des nations civilisées, ce système a été quelque peu adouci, mais on peut dire que l’échec a été complet. Il a donc fallu concéder un isolement mitigé dans des établissements autorisés ou à domicile.

Le rapport de A. Mitchell (juin 1928 à juin 1929) fournit des données de la plus haute valeur, tout d’abord des chiffres. Etaient isolés au 30 juin 1929 dans six léproseries : 2.302 lépreux ; — à domicile : 1.301. Avaient été libérés, depuis 1923, comme malades non contagieux et dont l’évolution était arrêtée : 1.581 lépreux ; — réadmis pour rechutes : 82. Nombre des admissions de la dernière année : 573 ; — des libérations : 253 ; — âge moyen de la maladie, lors de l’internement : 6 à 7 ans.

En 1929, le service de la lèpre a été confié à un hygiéniste spécialisé. Le programme comporte : le traitement appliqué à la grande majorité des lépreux, la recherche des cas récents, l’examen des «contacts», autrement dit des personnes qui vivent avec les lépreux, tous les six mois. Déjà les effets de régime plus libéral se font sentir et les déclarations volontaires sont plus fréquentes. De 1924 à 1929, on a mis en liberté 809 incurables non contagieux, ce qui a eu pour résultat de faire de la place dans les léproseries et de réduire les frais d’entretien.

La ségrégation forcée sera graduellement transformée en ségrégation volontaire. Mais elle doit être maintenue, malgré l’ouverture des dispensaires, non pour des raisons de doctrine, mais pour des raisons de circonstances. Mitchell en fournit la preuve : l’étendue du pays, la faible densité de la population, sont telles, dit-il, qu’un dispensaire n’aurait chance d’être fréquenté que par une dizaine de malades. Quant à la ségrégation à domicile, combien peu de lépreux sont matériellement et moralement en état d’en observer les conditions ! On a vu 2 lépreux européens, isolés à domicile, violer malgré les efforts de la police sanitaire, toutes les conditions d’isolement et créer 21 cas nouveaux parmi les « contacts » immédiats. On cite un autre européen, isolé soi-disant à domicile, qui n’a jamais cessé de vivre avec sa famille et ses relations et qu'on vit un jour essayer tout un lot de chapeaux et renvoyer au marchand ceux qui n’allaient pas (1).

Comme l’endémie est alimentée par l’immigration venant de l’Inde Britannique ou d’ailleurs, l’inspection des coolies à l’entrée et pendant tout leur séjour en Afrique du Sud doit être pratiquée avec le plus grand soin.

France

Afrique Occidentale — Sorel propose la création de villages d’isolement, au nombre d’un par cercle, il y en aurait 19 par exemple à la Côte d’ivoire, 10 en Haute Volta, etc.

Mais il faut, en outre, prévoir des Asiles pour les lépreux impotents.

Sur un terrain de 100 hectares de superficie, s’élèvera prochainement à Bamako un Institut Central de la Lèpre (fig. 225) où « les indigènes lépreux trouveront les cases rondes ou carrées de leurs villages, des terrains de culture, des ateliers, des écoles, une église, une mosquée... » Un quartier spécial comprendra les services généraux (hôpital, pharmacie, laboratoires) et le logement du service médical et des sœurs infirmières. L’eau fournie en abondance par un affluent du Niger sera javellisée (2).

Afrique Equatoriale. — La ségrégation absolue et forcée, dit Lecomte, serait mal supportée, la liberté totale, mal comprise, aboutirait à la disparition de la plupart des

(1) Rapp. A. Mitchell, d’après Burnet, Rapp. sur le voyage d’étude du Secrétaire de la Commission de la Lèpre, Soc. des Nat., Genève, 1930.

(2) Sorel, Commission consultative de la lèpre au Min. des Colonies, 1932.

PROPHYLAXIE

malades. Les colonies de lépreux, sous la forme de villages de ségrégation libre, donneraient de meilleurs résultats.

Il faudrait y grouper les lépreux mutilés, infirmes ou sans famille.

Quant aux autres, ceux qui sont en forme ouverte, seraient hospitalisés dans les formations sanitaires jusqu’à leur blanchiment, ceux qui sont en forme fermée se rendraient aux dispensaires pour y être traités (1).

Madagascar (2). — Il n’est que juste de rappeler l’œuvre des missionnaires qui avait précédé la conquête et la lutte contre la lèpre remarquablement organisée par le général Galliéni alors qu’il était gouverneur de cette colonie.

Madagascar possède actuellement dix léproseries officielles ou subventionnées, installées d’une façon à peu près convenable. Il n’en est pas de même des villages de lépreux institués par les indigènes et échappant à tout contrôle. Ces villages dépendant des communes disparaissent d’ailleurs peu à peu : il n’en existait plus que 7 en 1930.

Les dix léproseries officielles ou subventionnées peuvent recevoir un total de 3.015 lépreux. Les plus importantes sont celles de la province de Tananarive (Manankavally, à Ambohidratrimo, fig. 229, 980 places) et de la province d’Antsirabé (Mangarano, 900 places). Elles affectent la forme de villages de lépreux : cases comprenant en général deux ménages ayant chacun son compartiment. Les malades y mènent à peu près la même vie que dans leur village, ils y possèdent leurs cultures vivrières, leurs quartiers d’élevage, etc... A Manankavally, ils ont même organisé un marché où ils vendent entre eux leurs produits.

Le nombre des enfants qui naissent dans les léproseries est relativement élevé : la natalité, en 1924, a été de 5.62 pour 100. Tous ces enfants issus de parents lépreux doivent être, dès leur naissance, reçus dans une pouponnière, annexe de la léproserie. L’alimentation artificielle donne souvent des déboires ; cependant certaines léproseries n’accusent qu’une mortalité infantile relativement faible de 15,55 pour 100. Après cinq ans de stage à la pouponnière, les enfants reconnus sains sont confiés dans leurs villages d’origine à des parents certifiés sains après une visite médicale passée par un médecin européen.

Indo-Chine (3). — En 1931, le Gouvernement général de l’Union indo-chinoise a consacré une somme de trois millions à la lutte contre la lèpre.

L’ Indo-Chine dispose actuellement d’une léproserie-asile et de 14 colonies agricoles et villages spéciaux abritant 3.287 hanséniens dont 2.550 au Tonkin, 218 en Cochinchine (léproserie-asile de Culao-Rong), 282 en Annam, 277 au Cambodge et 56 au Laos.

Un petit nombre de malades dont la condition sociale ou la situation de fortune permet cette mesure d’exception sont isolés à domicile. Actuellement en bénéficient seulement : 255 lépreux dont 181 en Cochinchine, 65 au Tonkin et 9 au Laos. Les domestiques et parents attachés au service de l’isolé à domicile sont soumis aux mêmes visites médicales trimestrielles que le lépreux lui-même.

« Tout cas de lèpre avérée, disent Gaide et Bodet, à moins que le malade n’ait une condition sociale qui permette des mesures d’exception, doit être isolé dans une colonie agricole où, toute question de sentiments familiaux mis à part, il trouvera une existence à peu près analogue à celle qu’il menait auparavant. Mais cette colonie ne doit pas isoler le lépreux dans des conditions identiques à celles où se trouvent les aliénés ou les criminels. Il doit avoir la possibilité de revoir ses proches et ses amis, si bon lui semble ».

Le Tonkin a seul actuellement organisé la séparation des enfants issus de lépreux. Dans les quarante-huit heures qui suivent la naissance, ils sont placés dans des familles

(1) Lecomte, Commission consultative de la Lèpre au Alinistère des Colonies, 1932.

(2) Thiroux, Commission consultative de la Lèpre au Ministère des Colonies, 1932.

(3) Gaide et Bodet, La prévention et le traitement de la lèpre en Indo-Chine. Exposition Coloniale Internationale, Paris, 1931. — Hermant, Commission consultative de la Lèpre au Alinistère des Colonies, 1932.

indigènes ou les établissements de la Mission catholique qui consent à les recevoir moyennant une allocation.

Les colonies agricoles sont administrées comme les villages ordinaires par un maire et un conseil de notables. Les malades reçoivent une allocation mensuelle ou des vivres en nature. Logés dans de petites maisonnettes par 2 ou 4, en ménage ou suivant leurs affinités, leur vie est analogue à celle qu’ils menaient dans leur village d’origine. Les lépreux valides peuvent se livrer à des travaux de toute nature, à la culture, à l’élevage, mais en aucun cas les produits de leur travail ne doivent faire l’objet d’un commerce avec l’extérieur. Le travail journalier des lépreux qui sont employés à des travaux généraux doit être rémunéré.

Quant à la léproserie de Culao-Rong située dans une île du Bas-Mékong, non loin de Mytho, elle s’étend sur une superficie de 80 hectares. Sa population se compose en majeure partie de misérables errant dans les grands centres et les chefs-lieux de province, et porteurs de lésions très apparentes, ils sont logés dans de grands pavillons : c’est donc l’habitat collectif (fig. 238, 239 et 240).

Les lépreux reconnus bactériologiquement négatifs peuvent, sur leur demande, recevoir une carte de libération, mais sont astreints à des visites médicales et de nouveau isolés en cas de retour offensif.

Le programme d’action qu’on se propose de réaliser prochainement dans l’Union Indo- Chinoise est le suivant :

a) faire mieux connaître aux populations indigènes les conditions de l’isolement à domicile... ;

b ) isoler dans des hôpitaux spéciaux les infirmes incapables de travailler et n’ayant pas de famille pouvant subvenir à leurs besoins. Ces établissements, annexés aux hôpitaux provinciaux importants, devraient être aménagés assez confortablement pour permettre aux malades d’y terminer leur existence ;

c) aménager convenablement pour les lépreux valides, des léproseries du type agricole, fonctionnant comme des communes et simplement subventionnées par le Gouvernement, où les malades auraient la liberté de se marier entre eux à la condition toutefois que les enfants soient séparés rapidement de leurs parents et confiés à des personnes aisées de leur famille, ou à des étrangers, ou à des établissements charitables...

Ces colonies agricoles comporteraient une infirmerie bien organisée pour le traitement de tous les cas et, en particulier, des lèpres jeunes plus susceptibles de blanchiment.

L’isolement des malades serait obligatoire, car dans l’état actuel de la mentalité indigène l’isolement volontaire serait un leurre (Gaide et Bodet).

En outre, il serait rationnel d’interdire aux lépreux étrangers l’accès du territoire indochinois, tout au moins aux immigrants de race asiatique et océanienne et généralement à tout lépreux sans asile, sans ressources et sans attache au sol.

Guyane Française (1). — Suivant l’expression imagée de Guillon « la France a réalisé involontairement la plus vaste et la plus irréprochable des expériences sur la contagiosité de la lèpre ». L’isolement des bagnards lépreux à l’îlot Saint-Louis dans le fleuve Maroni est tout à fait illusoire (fig. 244). Les contacts qui existent actuellement entre la population libre et les forçats sont la source de contagions réciproques. L’administration pénitentiaire doit les faire cesser et traiter les prisonniers du bagne dans une léproserie convenablement aménagée.

Quant aux lépreux de la population libre, ceux qui sont privés de ressources doivent,

(1) Guillon. Lèpre, lépreux et léproseries en Guyane Française. Paris, 1912. — Marcel Léger, Comm. consult. de la Lèpre au Min. des Col., 1932.

PROPHYLAXIE

d’après les règlements en vigueur, être envoyés à la léproserie de i’Acarouany, lieu sinistre d’où ils s’échappent à la première occasion.

o Pour de multiples raisons, dit Stevenet,, on ne peut plus songer à isoler les lépreux de la colonie. Les pouvoirs publics se sont trompés s’ils ont cru entraver la propagation de la lèpre en séquestrant quelques dizaines de malheureux, alors que des milliers de lépreux exercent librement toutes sortes de métiers et sont disséminés dans la colonie... Je suis d’avis de créer dans les grands centres des sortes de préventoriums anti-lépreux ou mieux mixtes, où les lépreux libres... viendraient avec leur famille recevoir soins, médicaments et conseils prophylactiques (1) ».

Les mesures qui seront conseillées pour les Antilles Françaises sont de tout point applicables à la population libre de la Guyane. La léproserie de l’Acarouany doit disparaître ou être transformée.

Antilles Françaises : Guadeloupe et Martinique — Pas plus qu’en Guyane, il n’existe, dans ces îles, une statistique de la lèpre digne de ce nom. Les lépreux appréhendés à la Guadeloupe et à la Martinique sont isolés à la Désirade, îlot de formation volcanique ayant 8 kilomètres de longueur sur 4 de largeur. Comme l’eau est rare, il n’y a pas de cultures vivrières et le régime alimentaire des lépreux y est fort défectueux. En 1928, 98 malheureux y étaient internés ; à la fin de l’année leur nombre n’était plus que de 73 à cause des nombreux décès survenus. Ces chiffres ne donnent aucune idée de l’eu démie qui règne dans ces îles. Toutes les races, toutes les conditions sociales sont fort éprouvées par la lèpre. En 1931, dit M. Léger, « j’ai rencontré presque journellement des lépreux dans les rues. 11 y en a dans le personnel des diverses administrations ; il y en a parmi les ouvriers et les travailleurs du port ; il y en a dans les hôtels et les restaurants comme serveurs de table... L’Administration estime qu’il n’y a à la Guadeloupe qu’une vingtaine de lépreux non internés. L’erreur est grande, il y en a des centaines, peut-être plusieurs milliers. Dans les écoles, par exemple, dont j’ai passé l’inspection médicale, j’ai aperçu deux douzaines au moins d’enfants ayant des taches suspectes ou des nerfs cubitaux doublés ou triplés de volume ». La situation est la même, sinon plus mauvaise à la Martinique.

En somme, aucune mesure utile n’est prise et les lépreux ne se laissent interner qu’à une époque trop tardive pour que le traitement puisse avoir une influence favorable.

Seules des mesures prophylactiques appliquées avec douceur, méthode et continuité, dit M. Léger, pourront avoir raison de l’endémie lépreuse qui sévit dans nos Antilles.

D’après lui, les moyens d’actions qu’il faut mettre en œuvre sont les suivants :

a) le dépistage des lépreux (examen périodique des écoliers ; — signalement par les médecins des dispensaires des cas avérés ou suspects qu’ils ont observés fortuitement sur les personnes venues les consulter pour une maladie toute autre que la lèpre, etc.) ;

b) le traitement des lépreux valides, soit à domicile, soit dans les polydispensaires, moins affichants que les dispensaires spéciaux ; — soit dans des sanatoria pour les mutilés incapables de subvenir à leurs besoins, ou dans des chambres individuelles annexées aux hôpitaux ordinaires ;

c) V ulgarisation des notions épidémiologiques qui seront répandues à profusion par des causeries dans les écoles, par des conférences populaires, par le cinéma, les tracts, l’affiche et la presse.

Libérés de la hantise de la séquestration, les malades ayant foi en la guérison, viendront désormais se faire traiter sans crainte. Le médecin s’efforcera d’obtenir des parents, par la persuasion, qu’ils consentent à se séparer de leurs enfants dès leur naissance. Ces enfants seront confiés à des crèches où ils seront soumis à une surveillance vigilante.

(1) Stevenel, d’après Burnet, Rapport sur le voyage d’études du Secrétaire de la Commission de la lèpre (janv. 1929-juin 1930). Société des Nations, Genève, 1930.

Nouvelle-Calédonie et Dépendances (1).- — C’est assurément la colonie où l’absence de plan, les tergiversations et l’incohérence ont été portées au plus haut point. Tout a été essayé et abandonné tour à tour : léproseries d’arrondissement au nombre de trois, en 1889 ; — léproserie centrale aux îles Belep en 1892 ; — isolement des indigènes dans de nombreux centres locaux à proximité de leurs tribus, en 1898 ; — puis retour à l'idée d’une léproserie unique qui fut aménagée à l’île des Pins, en 1905. Mais Lebœuf chargé d’opérer le dénombrement des lépreux et d’établir un projet de concentration des malades fait abandonner cette solution. Nous croyons fermement, dit-il, qu’en poursuivant avec beaucoup d’esprit de suite l’œuvre des villages d’isolement, on arrivera à d’excellents résultats. On pourrait croire que la question est définitivement jugée, il n’en est rien et de nouvelles fluctuations se manifestent. De cette période indécise, une seule création est restée : le laboratoire d’ Hygiène, devenue depuis l’Institut Gaston Bourret.

L’endémie avait fait de nombreuses victimes parmi les blancs. Vers la fin du siècle dernier, on les avait isolés à l’île aux Chèvres, à quelques milles de Nouméa. Ils y restèrent jusqu’en 1918, époque à laquelle ils furent transférés à la presqu’île Ducos. En 1931, leur nombre était de 72 ; mais il convient d’ajouter à ce chiffre, pour avoir celui de la population blanche atteinte, 52 suspects » (2). Dans la population pénale, aujourd’hui fort réduite, la lèpre n’existe plus qu’à l'état de vestige (6 lépreux actuellement).

Jusqu’au recensement opéré par Lebœuf, on ne possédait sur le pourcentage de la lèpre chez les indigènes que des appréciations insuffisantes. En 1931, on comptait 576 lépreux bactériologiquement positifs et 1.290 « suspects ». Ce sont en réalité de véritables lépreux, mais qu’on désire soustraire à l’isolement, parce qu’ils sont cliniquement négatifs. Le nombre total des indigènes lépreux est donc de 1.866. Un certain nombre de malades ont échappé au contrôle.

Ap rès l’échec de la concentration de tous les indigènes lépreux dans la léproserie des îles Belep, ils ont été isolés dans des villages dont le nombre était de 35, lors de la mission Lebœuf, et de 64 en 1914 ; il n’est plus aujourd’hui que de 43. Mais, il semble nécessaire d’en réduire encore le nombre, car l’objectif qu’on se propose de réaliser est le traitement. Or, en raison des distances considérables qui séparent ces villages, des moyens de communications encore rudimentaires et du petit nombre de médecins, le traitement ne peut être appliqué convenablement que si les villages de lépreux ne sont pas trop disséminés. Les missions catholiques et protestantes ont déjà rendu de grands services ; elles en rendront encore de plus grands dans l’avenir sous la direction médicale. Il va sans dire que les 1.290 « suspects » devraient être concentrés dans les villages de lépreux pour y recevoir des soins et par mesure de prophylaxie.

Aux îles de la Loyauté, à Lifou, une léproserie abrite 180 malades (un médecin résident et une infirmière de la Mission protestante) ; à Maré, deux léproseries, l’une catholique, l’autre protestante. Le sol est aride, ce qui ne permet pas aux léproserie de prendre le type de colonie agricole.

Etablissements Français de l’Océanie. — De 1887 à 1914, on relève une progression constante de cas de lèpre (de 24 à 113), puis une réduction progressive (87 en 1924).

Tous les lépreux de Tahiti sont isolés au village de ségrégation d’Orofara situé à 15 kilomètres de Papeete, principal centre de l’île, dans une vallée encaissée, ce qui rend la surveillance facile. On y conduit aussi les lépreux des îles sous le Vent et du groupe des Tuamotu, de sorte que la population totale du village était de 126 lépreux en 1930. Par sa disposition et par son administration, Orofara rappelle les villages indigènes.

(1) Tisseuil. Comm. consult. de la Lèpre, au Min. des Col., 1932.

(2) En réalité, les « suspects » ont des signes de lèpre ; mais en recourant à cet euphémisme, on leur évite l’internement.

PROPHYLAXIE

Aux Marquises, sur l’île Iliva-Oa, est installé dans la vallée de Téhutu un village de ségrégation qui contenait 28 lépreux en 1930.

En dehors de ces deux villages d’Orofara et de Téhutu, vivent de nombreux lépreux en liberté dans ces îles d’un difficile accès, notamment à Rapa, aux Tuamotu et aux îles Gambiers. Pour maîtriser l’endémie, il faudrait établir, entre les îles dispersées de ces archipels, des communications plus sûres, ce qui rendrait plus facile la surveillance et le traitement des cas précoces.

Conformément aux vues émises par la Commission consultative de la Lèpre, le Ministre des Colonies vient d’adresser à tous les Gouverneurs une circulaire (avril 1933), relative à l’organisation de la lutte antilépreuse. Ces instructions se réfèrent au dépistage des malades ; — à la destination donnée aux lépreux suivant la catégorie à laquelle ils appartiennent ; — au traitement et à la manière dont il convient de l’appliquer ; — à la propagande antilépreuse.

Le dépistage sera effectué par un médecin spécialement exercé à ce rôle, assisté de deux infirmiers, et accompagné d’un fonctionnaire représentant l’Administration.

Les malades, contagieux ou non, parvenus à une période avancée, mutilés, défigurés ou d’aspect repoussant, bref tous ceux qui sont incapables de subvenir à leurs besoins, pourront être dirigés sur un hospice spécial qui sera scientifiquement outillé de façon à constituer un Institut central de la lèpre.

Les lépreux en forme ouverte seront isolés pour la sauvegarde sociale, mais il est formellement spécifié que cet isolement ne doit pas avoir la forme d’une claustration, ni même d’une séquestration du reste de la société. Il doit tendre simplement à réduire au minimum les contacts étroits et prolongés de tout malade contagieux avec les indidivus sains. Aussi, peut-il fort bien se pratiquer dans les salles spéciales de toutes formations sanitaires ou même au domicile propre du malade, sous la réserve de certaines mesures de précaution imposées à lui-même et à son entourage.

En conséquence : 1° A chacune des formations sanitaires existantes, pourra être annexé un quartier de lépreux ; — 2° dans tous les cas où le médecin estimera possible de le lui accorder, s’il le demande, le lépreux pourra rester à son domicile ; il y sera logé dans un local séparé de l’habitat commun, aura des ustensiles, du linge, des vêtements destinés à son usage exclusivement personnel. Interdiction lui sera faite de jouer avec les enfants et de se mêler étroitement à la vie de son entourage. Ces lépreux seront tenus de se présenter au médecin à jours fixes pour recevoir leur traitement.

Les malades en forme fermée et momentanément non dangereux ne sont astreints qu’à la continuation du traitement et à prendre certaines précautions pour ne pas contaminer leur entourage.

Pour assurer la propagande antilépredse, les missionnaires et les infirmières-visiteuses sont appelés à rendre de grands services.

Pays-Bas

Indes Orientales Néerlandaises. — - Le nombre des lépreux est évalué à 50.000 dont 4.480 sont isolés dans 45 léproseries d’importance très inégale, les plus petites ayant plutôt le caractère de « villages de lépreux ».

D’après le compte-rendu de la visite que Burnet a faite récemment dans les Indes Orientales, la Direction de l’Hygiène de Weltevreden « tient ferme pour la ségrégation »,

sans rejeter toutefois le système mixte. Van Lonkhuyzen, directeur du service central médical et sanitaire, paraît disposé à combiner les trois éléments : léproseries, dispensaires, action épidémiologique, selon les conditions locales, car si certaines populations se prêtent

volontiers à la ségrégation obligatoire, d’autres s’y opposent. Il faut donc user de ménagements. La Direction de l’Hygiène se propose de réaliser graduellement, en une vingtaine d’années, l’isolement de tous les lépreux contagieux.

Les léproseries affectent la forme de villages. A l’exposition coloniale internationale de Paris (1931) était exposée la maquette d’un quartier de la léproserie modèle de Lase si Momos qui héberge 400 lépreux. Le plan est très simple. En bordure d’un carré de pelouse des paillottes individuelles équidistantes de style malais sont élevées sur pilotis. La paillotte du chef de quartier occupent le centre du carré.

Surinam (1). — - A partir du 1er janvier 1930, une ordonnance substitue à la ségrégation forcée le traitement du lépreux non isolé. Celui-ci est astreint, pour prévenir la contagion, à prendre les mesures de précautions stipulées par les autorités médicales. S’il contrevient à ces injonctions ou si les circonstances du cas ne permettent pas au patient d’effectuer les stipulations essentielles, l’isolement est ordonné. Le séjour à l’asile, pendant lequel toute l’attention requise est donnée au traitement médical, ne doit pas durer au delà du temps qu’on juge nécessaire et désirable. L’asile ainsi compris, prend alors le caractère d’un lieu de traitement dont le patient peut sortir dès que la continuation des soins à domicile est estimée possible.

La nouvelle ordonnance envisage successivement : I. Le dépistage du lépreux ; — IL Le traitement du lépreux qui n'est pas isolé en asile ; — III. Le contrôle des stipulations médicales prescrites ; — IV. Le traitement des patients isolés dans les infirmeries.

Il est attaché une importance capitale à l’examen régulier des enfants des écoles. Tous les enfants lépreux reconnus bactériologiquement négatifs sont admis dans une école spéciale où l’on s’efforce d’améliorer leur état physique par des exercices musculaires et une alimentation appropriée. Les cas bactériologiquement positifs sont soignés à domicile ou évacués sur les asiles.

En somme, à l’heure actuelle, peu de pays restent partisans de l’application intégrale de la ségrégation obligatoire : jusqu’à plus ample informé, ce sont le Japon, le Vénézuéla et la Colombie. LTn peu partout on lui a substitué ou on se propose de lui substituer le système norvégien ou le système « P. T. S. » appliqué dans l’Inde Britannique (Propaganda, Treatment, Survey).

Cependant cette ségrégation obligatoire est encore utile, voire indispensable à l’égard des lépreux invalides qui n’ont pas de moyens d’existence et surtout des mendiants et vagabonds, qu’ils soient en forme ouverte ou fermée.

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