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C. — DES DIVERS TYPES DE LÉPROSERIES

Le groupement spontané des lépreux est un fait naturel qui s’observe en tous pays : Comme en Europe au Moyen-Age, les lépreux abyssins se groupent auprès des portes des grandes villes pour mendier. A quelques centaines de mètres de l’enceinte de Harrar,

(1) P. II. J. Lampe. De organisatie van de lepra bestrijding in Surinam. Geneeskundig Tijdschrift, fascic. 72. 24 mai 1932.

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ils ont constitué le village de Haouzine (1), sur un terrain qui leur a été abandonné par le gouvernement. Pendant le jour, on ne voit dans cette agglomération que les femmes qui vaquent aux soins domestiques, des vieillards, ou des infirmes. Tous les lépreux valides se sont répandus dans la ville pour quémander leur pain. Pas n’est besoin d’insister sur les dangers de contamination que ce village de lépreux ambulants fait courir à la population saine.

En 1901, Mgr Jarosseau a fondé, près de Harrar, la léproserie Saint-Antoine. Elle abrite 50 Gallas lépreux qui ont construit eux-mêmes leurs « toucoules » ou cases indépendantes. Ce sont des huttes rondes en pisé et surmontées d’un toit conique en paillotte.

Fig. 222. — Léproserie de Harrar.

Elles sont disposées régulièrement en quinconce sur trois rangs (fig. 222). Le personnel se compose du P. Charles qui dirige la léproserie depuis 23 ans, de deux religieuses, d’un médecin, le Dr J. Féron, qui donne ses soins gratuitement et de quelques lépreux faisant l’office d’infirmiers. Dans un long bâtiment sont aménagés : le logement du personnel, la salle de traitement et de pansement, la pharmacie. Deux fois par semaine, les malades reçoivent une injection d’huile de chaulmoogra ou d’hyrganol et leurs ulcérations sont pansées. Sous l’influence de cette thérapeutique, la mortalité a très sensiblement diminué. Les lépreux valides travaillent aux champs, les lépreuses font le pain et vaquent aux soins du ménage. Chaque groupe de 6 ou 7 malades reçoit mensuellement, pour sa nourriture, une somme de 35 piastres, avec laquelle il se procure surtout du pain, parfois de la viande et même de la bière du pays. En outre, il est fait des distributions de tabac, d’achara (écorce de café), de sel et d’autres denrées alimentaires : quatre fois par an, chaque groupe dispose d’un bœuf. Tous les six mois, chaque malade est pourvu d’un vêtement.

L’entretien d’un lépreux revient à 5 thalers par mois (2), dépense de pharmacie en sus. Un bœuf vaut environ 40 thalers (250 francs).

(1) D’après une note manuscrite du Dr J. Féron, du 21 déc. 1930, que m’a transmise M. Justin Godard.

(2) Le thaler vaut environ 6 fr. 50. II y a 15 piastres dans un thaler,

Jeanselme, — La Lèpre,

Au point de vue social, cette œuvre joue un rôle prophylactique important, car ces lépreux qui sont assurés du nécessaire ne se livrent pas à la mendicité, qui paraît être le moyen le plus actif de dissémination de la lèpre en Abyssinie comme ailleurs.

Les habitants du village de lépreux d’Haouzine, témoins des bons effets du traitement obtenus à la léproserie Saint-Antoine, ont demandé assistance à la Mission catholique, qui maintenant doit pourvoir à l’entretien de 100 lépreux au lieu de 50. Pour que le gain prophylactique soit réel, il faut que ces lépreux, dont la vie est désormais assurée, ne soient plus autorisés à mendier.

Le lieu d’isolement peut affecter les formes les plus diverses. Un village , rappelant le village natal, a les préférences de l’indigène. Il y peut élever sa case, cultiver ses légumes, mener à peu près son existence habituelle, aussi la privation de la liberté lui semble moins lourde. Sur cette agglomération, les autorités administratives et médicales doivent exercer une surveillance discrète, veiller à ce que le bien-être et l’hygiène régnent parmi les internés ; enfin assurer le traitement qui justifie la réclusion.

Si ces conditions ne sont pas remplies, le village de lépreux, non seulement n’est pas utile, il est nuisible. Voici ce que j’écrivais, à la fin du siècle dernier, après avoir visité les villages de lépreux indo-chinois qui n’étaient alors soumis à aucun contrôle effectif. « Un village de lépreux, celui de Ninh-Binh, par exemple, est un vaste rectangle limité seulement par une levée de terre.

Les lépreux parqués dans cet espace construisent de misérables paillottes où ils vivent avec leurs familles, de sorte que la population saine égale au moins celle des lépreux. Comme l’allocation allouée par le Protectorat est notoirement insuffisante, les lépreux rayonnent dans les localités environnantes pour aller mendier dans les marchés. Ceux qui sont encore en état de travailler s’engagent au service des paysans voisins pour faire les semailles et la moisson ».

Au plus haut degré de perfectionnement, le village de lépreux s’est insensiblement transformé en colonie agricole.

Fig. 224. — Vue d’ensemble du village de l’Ile Désirée (Côte-d’Ivoire)

(Photo, du Dr Robineau)

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