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I. — HYGIÈNE DU LÉPREUX

L’importance du facteur terrain est surabondamment démontrée par la marche lente, et l’arrêt relativement facile de l’infection chez les sujets jeunes et vigoureux, par l’évolution rapide et le peu d’influence de la médication chez les individus débiles ou âgés.

Avant d’instituer le traitement médicamenteux, il est donc nécessaire de placer le malade dans les meilleures conditions pour renforcer la résistance de l’organisme. E. Muir, qui a fort bien exposé ces prescriptions hygiéniques (1), montre qu’elles ne sauraient être convenablement exécutées sans la collaboration intelligente du malade et du médecin. Il est convaincu que l’efficacité du traitement médicamenteux est considérablement accrue par l’observation de ces règles. Il va même jusqu’à dire que, dans beaucoup de cas, les conditions hygiéniques l’emportent en valeur thérapeutique sur le traitement spécial. Il les résume dans le curieux schéma suivant (fig. 255).

Ces prescriptions doivent être suivies non seulement pendant la période préparatoire, mais aussi pendant toute la durée du traitement et même au delà, car toute défaillance de l’organisme peut entraîner une nouvelle offensive de bacille assoupi et non détruit.

Alimentation. — Les populations faméliques sont décimées par la lèpre. Une disette peut même transformer l’endémie habituelle en un véritable épidémie. De nos jours, les populations sous-alimentées du Centre-Africain offrent à l’infection lépreuse une proie facile ; il est certain que les grandes misères et les famines ont joué un rôle au Moyen-Age dans la recrudescence de la lèpre.

(1) E. Muir. La lèpre. Diagnostic. Traitement. Prévention. Trad. P. Hermant, Paris, 1929. Voir le chapitre : Instructions pour les personnes soumises au traitement de la lèpre, pp. 53-59.

TRAITEMENT

La Conférence de Manille a de nouveau insisté sur l’importance du régime diététique du lépreux. On a noté, dit-elle, dans la fréquence de la lèpre en différents districts d’une même contrée, Inde, Corée, Chine, ou autres pays, des inégalités qiu montrent combien il serait important d’étudier le régime alimentaire de ces peuples (1).

Contrairement à ce qui a lieu dans la tuberculose, l’inappétence et les troubles digestifs ne surviennent guère dans la lèpre qu’à une période avancée de la maladie. A St- Jorgens hospital (Bergen), où les lépreux peuvent choisir les aliments qu’ils préfèrent, sans égard pour les autres malades, ils apprécient fort ce privilège. Il est curieux de voir l’importance qu’ils attachent à cette question : que mangeront-ils ? Le menu du jour est l’objet de discussions qui accaparent la plus grande partie de leur triste et uniforme existence (2).

La ration alimentaire du lépreux sera généreuse, bien équilibrée et riche en vitamines. La viande et le poisson n’y entreront qu’en faible quantité et seront toujours d’une grande fraîcheur ; les aliments salés, marinés, épicés, indigestes seront déconseillés. Les pois, les haricots, les lentilles, mais surtout les légumes verts, en particulier ceux qui peuvent être mangés crus, les fruits de saison, le lait, le beurre et les œufs à peine cuits, seront donnés à discrétion.

Bref, le régime lacto-végétarien est le plus recommandable. Pour ce qui concerne les céréales (riz ou froment), le polissage ne serra pas poussé à fond, ce qui détruirait la cuticule du grain, siège des vitamines.

L’alcool sera proscrit ; il sera fait un usage modéré des excitants (café, thé, tabac) Le repas sera précédé et suivi d’un court temps de repos.

Exercices corporels. — La marche, la gymnastique et les sports sont utiles au lépreux. Ils pourront être pratiqués avec moins de ménagement que dans la tuberculose, parce que la lèpre n’attaque pas un organe vital. Néanmoins il faut éviter le surmenage ; tout exercice suivi d’une élévation de température qui persiste quelques heures est préjudiciable. La vie en plein air, dans un climat sec et tempéré, l’hygiène de la peau, les bains, les douches et les frictions, le séjour au bord de la mer, bref un genre d’existence analogue à celui que l’on conseille aux tuberculeux contribuent à mettre le lépreux en état de supporter le traitement médicamenteux et d’en tirer profit.

Travail manuel. — Tout lépreux, à quelque condition qu’il appartienne, doit s’y livrer dans la mesure de ses forces. Non seulement il fortifie le corps et assouplit les extrémités rétractées, mais en obligeant le malade à exécuter une tâche quotidienne, il l’empêche de concentrer sa pensée sur sa situation tragique et sur l’avenir qui lui est réservé. Aussi tous les lieux d’isolement aménagés à l’époque contemporaine mettent-ils de vastes terrains de culture et des ateliers à la disposition de leurs pensionnaires.

Traitement moral. — Il faut bannir la dépression psychique, la tristesse, le décou-

(1) Et. Burnet. Rapport de la Conférence de Manille (janv. 1931). Revue cl' Hygiène, Paris, juin 1932, ‘p. 471.

(2) G. Armauer Hansen et II. P. Lie. IIe Conf. Internat, de la Lèpre, Bergen, 1909, t. II, p. 60.

Fig. 255. — Les ennemis de la lèpre.. — Comptez-les sur vos doigts (d’après Ê. Muir). — La lèpre. Diagnostic, Traitement, Prévention, traduction française de P. Hermant, Paris, 1929).

ragement, faire luire aux yeux du désespéré l’espoir en l’amélioration et même en la guérison. Aussi l'ascendant que le médecin sait prendre sur le patient joue-t-il un rôle de premier ordre. Inspirée dans la phase qui précède le traitement proprement dit, la confiance en la médication doit être entretenue pendant toute la durée de la cure.

Autres prescriptions hygiéniques. — Le bien-être, le confort sous toutes ses formes, sont d’excellents auxiliaires du traitement médicamenteux.

Les évacuations intestinales doivent s’effectuer régulièrement. La constipation qui aggrave les poussées et qui exacerbe les douleurs de la névrite sera combattue par le régime et par des laxatifs légers (séné, huile de paraffine, etc.).

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