II. — TRAITEMENT DES MALADIES CONCOMITANTES
Avant de commencer le traitement médicamenteux, il faut soigner les maladies qui coexistent chez le lépreux et qui diminuent sa résistance organique, par exemple la syphilis, le paludisme, les affections intestinales, en particulier l’ankylostomiase et la dysenterie.
a) Chez tout lépreux, le contrôle sérologique doit être fait, et s’il dénote une réaction caractéristique de la syphilis, celle-ci sera traitée soit par des séries successives de novarsénobenzol ou de préparations de bismuth, soit par des injections alternatives de ces deux médicaments, soit enfin par des frictions mercurielles. Muir réserve ce mode de traitement intensif et préalable aux cas de lèpre nerveuse dans lesquels la guérison de la syphilis, dit-il, est souvent suivie de la disparition graduelle des symptômes de la lèpre même sans aucun traitement spécial antilépreux. Quant aux cas de lèpre cutanée nodulaire il serait souvent préférable, d’après lui, de donner un traitement combiné s’adressant aux deux maladies.
Pour atteindre ce but, poursuit Muir, on associera l’iodure de potassium aux injections intra-musculaires d’avenvl dissous dans l'huile d’hydnocarpus :
Avenyl (1) . 0,25 centig.
Créosote pure . 4 cc.
Huile d’hydnocarpus . 100 cc.
Dissoudre et stériliser.
Dose : 4 à 10 cc. deux fois par semaine.
Une cure comporte quinze injections. Après un mois durant lequel l’avenyl est supprimé et le traitement antilépreux continué seul, la réaction sérologique et des cures consécutives d’avenyl sont prescrites au besoin. Cette forme de traitement n’a jamais donné de mauvais résultats, l’avenyl à ces doses étant inofîensif.
b) Le paludisme sera traité par la quinine. La plasmoquinine pourra lui être substituée dans la tierce bénigne. A cette médication spécifique, on ajoutera un traitement tonique longuement prolongé.
(1) Avenyl : « préparation mercurielle utilisée dans la lèpre compliquée de syphilis », d’après W. A. Newmann Dorland, The American illustrated Medical Dictionary, Philadelphia and London, 1929.
c) Contre l’ankylostomiase, Muir conseille la formule suivante :
Huile de chenopodium . .
Tétrachlorure de carbone
XX gouttes XL »
Mélanger et diviser en 6 capsules qu’on donnera au lever et qu’on fera suivre d’une purgation par le sulfate de magnésie.
Ce traitement sera répété deux fois à une semaine d’intervalle.
La tuberculose, les néphrites, les anémies profondes d’origine indéterminée aggravent le pronostic, non seulement parce qu’elles sont des facteurs de débilitation de l’organisme, mais parce qu’elles contre-indiquent l’emploi des préparations chaulmoogriques. Les recherches entreprises par le service sanitaire fédéral américain ont établi que les éthers éthyliques du chaulmoogra aggravent considérablement l’état des tuberculeux. (Voir pages 631-632 les complications qui peuvent survenir au cours du traitement par l’huile de chaulmoogra).
En résumé, l'hygiène intégrale du lépreux renforce la résistance du sujet . Le traitement médicamenteux doit toujours être précédé du traitement des maladies concomitantes . On observe des améliorations considérables sans traitement par le chaulmoogra , si Von prescrit des vivres frais tels que le lait, de la thyroïde, V exercice physique et le travail manuel, et si Von relève l'état moral du malade.