III. — TRAITEMENT MÉDICAMENTEUX OU SPÉCIAL
Innombrables sont les remèdes qui ont été vantés contre la lèpre. Quelques-uns ont survécu dont le plus notoire porte le nom d'huile de chaulmoogra. Si l’on en croit la tradition, ses propriétés thérapeutiques étaient déjà connues dans l’Inde à une époque fort reculée. Du Siam, le précieux médicament fut importé en Chine au xvic siècle. Au commencement du xvme siècle, les graines de chaulmoogra étaient employées, au Japon, comme moyen curatif de la lèpre.
En 1857,Monat, médecin du Bengale, fait connaître les succès qu’il a obtenus en faisant absorber aux lépreux de l’huile de chaulmoogra. Ces résultats sont confirmés dans la suite, en Europe, où l’on enregistre à l’hôpital Saint-Louis en particulier (Emile Vidal, Hallopeau), de notables rémissions grâce à ce médicament.
Caractères organoleptiques de Vhuile de chaulmoogra
A la température ordinaire, elle a la consistance du beurre ou de la vaseline. Sa couleur est d’un blanc sale tirant un peu sur le jaune chamois clair. Ordinairement homogène, elle peut présenter un aspect granuleux, ce qui est dû à des mélanges. Son odeur est fade et nauséeuse, son goût provoque chez beaucoup de malades un dégoût insurmontable.
Jeanselme. — La Lèpre.
Des graines oléagineuses fournissant l’huile de chaulmoogra
On a cru d’abord que l’huile de chaulmoogra du commerce était extraite des graines de Gynocardia odorata. G. Desprez, il y a une trentaine d’années, démontra que les graines vendues dans les bazars de Calcutta et de Bombay, dans les drogueries de Londres, de Paris et de Hambourg, sont fort différentes de celles de Gynocardia odorata (1). Mis en éveil
Fig. 256. — Chaulmoogra vrai, Taralktogenos Kurzii King (Em. Perrot : Le Chaulmoogra).
Fig. 257. — Krabao d ’ Indo-Chine, Hydnocarpus anthelminthica, Pierre (Em. Perrot : le Chaulmoogra).
par les observations de Desprez, Prain, alors directeur du jardin botanique de Calcutta, reprit la question et ne tarda pas à découvrir que l’huile du commerce est extraite de Taraktogenos Kursii King.
Des recherches ultérieures ont établi que cette plante n’est pas seule susceptible de produire une huile thérapeutiquement active. Une dizaine d’autres, peut-être plus, appartenant aux Flacourtiacées, peuvent être employées contre la lèpre. L’huile du commerce est souvent un mélange provenant de différentes graines oléagineuses de cette famille. Les plantes qui les produisent ont toutes pour habitat les régions tropicales ; Inde
(1) G. Desp rez. Etude sur le Chaulmoogra..., Thèse de V Université de Paris Pharmacie. 1900.
TRAITEMENT
britannique, Siam, Cambodge, Philippines, Bornéo, Brésil, Afrique Occidentale, toutes contrées où la lèpre est endémique.
Toutes ces espèces renferment les acides du groupe chaulmoogrique et hydnocarpique, ce sont : Taraktogenos Kursii King (ou véritable chaulmoogra) ; — une douzaine d ’ Hydnocarpacées : Hydnocarpus castanea, H. Curtisii, H. alpina, H. wightiana , H. anthelminthica ou Krabao , H. alcalae, H. subjalcata, H. Woodii, H. Hutchinsonii , H. venenata ; — Asteriastigma macrocar pa ; — Oncoba echinata ou Gorli, — Carpotroche brasiliensis (1). A cette liste il faut peut-être ajouter divers Caloncoba. Gynocardia odorata doit être rejeté du groupe des plantes dont les graines sont utilisables dans le traitement de la lèpre. Pangium edule doH aussi être exclu (2).
Alors que les graines des espèces asiatiques sont volumineuses, — Alexis et Menaut ont cité un fruit pesant 1 kg. 500 et contenant 108 graines du poids de 0 kg. 300, — celles d'Afrique sont beaucoup plus petites ; ainsi, d’après Jouatte, le poids des graines de Gorli est de 43 à 54 milligrammes et Peirier donne pour celles de Caloncoba, 12 centigrammes environ.
Ces dernières peuvent être traitées directement. Au contraire, les graines d’Hydrocarpus et de Taraktogenos sont enfermées dans une coque ligneuse plus ou moins épaisse qui doit être brisée et c’est de l’amande seule, munie de son tégument propre, que l’huile est extraite. L’importance relative de la coque et de l’amande paraît variable selon les espèces. Alexis et Menaut ont, pour le Krabao, retiré 108 grammes d’amande pour 192 grammes de coque. Noël Bernard signale qu’il faut environ 10 tonnes de graines pour obtenir 1 tonne d’huile. Par contre les graines reçues de Pondichéry et provenant d’H. wightiana, ont donné 64 d’amande pour 36 de coque. La teneur en huile des graines varie, selon les espèces, de 40 à 60 pour 100 dont on peut retirer, dans les meilleures conditions, 28 à 35 pour 100 de matière grasse.
L’huile de chaulmoogra vendue sur les marchés de l’Inde est souvent falsifiée par l’adjonction d’huiles de toutes sortes, de beurre, de graisses animales, etc. (Desprez). En Chine, de l’huile de soja lui est incorporée dans une proportion qui peut atteindre 50 pour 100 (Read).
Propriétés physiques et chimiques des huiles de chaulmoogra
Power, le premier, a établi que l'huile de chaulmoogra contient des acides gras spéciaux qui ont un noyau à 5 atomes de carbone, caractéristique qui les différencie des acides gras ordinaires. Avec ses collaborateurs, il est parvenu à en fixer la formule chimique. Ce sont 1° V acide chaulmoogrique : C18H3202 dont la structure est la suivante :
CH
It2C hc
H2C — CH(CH2)12 . co2h
(1) Em. Perrot. Chaulmoogra et autres graines utilisables contre la lèpre. Travaux de l Office national des matières
végétales, etc., Notice 24, avril 1926. v
(2) Sur les plantes qui fournissent l’huile de Chaulmoogra, consulter : A. Goris et J. \ allard. Graines et Huile de Chaulmoogra, Bull, des Sciences pharmacologiques, avril 1907. — René Jumelle. Les huiles de Chaulmoogra, leurs origines, leurs caractères et leur mode d’action. Thèse de la faculté de Médecine, Paris, 1926; — J. C. Peirier. Contribution à l’étude des plantes oléagineuses du Cameroun. Thèse de la faculté des Sciences, Aix-Marseille, 1930.
2° l'acide hydnocarpique C16H2802 :
CH