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seul lépreux ou à un ménage, il y avait un jardin d’agrément, un verger, un potager, une vigne, une olivaie, un champ où les malades pouvaient se promener et se livrer à la culture. Chaque pavillon comprenait une chambre qui était meublée d’un lit et d’une table, et une petite cuisine. Les aliments étaient distribués une lois par jour et les malades les accommodaient à leur guise. Comme boisson, ils recevaient du vin chaud et du vin froid. Certains jours de 1 année, 1 ordinaire était amélioré : item, dit le testament, le roi ordonne que, le 1er janvier, soient distribués 2 canthares (ou cruches) l’une de vin froid, l’autre de vin chaud, une once de piment et 2 onces de cumin, un quart de miel et 5 sols pour le bois à brûler.
Les malades étaient vêtus et blanchis ; ils recevaient des souliers, car il leur était défendu de marcher nu-pied.
La léproserie était pourvue d’infirmeries pour les ladres non valides et d’une chapelle spécialement alfectée aux pensionnaires.
Moyennant une autorisation spéciale donnée par l’administrateur, les internés pouvaient entreprendre un pèlerinage ou se
Fig. 4. — « Galilea » de l'église de Monte (Portugal) A. da Silva Carvalho, Histôria da lepra ein Portugal, Porto, 1932).
rendre au bourg pour se procurer le né cessaire ou pour tout autre motif de force majeure.
Les hardes et souliers du gafo, en cas de décès, étaient partagés entre ses compagnons d’infortune.
Oui transgressait les dispositions prescrites par le règlement était passible d’amendes. Par exemple, celui qui sort sans permission, ou qui erre nu-pied dans la maison doit verser 5 sols.
Les discussions et batteries entre lépreux sont interdites. En cas de récidives ou de voies de fait graves, le coupable encourt un juste châtiment qui, d’après le règlement d’ Alphonse Y, va jusqu’à la privation d’aliments.
Les malades n’étaient pas internés d’olfice. Ils entraient à la gcifaria de Coïmbre attirés par l’appât du bien-être et du confort dont on jouissait dans cette opulente maison.
Les ladres, même quand ils se rendaient en ville, n’étaient pas astreints à porter un vêtement dénonciateurs et des insignes, à faire tinter une clochette, agiter une crécelle ou sonner de la corne, pour prévenir les passants de leur présence.
Les ladres entrant en général dans les gafaria de leur plein gré, ils n’étaient soumis à aucun examen préalable avant leur admission. Toutefois, s’il y avait lieu de soupçonner une tentative de fraude, certains règlements, celui de Santarem par exemple, exigaientque le candidat suspect fût conduit aux Mestres et interrogé par eux en présence de l’administrateur et de deux gctfos de la maison qui donnaient peut-être leur avis. Ce règlement qui date de 1223 est sans doute le plus ancien règlement portugais que l’on possède.
Au xie siècle, les eaux thermales et sulfureuses de Lafôes étaient fort réputées parmi les malades atteints d’affections cutanées. Les ladres y affluaient de toutes les régions de la péninsule pour s’y soigner. Dom Alfonso Henriques vint se traiter dans cette station des suites d’une fracture de jambe en 1169. Plus tard (1190), il y édifia le monastère de S. Christofe et apporta des perfectionnements aux bains, à l’hospice et à la gafaria. Les familles les plus illustres y élevèrent des résidences. Longtemps ce furent les gafos qui assurèrent le service des bains. Mais ils n’effectuaient pas leur propre cure aux mêmes
heures que les autres malades. A la fin du xvne siècle, Pires da Silva tient les eaux de Laines pour eilieaces dans la lèpre, mais, par crainte de la contagion, les gajos n’étaient plus admis dans l’hôpital»
Les gafos , libres ou internés, n’étaient pas tolérés dans les églises ; mélangés aux mendiants, aux vagabonds et aux infirmes, ils se réunissaient dans les « galilées », sorte de porches plus ou moins vastes adossés à la façade des édifices religieux (fig. 3 et 4), et de là ils pouvaient assister aux oJlices. Parfois une tribune extérieure permettait à un prédicateur
d’admonester les ladres assemblés sur le parvis (fig. 6). Même disposition a été relevée dans certaines églises de France (fig. 5).
Parmi les Belges, où la lèpre avait pris une grande extension, Alberdingk Thijm signale Il léproseries dont l’existence est antérieure au xme siècle, 4 fondées au xive et 3 au xve. Tricot-Royer d’une part (1), Van Schevensteen d’autre part (2), ont publié, dans ces derniers temps, un grand nombre de pièces concernant les léproseries belges, notamment celles situées dans le marquisat d’Anvers. En quelques mots, le premier de ces auteurs résume les caractères essentiels qu’offraient ces asiles dans les Flandres et les territoires qui font partie de la Belgique actuelle. «... il existait, dit-il, en Belgique, de nombreuses maladreries pourvues de revenus considérables. Celles-ci prenaient alors l’aspect de véritables monastères avec leur chapelle, leur cimetière, le presbytère, le quartier des administrateurs et des infirmiers religieux ou laïcs, le logis des serviteurs, les aîtres séparés des hospitalisés des deux sexes ; puis les dépendances souvent fort étendues : étables, granges, remises, fournils et ateliers ; le verger, les jardins potagers, les serres, les vignes et les pâtures qui jouxtaient l’ensemble. Il se comprend que fréquemment locaux et rentes dépassaient les nécessités de l’heure. Alors, des personnes en bonne santé, cherchant la quiétude, sollicitaient de la communauté, des recteurs ou des mambours, l’autorisation d’écouler le restant de leurs jours dans la paix d’un enclos tranquille, en échange de quoi, elles offraient tout ou partie de leurs biens. »
Van Schevensteen, dans une monographie très documentée, décrit la léproserie de Terzieken (Anvers), dont la fondation doit être placée entre les années 1231 et 1237, ainsi que son annexe rurale, Dambrugge, lieu de séjour des ladres agrestes, dont un édit de la fin du xve siècle signale l’existence (3).
En réalité, le nombre des maladreries belges fut beaucoup plus considérable que ne
Fig. 5.
Chaire extérieure autour de laquelle se groupaient les lépreux.
Portail ouest de la collégiale Saint-Aubin, à Guérande ( Loire-Inférieure ).
(1) Tricot-Royer, Les Haitiés dans les léproseries belges. — - VIIIe Congr. Internat. d’Hist. de la Méd., Rome, sept. 1930, p. 59.
(2) Van Schevensteen, La lèpre dans le Marquisat d’Anvers aux temps passés. Mérn. couronnés... par V Acad. Roy. de Belgique, t. XXIV, 1930, pp. 2-125.
(3) A. F. C. Van Schevensteen, La lèpre dans le Marquisat d’Anvers... I. c.
INTRODUCTION HISTORIQUE
1 indique le îeleve de Alb. 1 iiijm, puisque Tricot-Royer a pu donner des indications circonstanciées sur 42 d’entre elles (1).
Ketting fournit des références et des renseignements sur 60 léproseries des Pays- Bas (2). A part celle de Maestricht qui remonte au vne siècle (636). Toutes les autres paraissent postérieures aux Croisades : les plus anciennes sont celles de Bois-le-Duc (1273 - de Breda (1278) ; — d’Utrecht (1295) ; — d’Amsterdam ( ± 1300) ; — d’ITaarle
Nüscheler compte 187 léproseries en Suisse. De celles-ci, 20 du xme et 27 du xive. La maladrerie de Carouge, près de Genève, existait à la fin du xme siècle.
En Angleterre, les plus anciens « lazar » ou « leperhouses )) sont ceux de Saint-Léonard, près de Northampton (xie siècle) ; — ceux de Saint-Gilles, près de Londres, fondé en 1101 ; — de Saint- James à Westminster ; — de St-Mary- Magdalen à Sturbridge, dans le Cambridgeshire ; — - de Blythe, dans le Nottinghamshire, mentionné sous le pontificat d’IIonorius 11 qui institua l’ordre militaire de Saint- Lazare (1130), de St-Mary-Magdalen à Rippon (1139), de Huntingdon (1165).
La plupart des villes n’avaient qu’une seule maladrerie ; il y en avait 7 dans la région de Londres, 20 d’après Taylor dans la seule région de Norfolk, 6 d’entre elles étaient situées près de Norwick et 5 à Lynne Regis (3).
En faisant des recherches dans les ouvrages de Leland, de Dugdale et surtout dans le Monasticum Anglicanum de Tanner (4), James Y. Simpson a trouvé des références sur 80 à 90 « lazar-houses » anglais. Lui-même a établi une liste de 99 léproseries en Angleterre des xne, xme et xive siècles.
une est du ixe siècle, 2 du xne,
Fier. 6. — Chaire extérieure à S. Tiago
DA
de Cassurâes ( Portugal ) l A.
Silva Carvalho, Histôria da lepra em Portugal, Porlo, 1932).
Girald Bar r y ( Giraldus Cambrensis ), ecclésiastique gallois, qui séjourna en Irlande à deux reprises, la première fois de 1182 en 1184 et la seconde en 1185, dit que la lèpre est îort commune dans cette île et que des « leper-houses » ont été fondés partout pour recevoir les ladres
En Ecosse, le plus ancien des « Spetels » pour les victimes de la « grande maladie » (the mickle ail), l’hôpital d’Aldneston, dans le Landerdale, est antérieur à 1177 (6). En 1214, Guillaume le Lion confirma un don fait au « leper-house » d’Alcambus, situé dans le Berwickshire. Dans le voisinage immédiat de Kingcase (ou Kilcais), dons l’Ayrshire,
existait déjà sous le règne de Guillaume le Lion un « Spetel-Crag » : d’après la tradition Robert Bruce (-f- 1295) fonda plus tard une léproserie à deux milles de la ville d’Avr.
(1) Tricot-Royer, l. c.
(2) G. N. A. Ketting, Bijdrage tôt de Gescliiedenis van Lepra in Ncderland, La Haye, 1922, pp. 131-172.
(3) Taylor’s. Index Monasticus, p. 127, cité d’après James Y. Simpson.
(4) Tanner, Monasticum Anglicanum, avec les additions de Caley, Ellis et Bandinel.
(5) James Y. Simpson, Antiquarian Notices of Leprosy and Leper Hospitals in Scotland and England. The Edin-
burgh Medical and Surgical Journ.
vol., 56, 1841, pp. 3Ü1-330 et vol. 57, 1842, pp. 121-156 et, pp.
i29. — Travail
capital pour l’étude des léproseries et de la lèpre en Angleterre, en Ecosse et ses dépendances (Shetland, etc.). (6) James Y. Simpson, l. c., vol. 56, p. 325.
Jeanselme. — La Lèpre.
L’hôpital cle Rothfan, près d’Elgin, affecté aux lépreux, fut construit sous Alexandre II qui mourut en 1249. A cette date la lèpre s’était donc propagée jusqu’aux parties les plus septentrionales de l’Ecosse. Simpson donne des indications sur 9 léproseries écossaises (1).
Le même auteur a écrit une longue et intéressante étude sur la lèpre aux îles Shetland (2). Il signale deux léproseries, l’une à Lerwick, la capitale de l’archipel, l’autre dans la petite île de Papa Stour. La lèpre existait encore dans ces îles au xvne et au xyme siècle.
Nombreux sont les documents en ce qui concerne les maladreries de l’Allemagne.
Arsen Johannes donne une très longue énumération des léproseries situées sur les bords de Rhin et en Westphalie. 11 n’en compte pas moins de 49 (3). Les plus anciennes sont celles d’Echternach (992), Winkel (1109), Weissenthurm (1162), Melaten, près de Cologne (1180), Honrath (fin du xiie ou commencement du xme siècle), Aix-la-Chapelle (xme siècle). Le nombre des léproseries ( Gutleuthciuser ) de la région badoise, d’après Volz, était de 52 dont 8 du xme siècle et 7 du xive siècle (4). Lin grand nombre de léproseries ont été construites en Souabe au xme siècle (5). Liebe mentionne 33 léproseries en Saxe, dont 2 au xne siècle, 7 au xme et 9 au xive. Mitterwier a trouvé en Bavière la trace de 109 léproseries, dont 4 au xne et 10 au xme. Dans la marche de Branclbourg et en Poméranie, les fondations des maladreries s’échelonnent, pour la plupart, de la fin du xme siècle au début du xive siècle.
La vaste encpiête sur les maladreries allemandes, publiée en 1860 et 1861 par Rudolf Virchow, sera toujours consultée avec fruit (6).