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TOUS LES ÉMIGRANTS LÉPREUX N'ONT PAS UN ÉGAL POUVOIR CONTAMINANT

Pour que la lèpre se transmette d’homme à homme, il faut qu’un ensemble de conditions, soumises à un déterminisme très étroit, soient réalisées. Malheureusement ces causes adjuvantes sont encore imparfaitement connues. Cependant l’étude des épidémies permet de préciser les circonstances de milieu qui favorisent ou contrarient le pouvoir extensif de la maladie :

1° Quand la lèpre est importée dans une contrée où la race blanche et la civilisation européenne prédominent, elle fait en général peu de progrès. — Sur le continent australien et dans l’Amérique du Nord, où le climat tempéré a permis aux Européens de vivre, de travailler et de se multiplier, l’élément indigène a disparu progressivement devant le blanc sans le contaminer. Il faut faire intervenir dans cette protection la propreté corporelle, forme la plus élémentaire de la prophylaxie privée, qui crée en quelque sorte un isolement relatif de l’individu vivant en milieu infectieux. Or les Anglo-Saxons qui ont colonisé ces vastes territoires ont apporté de la mère-patrie le souci de l’hygiène.

Au contraire, l’énorme masse d’immigrants qui vint s’abattre sur les îles Hawaï, à partir du milieu du xixe siècle, se répandirent partout sans entraves et se mélangèrent à la population indigène sans éprouver aucune répugnance pour la lèpre.

2° Tous les immigrants entachés de lèpre ne sont pas dangereux au même degré pour la population blanche. — Dans la colonie du Queensland par exemple, des Canaques et des Chinois furent importés en nombre considérable dans le même temps. Mais, tandis que les premiers étaient surtout destinés au travail des plantations, les Chinois exerçaient pour une part notable des métiers qui les mettaient en contact direct ou indirect avec l’élément blanc. Ils étaient boys, cuisiniers, blanchisseurs, tailleurs d’habit, maraîchers, etc. On conçoit donc que les chances de transmettre la lèpre aient été beaucoup plus multipliées pour les Chinois que pour les Canaques. Et, si les cas reconnus chez les blancs ont été exceptionnellement rares, il faut attribuer cette apparente immunité à l’observance scrupuleuse de l’hygiène privée et de la propreté individuelle.

DOMAINE GÉOGRAPHIQUE

no J O

En arrivant dans un pays où les règles de l’hygiène sont généralement répandues, les immigrants s’y conforment en quelque sorte inconsciemment et peu à peu la lèpre se raréfie parmi eux. Les Norvégiens lépreux établis dans la région des Grands Lacs, aux Etats-Unis, n’ont pas fait souche de lépreux. Cette maladie n’est pas commune chez les Chinois, nés en Californie, de parents lépreux venus de la côte de Chine.

3° Quand des émigrants de race blanche, indemnes de lèpre, s’établissent en pays lépreux, ils s’infectent rarement. — Vivre longtemps au milieu des indigènes et à la manière des indigènes, paraît être une condition essentielle pour contracter la lèpre. Aussi s’observe-t-elle de préférence chez les missionnaires et les religieuses, plus rarement chez les colons. Elle est, par contre, exceptionnelle parmi les troupes coloniales et les fonctionnaires qui prennent un contact moins intime avec la population indigène.

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