‹ La lèpreChapitre 24 sur 144 · DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

DANS LE MONDE

Heiser et Sticker estiment qu’il y a dans le monde environ deux millions de lépreux, soit

I pour 800 habitants. L. Rogers et Hoffmann portent leur nombre total à trois millions.

II est à peine besoin de dire que ces évaluations ne reposent sur aucune base certaine ; car, dans maintes régions, le dénombrement est très imparfait ou même inexistant. Presque partout, seules les formes criardes sont enregistrées ; les formes frustes et latentes passent presque toujours inaperçues. 11 est donc vraisemblable que ces estimations représentent un minimum et doivent être majorées. « La vérité, dit Et. Burnet, c’est qu’il y a quelques cinq millions de lépreux sur la terre » (1).

L. Rogers compte : en Asie 1.250.000 lépreux, — en Afrique 500.000, — en Amérique 30.000 ; — en Europe 7.000.

Le foyer de lèpre le plus considérable occupe, en Asie, l’Hindoustan, la presqu’île indo-chinoise, les îles de la Sonde, les Philippines, les provinces du sud et de l’est de la Chine, le Japon.

Vient ensuite, par ordre de grandeur, le foyer africain sur lequel les renseignements précis font défaut ; puis le foyer américain cantonné dans les Antilles, les Guyanes et les anciennes colonies de l’Espagne ou du Portugal : notamment le Mexique, la Colombie, le Vénézuéla, le Brésil, le Paraguay et l’Argentine.

Le nombre des lépreux en Océanie est assez restreint. Disséminée dans tous les îles du Pacifique, l’infection ne paraît avoir pris d’importance que dans l’archipel hawaïen, aux Fidji, en Nouvelle Calédonie, aux îles Loyalti, à Tahiti et dans le groupe des Marquises.

En Europe, l’endémie lépreuse est en régression. Cependant elle comporte encore deux foyers principaux qui sont reliés entre eux par des îlots secondaires :

et de l’Espagne), — sur l’Afrique septentrionale (Maroc, Algérie, Tunisie, Tnpolitame, Egypte où la lèpre sévissait déjà à une époque fort reculée) ;

(1) Et. Burnet, La lèpre. Légende. Histoire. Actualité, Paris, 1 J3-. Jeanselme. — La Lèpre.

b) Le foyer septentrional ou Scandinave (Norvège et Islande, Suède, Laponie, Finlande) auquel on peut rattacher l’endémie qui règne dans les Etats Baltes.

11 existe, en Portugal, un troisième foyer européen qui paraît distinet des deux précédents. Ce foyer autonome est sans doute alimenté par les possessions portugaises d’Afrique et par le Brésil.

L’enquête en vue d’établir la liste des lépreux doit être avant tout médicale. Le médecin qui en est chargé doit être rompu au diagnostic de cette maladie, être consciencieux et patient, ne rien faire qui puisse suggérer aux intéressés le soupçon que le recensement est Pavant-coureur de mesures de rigueur. Il tiendra compte des renseignements qui lui seront fournis par les fonctionnaires de tous ordres, par les médecins-résidants, les missionnaires, les instituteurs, etc., il consultera les registres relatifs à la déclaration obligatoire de la lèpre qui doit être comprise dans son acception la plus large, c’est-à-dire, être imposée au chef de famille, au propriétaire et même à tout particulier ayant connaissance d’un cas de lèpre. Mais il doit surtout examiner lui-même tous les suspects et les personnes de leur entourage. Dans les contrées où la coutume s’oppose à ce que l’expert franchisse le seuil du foyer domestique, le nombre des femmes et des enfants qui figurent sur les statistiques est infime. Quand le dénombrement est purement administratif, il ne comprend guère que les indigents dont les proches réclament un secours pour l’entretien du malade. Il arrive parfois même, comme je l’ai constaté autrefois en Indo-Chine (1899-1900), que des infirmes et incurables indemnes de lèpre sont déclarés atteints de cette maladie. Ces données numériques inexactes sont à peu près sans valeur, nuisibles même, car elles confèrent à des chiffres faux une apparence de rigueur qui peut en imposer,

L’expert devra passer systématiquement en revue toutes les collectivités indigènes : les corps de troupe et de police, les ouvriers employés aux travaux publics, les prisonniers, les prostituées, et surtout visiter les écoles avec le plus grand soin, car la lèpre se manifeste fréquemment dans la seconde enfance ou à l’age de la puberté. Il se souviendra que les indigènes instituteurs sont souvent infectés par leurs jeunes élèves et que, d’après les recherches de Muir, parmi les serviteurs des écoles tropicales de l’Inde, 8 pour 100 portent des signes de lèpre nerveuse sans le savoir.

Chaque fois que cela sera possible, un contrôle sanitaire sera exercé avant l’incorporation des conscrits ou avant l’admission des employés et des ouvriers dans les cadres administratifs de l’Etat ou des Municipalités. Ces examens pourront coïncider soit avec la vaccination, soit avec l’examen d’aptitude des conscrits.

L’un des meilleurs moyens d’information consiste à consulter les registres de toutes les formations sanitaires sans distinction, hôpitaux, hospices, asiles et dispensaires, car un lépreux, conscient ou non de l’infection dont il est atteint, peut être venu consulter ou demander son admission pour une affection tout autre que la lèpre ; le cas est assez fréquent.

Enfin, dans les contrées on la population est primitive, très clairsemée et nomade, il reste la ressource de créer des consultations ambulantes. Si la médication est en crédit parmi les indigènes, les lépreux viennent en grand nombre se faire traiter. Un premier dénombrement peut ainsi être opéré.

DOMAINE GÉOGRAPHIQUE

Les chiffres donnés par l’enquête la mieux conduite doivent toujours être majorés, car les cas frustes, monosymptomatiques ou latents, échappent parfois aux recherches les plus approfondies. Chez les sujets suspects dont l’examen clinique n’entraîne pas la conviction, il faudra pratiquer 1 examen du mucus nasal et la ponction de toute adénopathie dont la cause n’apparaît pas clairement.

Faire un recensement aussi complet que possible n’est pas l’unique but que doit se proposer l’enquête ; elle doit tendre, dit la conférence de Manille (1931), à combler bien des lacunes dans nos connaissances sur le pourcentage de la lèpre par rapport à la race, à la géogi aphte, au milieu, aux professions, au climat, aux antécédents familiaux, à l’âge, <111 sexe, au régime alimentaire..., sur sa diffusion dans les territoires nouvellement envahis, s m 1 immunité relative dans certains pays ou districts, etc. 11 est important de ( ompaiei les obseivations faites dans des contrées très éloignées les unes des autres. Ces observations, pour avoir toute leur valeur, doivent être systématiques et recueillies par un personnel bien dressé (1).

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