DOM A INE GÉO G R AP III Q UE
fait découvrir de nombreux cas de lèpre qui ne se traduisaient que par quelques macules ou de légers troubles de la sensibilité. En 1899-1900, j’ai donc cru pouvoir conclure de mes
investigations personnelles que le total des lépreux résidant en Gochinchine devait être porté à 5.000.
Dans le loyer tonkinois, le nombre des lépreux n’est pas moindre. Sous la domination annamite, les lepieux indigents étaient parques dans des territoires circonscrits et rece-
Fig. 20. — Répartition des léproseries, colonies agricoles et villages de lépreux en Indo-Chine (Gaide et Bodet, La prévention de la lèpre en Indo-Chine, Hanoï, 1030).
vaient de légers subsides des autorités provinciales. Depuis la conquête, beaucoup de malades ont abandonné ces villages de lépreux et vivent au milieu de la population saine. Cependant, plusieurs de ces agglomérations sont encore importantes. Lors de mon passage dans la province de Ninh Binh, j’ai pu examiner environ 150 lépreux réunis dans une sorte de camp retranché situé à proximité de Phue Nhiac,à 17 kilomètres du chef-lieu. 11 y avait aussi des agglomérations plus ou moins considérables de lépreux dans les provinces de Nam Dinh, de Bac Ninh, de Hongyen, de Quangyen et de ITaïphong. 1 )ans le village des lépreux de Hanoï, qui formait une véritable enclave dans la ville même, 200 lépreux environ
Jeanselme. — La Lèpre.
vivaient en commun avec un nombre équivalent de sujets sains. A 6 kilomètres de Hanoï, dans la direction de Dapcau, il y avait un groupe important de lépreux. Sur les petits arroyos du Tonkin étaient établis de nombreux villages flottants dont une partie de la population était lépreuse.
Du reste, la lèpre déborde de toutes parts le delta du Fleuve Rouge. Au Nord de Haïphong et de Quangyen, il y avait des cas disséminés tout le long du littoral jusqu’à la ville frontière de Mong-Kay, et j’ai vu des cas de lèpre floride dans File de Tra-Ko, située à l’embouchure de la petite rivière qui établit la limite entre le Tonkin et la province chinoise de Canton.
Dans la vallée de la Rivière Noire, qui est le plus gros affluent du Fleuve Rouge, il y avait quelques petits groupes de lépreux, notamment à Ran-Lao, Ban-Puông, Ban-Den dans la région de Yen-Chau, et à Ban-Cho, non loin de Phu-Yen (commissariat de Yan-Bu).
En remontant le Fleuve Rouge jusqu’à Manhao, à cinq jours de jonque au delà de Laokay, j’ai observé quelques cas de lèpre tout le long du parcours, mais aucun groupe important. La région de la Rivière Claire et de ses affluents, que je n’ai pas eu l’occasion de visiter, serait également parsemée de lépreux.
Le long de la côte d’Annam la lèpre est fort répandue. 11 n’est guère de petits centres situés, soit sur la mer, soit sur la route mandarine, qui ne soient habités par des lépreux, ou tout au moins fréquentés par eux les jours de marché. Parmi les nombreuses îles qui avoisinent la côte, il en est plusieurs qui fourmillent de lépreux.
Je n’ai pas séjourné assez longtemps dans les provinces méridionales de l’Annam pour être en mesure d’évaluer la fréquence de la lèpre dans ces régions ; mais il m’a sulli de parcourir les environs immédiats des escales de Nha-Trang et de Qui-Nhon pour voir des lépreux en assez grand nombre.
Dans les provinces de Quang-Nam et de Hue existaient des foyers de lèpre en pleine activité. A une journée de Tourane, il y avait un petit village de lépreux. A Faïlo, gros centre commercial chinois, et dans tous les villages de la région, la lèpre pullulait. Dans les bourgades que j’ai visitées, à Qué-son, à Ha-dong, à Tanh-Binh, à Chodoc, à Tamki, à Tramy, à Trakieu, les lépreux étaient en masse compacte. Sur le cours du Song-Con, entre Vinhphoc et Andiem, et même jusque parmi les tribus Moïes, peuplades sauvages qui habitent les escarpements du versant oriental de la chaîne annamitique, j’ai vu quelques lépreux, notamment sur les rives du Ngoc-Dor. Mais, au delà de Tra-Vian, mes recherches ont été complètement infructueuses. La lèpre est inconnue dans la haute région qui est occupée par des tribus Davaks. Ces sauvages ne descendent jamais dans la plaine. Ils ne sont visités que par de rares colporteurs annamites qui obtiennent, par voie d’échange, le droit de recueillir dans la montagne une variété de cannelle fort estimée. Si ces peuplades ont été jusqu’ici préservées du fléau, elles ne le doivent pas à une sorte d’immunité, mais à la difflculté des communications avec la plaine qui, en fait, les isole à peu près complètement du reste de l’Annam.
A Huê, capitale de l’empire, les lépreux abondent. Au port de Tu-Hien, près de la passe de Thuàn-Nan, qui fait communiquer la rivière de Huê avec la mer, plusieurs villages sont infestés de lèpre. Dans la province de Quang-Tri, presque tous les cantons sont contaminés. Dans celles de Hatinh, de Vinh et de Tanh-Hoa, la lèpre existe à peu près partout.
Au Cambodge, il n’y a pas de foyer de lèpre à proprement parler ; mais des cas isolés s’observent à peu près partout le long du Mékong, depuis Chaudoe jusqu’à Kratié. A Pnom Penh, la capitale, j’ai pu examiner 8 lépreux à l’hôpital. En parcourant le marché et la prison, j’ai reconnu 6 autres cas.
Au Laos, la lèpre est encore plus clairsemée. Les habitants redoutent la contagion ; ils ne touchent jamais un lépreux. Ils relèguent les malades arrivés à la période d’ulcération, soit dans la forêt, soit sur un banc de sable situé au milieu du fleuve ou sur un radeau amarré à la berge. Dans la région de Lakhône et à Tha-kek en particulier, il y a un petit
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groupe de lépreux. Sur le vaste territoire de Vien-Tian, dont la population ne dépasse pas 25.000 habitants, il n y a pas plus de 6 lépreux, dont 2 sont des Chinois venus de la rive siamoise.
Près de Xeum-Di, sur le Nam-Lik, 5 à 6 lépreux sont isolés ; près de Yan-Vien, ils sont une dizaine. Dans le royaume de Luang Prabang, l’isolement n’est plus rigoureux comme il l’était autrefois, et, dans la ville même, un certain nombre de lépreux hantent le marché.
En visitant les petits villages qui bordent le Nam Ou, j’ai pu observer plusieurs petites épidémies locales dont l’étude est fort inteérssante, car elie permet d’établir en toute certitude, la filiation des cas, et de saisir sur le vif le rôle de la contagion. Voir (p. 225) la description du petit foyer récent de Ban liât Sao qui, en vingt ans, a fait cinq victimes.
L’enquête que j’ai poursuivie sur l’origine de divers petits foyers, m’amène à la conviction que le rôle du Chinois dans la dissémination de la lèpre ne saurait être nié. Cette notion mérite d’être prise en considération et l’examen médical des immigrants chinois, à leur entrée dans P Indo-Chme française, doit être rangé au nombre des mesures prophylactiques les plus urgentes.
Malgré la rareté de la lèpre dans la vallée du Mékong (Cambodge et Laos), il ne me paraît pas possible d’évaluer à moins de 12 à 15.000 le nombre des lépreux vivant dans P Indo- Chiné française. La population de celle-ci étant de 20 millions environ, il y aurait en moyenne un lépreux pour 1.500 individus sains. Mais, dans les régions populeuses et prospères, le pourcentage de la lèpre est beaucoup plus élevé. En ce qui concerne la Cochinchine, il est d’un lépreux pour 3 à 400 habitants.
Telles étaient la densité et la répartition de l’endémie au commencement de ce siècle. Depuis une trentaine d’années, la situationne s’est pas sensiblement modifiée, comme on peut s’en convaincre par la lecture du tableau ci-contre, qui m’a été communiqué par le ministère des Colonies.
Divisions territoriales
Population
Nombre de lépreux
Internés
Léproseries
Van Hon (Thai-Binh).
T onkin .
n , no \ Qua Cam (Bach-Ninh).
1 / Iluong Phone (Himg-Hoa).
Khuya (Cao-Bang).
Annam .
Thanh-Itoa.
Phu-Bai.
Qui-Hoa.
Daktia.
Village spécial de Djining.
Cochinchine .
Culao-Rong.
Cambodce .
Tromg.
Village de Pursat.
Laos .
Village de Pateluni.
Village de Pakse.
Ivouang Tclieou Wan .
Comme le faisait remarquer récemment IIermant, à la Commission consultative de la lèpre au ministère des Colonies, ces chiffres sont certainement très inférieurs à la réalité. Dans ce recensement, surtout d’ordre administratif, ne figurent que les cas avérés ; quant aux cas frustes, ceux qui sont encore à la période initiale, et tous les cas latents démontrables seulement par l’examen bactériologique, il est à peine besoin de dire qu ils n’ont pas été comptés. Il ne me paraît donc pas exagéré d’évaluer au double le nombre
des lépreux qui existent dans l’Union indo-chinoise. Abbatucci (1927) donne le chiffre de 3Ü.0Ü0 cas.
Nul ne pourrait donner, même une approximation, du nombre des lépreux lans ce vaste empire. Ce qu’il y a de certain, c’est que l’endémie est très
Chine. -
qui existent d;
sévère dans les provinces du Sud-Est et sur le cours inférieur du Yangtsé Kiang, notamment dans les gros centres où les mendiants sont innombrables.
Le Yunnan est un massif montagneux parsemé de dépressions ou cirques qui sont les seules parties cultivables. La population est donc peu fournie, et comme elle est distribuée par îlots entre lesquels les moyens de communications sont dilliciles, il n’y a pas au Yunnan un foyer cohérent de lepre, bien que cette maladie soit partout répandue.
Sur la route des caravanes, entre Manhao et Bhamo, je n’ai guère fait une étape (1899), sans croiser plusieurs lépreux ambulants. Les plaines de Mongtsé eide Lin Ngan fu, les environs de Kai Hoa et de Tong Haï sont sévèrement éprouvés qar l’endémie. A Yunnan Sen, capitale de la province, ville de 100.000 habitants, les lépreux circulent librement et encombrent les carrefours de cette cité populeuse. Parmi les 800 éclopés réunis dans l’asile mpérial, il y a un certain nombre de lépreux.
Sur la piste muletière qui relie Yunnan Sen à Tali, en passant par Tchou Shiung fu, beaucoup de villages contiennent un ou plusieurs malades. A Shia kouan, centre important situé au point de croisement des routes du Tibet, du Laos, de la Birmanie et du Tonkin ; à Tali fu, ville, de 10.000 habitants, déchue de son ancienne splendeur depuis la répression de la rébellion musulmane, la lèpre est une affection très commune.
Au delà de Teng Chouan, à Yeuso, il y avait alors un groupe important de lépreux. Sur la digue qui encaisse le Hoang llo, en aval du village, une misérable butte en roseaux, adossée à un édicule dédié aux Génies, abritait quelques lépreux. A quelques centaines de mètres plus loin, sur le talus de la digue, plusieurs petits tertres surmontés de cactus indiquaient la place où avaient été inhumés les lépreux récemment décédés. Dans les petites chrétientés de Tapinse et de Pieu Kiao, situées près du Fleuve Bleu, la proportion des habitants atteints était en moyenne de 3 à 4 pour 1000.
Entre Talifu et Teng Yué, le pays est presque désert et la lèpre assez rare. Peu après avoir dépassé cette dernière ville, la route s’engage dans la vallée du Taping, affluent de l’irraouaddi, qui conduit à Bhamo en Birmanie. Ces vastes solitudes habitées par quelques tribus d’origine paie et par des Khatschines, peuplades sauvages qui vivent sur les pentes boisées des montagnes, sont à peu près exemptes de lèpre.
D’après Dupuy (1911), la lèpre est fort répandue à Canton. Dans les environs de cette cité se trouve un village spécial où sont groupés 400 hommes et 200 femmes atteints de l’infection ; un peu plus loin existe un autre village où vivent leurs descendants au nombre de 400 environ.
L’endémie, dit L. Rogers (1923), prédomine dans les provinces méridionales, dans celles de Canton, du Fokien et le sud du Yunnan, mais elle est plus discrète dans la région peu habitée de Tali.
Dans le Shantung, Maxwell estime le pourcentage des lépreux à 1 pour 1000 habitants ; en Mandchourie et dans la province du Kansu la lèpre serait fort répandue, plus discrète dans le Tchéli.
Fowler (1925) donne un résumé des renseignements fournis par les médecins, les autorités et les consuls (renseignements d’ailleurs insuffisants) ; la lèpre serait fréquente dans la province de Canton, moins répandue dans le Fokien, rare au Tse Kiang, assez fréquente au Kiangsi, plus développée au Schantung et pratiquement inexistante au Tcheli. Dans les provinces du Yang tse il y aurait quelques foyers d’importance variable. La lèpre se montrerait de préférence dans les régions humides et mal drainées.
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Les Missions chrétiennes ont fondé 20 colonies ou asiles qui contribuent à soulager les infortunes de ces malheureux.
Dans le Kouangtoun et en partie dans le Fokien, des mesures ont été prises pour l’isolement des malades.
La « Mission to Lepers » a créé en Chine de nombreux hôpitaux non seulement dans les provinces du littoral, mais aussi à l’intérieur du pays. Gonrardy, un coadjuteur du Père Damien, a fondé en 1907, sur la ligne du chemin de fer Canton-Hingkong, une léproserie à Schek lung : en 1923, il y avait dans cet établissement 702 lépreux ; de 1913 à 1922, il a reçu 2.746 hommes et 769 femmes ; le nombre des lépreux a été en moyenne d’un millier chaque année dont 500 chrétiens. 11 n’y a pas de personnel médical.
Vortisch VAN Vloten estime le nombre des lépreux dans la totalité de la Chine à un million ; Reiss (1929), fait une estimation semblable.
L’importance de la lèpre en Chine doit être envisagée au point de vue mondial. Car les coolies chinois ont disséminé cette maladie en Indo-Chine, au Siam, dans les Etats Malais et les Indes Néerlandaises, dans les archipels du Pacifique et en Amérique.
Japon. — Le ministère de l’intérieur donne les chiffres suivants : pour l’année 1897 23.000 cas de lèpre ; pour 1900, 30.000 ; pour 1905, 40.000. En 1906, Kitasato accuse 23.815 cas, soit 0,5 pour 1.000. D’après Fr. Hoffman, de 1907 à 1911, sont décédés au Japon 8.976 lépreux. En 1927, Hârtel considère le nombre de 50.000 cas comme vraisemblable ; seulement 3.000 d’entre eux possèdent un domicile. Les mendiants assiègent les villes principales et occupent le vestibule des temples. Les lépreux seraient, pour les deux tiers, du sexe masculin. De même, Dohi et Ito comptent 78,8 pour 100 de lépreux pour 21,2 pour 100 de lépreuses ; la forme anesthésique est prédominante : 77,7 pour 100 contre 15,1 pour 100 de forme nodulaire et 7,2 pour 100 de forme mixte. Sugai donne pour les sexes des proportions analogues ; mais il trouve 62 cas pour 100 de lèpre tubéreuse, contre 30 pour 100 de lèpre nerveuse et 6 pour 100 de lèpre maculeuse. Kitasato, Dohi et Inotjye ont relevé 69,5 pour 100 de forme nerveuse, 14,9 pour 100 de forme tubéreuse et 15,5 pour 100 de forme mixte. Sakurane donne pour Osaka l’énorme proportion de 88 pour 100 de forme nerveuse, contre 5,5 pour 100 de forme tubéreuse et 6,5 pour 100 de forme mixte.
Depuis 1897, une régression manifeste de la lèpre paraît s’être produite. Le maximum des cas s’observe dans l’île de Kioushiou, vient ensuite par ordre de fréquence décroissante l’île de Shikoku et le centre du Japon ; à mesure qu’on va vers le Nord, la lèpre diminue progressivement (K. Mitsuda, IIIe Conférence Internationale, Strasbourg, 1923).
Il existe cinq léproseries gouvernementales qui, en 1921, contenaient 1.491 lépreux ; à la même date, la population des six léproseries privées était de 358 malades. En outre, il existe des colonies de lépreux à Kusatsu, Yuonomino, Seishoko et Gotemba. Autour des eaux sulfureuses de Kusatsu sont groupés deux à trois cents lépreux.
Dans l’île de Formose, la lèpre est assez répandue. La « Mission to Lepers » entretient à Taihoku un asile où de 1925 à 1928 furent traités 260 cas.
En 1928, Miyahara a communiqué de vive voix à Klingmüller les divers renseignements suivants : environ 15 à 30 lépreux entrent chaque année à l’hôpital de la Croix Rouge de Formose ; — la déclaration a été faite pour à peu près 1.000 cas ; — en dix ans, on a relevé20 casde transmission de la lèpre à des Japonais par des Chinois ; — la forme la plus courante est la maculeuse, vient ensuite la tubéreuse et la mixte, enfin la nerveuse.
En 1929, Gushue-Taylor estimait le nombre total des lépreux de Formose à 4.000 environ (3,3 hommes pour 1 femme). Cet auteur compte 33 pour 100 de lèpre cutanée, 20 pour 100 de lèpre nerveuse et 47 pour 100 de lèpre mixte.
Corée. — Les renseignements se réduisent à peu près à ceux que fournit Wilson
1926) ; dans cette contrée il y aurait de 5 à 25.000 lépreux ; le symptôme initial dans 96 pour 100 des cas serait l’anesthésie ; les hommes sont atteints en plus grand nombre que les femmes ; les léproseries de Fusan et Kwangju contiennent 938 malades.
Archipel des Palaos (Japon). — D’après Y. Ikegami qui, en 1924, a fait une étude statistique de la lèpre dans différents villages de ces îles, l'endémie y est très sévère, le pourcentage est de 0,55 pour 100. Sur 24 cas, il y en aurait 17 de forme maeuleuse, 6 de forme mixte et 1 seul de forme tubéreuse.
Sibérie et Asie Centrale Russes. — La lèpre paraît être discrète dans ces contrées. En 1923, à la Conférence Internationale de Strasbourg (1923), W. Ivanov et W. Mamonov signalent l’existence de la lèpre dans les gouvernements de d’irkoutsk, de Vladivostok, de Jakoutsk en Sibérie ; dans les gouvernements de Transcaspie, de Syr-Daria, de l ’Oural en Asie Centrale.
Iles Philippines. — - Sous la domination espagnole, les Fransciscains fondèrent des asiles destinés aux lépreux. L’un d'eux, l’hôpital San Lazaro, existe encore à Manille. En 1652 furent importés du Japon 130 lépreux japonais chrétiens ; ils ont peut-être contribué à renforcer l’endémie. Les provinces qu'occupèrent les Espagnols en 1565 étaient parmi les plus peuplées et elles le sont encore aujourd'hui : ce sont aussi les plus infectées, entre autres la circonscription de Cébu. Les conditions climatiques, comme la température, le régime des pluies, l’humidité, n’ont aucune influence sur l’extension de la lèpre ; par contre, la sous-alimentation a une certaine importance. D’après Blue, de 1906 à 1920, le nombre des cas connus a monté progressivement de 2.330 à 5.500. Callender suppose que 3.000 lépreux vivent encore en liberté dans les îles.
Guerrero rapporte que dans les seize dernières années — ceci est écrit en 1930 - — 14.343 lépreux ont été isolés, soit en moyenne près de 900 cas par année.
Le taux de contamination varie suivant les tribus ; le pourcentage chez les Bicolanos est de 0,21 pour 100 ; chez les Ilocanos de 0,19 pour 100 ; chez les Visayans de 0,17 pour 100 ; chez les Tagalogs de 0,14 pour 100 ; chez les Pampangos de 0,06 pour 100 ; chez les Pangasinan de 0,01 pour 100. Le sexe masculin est atteint dans la proportion de 66,7 pour 100.
Aucun recensement systématique n’a pu encore être effectué, même dans l’île de Luçon, car, à quelques kilomètres de Manille, qui est une grande ville moderne, commence la région montagneuse habitée par des tribus sauvages et cruelles.
Les seuls renseignements précis que l’on possède sur l’endémie lépreuse aux Philippines, sont fournis par les statistiques dressées à Culion, colonie modèle dont je donnerai la description plus loin (voir pp. 600 et suiv.). Je me bornerai donc à citer ici quelques chiffres d’où l’on peut déduire l’intensité de l’endémie lépreuse dans l’archipel. Le 1er janvier 1925, il y avait à Culion 5.377 lépreux. De juin 1906, date de la fondation de cette Colonie, jusqu’en mai 1923, ont passé 14.832 lépreux ; si l’on ajoute 444 cas de l’hôpital San Lazaro de Manille, on obtient le nombre total des lépreux connus, soit 15.276. Dans le taux des admissions, on constate un certain recul de 1918 (24,8 pour 100) à 1923 (8,7 pour 100). Mais cette diminution du nombre des entrées a-t-elle pour cause une régression de l’endémie lépreuse, ou une aversion plus marquée des malades qui se dissimulent pour éviter l’internement ?
Les lépreux nouveaux, admis en 1929, ont été au nombre de 1.321. A cette même date, 6.494 cas étaient isolés dont 5.477 à Culion.
Indes Orientales Néerlandaises. — Le système d’isolement strict fut abandonné au commencement du xixe ; quand j’ai visité Java, en 1900, il existait auprès de la source bicarbonatée-ferrugineuse chaude de Pelantoengan un hospice militaire contenant 120 in-
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curables dont une quarantaine étaient des lépreux indigènes. C’était sans doute, à cette époque, la seule formation sanitaire de l’île qui recueillait des lépreux. Depuis lors, la lutte contre la lèpre a été reprise avec vigueur et continuité par le gouvernement et par des œuvres privées.
En 1917, fut décrétée la déclaration obligatoire de la lèpre.
En 1926, le gouverneur général français G. Angoulvant, après une visite à Java et à Sumatra, écrivait (1) : « Le nombre des lépreux aux Indes Néerlandaises n’est pas connu : les évaluations varient entre 25.000 et 125.000. 11 y a environ 20 léproseries ; mais comme le séjour dans ces établissements n’est pas obligatoire, le nombre des malades qui y sont admis est très variable (entre 2.000 et 3.000). La Société pour la lutte contre la lèpre aux Ind es Néerlandaises s occupe du traitement des malades à domicile et la Société « la Croix Rouge d’Orange » aide financièrement les léproseries. En présence des progrès de la maladie constatés dans certaines régions, des mesures rigoureuses devront être prises prochainement ». En 1927, B. M. van Driel estimait le nombre des lépreux dans l’ensemble de la colonie à 50.000 environ, à 50 à 60.000 en 1931 (2).
A Sumatra L. Rogers compte en 1897, 1.447 cas de lèpre ; Menues Da Costa, en 1904, 2520 dont 1.621 Indiens, 644 femmes indiennes, 248 Chinois, 5 femmes chinoises et 2 orientaux étrangers. La plupart des cas de lèpre se trouvent sur la côte occidentale dans les circonscriptions de Toba et de Simlindoeng. Sur la côte orientale, la lèpre sévit sur les Chinois qui travaillent dans les plantations de tabac. Dans l’armée composée de soldais européens et indigènes, on a reconnu de 1898 à 1902, 19 cas de lèpre. Déjà en 1909, à la IIe Conférence Internationale tenue à Bergen, J. Iïaga donnait, pour Sumatra, des chiffres bien supérieurs : 5.626 lépreux dont 5 Européens, 361 Chinois et 5.260 Indiens.
Plusieurs grands asiles destinés aux lépreux existent à Sumatra. « Laoe si Morno » s’élève au voisinage de Toba, à 1.000 mètres de hauteur, dans un site d’une beauté idéale et très salubre. Il se compose de maisons isolées de construction Batak bâties par les habitants eux-mêmes. Chaque famille possède la sienne propre. En 1927, van Driel comptait dans cet asile 250 hommes, 150 femmes et 15 enfants. La direction est confiée à un missionnaire ; le personnel est recruté parmi les lépreux; donc les Irais sont minimes. La Colonie possède des terres de culture, une laiterie, une buanderie, un corps de sapeurs-pompiers, la lumière électrique, une église...
La Colonie « Poelo Sitjanang » à Belawan est entretenue par l’Armée du Salut.
La Colonie « Sitoemba », à Sipirok près de Padang Sidempuan, a été fondée vers 1897 par la mission rhénane, elle est située à 800 mètres de hauteur sur le volcan Bualbuali ; les sources sulfureuses bouillantes qui jaillissent de ses versants sont depuis fort longtemps en usage parmi les lépreux. Il y a trois hôpitaux pour 70 à 80 malades avec policlinique et salles de bain.
La Colonie « Hoeta Salem », à Baliga, à proximité du lac de Toba, s’élève à 1.000 mètres d’altitude, au milieu de vignobles ; elle a été fondée par la mission rhénane. Elle se compose de 120 petites maisons indépendantes avec 600 lits. En 1907, 150 cas furent admis ; au 1er janvier 1924, il y avait 504 cas dont 355 hommes et 149 femmes.
A Java, depuis 1780, une rétrocession de la lèpre paraît s’être produite ; mais l’endémie a repris l’offensive dans la seconde moitié du xixe siècle, car en 1897 on connaissait 5.500 cas avec un pourcentage de 0,23 pour 1.000. La circonscription du Soerabaja semble avoir été la plus éprouvée. En 1904, Mendez da Costa donnait le chiffre de 4.450 lépreux pour les deux îles de Java et de Madoera, soit un pourcentage de 0,18 pour 1.000. L’en-
(1) G. Angoulvant. Les Indes Néerlandaises. Leur rôle dans V économie internationale. Paris, 1926, t. T, |>. 321.
(2) B. M. van Driel. Conférence faite le- 26 août 1931, à l’occasion de la vingt-cinquième année de la fondation de la léproserie « Laoe si Momo » à Kaban. Geneeskundig Tijschrift voor Nederlandsch- 1 ndië, 1er oct. 1931 .
demie gagne en intensité à mesure qu'elle se porte vers l’Est. A Batavia, on compte 54 cas et il y a un hôpital chinois ; à Bangoemas, 58 ; à Semarang, 50 ; il y a dans cette ville une division pour lépreux à l’hôpital militaire, un hôpital chinois et un hôpital pour les indigents. Les gros foyers sont à Rembang où 517 lépreux sont isolés dans des huttes de bambou près de la capitale ; à Soerabaja, 1.055 lépreux ; à Kediri, 551 ; à Posoeroean, 424 ; à Madoera, 1.530 avec le pourcentage de 1 pour 1.000. En 1926, Bargehr donnait pour la colonie de lépreux de Peïantoengan • 199 cas dont 65 concernant des Européens et métis d’Européens, 15 Javanais, Madoerins, Soundanais et 19 Chinois. Pour Madoera, Rogers, en 1925, estimait le pourcentage des lépreux de 5 à 10 pour 1.000. C’est dans cette île que l’endémie sévit avec le plus de violence.
Dans toutes les îles qui se succèdent en série linéaire à l’Est de Java, la lèpre règne avec plus ou moins d’intensité (Bali et Lombok :358 cas, en 1904 ; — Soemba : 33 ; — Timor : 8). Elle a été également signalée à Bangka et Belitoeng, îles situées sur la côte orientale de Sumatra.
L’endémie fait rage à Amboine où Mendez da Costa enregistrait 340 cas en 1904. En 1925, L. Rogers évaluait le pourcentage de la lèpre dans cette île à la proportion énorme de 10,7 pour 1.000. D’après Kopstein, sur 55 villages, 33 sont contaminés, le total des cas comprend : 433 lépreux dont 286 hommes et 147 femmes ; malades et individus sains vivent ensemble dans les mêmes huttes.
Aux îles Oeliaser, Meer a dénombré, en 1902, 89 cas, soit une proportion de 2,5 pour 1.000 ; parmi les 35 villages sur lesquelles a porté l’enquête 28 étaient contaminés.
A Bo rnéo, au début du présent siècle, d’après Kraemer, 400 cas de lèpre étaient connus dans Bornéo occidental.
Le recensement de 1919 accusait, en Bornéo septentrional britannique, 54 cas, mais le nombre des lépreux dans les possessions anglaises de Bornéo est plus considérable, puisque Oldrieve y relève 200 cas dont 150 à Sarawak.
Mendez da Costa donnait, en 1904, pour la totalité de Bornéo néerlandais, le chiffre de 2.132 cas, avec la proportion de 2 pour 1.000 ; d’ailleurs il n’y a pas eu d’enquête d’ordre médical.
Dans l’île Célèbes , L. Kaiser, en 1927, a relevé dans les circonscriptions de Madjene et de Mamoedjoe 586 cas de lèpre dont 363 chez des hommes, 150 sur des femmes. 73 sur des enfants, et dans la région montagneuse 134 cas dont 95 chez des hommes, 32 chez des femmes et 7 sur des enfants. L. Kaiser a donné la description de la Colonie de Baroe près de Madjene. Je la reproduis à la prophylaxie (p. 599), parce qu’elle donne une bonne idée du mode d’isolement usité dans ces parages.
Océanie
Australie. — Les indigènes semblent avoir été contaminés par les coolies chinois et canaques. D’après Cook (1926), la lèpre a été reconnue sur 66 blancs et 159 individus de couleur; la plupart de ces cas ont été relevés au Queensland et dans la N oiw elle- Galles du Sud. Les Etats de Victoria, de l’Australie Méridionale et de l’Australie Occidentale sont à peu près épargnés. Il en est de même de la Nouvelle-Zélande. La Tasmanie est complètement indemne.
Iles de la Mer du Sud. — La lèpre y a été répandue par l’immigration chinoise vers
DOMAINE GÉO G R AP II IQ UE
le milieu du xixe siècle (épidémies de Hawaï (1848 ?), de la Nouvelle-Calédonie (1865 ?), des îles Loyalti (1878 ?) et des Marquises).
Rare dans F Archipel des Carolines , la lèpre est au contraire fréquente aux îles Palaos.
Les Mariannes, les Marshall , l’île Nauru, les Gilbert sont infectées à des degrés divers.
Aux Fidji, l’isolement forcé est pratiqué dans l’île Makogai. Il y a cinq villages de lépreux, un hôpital pour les femmes et pour les cas sévères ; les sexes sont séparés. En 1923, d’après Ogilvie, il y avait à Makogai 266 cas connus et dans cette même année il y eut 23 nouveaux arrivants. D’après A. E. Neef, il est entré en 1927, 194 cas nouveaux; à la fin de cette année, il y avait 439 cas de lèpre dont 312 chez des hommes et 127 chez des femmes ; les enfants sont séparés de leur mère aussitôt après l’accouchement. Il a été fait des plantations d ’hydnocarpus wightiana et anthelminthica.
En 1897, Pernet mentionne déjà l’existence de 400 cas connus*dont 20 sur des coolies indiens de la grande île Viti Leou.
Aux Wallis, aux Samoa, aux îles de Cook, la lèpre paraît peu répandue.
Établissements Français d’Océanie. — Aux îles de la Société, à Tahiti et à Morea, tout individu suspect d’être atteint de la lèpre est examiné par le Conseil de Santé et, si le diagnostic est reconnu exact, dirigé sur le village de ségrégation d’Orofara (île de Tahiti), néanmoins les malades atteints de lèpre fermée et bactériologiquement négatifs peuvent s’isoler à domicile. Le nombre des lépreux dans ces îles n’a cessé de s’accroître de 1887 où il n’était que de 24 à 1914 où l’on comptait 113 lépreux. De 1914 à 1924, la lutte contre la lèpre est organisée d’une façon effective ; la maladie cesse alors de s’accroître. Le relevé de 1930 accuse, il est vrai, au village de ségrégation la présence de 126 lépreux, mais ce chiffre n’indique pas une recrudescence de la lèpre à Tahiti et à Morea ; il s’explique par une tournée d’inspection aux îles Sous-le-Vent et aux Tuamotu au cours de laquelle quelques lépreux ont été reconnus et envoyés au village de ségrégation. Orofara est situé à une quinzaine de kilomètres de Papeete, la capitale, dans une vallée encaissée qui permet une surveillance assez étroite. Un régisseur comptable reçoit les vivres destinés aux pensionnaires ; il les leur distribue, soit accommodés, soit en nature pour ceux qui préfèrent préparer eux-mêmes leurs aliments. Les visites au parloir ont lieu deux fois par semaine. Les ministres des différents cultes ont libre accès dans le village. Le chef administratif est nommé par le Gouverneur et assisté par un Conseil élu par les malades. Depuis 1924, deux infirmières diaconesses exécutent les prescriptions du médecin qui fait à la léproserie une visite hebdomadaire.
Les conjoints ou ascendants des lépreux sont autorisés à s’isoler avec le malade. En cas de naissance, les enfants sont séparés immédiatement de leur mère et conliés, hors de la léproserie, à des tuteurs indemnes de lèpre.
Les malades habitent seuls ou en famille dans les pavillons isolés. Ils peuvent cultiver un petit terrain attenant à leur demeure, consommer les produits de leur plantation et de leur élevage ou les céder à l’administration.
Il existe, dans l’archipel des Marquises, un village de lépreux situé dans 1 île Hiva- Oa où 28 malades sont isolés depuis 1930.
En résumé, le nombre des lépreux internés dans les Etablissements français d Océanie est de 150. Mais, en dehors de Tahiti et Morea, des îles Sous-le-Vent et des Marquises, les autres archipels de nos possessions sont rarement inspectés en raison de la di II iculté des communications.
Ai
de contagion
un groupement de quatre à cinq lépreux, on en compte vingt aujourd hui. Dans 1 archip
communications.
Aux Gambier, aux Tuamotu où la surveillance médicale est à peu près nulle, les cas ontagion se multiplient. Ainsi, à Rapa où l’on signalait, il y a une dizaine d années, rnunfimpnt dp miatrp à cirm lénrenx. on en couiote vingt auiourd hui. Dans 1 archipel
Jeanselme. — La Lèpre.
des Tuamotu, une tournée récente a permis de dépister 14 individus suspects de lèpre qui vivent dans la plus grande promiscuité avec la population saine (1).
D’après Àmiguez (1907), quelques cas ont été observés aux Nouvelles Hébrides, provenant pour la plupart de la Nouvelle-Calédonie.
Nouvelle-Calédonie. — Vers 1860, quelques années après la prise de possession de cette île par la France, la lèpre y était, dit-on, inconnue. Elle y aurait été introduite à une date indéterminée, peut-être en 1865, par l’immigration chinoise (pour l’historique et la progression de l’endémo-épidémie, voir p. 226). La contagion s’est communiquée non seulement aux indigènes, mais aussi aux détenus du bagne de toutes couleurs et aux colons et fonctionnaires de race blanche.
En ce qui concerne l’évolution et l’état actuel de la lèpre en Nouvelle-Calédonie, il y a lieu d’envisager séparément : la population indigène et les libérés du bagne. Quant à la population en cours de peine, elle n’existe plus qu’à l’état de vestige depuis que la Nouvelle-Calédonie ne reçoit plus de condamnés aux travaux forcés. De cette catégorie, il ne subsiste que 6 lépreux sur un effectif de population pénale réduite à 533 condamnés (2).
Les enquêtes faites parmi la population indigène de 1928 à 1931 inclusivement ont donné les chiffres suivants :
Années
Lépreux
Suspects
Total
Il est certain que les indigènes se prêtent maintenant plus volontiers aux opérations du recensement, la majoration des chiffres contenus dans cette statistique en résulte, pour une part; mais il n’est pas douteux que la lèpre est en voie d’accroissement réelle. Pour dissiper toute incertitude, il faut ajouter que la rubrique « suspects » est prise dans une fausse acception. Elle est appliquée a de véritables lépreux dont le diagnostic clinique est certain, mais qu’on qualifie ainsi pour leur éviter l’internement.
Quant aux libérés du bagne atteints de la lèpre, 72 sont isolés et 7 sont consignés à domicile ; mais le nombre des « suspects » n’a cessé d’augmenter. Le nompre des cas nouveaux, dans cette catégorie, est très variable d’une année à l’autre : de 22 en 1918, à 4 en 1927.
Le mode d’isolement en vigueur actuellement est le suivant : Pour les Européens, l’isolement est obligatoire soit au sanatorium de la presqu’île Ducos, soit à une distance de 4 kilomètres au moins de Nouméa, la capitale de l’île. Le médecin traitant vient au sanatorium deux fois par semaine. Très prochainement, il sera secondé par des infirmières qui résideront dans l’établissement et seront chargées d’assurer la continuité du traitement.
Les indigènes, en septembre 1914, étaient isolés dans 64 villages régionaux. Ce chiffre, qui paraît considérable pour une population de 28.000 habitants, s’explique par la dissémination de la population ; il n’y en a plus que 43 actuellement. Dans la plupart de ces léproseries régionales le traitement est appliqué, soit par un médecin, soit par un membre de la Mission catholique ou protestante du voisinage.
(1) Sasportas. Rapport sur la lèpre dans les Etablissements français de l’Océanie. Commission consultation de la lèpre au Ministère des Colonies, 1933.
(2) Note du Dr Laquièze donnant l’état de la répartition de la population pénale au 31 décembre 1932.
DOMAINE GÉOGRAPHIQUE
Aux îles Loycilti, où la lèpre paraît avoir été importée, en 1878, de la Nouvelle-Calédonie, il existe à Lifou une grosse léproserie dont la population est d’environ 180 lépreux. Elle est bien organisée ; le traitement est assuré par un médecin résident aidé d’une infirmière de la mission protestante. A Marée il existe deux léproseries composées de maisonnettes de pierre et de chaume, l’une est desservie par la mission catholique voisine sous le contrôle du médecin résident, l’autre est pourvue d’une infirmière protestante. A Ouvéa, il y a 2 léproseries et une infirmière (1).
Iles Hawaï ou Sandwich. — Elles furent le théâtre, dans la seconde moitié du xixe siècle, de la première épidémie insulaire qui contribua à ramener les esprits à l’idée de la
contagion
L’origine et la date de l’introduction de la lèpre dans l’archipel hawaïen sont inconnues. Le premier cas indubitable aurait été observé sur un Chinois en 1853 (pour l’historique de cette épidémie, voir pp. 225 et suiv.). A cette époque, la variole sévissait avec violence ; d’innombrables indigènes lurent vaccinés de bras à bras sans prendre les précautions les plus élémentaires, ce qui contribua, d’après l’opinion de Arning, à l’extension de la syphilis et de la lèpre. En 1865, fut ouverte une léproserie dans l’île de Molokaï ; elle reçut d’abord 230 cas ; de 1866 à 1894, 4.891 lépreux furent internés à Molokai.
D’après Hasseltine qui a dressé la liste des cas nouveaux pour la période comprise entre 1866 et 1921, la courbe annuelle a été sujette à de grandes oscillations : le maximum (558 cas) fut atteint en 1878 et le minimum tomba à 23 cas en 1908. D’après son estimation (1922), le pourcentage le plus élevé s’observe chez les natifs ou insulaires indigènes (1,91 pour 1000) ; viennent ensuite les demi-sang, les Coréens, les Nègres et autres races de couleur, les Portugais, les. Philippins, les immigrants de Porto-Rico, les Européens et les Américains, les Chinois et les Japonais avec un pourcentage de 0,05 pour 1.000.
De 1881 à 1908, le nombre des blancs contaminés aurait été de 43 (Brinckerhoff).
Tous ces chiffres doivent être acceptés avec réserve, car beaucoup d’entre eux ont été
contestés ou contredits.
A Honolulu, dans l’île Oahu , se trouve le « Branch- Hospital » ou succursale où les sexes sont séparés et les enfants isolés de leurs parents. Le « Kapliolani Girl’s Home », à Kalawao, est destiné aux filles de parents lépreux. Le « Kalihi-IIospital », avec école pour les filles et les garçons, contenait, en juillet 1920, 117 lépreux, tous hawaïens. La léproserie de Kalaupapa, située sur l’île de Molokai, possède 4 grands bâtiments et environ 200 habitations plus petites. D’après Dekeyser, dans cet établissement ont été admis de 1866 à 1908 : 6.054 lépreux dont 5.125 sont décédés.
En 1909, à la IIe Conférence Internationale (Bergen), Brinckerhoff estimait à 764 le nombre des lépreux de l’archipel hawaïen.
Amérique
Canada. — En un siècle (1815-1915), on a enregistré 193 décès causés par la lèpre à l’asile de Tracadie (Fr. Hoffman). D’après Maclaren, de 1815 à 1890, environ 230 cas de lèpre furent admis dans cet établissement. Un second lazaret est établi dans l’île Dorsey, près de Vancouver (5 lépreux s’y trouvaient en 1919).
(1) Tisseuil. Rapport sur la lèpre en Nouvelle-Calédonie et Dépendances. Commission consultation de la Lèpre au Ministère des Colonies, séance du 25 février 19.J2.
Parmi les lépreux, la moitié sont nés au Canada, un tiers sont des Chinois et ce qui reste appartient à d’autres races. L’endémie 11e règne qu’au Nouveau-Brunswick. Quelques cas ont été constatés au Manitoba sur des Islandais et des Scandinaves ; on a aussi relevé quelques cas chez des Groenlandais. Tous les observateurs s’accordent pour affirmer que les Indiens sont indemnes. (Pour l’historique de l’épidémie du Nouveau-Brunswick et de celle de l’île du Prince Edouard, voir pp. 222 et 223).
États-Unis d’Amérique. — Certains Etats du Nord ont été contaminés par les Scandinaves (Wisconsin, Iowa, Minnesota), les Chinois ont répandu l’infection sur la côte du Pacifique, les Nègres et l’immigration canadienne Pont transportée en Louisiane.
Sur le nombre et la répartition des cas de lèpre aux Etats-Unis, il existe les plus grandes divergences. En août 1924, Denney a fourni à De Souza Araujo les renseignements suivants. Le nombre total des lépreux est évalué à 1.200. Les principaux foyers sont : la Louisiane, — le plus ancien et le plus considérable — , le Minnesota, le Wisconsin, le Michigan, le Texas (sur les confins du Mexique), la Californie et l'Etat de New-York. Denney ajoutait qu’en 1922, 18 lépreux de l’Etat de Boston furent isolés dans l’île de Penikese. Dans le premier semestre de 1924, 44 patients ont été admis à l'hôpital pour lépreux de Carville, dont 32 provenaient de la Louisiane, et 12 d’autres Etats ; Minnesota : 3 cas ; — Texas : 2 ; — Géorgie : 2 ; — Mississipi, Maryland, Wisconsin, Orégon et District de Colombie : chacun, 1 cas. E11 septembre 1924, le nombre des lépreux internés dans l’établissement était de 211, dont 147 originaires des Etats-Unis et 64 étrangers.
Mexique. — En 1927, après enquête auprès des médecins et des autorités, 1.450 lépreux dont 795 hommes, 456 femmes et 199 individus dont le sexe n’était pas indiqué ont
Fig. 21. — D’après Jésus Gonzalez Uruena ( VIIIe Congr. Internat, de Dermat. et de Syphil.,
Copenhague, 1930).
est le plus sévère sont : Guerrero (69 cas) ; — Coahnila (74) ; — Yucatan (79) ; — Sinaloa (144) ; — Michoacan (155) ; — le district fédéral (226 cas dont 219 à Mexico) ; — Jalisco
DOMAINE GÉOGRAPHIQUE
En ce qui concerne la situation sociale des lépreux : 165 étaient propriétaires fonciers ;
— 70 paysans ; — 41 ouvriers agricoles, soit comme population rurale un total de 276 cas ;
— domestiques 151 ; — salariés travaillant à la journée, 97 ; — mendiants, 26 ; — soldats
États de l’Amérique Centrale. — Pas de renseignements sur l’endémie lépreuse dans le Honduras, le Guatémala, le San Salvador et le Nicaragua. Dans la zone du canal de Panama, se trouvaient, en 1918, 77 cas de lèpre ; en 1925, 90 (58 hommes, 23 femmes et 9 enfants). Depuis 1904, 244 admissions ont été effectuées. Tous les enfants nés de parents lépreux, sauf un seul, sont morts de faiblesse ; ils étaient isolés dès leur naissance. En 1923, 9 cas nouveaux, en 1924, 21, en 1925, 15 ont été déclarés. En 1928, tous les lépreux dépistés provenant de la zone du canal et des villes de Colon et de Panama furent internés, soit 140 cas ; d’autres existent, mais ne sont pas connus.
Indes occidentales britanniques. Honduras. — En 1928, il y avait 2.500 cas de lèpre d’après Oldrieve.
Cuba. — Fr. Hoffman, en 1925, estimait le nombre des lépreux dans cette île à environ 1 millier. Matias Duque, en 1909, donnait le chiffre de 1.500. L’hôpital San Lazaro, à la Havane, contient en moyenne 200 malades (W. H. Hoffmann).
Jamaïque. — D’après le recensement de 1891 : 450 lépreux = 0,73 pour 1.000, d’après celui de 1921 : 319 cas = 0,3 pour 1.000. Donc baisse de 52 pour 100 en trente ans (?).
Ile de Saint-Domingue. — D’après une communication faite à Klingmüller par le Ministre de la République de Haïti à Berlin, en novembre 1928, la lèpre serait moins fréquente dans ce pays que dans les autres Antilles ; elle serait plus fréquente dans la partie occidentale que dans le Nord et le Sud ; elle serait très rare à l’intérieur.
En 1926, d’après Defillo, on connaissait dans la République de Saint Domingue, dans la partie orientale de l’île, 200 lépreux ; 50 malades sont recueillis à la léproserie Nigua située sur la mer ; elle se compose de 40 pavillons construits en ciment.
Domingue que j’ai eu à traiter à Paris, l’endémie y serait assez sévère. En effet, sur 60 lépreux contaminés dans les Antilles et l’Amérique du Sud, 8 provenaient de l'île de Saint- Domingue dont 5 étaient originaires de la République de Haïti et 3 de la République de Saint-Domingue. Or, ces deux Etats sont relativement peu peuplés et l’on ne voit pas la raison pour laquelle les lépreux de ces pays viendraient de préférence en France, comme le font les malades de la Guyane et des Antilles Françaises.
Porto Rico. — La lèpre paraît progresser lentement. En 1927, Fox comptait 50 lépreux. Ils sont isolés dans la colonie « Goat-Island » dans l’île de Cabras à l’entrée de la baie de San Juan. A la IIe Conférence Internationale (Bergen 1909), Brinckerhoff estimait le nombre des lépreux de Porto Rico à 780.
Anciennes Antilles Danoises, cédées aux Etats-Chris. — D’après Eiilers, il y avait en 1902 : 19 lépreux à Saint-Thomas et 86 à Sainte-Croix.
Iles Saint-Kitts, Nevis et Antigua. — En 1903, Eiilers reconnut dans ces îles 172 cas de lèpre dont 127 internés dans un asile à Sandy-Point dans 1 île Saint-Kitts. Dans l’Asile d’Antigua, de 1897 à 1903, il y avait en moyenne de 30 à 40 lépreux.
(1) Jésus Gonzalez Uruena. Le problème de la lèpre au Mexique. VIIIe Congrès Internat, de Dermat. et de Syph Copenhague, 5-9 août 1930.
Antilles Françaises. - — D’après les statistiques du Ministère des Colonies, il y aurait environ 250 lépreux à la Guadeloupe et 600 à la Martinique.
J’extrais le passage significatif suivant du rapport que Marcel Léger a fait sur les Colonies françaises d’Amérique, à la Commission consultative du Ministère des Colonies. Au sujet de la Guadeloupe, il dit : « En dehors de ces statistiques fort incomplètes, on n’est pas lixé même approximativement sur le nombre des lépreux non internés qui vivent dans nos Antilles. On sait seulement que toutes les classes de la société et toutes les races paient leur tribut à la lèpre. Beaucoup de lépreux circulent librement dans la colonie, écrivait en 1927 le Chef du Service de Santé Passa... Durant la courte mission sanitaire à la Guadeloupe dont j’ai été chargé en décembre 1931, j’ai rencontré presque journellement des lépreux dans les rues. 11 y en a dans le personnel des diverses administrations ; il y en a parmi les ouvriers et les travailleurs du port ; il y en a dans les hôtels et les restaurants comme serveurs de table... Ce qui existe à la Guadeloupe existe pareillement à la Martinique, peutêtre même à un degré plus élevé... »
Soixante-quinze lépreux de ces îles étaient internés dans 1 îlot de la Désirade. Le projet de la Commission consultative du Ministère des Colonies qui institue l’isolement des lépreux à domicile, leur traitement dans les hôpitaux ordinaires ou dans les polydispensaires est incompatible avec l'existence de cette léproserie.
Barbades. — 11 y avait, en 1927, d’après Fox, 156 cas de lèpre dans l’asile de Bridge Town. Depuis 1922, l’isolement des lépreux est obligatoire. L’endémie est en voie d’accroissement. De 1890 à 1917, 420 décès causés par la lèpre ont été enregistrés.
Saint- Vincent. — Ehlers mentionne 57 cas en 1881 et 62 en 1891. Rogers donne les chiffres suivants ; en 1911 : 30 cas ; — en 1919 : 19 cas. L’endémie serait donc en régression évidente.
Tabago et Trinidad. — Les chiffres donnés par de Souza Araujo accusent un fort accroissement de la lèpre : 1805 : 3 cas ; — 1813 : 73 cas ; — 1884 : 450 cas ; — 1921 : 800 cas. Dans la léproserie « Cocorite » fondée près de Port of Spain en 1828 (Trinidad), sont entrés 519 cas de 1909 à 1915 (Fr. IIoffman); en 1920, cet établissement contenait 128 cas. Trois contaminations ont été observées dans cet asile : 1 médecin, un garde-malade et une garde-malade. Les Chinois et les Hindous ont joué un rôle important dans cette extension de la lèpre.
Guyane française. — Pas de statistiques méritant quelque créance. Les données les plus sûres sont celles qui sont fournies par les médecins sur les lépreux qu’ils ont eu l’occasion de dépister, sur l’examen des élèves des écoles, sur la visite des jeunes gens à l’occasion du recrutement militaire, enfin sur les réformes prononcées pour cause de lèpre.
Les opérations du Conseil de Révision, en 1916 et 1917, ont entraîné la réforme, pour pour cause de lèpre, de 48 sujets sur un total de 500.
Dans les écoles de Cayenne, en 1918 et 1919, Marcel Léger a reconnu la lèpre au début chez 6 enfants.
Labernadie a examiné et traité dans son Institut d’ Hygiène en 1924 et 1925 : 217 lépreux de Cayenne ou de ses environs immédiats.
« De tout ce qui précède, dit M. Léger, on peut conclure que la lèpre, en Guyane, a une tendance manifeste à l’extension ». En 1919, cet auteur estime le chiffre des lépreux dans la population libre à 300 à Cayenne et à 500 dans la Guyane entière, ce qui donne un indice global de 16 pour 1.000. En 1925, les recherches de Larernadif. et Henry donnent 300 à Cayenne, 150 pour la colonie.
DOM A INE GÉO G RA PH IQ UE
En ce qui concerne la population pénale, Marcel Léger compte, en 1918, parmi les bagnards, 73 lépreux (pourcentage de plus de 9 pour 1.000).
Guyane néerlandaise ou Surinam. — En 1897, il y avait à Surinam environ : 2.000 lépreux d’après Broes van Dort ; en 1921, 1.500, d’après Sanders ; en 1922, J. W. Wolff, évaluait le chiffre des lépreux officiellement connus à 400, mais il y en aurait vraisemblablement 700, c’est-à-dire 6 pour 1.000.
Les lépreux sont internés dans trois asiles : Groot Ghatillon fut élevé sur le fleuve Surinam en 1895, il s’y trouvait, en 1909, 123 malades ; en 1921, 135 et, en 1923, 144. En 1897, fut fondée, par des missionnaires catholiques, à Paramaribo sur le Surinam, la léproserie Gerardu Majella ; elle contenait, en 1909, 87 lépreux ; en 1921, 156 et, en 1923, 131. En 1899, les f rères moravcs protestants créèrent la colonie de Bethesda dans une presqu’île, à l’embouchure du Surinam, dans le voisinage de Groot Chatillon ; en 1909, 32 lépreux étaient internés dans cet asile, en 1921, 62 ; en 1923, 61 et, en 1927, 52 (18 hommes, 18 femmes et 16 enfants). La propreté des bâtiments et des malades ne laisse rien à désirer.
Actuellement, le service médical connaît 1.107 cas qui sont isolés dans les trois asiles ; 249 lépreux sont soignés régulièrement au dispensaire de Paramaribo, 45 à domicile et 150 dans les districts.
Guyane britannique. — En 1905 fut décrété l’internement des lépreux vagabonds. On a fourni des évaluations très différentes sur le nombre des malades. Les seuls chiffres certains sont ceux de la statistique de l’asile Mahaica. Depuis 1850, les lépreux ont été admis à l’hôpital colonial de Georgetown. Les locaux devenant bientôt trop exigus, on éleva en 1870 dans I île Ivaow un établissement, ce qui eut aussi pour effet de faciliter les recherches entreprises ici par Beauperthuy. En 1884, tous les internés furent transférés à Mahaica. Mais, le surpeuplement, les mauvaises conditions hygiéniques, les excès alcooliques auxquels se livraient les malades nécessitèrent leur retour à l île Ivaow et le transfert des femmes à l’hôpital colonial de Georgetown, d’où elles furent dirigées sur l’asile « the Gorchum » à 5 milles de Mahaica. Enfin, comme cette colonie se montra défectueuse, les femmes lépreuses furent installées dans de nouveaux bâtiments édi fiés à Mahaica.
D’après L. Rogers, de 1858 à 1878, 1.120 cas furent admis dans cet asile : 35 Européens dont 32 Portugais, 657 Noirs, 339 Indiens orientaux, 87 Chinois et 2 Brésiliens. La population de l’asile fut en moyenne de 277 en 1922 ; de Souza Araujo donne, pour 1923, le chiffre de 269 cas ; beaucoup d’autres lépreux étaient libres. Oldrieve, en 1921, estimait le nombre des lépreux à 7Û0.
Venezuela. — Une léproserie fut londée en 1841 à Maracaïbo. Actuellement il y a deux asiles d’Etat qui contenaient : en 1907, 666 cas ; en 1912, 582 cas ; en 1918, 753 cas. L’un des asiles est établi dans l’île de la Providence àl’entrée du port de Maracaïbo, il peut contenir 700 lépreux ; d y en avait 600 en 1929-1930 ; l’autre asile est situé à Cabo Blanco, près de La Guyara; à la même date, il contenait 280 malades.
Un léprologiste a fait récemment une enquête, avec la collaboration des médecins locaux, dans les Etats montagneux de l’ouest qui sont les plus contaminés. Sur 348 sujets qu’on soupçonnait atteints de la lèpre, l’examen bactériologique a permis de mettre en évidence, 261 fois, le bacille de Hansen.
Colombie. — En 1906, Montoya y Elorez estimait le nombre des lépreux à 4.304, soit 1 pour 1.000. Un foyer important existe dans la circonscription de Galan (5 pour 1.000); puis viennent: Bovaca, Cundinamarca, Santander, Quesada, I undama et Bogota, la capitale, avec un pourcentage de 1 à 2 pour 1.000. La moitié des cas connus est isolée.
D’après Ruiz, les tribus indiennes des Tunceros, des Cobarias el des Iecancas, malgré
l’état misérable et anti-hygiénique dans lequel ils vivent, sont presque indemnes de lèpre de même que les circonscriptions Goagira, Meta, Putumaya et Caqueta, habitées principalement par des indigènes.
D’après Cenôn Solano, en 1909, il y avait en Colombie 4.000 lépreux sur une population de 5 millions d’habitants (1). En 1923, Garcia donne le chiffre de 6.568 cas, soit 0,75 pour 1.000 dont 5.444 sont internés. Actuellement, pour 8 millions d’habitants, on compte 7.500 lépreux ségrégés. 11 est vraisemblable qu’un nombre équivalent de malades sont en liberté. La Colombie est l’un des pays du monde où la lèpre est le plus répandue (Et. Burnet).
11 y a trois léproseries. Elles possèdent une monnaie spéciale, purement fiduciaire et sans valeur réelle. Agua de Dios, fondée au xvme siècle, donnait asile en 1923 à 2.271 cas contre 1.474 en 1908. La léproserie Contracion à Santander avait, en 1923, une population de 2.456 lépreux contre 3.483 en 1908. La plus ancienne léproserie, déjà créée en 1615, Gano de Loro, contenait 231 malades en 1923 contre 74 en 1908. Dans ces trois léproseries étaient internés le 1er mai 1929, 7.036 malades.
Brésil. — Les lépreux sont répartis en deux foyers principaux séparés par une bande de territoire à peu près indemne. Le foyer situé au nord comprend les Etats de l’Amazone, du Para, de Ceara et de Maranhâo, le foyer méridional occupe les États de Minas Geraes et de Sâo-Paulo. On peut estimer à 70 pour 100.000 le nombre des lépreux.
Jusqu’ici, 15.000 lépreux ont été recensés. Le service fédéral estime qu'il y en a au moins 25.000 dont un tiers devrait être hospitalisé.
Valverde (1921) portait le nombre des lépreux à 15.000, soit 0,72 pour 1000 ; de Souza Araujo à 34.000 cas en 1929, soit 1 pour 1.000, ou même à 54.000.
A la IIIe Conférence Internationale (Strasbourg, 1923), Rabello a communiqué le résultat de l’enquête médicale poursuivie par les services de prophylaxie créés au Brésil en 1921. Le recensement à cette date n’avait encore porté que sur un nombre de 7.224 cas dont la répartition était la suivante :
Amazones . 272
Para . 1.452
Maranhâo . 450
Piauhy . 20
Ceara . 141
Rio Grande do Norte . 5
Parahyba . 13
Pernambuco . 131
Alagoas . 35
Sergipe . 18
Bahia . 33
Espiritu Santo . 8
Estado do Rio . 44
District Fédéra . 456 (2)
Sâo Paulo . 3.128
Parana . 285
Santa Catharina . 78
Rio Grande do Sul . 2
Minas Geraes . 601
Goyaz . 2
Matto Grosso . 50
Après dix ans d’existence, le Service Fédéral de prophylaxie de la lèpre n’a pas encore terminé le recensement des lépreux. Ce service a identifié jusqu’à présent 12 à 13.000 lépreux ; mais le total peut être évalué au moins au double pour tout le pays.
Relativement à la densité de la population, les foyers principaux sont ceux des Etats de l’Amazone, de Para et de Maranhâo ; mais les foyers les plus importants sont situés dans les Etats de Minas Geraes et de Sâo Paulo. On peut estimer à 70 le nombre des lépreux pour 100.000 habitants, ce qui est un pourcentage considérable (3).
A Belém, à l’embouchure de l’Amazone, un Institut léprologique a été institué en 1923. Auprès, fut élevée plus tard la colonie du type agricole de Lazaropolis do Prata ; elle est bien organisée et prendra de l’extension dans la suite ; en 1928, elle disposait de 3.000 lits. Au Parana, se trouve la léproserie Sâo Roque (500 lits). L’Etat de Sâo Paulo a édifié, dans
(1) Cf.nôn Solano, 7 7e Conf. Internat, de la lèpre, Bergen, 1909, t. II, p. 63.
(2) Presque tous les cas du District Fédéral viennent de l’intérieur pour se faire traiter dans les hôpitaux de Rio.
(3) R. Bernard, de Bruxelles, La lèpre au Brésil. L'Hygiène Sociale, 25 janv. 1932, pp. 1381.
DOMAINE GÉOGRAPHIQUE
la belle contrée de Santo Angelo, une léproserie modèle composée de nombreux pavillons bien aménagés et disséminés dans des jardins (1.000 lits). Cet Etat possède en outre 34 léproseries plus modestes, etc. De nombreux hôpitaux sont ouverts aux lépreux à Rio de Janeiro, Bahia, Recife, Tocunduba au Para, Sabarâ dans l’Etat de Minas, Guapirâ dans l’État de Sâo Paulo. Des dispensaires assurent le traitement ambulatoire à Curityba, et dans le Parana. L’Institut Qswald Cruz de Rio de Janeiro fournit de la véritable huile d ’Hydnocarpus wightiana. Dans les circonscriptions de Minas Geraes, de S. Spiritu Santo, de Bahia et de Piauhy croît à l’état sauvage le Carpotroche brasiliensis qui produit une huile préconisée à l’égard de la lèpre.
Paraguay. — Lindsay considère la lèpre comme assez commune dans ce pays ; d’après lui de 1902 à 1912, elle aurait peut-être triplée de fréquence. Je n’ai eu l’occasion de traiter qu’un seul lépreux ayant contracté l’infection dans ce pays.
République Argentine. — L’impression dominante, écrivait Aberastury en 1922, est que la lèpre est en évidente progression. Lors de la Conférence nationale de la lèpre tenue à Buenos-Aires en 1906, le chiffre total des lépreux donné par le département de l’Hygiène fut de 726, soit 1 cas pour 10.000 habitants, dont 123 dans la Capitale Fédérale, 144 dans l’Etat de Buenos-Aires et 273 dans l’Etat de Corrientes.
En l’absence d’un recensement exact, on constate dans les évaluations les plus grands écarts : Sommer : 2 à 3.000 lépreux ; Fidanza : 30.000 ; Aberastury : 10 à 15.000. A Buenos-Aires la proportion des lépreux enregistrés, de 1910 à 1921, a été de 50 pour 100 plus forte que durant la période 1893-1906, le recensement ayant été effectué dans les mêmes conditions.
P. Balina (1) admet aussi que la lèpre en Argentine est en voie d’extension rapide. En douze ans (1910-1921), cet auteur n’avait observé à Buenos-Aires que 142 cas nouveaux ; en les sept dernières années (septembre 1921 à octobre 1928) il a donné des soins à 229 cas nouveaux. Depuis 1910, il a vu personnellement à Buenos-Aires plus de 800 cas. Le nombre de décès causés par la lèpre qui était de 86 de 1901 à 1910, a atteint 135 de 1911 à 1920 et, dans les sept dernières années (1921-1927), succombèrent 213 lépreux. A l’hôpital Mutîiz, en 1906, 29 malades seulement étaient internés ; le nombre était de 101 en 1921 et de’200 en 1926.
D’après la statistique officielle, d y a en Argentine, 1.522 cas de lèpre. P. Balina estime qu’il existe dans la République Argentine au moins 1.500 lépreux indigents qui devraient être internés dans des établissements publies et un nombre égal de malades qui devraient être admis au traitement ambulatoire dans des consultations ou dispensaires
aménagés pour cet usage. . .
La lèpre s’est répandue dans tout le pays. Elle lorme trois zones : La première, celle
du littoral fluvial, où la densité de la lèpre atteint le maximum, contient 88 pour 100 des lépreux recensés ; la région de l’hinterland ou centrale, de densité lépreuse moyenne, où habitent 11 pour 100 des cas connus de lèpre ; enfin la région occidentale ou précordillière, la plus légèrement contaminée où réside seulement 1 pour 100 des lépreux officiellement enregistrés. ...
Aujourd’hui, dit Balina, la lèpre occupe le territoire entier, et en devenant plus
fréquente la maladie est devenue plus maligne. Les Etats les plus contaminés sont : Santa Fé’ entre Rios, Corrientes et Buenos-Aires où il y a pour le moins 2 à 3.000 cas ; il v a 25 ans il y en avait seulement 200. D’ailleurs, les chiffres officiels sont beaucoup
(1) P. Balisa, Estado actual del problema de la Lepra en nuestro pals Aires, 26 oct. 1928. La Sernana Médica, n° 47, 1928.
aïs. Conf. faite à l’Acad. Nat. de Méd. deBuenos-
Jeanselme. — La Lèpre.
trop faibles, Âberastury soutient qu’en 1927 il existât 2.870 lépreux dans l’Etat de Buenos-Aires. Les sources d’infection sont le Brésil, le Paraguay et l’Espagne. L’endémie règne dans presque toutes les villes.
D’une étude sur la lèpre à Rosario, F. Carrillo, José M. M. Fernandez et Salomon Schujman tirent les conclusions suivantes :
1° L’augmentation de la lèpre à Rosario acquiert un caractère alarmant ;
2« Un f ait qui met en évidence la gravité du problème est le pourcentage élevé des cas autochtones (59 pour 100) ;
3° 11 est d’urgence rigoureuse de prendre des mesures locales pour combattre le mal jusqu’à ce que la campagne antilépreuse nationale soit réalisée ;
4° L’entretien d’un service comme celui de l’hôpital Carrasco est indispensable pour interner les cas qui requièrent un isolement urgent ;
5° Il est nécessaire de créer des dispensaires dermatologiques pour le traitement ambulatoire des formes non contagieuses.
6° L’éducation du public est un facteur d’importance capitale pour réaliser la campagne prophylactique (1).
Uruguay. — Ce pays est peut-être celui où le nombre des lépreux est le plus exactement répéré. La superficie relativement peu considérable de son territoire (178.700 kilomètres carrés) ; la configuration du sol qui n’oppose pas d’obstacles à l’enquête a permis d’effectuer avec facilité les opérations du recensement.
D’après Vignale (1927), la lèpre dans la période de 1898 à 1919 aurait quadruplé pour le moins et l’on a constaté un accroissement ultérieur, si bien qu’en 1924, 204 cas, soit 0,13 pour 1.000, étaient officiellement connus. La circonscription la plus contaminée est celle de Montévidéo, viennent ensuite celles de Canelones, Paysandü, Soriano, Salto, etc. En ces dernières années, la fréquence de la lèpre s’est encore accrue dans la région du littoral ; elle est au contraire presque inconnue dans le nord et à la frontière orientale. Parmi les cas recensés, 79 concernent des étrangers : Italiens, Espagnols, Brésiliens, Argentins ; 14 d’entre eux étaient déjà lépreux avant d’immigrer en Uruguay.
Si le chiffre officiel des lépreux est de 201, on peut admettre que le chiffre réel est de 350, soit 0,19 pour 1.000.
Plus récemment, G. Rodriguez Guerrero a publié une statistique qui montre bien l’accroissement de la lèpre en Uruguay : En 1898 : 47 cas ; — en 1901 : 78 ; — en 1904 : 180 ; — en 1922 : 197 ; — en 1929 : 237 (2).
En 1930, José Brito Foresti, Bartholomé Vignale et Juan Mallet préconisent les mesures prophylactiques suivantes : Apprendre aux médecins à reconnaître la lèpre ;
- déclaration obligatoire ; — recensement des lépreux qui seront isolés dans les léproseries ou à domicile ; — - fermeture des frontières à tout immigrant étranger lépreux (3).
Sur 65 lépreux de ma statistique personnelle qui avaient contracté la lèpre dans l’Amérique du Sud, je compte : 15 habitants de la Guyane Française ; — 12 Brésiliens ; — 11 habitants des Antilles Françaises (Martinique et Guadeloupe) ; — 8 habitants de l’île de Saint-Domingue (République de Haïti, 5 ; République de Saint-Domingue, 3) ; — 5 Argentins ; — 2 Cubains ; — 2 Colombiens ; — 2 Vénézuéliens ; — enfin un lépreux, autochtone ou étranger, résidant dans un autre Etat ou dans une des Colonies de l’Amérique
(1) Fr. Carrillo, José M. M. Fernandez et Salomon Schujman, La lepra en Rosario. La Sernana Médica, 24 déc. 1931, pp. 1932-1938.
(2) Guillermo Rodriguez Guerrero. Prophylaxie de la lèpre. Projet de loi du Conseil National d’Hvgiène, Boletin del Consejo National de Higiene, août-sept. 1929.
(3) José Brito Foresti, Bartiiolomé Vignale et Juan Mallet. Rapport au Congrès médical de Centenaire, Montévidéo, 5-12 oct. 1930. Rev. Sud Améric. de Méd. et de Chir., t. I, 1930, p. 1277.
DOMAINE GÉOGRAPHIQUE
Latine : Costa Rica (San José) ; — - La Dominique ; — Curaçao — le Mexique ; — le Vénézuéla ; — • la Bolivie ; — le Paraguay ; — l’Uruguay,
République de l’Equateur. - — D’après Arcos (1926), la léproserie Pison héberge 150 cas.
En Bolivie dans les hauts-pays (Altiplano), la lèpre serait inconnue, elle n existe que dans les zones tropicales du fleuve Béni et de la région du Gran Chaco. La lèpre atteint surtout les Indiens et aussi les métis ; quant aux blancs, ils sont presque toujours épargnés. J’ai soigné un ingénieur argentin qui avait été contaminé au Gran Chaco. A Tarija existe une léproserie d’Etat contenant 60 lits.
Luis Y. Sotelo signale l’existence, en Bolivie, de la lèpre dans deux zones situées à peu près sous le même méridien et distantes l’une de l’autre d’une quarantaine de kilomètres : la zone de Postrervalde et celle de San Juan del Rosario. Dans l’une, comme dans l’autre, l’altitude est élevée, la végétation luxuriante, l’humidité très prononcée et le climat tropical (1).
Au Chili et au Pérou la lèpre serait tout à fait négligeable, et d’origine étrangère ; on ne cite au Pérou qu’l Japonais et 6 Chinois.
Toutefois, cette opinion doit être réformée, notamment en ce qui concerne l’Amazonie péruvienne. Du rapport de Alex. Freyd, médecin de la Mission envoyée par le Gouvernement polonais dans cette région pour étudier si les terrains situés dans le bassin de Ucayali pourraient être un centre de colonisation, j’extrais le passage suivant : « La lèpre fut transportée en Amazonie péruvienne du Brésil. Dans les deux capitales de l’Amazonie brésilienne (Belém de Para et Manaos), nous rencontrions dans les rues, les boutiques, au tramway, plusieurs lépreux avec des lépromes nets à la face... Dans le Brésil du Nord, l’internement obligatoire des lépreux n’existe pas ; pour cette raison, nous ne donnons pas de statistiques officielles, car leur valeur n’est que très relative.
« Les premiers cas de lèpre notés au Pérou datent seulement d’avant 30 ans. C’était uniquement des émigrés brésiliens. A mesure que les voies fluviales se développaient entre le Brésil et le Pérou, le nombre des malades grandissait constamment.
Fig’. 22. — La lèpre en Amazonie péruvienne.
Les villages où se trouvent les lépreux ont été soulignés. Les parties hachurées représentent les terrains de la concession polonais (Al. Freyd. Path. de l’Amazonie péruvienne, Rev. de Méd. et d’Hyg. tropic., 1930.
Léon
A présent, le chef du Service de Santé du département de Loreto, M. le Dr Ponce de compte quatre cents lépreux en Amazonie péruvienne. Dans l’unique léproserie
(1) Luis V. Sotei.o. Conferencia Sanilaria Boliviana, t,. I, août 1931, Sucre.
de San Pablo, sur l’Amazone, se trouvent à peine 46 malades, malgré internement obligatoire » (1).
Afrique
Les données que nous possédons sur la lèpre dans ce continent sont des plus incertaines. Disséminées sur de vastes territoires, les races qui l'habitent sont encore à l’état sauvage ou n’ont guère dépassé la période du clan ou de la tribu ; elles se déplacent facilement ou même sont tout à lait nomades ; nulle part elles ne constituent de grosses agglomérations soumises à une loi commune. Dans des contrées où l’organisation est si rudimentaire, il n’est pas possible d’eflectuer un recensement même approximatif des lépreux. Distribuer des médicaments, est le meilleur moyen d’attirer les malades et, par conséquent, de les dénombrer.
toutefois, dans la vallée du Nil, le long du littoral méditerranéen, sur la côte occidentale et dans le Sud de l’Afrique se sont constitués des Etats autonomes, des Colonies ou des Dominions dont le degré de civilisation égale celui de l’Europe et permet de tenter, avec des chances plus ou moins grandes de succès, une enquête médico-administrative concernant la lèpre.
Égypte.
en 1889 à 1.
- Engel bey estimait le nombre des lépreux dans ce pays, en 1882 à 1018 ; .425 ; — en 1889-1890 à 2.204. 11 pense que ce chiffre est encore beaucoup trop faible et qu’on pourrait évaluer le nombre réel des lépreux à 6.000. En effet, d’après le recensement de 1907, le total des lépreux connus en Egypte serait de 6.513 dont 4.287 hommes et 2.226 femmes.
On a avancé qu’aucun Européen n’avait été contaminé en Egypte. Cette opinion n’est pas soutenable et j ai eu plusieurs lois l’occasion de prouver l’inexactitude de cette assertion. Mais la lèpre atteint de préférence les fellahs de condition misérable, en particulier ceux du delta du Nil.
Abyssinie. — La lèpre y règne non seulement sur les côtes et dans les régions basses, mais aussi sur les hauts-plateaux. Les lépreux s’entassent dans Addis Ababa, la capitale, où l’on estime leur nombre à un millier, soit 27 pour 1000. J. Féron évalue le pourcentage de la lèpre en Abyssinie à 3 à 5 pour 1000 (2).
L u asile pour les lépreux a été créé en 1901 auprès de la ville de Harrar par une Mission catholique (voir sa description pp. 592 et suiv.). La Mission « united Presbyterian » entretient à Gorei un hôpital qui admet et traite des lépreux, un autre hôpital est dirigé par la Mission Suédoise à Nekemte. Enfin, le prince régent a ouvert une petite léproserie à Addis Ababa.
Tripolitaine. — De nombreux cas de lèpre ont été relevés en Cyrénaïque. En 1912, Mm a compté à la policlinique de Benghasi 81 cas de lèpre provenant de la côte et 5 de l’intérieur. Le foyer principal paraît situé dans le Tal Merg. Le même auteur évalue le nombre des lépreux à plus de 300 ; les formes nerveuses et mutilantes sont prédominantes. Avant 1914, dans les premiers mois de l’occupation italienne, les cas de lèpre étaient
(1) Alexandre Freyd. Pathologie d’Amazonie péruvienne. Rev. de Méd. et d’Hyg. tropic., juil.-août 1930, pp. 159-
(2) Note manuscrite du 21 décembre 1930 qui m’a été communiquée par M. Justin Godart.
DO MA INE GÉO GRAPHIQ UE
communs en Cyrénaïque. Certains attribuent ce lait à ce que les populations nomades et bédouines, surtout atteintes, se retiraient devant l’envahisseur. A. Ragazzi qui exerce en Cyrénaïque depuis quinze ans rejette cette interprétation. S’il y a moins üe lépreux dans cette région à l’époque actuelle, c’est que beaucoup d’entre eux ont succombé à la grippe, à la peste et à la famine qui ont sévi pendant les années de guerre en raison de la faible résistance qu’ils opposaient aux infections (1).
Tunisie. — Nicolle et Bastide, en 1908, ont relevé 71 cas sur les côtes et 4 provenant de l’intérieur. Certainement le nombre des cas est plus élevé que ne l’indique cette statistique. La contagion paraît alimentée par l’immigration de Malte vers Tunis.
Algérie. - — La lèpre est fort peu répandue dans ce pays, sauf en Kabylie où presque tous les lépreux des vallées de l’Atlas et de Biskra sont réunis dans quelques villages. Partout ailleurs, la lèpre est rare parmi les musulmans et les juifs. Mais elle est relativement fréquente chez les immigrants espagnols des provinces de Valence et d’Alicante. Vers la lin du siècle dernier, Gémy et Raynaud estimaient le nombre des lépreux de cette provenance résidant à Alger à une quarantaine : parmi eux, il y avait des commerçants, des artisans, des blanchisseurs, des domestiques, des nourrices. De Malte également, la lèpre est aussi convoyée en Algérie par des émigrants. L’endémie existe partout, même dans le Sahara, mais elle prédomine sur le littoral, c’est-à-dire dans la région la plus peuplée. De 1885 à 1907, ont été observés à la clinique dermatologique d’Alger : 111 Espagnols, 10 Musulmans, 6 Maltais et 1 Brésilien. A la 111e Conférence Internationale (Strasbourg, 1923) Montpellier évaluait à 150 le nombre total des lépreux signalés en Algérie au cours des quarante dernières années. Les cas autochtones proviennent de Kabylie, surtout de la région de Tizi-Ouzou et de Bougie. La lèpre semble beaucoup plus rare dans le département de Constantine que dans celui d’Alger. Presque tous les cas, peu nombreux d’ailleurs, du département d’Oran sont de provenance espagnole.
En somme « on ne trouve pas, en Algérie, de foyer de lèpre, comme on est habitué d’en rencontrer dans les pays où cette maladie existe à l’état endémique, pas d’agglomération ou de villages de lépreux. Sur les cent cinquante malades décomptés par Montpellier, cent seraient Espagnols, originaires de Valence, d’Alicante, de Murcie ou de Malaga (2) ». La lèpre en Algérie est donc surtout d’importation. Elle ne paraît avoir aucune tendance à s’y implanter et à devenir autochtone si l’on surveille l’immigration, et tout particulièrement celle de provenance espagnole. Déjà, en 1925, l’enquête faite par Pinelli auprès de la plupart des médecins, des administrateurs, des maires et des directeurs des hôpitaux a donné des résultats absolument négatifs. L’enquête toute récente effectuée par Sasportas confirme cette opinion que la lèpre rétrocède en Algérie et que le nombre des lépreux ne doit guère dépasser la quinzaine.
Maroc. — « Le chiffre des lépreux actuellement recensés au Maroc, écrivait R. Messimy en 1930, est de 302 ; il est difficile d’établir pour le moment leur répartition exacte, mais d’après les cartes que nous avons pu consulter (celles de MM. Martin et Dekester pour la région de Fez, celle de M. le Dr David pour la région des Abda), d’après aussi notre enquête personnelle dans la région de Ben-Gurir, au nord de Marrakech, nous avons l’impression que la lèpre est disséminée dans tout le territoire marocain, mais qu il existe cependant une série de petits foyers d’infection » (3).
En ce qui concerne la lèpre, le contraste est frappant entre l’Algérie et le Maroc.
(1) A. Ragazzi. Sur la diffusion do la lèpre en Cyrénaïque. Il Dermosifiligrafo, juillet 1930, p. 469.
(2) L. Sasportas. La lèpre en Algérie. Congrès d’Hygiène méditerranéen, Marseille, 1932.
(3) R. Messimy, A propos de quelques cas de lèpre observés au Maroc. Bull, de la Soc. de Path. e.rotiq., 11 juin 1930, pp. 600-618.
Dans le premier de ces pays, la contamination est rare, sporadique, pour ainsi dire accidentelle et d'importation étrangère ; dans le second, l’infection est solidement implantée et autochtone comme en Europe au moyen-âge.
La région de Fez, notamment au nord et l'est de la ville, est très contaminée. Aux 104 cas relevés dans cette région depuis 1920, Dekester peut en ajouter 39 nouveaux. Robineau, en 1928, confirme que l’endémie existe partout où il l'a recherchée. 11 a luimême observé, dans l'espace de quatre années, 197 cas dans la ville de Fez. D’après les évaluations de Colombani, il y avait en 1925 au Maroc 302 cas olïiciellement connus ; mais il faut noter que les femmes marocaines sont rarement examinées ; que seuls sont connus les cas avérés et que toutes les formes discrètes et latentes passent inaperçues. P. Remlinger est persuadé que dans l’Empire Chérifien la lèpre est en pleine voie d’extension. En conséquence, il se rallie au programme de prophylaxie proposé par Dekester et Martin, et par Robineau, savoir : fermeture aux lépreux des frontières maritimes et terrestres du Maroc ; — dépistage et recensement des cas de lèpre ; — création de colonies agricoles pour les formes bénignes, d’un hôpital pour les formes en poussées aiguës et contagieuses, d'un hospice pour les formes mutilantes ne permettant pas le travail ; en attendant que ce programme soit réalisé, interdire la mendicité et l’exercice de certaines professions aux lépreux.
Afrique Occidentale Française. — Sorel qui, depuis trente et un ans, parcourt les territoires de l’A. O. F., a l’impression que la lèpre est en progression, notamment dans les régions de San et Koutiaia. Ce territoire, qui a dix fois la superficie de la France, est peuplé d’une population très dispersée de 12 millions de Noirs. Dans certains cercles, tels que ceux de Koutiaia, de Koutikora, 5 à 6 pour 100 des indigènes sont lépreux. Les médecins dont le nombre ne dépasse pas 200, sont impuissants à lutter contre le fléau (1).
Tout récemment, Robineau a étudié la fréquence et la répartition de la lèpre dans les diverses colonies faisant partie de LA. O. F. (2).
Au Sénégal pour une population de 1.136.223 habitants, le recensement de 1925 accuse 1.587 lépreux, soit un pourcentage moyen de 1,39 pour 1.000. Les cercles oùla densité de la lèpre est la plus élevée sont ceux de Baol, 330, soit 1,91 pour 1.000; — de Matam : 212 lépreux, soit 2,12 pour 1.000 ; — de Ziguinchor : 237 lépreux, soit 6,58 pour 1.000. Le nombre des internés est infime.
Les lépreux de la Côte d’ivoire peuvent être évalués très approximativement à un millier. En 1912, une léproserie a été installée dans file Désiré, à 4 kilomètres de Bingervillo (fig. 223). Les malades y vivent dans des conditions satisfaisantes. Ils sont nourris, logés et peuvent se livrer à la pêche et à la culture de plantes vivrières. Ils reçoivent, chaque jour, les soins de deux infirmiers lépreux et une fois par semaine ils sont examinés par le médecin du poste voisin d’Abidjan. En 1925, cette léproserie abritait 107 lépreux dont 64 hommes et 43 femmes. La ségrégation est facilement acceptée par la majorité des malades. La colonie ne possède pas d’asile pour les enfants de lépreux.
Au Dahomey, pratiquement, aucun recensement des lépreux n’a été effectué, et il est encore impossible d’avoir actuellement la moindre donnée sur l’indice de la lèpre dans cette colonie.
La population lépreuse de la Haute-Volta, d’après les renseignements obtenus dans
(1) Sorel. Rapport lu à la Commission consultative de la lèpre au Ministère des Colonies, 12 mars 1932.
(2) Robineau. La lèpre en Afrique Occidentale Française et sa prophylaxie. Soc. de Path. exotiq., 14 oct. 1931, pp. 708-716.
DOMAINE GEO GRAPHIQ UE
les 8 cercles, soit sur une population de 2.712.892 habitants, a été estimée, en 1930, à 6.792, représentant un pourcentage de 2.50 pour 1.000. D’après Bordes, dans la région nord du cercle de Bobo-Dioulasso, il n’existe pas de village qui n’ait un à deux lépreux. La région du centre, avec le canton de Buendé, paraît la plus atteinte, avec 120 lépreux connus sur 10.000 imposables. Le nombre réel est certainement beaucoup plus élevé.
La lèpre dans la colonie du Niger paraît être rare ; durant la période 1927-1930, il n’a été enregistré que 25 cas.
Dans le Soudan au contraire, elle est fréquente dans tous les cercles administratifs. Le nombre total des lépreux recensés en 1925 fut de 7.761 et le taux d’endémicité semble devoir se rapprocher de 4,12 pour 1.000. Certaines régions paraissent être plus éprouvées. D’après un recensement partiel fait par Laigret sur les jeunes gens présentés au recrutement dans les cercles de Bamako et de Bougouni, la proportion des lépreux serait de 26 pour 1.000 chez les jeunes gens de 18 à 30 ans. — La gravité de l’endémie au Soudan n’est pas étrangère à la décision du Gouvernement français d’ouvrir un Institut Central de la Lèpre au voisinage de Bamako (voir fig. 225).
Dans la Gambie britannique : il y avait, en 1926, 100 cas reconnus de lèpre, soit 1,4 pour 1.000 (Wilson R ae).
En Sierra Leone, d’après L. Rogers, l’endémie serait fort étendue.
Dans la République de Libéria il a été ouvert, d’après Harley, une colonie de lépreux abritant, en 1929, 12 lépreux ; 150 lépreux y auraient reçu des soins dans les trois dernières années.
Le nombre des lépreux de la Côte de l’Or, en 1928, était évalué à plus de 5.000, soit une proportion de 2 pour 1.000 (Cochrane).
Dans la Nigeria britannique, d’après le recensement de 1921, le nombre des lépreux serait de 32.772, dont 19.413 hommes et 13.359 femmes, soit 3,2 pour 1.000. La région septentrionale est la plus contaminée ; d’après L. Rogers, le pourcentage monterait dans cette région à 5,2 pour 1.000. Oldriev, en 1927, porte le nombre des lépreux à 90.000, soit 4,7 pour 1.000.
Au Togo, le recensement des lépreux effectué en 1931 a enregistré 4.825 lépreux sur une population de 725.000 habitants, soit un pourcentage de 0,66 pour 1.000 (1). Dans le pays Kabré (N.-E. du Togo) dont la population est très clairsemée et fort inégalement répartie (de 300 à 11 habitants au kilomètre carré), la lèpre est endémique. H. de Mar queissac et IL Sohier, sur 109.061 indigènes recensés, de juillet 1931 à août 1932, ont dépisté 653 lépreux, soit un index de 0,59 pour 100.
Le Kameroun est l’une des régions où l’endémie est le plus sévère. D’après Robineau, en 1923, dans le cercle d’Ebolowa, il y avait 1.500 cas, soit l’énorme proportion de 130 pour 1.000. Au nord, dans le cercle de Garona, on connaissait 4.860 cas, soit 20 pour 100.
D’après le rapport de Ledentu sur la lèpre au Kameroun, communiqué à la Commission consultative au Ministère des Colonies (1932), 2.789 lépreux seraient connus pour une population de 639.250 indigènes visités, soit en chiffres ronds 0,5 pour 1.000. A ces 2.789 lépreux, il faut ajouter les 1.009 cas enregistrés dans la circonscription de Dschang, soit e total : 3.798 lépreux. Les 639.000 habitants passés en revue représentent à peu près le tie
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(1) Millous, extrait du Rapport annuel adressé au Ministère Français des Colonies.
de la population évaluée à 2 millions. L’inconnu qui pèse sur la circonscription de Dschang (très contaminée d’après Cartron) et sur la région du nord pourrait fausser les chiffres ; cependant, à titre d’indication, on croit pouvoir appliquer cet index à la totalité du territoire du Cameroun. Si ces vues sont exactes, le nombre des lépreux serait d’au moins 10.000 et
il est vraisemblable que la réalité dépasse cette évaluation de 2 à 4 milliers (voir lig. 23).
ENDEMICITE LEPREUSE
AU CAMEROUN
Afrique Équatoriale Française.
— La pénurie de médecins et d’hygiénistes, — au nombre de 62 seulement, dans cette vaste contrée (2.500.000 kilomètres), où la population est très clairsemée (3.218.000 habitants), — oppose au recensement les plus grandes difficultés. 11 semble toutefois, d’après Lecomte, que l’endémie lépreuse n’a pas beaucoup progressé.
Tout en faisant des réserves, on peut évaluer à 3.330 le nombre des lépreux de TA. E. F., soit un pourcentage de 1.08 pour 1.000. En ce qui concerne la sévérité de l’endémie, le Gabon doit être placé en première ligne ; vient ensuite, le Tchad et, enfin l’Oubangui-Chari et le Moyen Congo (1).
Congo Belge. — En 1908-1909, Coronisio signale que, dans la région nord-est de ce territoire, sur les confins de l'Afrique Orientale Britannique, la lèpre s’étend rapidement et qu’en certaines localités elle atteint le pourcentage de 200 pour 1.000. Campenhout confirme ces données en 1910 et en 1923 ; les chefs isolent les lépreux indigents et vagabonds dans quelques villages, mais ces mesures sont illusoires parce que le nombre des malades est trop grand, et que les Noirs ne consentent pas à se séparer de leur famille. D’après une communication de Cochrane, Chesterman évalue le pourcentage de la lèpre dans la circonscription de Yakusu à 10 pour 1.000. Matadi pense que la proportion des lépreux parmi les Bantous du Bas-Congo atteint 80 pour 1.000.
Angola. — - D’après Cochrane (1928), le pourcentage de la lèpre est évaluée à 5 pour 1.000 dans la circonscription de Bie, à 1, à 5 pour 1.000 dans celle de Loanda.
L’ancienne Afrique occidentale allemande serait indemne de lèpre.
Union Sud- Africaine Britannique. — - A la Ire Conférence Internationale de la lèpre (Berlin 1897), S. P. Impey a produit la statistique suivante : Colonie du Cap proprement dite : 812 lépreux ; — Griqualand oriental et territoires Transkéiens : 650 ; — Basutoland : 250 ; — Béchuanaland : 10 ; — - Natal : 200 ; — Etat libre d’Orange : 150 ; — République du Transvaal : 105. Total : 2.177 cas. Le même auteur donnait le nombre de lépreux admis, chaque année, à l’asile de Robben Island. Dans cette léproserie ont été internés de 1855, date de son ouverture, à 1897 : 1.948 lépreux dont 380 ont été libérés, 1.047 sont morts et 519 étaient encore ségrégés en 1897.
(1) Lecomte. Rapport sur la lèpre en Afrique Equatoriale Française. Commission consultative de la lèpre au Ministère des Colonies, 24 juin 1932.
DOMAINE GÉOGRAPHIQUE
Dans la Colonie du Cap, Gregory signale une forte extension ; alors que la statistique précédente ne porte que 812 cas en 1897, il en compte 2.282 dans la période de 1904 à 1906, avec un pourcentage de 1,81 pour 1.000 pour l’ensemble de la colonie et de 4,04 pour 1.000 pour la région occidentale où est située Captown, la capitale.
Mitchell a donné en 1924 les évaluations suivantes : Colonie du Cap : 385 ; - — - Territoires Transkéiens : 557 ; — - Transvaal : 754 ; — Natal : 393 ; — Orange : 151 ; total : 2.240. Si l'on ajoute au nombre 2.141, les lépreux qui sont internés dans les léproseries, 24 qui sont isolés dans leur propre demeure, 100 qui attendent leur libération, 905 qui sont libérés à titre d’essai, enfin 2.000 malades encore dissimulés, le nombre global des lépreux en 1924 dans l’Union Sud-Africaine était de 5.170 avec un pourcentage de 0,71 pour 1.000.
11 existe plusieurs léproseries dans l’Union. La léproserie Almora fut installée en 1855 à Robben-lsland dans de vieux bâtiments militaires. On remarquera la forte proportion de lépreux de race blanche internés dans cet asile. Ainsi, en 1906, il y avait, sur 651 lépreux, 107 Européens.
Les autres établissements de l’Union qui reçoivent des lépreux sont : l’hôpital de Prétoria (Transvaal) ; l’asile Amatikulu sur la côte septentrionale du Natal ; l'asile Emjanyana dans le district d’Engeobo en territoire Transkéien ; l’asile Mkambati dans le district de Lusikisiki dans le Pondoland ; l’asile Bochem à Pietersburg dans le Transvaal septentrional. Dans l’ensemble des asiles de l’Union étaient internés, en 1927 : 2.322 cas. D’après Mitchell vivaient à domicile en juin 1927 : 1.185 lépreux, dont 282 dans la colonie du Cap, 289 en territoire Transkéien, 303 au Transvaal, 250 au Natal et 61 dans l’Etat d’Orange. Ces lépreux étaient pour la plupart des libérés des asiles.
Au Basutoland, Bayon signale en 1913 un accroissement énorme de l’endémie ; dans les vingt-cinq années qui ont précédé cette date, le nombre des cas de lèpre aurait monté de 30 à 8 ou 900 cas. Cochrane, en 1928, admet l’existence de 1.000 à 2.000 lépreux, soit un pourcentage de 2 à 4 pour 1.000.
Au Nyassaland, d’après Oldrieve, le nombre des lépreux, en 1927, n’était pas inférieur à 5 à 6.000.
Dans la Rhodésia Septentrionale, Oldrieve évalue le total des lépreux à 6.000 ; en 1928, Cochrane donne le chiffre de 4.000 lépreux pour la Rhodésia Méridionale.
Au Tanganyika, L. Rogers évalue le nombre des lépreux à 11.480, soit 2,8 pour 1.000.
Au Kenya, la lèpre est en extension, elle atteint son maximum dans la circonscription de Kawirondo sur le lac Victoria et à la côte. Oldrieve donne le chilîre de 4.000 lépreux.
En 1928 le même auteur évalue le nombre total des lépreux qui vivent dans les colonies anglaises sud-africaines à 55.000, dont 20.000 dans l’Ouganda 12.000 au Tanganyika, 4.000 au Kenya, 500 à Sansibar, 5.500 au Nyassaland, 4.000 dans la Rhodesie du 8ud, 6.000 dans la Rhodésie du Nord et 5.000 dans 1 Union Sud-Afiieame.
Mozambique. — En 1925, dans la circonscription de Inhambane située au sud, 7.000 lépreux ont été signalés ; beaucoup se dissimulent. Une colonie pour oOO malades fut organisée ; mais à peine quelques mois s’étaient-ils écoulés que plus de la moitié des intéressés
s’était évadée.
Côte des Somalis. - La lèpre ne paraît pas être fréquente, dans les zones britannique, italienne et française.
Jeanselme. — La Lèpre.
L’endémie est plus ou moins intense dans les îles et archipels du Pacilique et de l’Atlantique, qui sont rattachés géographiquement à l’Afrique.
Madagascar (1). — La lèpre est partout présente dans la grande île, mais l’endémie n’a pas en tout lieu une intensité uniforme. Les provinces de l’Emyrne et le Betsiléo sont très éprouvés. La côte Nord-Ouest est aussi ravagée par la lèpre, surtout dans les régions riches et commerçantes, et particulièrement aux points où le trafic des esclaves africains, généralement pratiqué par les Arabes, était le plus actif (baie d’Ampasindava, baie de Baly, villages du Cap Saint-André). Les Sakalaves, qui occupent la plus grande partie du versant occidental de Madagascar, se sont mieux défendus contre l’extension de la lèpre. Ils la tiennent pour fort contagieuse. Dès les premiers symptômes, le lépreux est expulsé de son village et parqué dans une case spéciale où il vit séparé de sa femme et de ses enfants. La famille continue à assurer sa subsistance. Elle dépose des aliments devant la case d’isolement, mais sans y pénétrer.
Le tableau ci-joint, qui m’a été communiqué par le général Galliéni donne un aperçu de la répartition de la lèpre dans cette colonie, il y a trente ans :