I. — Plateau central
Provinces
Population
Nombre approximatif de lépreux
Indice de la lèpre
c Ville .
[ ananarive > ^
t Province .
Ankasobc .
Manjakandriana .
Miarinarivo .
Antsirabé .
Amliositra .
Fianarantsoa .
Totaux .
IL — Provinces côtières (2)
Provinces
Population
Nombre approximatif de lépreux
Indice de la lèpre
Majunga .
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Côte Est-Farafangana .
T otaux .
(1) Pour plus de détails sur le recensement clos lépreux et la lutte contre la lèpre organisée à Madagascar par le général Galliéni, alors Gouverneur de cette île, voir : E. Jeanselme, Ve Congr. Internat, de Dermatologie, t. 1. Berlin, 1904,. La lèpre en France et ses Colonies, ch. iii : Madagascar et Dépendances.
(2) Si l’on excepte la province de Farafangana, le recensement des lépreux de la région côtière est très incomplet. Ces chilïres peuvent être majorés de 50 pour 100.
DOMAINE GÉOGRAPHIQUE
De ce relevé qui est certainement très inférieur à la vérité, il résulte que, au commencement du siècle, le nombre des lépreux officiellement reconnus à Madagascar, dépassait le chiffre de 8.000, sur une population évaluée à 1.600.000 habitants.
Le gouvernement malgache ému des progrès du fléau avait prescrit des mesures d’isolement (Art. 67 du Code des 305 articles, promulgué en 1881). Mais ces sages prescriptions furent oubliées dans la suite et les lépreux se répandirent dans les agglomérations pour mendier.
Les missions norvégienne et anglaise avaient fondé plusieurs léproseries bien avant l’occupation française. Dans ces établissements le lépreux entrait et sortait à son gré. Dans quelques-uns même, la cohabitation des personnes saines et malades était tolérée.
« On peut donc dire que tout restait à faire au moment où le général Galliéini fut nommé gouverneur de Madagascar. Convaincu du rôle capital que jouent l’hygiène et la prophylaxie dans l’œuvre de colonisation en favorisant l’accroissement de l’élément indigène, son premier soin fut d’organiser l’Assistance Médicale. La lèpre qui compromet l’avenir de la race ne fut pas oubliée et, dès les premiers jours, la lutte fut résolument engagée contre le fléau. Aujourd’hui [1904], sur les 8.480 lépreux officiellement reconnus, 3.299 sont internés dans des léproseries nombreuses et bien aménagées qui appartiennent au gouvernement ou qui sont subventionnées et surveillées par lui (1) ». Actuellement, en 1932, le nombre des isolés est sensiblement le même : 3.005 (2).
D’après Thiroux (3), le service de santé de la colonie a évalué à deux reprises, le total des lépreux à 6.000, « sans d’ailleurs que cette estimation repose sur une base certaine ».
Il est certain que les croyances des indigènes jouent un certain rôle dans la dissémination de la maladie.
Chollat-Traquet rapporte qu’au nord-est de Fort-Dauphin, les indigènes sont persuadés que la lèpre n’est pas transmissible, aussi l’infection se propage-t-elle facilement. Par contre, la contagion est très redoutée par certaines tribus, et grâce aux mesures draconiennes prises à l’égard des lépreux, les cas de contamination y sont très rarement observés.
Comores. — - D’après les indications de Kermorgant, en 1906, il y avait dans les 22 villages visités, 166 cas de lèpre, mais le nombre réel était, pour le moins de 260 cas. A Mayotte, la lèpre est fréquente ; de même à Mohéli et à Anjouan (4).
Réunion. — D’après les chiffres officiels, il y aurait environ 600 lépreux dans cette île ; 50 sont isolés à la léproserie de Saint-Denis.
Maurice. — En 1928, Oldrieve évalue à 550 environ le nombre des lépreux vivant dans cette île.
Iles Rodriguez. — Petite épidémie consécutive à l’arrivée d’un pêcheur lépreux (voir
Seychelles. — D’après L. Rogers, en 1921, 7 cas étaient isolés dans la petite Ile
Ronde.
Açores. — L’endémie lépreuse y est peu intense.
Madère. — De 1830 à 1890, 224 malades furent admis à la léproserie de Funchal. La période comprise entre les années 1840 et 1861 est celle où les admissions furent les plus
(1) E. Jeauselme, l. c.
(2) Chiffre fourni par le Ministère des Colonies.
(3) Thiroux. La lèpre à Madagascar. Commission consultative au Ministère des Colonies, 1 J3-
(4) E. Jeanselme, Ve Congr. Internat, de Dermat., Berlin, 1904.
nombreuses, en moyenne 24 par an. Puis, elles tombèrent annuellement à une ou deux jusqu’en 1890. A cette époque, d’après Goldschmidt qui fut l’historiographe de l’endémie lépreuse dans cet île, l’indice de la lèpre était de 0,6 pour 1.000.
Canaries. — • L’endémie paraît avoir atteint son acmé en 1860 : à cette date, on comptait environ 600 lépreux dans l’archipel. Lentement, mais d’une façon continue, la lèpre a régressé à la lin du siècle dernier, mais elle n'est pas encore éteinte ; 35 lépreux sont décédés de 1901 à 1906. Léproserie à Las Palmas.
Europe
Dans ce continent, où la lèpre est en voie de régression depuis le Moyen-âge, il subsiste encore trois loyers dont l’un occupe le littoral méditerranéen, le second les pays Scandinaves et les États baltes, le troisième le Portugal.
Le premier couvre d’ilots plus ou moins cohérents le sud de l’Europe.
Foyer Méditerranéen
Grèce et Etats balkaniques. — Pour la Turquie d’Europe dont la superficie actuelle est fort réduite à la suite de démembrements successifs, toute évaluation même approximative est impossible. A Constantinople, Zambaco, Von Düring (1897), estimaient le nombre des lépreux à 5 ou 600. La situation ne paraît pas actuellement modifiée. Ce sont, pour la plupart, des Spaniotes, descendants des Juifs espagnols qui, expulsés par Ferdinand et Isabelle la Catholique à la lin du xve siècle, vinrent chercher un refuge en Orient. En 1928, Cochrane évaluait à 600 le nombre des lépreux répandus dans les territoires européens de la Turquie. Des cas rares et sporadiques sont disséminés sur le littoral de la Mer Noire.
La plupart des îles turques ou grecques, visitées par Zambaco, à la lin du siècle dernier, sont plus ou moins contaminées, notamment Samos (3 pour 1.000), Leros, Metelin, Lhio (1 pour 1.000), Télos. A Chypre, il y avait, à la même époque, une centaine de lépreux.
En Grèce, quelques cas de lèpre ont été reconnus à Mégare, Egine, Salamis en Eubée. La maladie règne dans la plupart des Cyclades et même dans les îles Ioniennes, surtout à Céphalonie, à Corfou, à Zanthe où, dans le seul village d’Agalas, Nicolas Mousakis compte une dizaine d’infectés.
Mais c’est en Crête que l’endémie est le plus accusée. D’après Milonojakis et Ehlers (1901), il y aurait dans cette île environ 600 lépreux. Le gouvernement hellénique y a installé à Spina Longa un établissement d’isolement où doivent être internés en principe tous les lépreux de la Grèce continentale et insulaire. Cependant il existe des léproseries régionales à Chio, à Samos, au Mont-Athos.
En 1928, Cochrane évaluait à 850 la totalité des lépreux du territoire grec, dont 600 en Crète.
De la Turquie et de la Grèce, la lèpre s’est répandue le long du littoral de la mer Noire jusqu’au Daghestan, province russe située au nord du Caucase, où la lèpre a été enregistrée tout récemment sur des montagnards n’ayant jamais quitté leur pays d’origine (1).
Mais c’est surtout vers l’Occident, dans les Etats balkaniques, que la lèpre s’est infiltrée.
(1) A. M. Lewis et P. S. Savinoff (Masion). Sovietsky Vestnik Dermaiologuii (Masion), t. IX, janv. 1931, p. 37-58.
DOMAINE GÉOGRAPHIQUE
En Bulgarie, l’infection est très discrète et seulement sporadique. Ala IIIe Conférence Internationale (Strasbourg, 1923) Béron pouvait dire qu’aucun cas nouveau n’avait été enregistré dans ce pays depuis la 11e Conférence (Bergen, 1909). On doit donc considérer que la lèpre dans ce pays est éteinte. Le nombre total des cas constatés depuis 1894 ne dépasse pas 20. Le fait tout récent, publié par Béron, n’est pas autochtone ; le malade atteint de lèpre tubéreuse s’est probablement infecté au contact de son frère revenu de Russie où il s’était contaminé.
La Yougo-Slavie, par suite des remaniements territoriaux consécutifs à la guerre de 1914 à 1918 a incorporé la Bosnie et l’Herzégovine où une statistique soigneusement dressée par Léopold Gluck avait enregistré 317 cas de lèpre en 1905, avec un indice de 1,80 pour 10.000 habitants. De 1904 à 1909, d’après Kobler 76 nouveaux cas ont été relevés. Ln mai 1926, le directeur général de la Santé Bublique déclarait que, dans tout le royaume, il n’y avait que 75 lépreux environ, dont la plupart en Bosnie et au Monténégro. Ces malades sont internés dans les petits asiles de Metkowitz et de Sarajevo. En 1925, 12 nouveaux cas ont été enregisrés, tous venant de l’ancien foyer bosniaque. En publiant ce document, de Souza-Araujo fait remarquer que certains de ces cas étaient déjà très avancés, ce qui permet de supposer que le nombre des malades est supérieur à celui qui est porté sur la statistique ollicielle. Recheljevitch estime qu’il y a en Yougo-Slavie 200 lépreux pour le moins. D’après Ehlers, 7 lépreux ont été découverts en Dalmatie de 1895 à 1900.
En Roumanie, la lèpre a été très bien étudiée. La statistique ollicielle (1897) exposée par Kalindero et Petrini comptait à cette date 208 malades ; Babes, à la 11e Conférence internationale (Bergen 1909), établissait que 551 cas avaient été reconnus durant la période 1903 à 1908 ; de ces 551 lépreux, 338 survivaient en 1909. Babes conclut de cette statistique que l’accroissement de la lèpre en Roumanie est considérable. En 1912, il admet qu’il y a 345 lépreux dans tout le territoire romain, dont 5 en Moldavie, 149 en Valachie, 132 en Oltenie et 59 en Dobroudja. En 1913, Stefanesco communique à Marchoux la statistique de la direction du Service Sanitaire de Roumanie qui enregistrait l’existence à cette date de 553 lépreux dans ce pays. L’examen de la carte de répartition montre que presque tous les cas de lèpre sont groupés en Valachie, que le sud de la Dobroudja et la Moldavie sont à peu près épargnés. De Souza Araujo a appris à Bucarest que, durant la grande guerre, les forces russes ont massacré les lépreux de l’asile d’Ismail en Bessarabie. L’annexion de cette province faisant partie de la Russie avant la guerre a sensiblement augmenté le nombre de lépreux de Roumanie. J’ai soigné à l’hôpital Saint-Louis un lépreux originaire de la Bessarabie.
En Italie, la Direction générale de la Santé reconnaissait, en 1923, l’existence de 166 lépreux, chiffre certainement très inférieur à la réalité. Car, d’après Mario Iruffi les seuls foyers de Sardaigne, de Sicile et de Ligurie donnent un chiffre déjà très voisin de celui-ci. Si l’on ajoute les foyers de Barese, de la Calabre et les nombreux cas disséminés spécialement en Vénétie et en Toscane (dont deux observateurs particulièrement compétents, Ach. Breda et Pellizzari ont noté l’accroissement), l’existence en Italie, d après Mario Truffi, de 250 lépreux est très vraisemblable.
Voici les chiffres successifs donnés par la statistique ollicielle depuis le commencement du siècle.
En 1913 : 212 cas dont 58 en Sardaigne ; — 36 en Sicile ; 55 en Ligurie ; 20 en
Apulie ; — 17 en Vénétie ; — 15 en Lombardie ; — 13 en loscane : / en 1 iémont ;
9 dans le Sud de l’Italie en dehors de T Apulie ; — • 2 en Emilie.
En 1926, 274 cas sont dénombrés. Plus récemment, Lévy donne des chiffres encore plus élevés : en Sardaigne, 38 cas ; — en Sicile, 36; — province de Bari, 29; — de Lucques, 13 ;
de Gênes, 25 ; —
de Naples, 11 ; — de Cosenza, 9 ; — de Florence, 8 ; — de Pise, 8
de Ferrare, 7 ; — de Milan, 7 ; — — d Imperia, 19 ; ■ — de Rome 7 ; — de Salerne, 6 ; — dans d’autres provinces 63 ; total = 291 cas.
Ronga, en 1929, évalue le nombre des cas à 340 dont 153 importés et 187 autochtones, recensés dans 46 provinces ; en 1930, le nombre des cas lut de 391 répartis dans 47 provinces. Par conséquent la lèpre s’accroît. Cependant, en Sardaigne, elle est en régression et stationnaire en Sicile. Un foyer très actif se trouve à Comaccliio (province de Perrare) où Bordoni-Uffreduzzi, en lOlO, a pu rassembler 20 cas. La Ligurie est aussi fortement contaminée ; Üevoto, en 1927, y a constaté 44 cas. Lu 1858 fut fondée à San Remo,parle duc de Savoie, une léproserie qui fut confiée à l’ordre des SS. Maurice et Lazare. Actuellement, elle est transformée en hôpital communal avec une section spéciale pour les lépreux (Bordoni-Uffreduzzi). Dans les Etats-Sardes, le nombre des cas de lèpre est assez élevé pour que Pino- Pinetti ait pu tout récemment faire l’examen du sang de 31 lépreux sardes dont 10 de formes anesthésique, 8 de forme tubéreuse, 9 de forme mixte et 4 au début (1). L’endémie est donc assez intense dans la région italienne voisine de la frontière française.
En Sardaigne, Rordoni-Uffreduzzi comptait 58 cas en 1910 ; Truffi retrouvait ce même chiffre en 1913 ; Radaeli a pu rassembler 67 cas en 1918.
La Direction générale de la Santé ne signale que 36 cas de lèpre en Sicile ; d’après son enquête personnelle, Mario Truffi considère qu’il y en a eu au moins 44, encore estnnet-il que ce chiffre est très inférieur à la réalité. Les provinces de Syracuse et de Messine sont les plus éprouvées ; le foyer endémique le plus important est celui de Pachino.
A Malte (colonie anglaise), en 1917, il y avait 220 cas officiellement connus, 29 à Gozo, la plupart dans des villages situés au nord de La Valette. En 1928, l’existence de 00 lépreux environ était vériliéc. L’internement obligatoire fut inaugurée en 1895. A l’asile Jugrerie, étaient isolés : en 1910, 81 lépreux ; — en 1917, 112 ; — en 1926, 63.
France. — En 1806, Valentin avait reconnu 1 existence de plusieurs familles entachées de lèpre à Vitrolles et sur l’étang de Berre ; en 1888, Ciiantemesse et Moriez ont attiré l’attention sur des épidémies locales observées dans les Alpes-Maritimes. En somme, de petits foyers s’égrènent le long de la côte méditerranéenne, prolongeant ceux de la Ligurie italienne et se reliant à l’Espagne.
Ehlers et Boinet, en 1901, estiment que, près de Marseille, autour de l’étang de Berre, il y a encore 2 ou 3 lépreux dans le vieux foyer qui comprend Martigues, Rognac et Vitrolles. Sur la Rivicra ils ont constaté la présence d’une trentaine de lépreux — exactement 28 — aux environ de Nice, dans la vallée du Paillon, à Peille, à la Trinité-Victor et dans les villages circonvoisins. Quelques lépreux habitaient à cette époque la haute vallée de la Tinée et le voisinage de la frontière italienne à Beaulieu, à Eze, à la Turbie, à Roquebrune, à Menton : c’est le reliquat, peu important d’ailleurs et en voie d’extinction de l’ancien foyer du comté de Nice.
En 1923, à l’occasion de la 111e Conférence Internationale (Strasbourg) Paul Vigne a fait une nouvelle enquête sur la lèpre dans la région provençale .Pour la ville de Marseille seulement, il estimait à une vingtaine de malades le contingent lépreux. Un seul était autochtone ; les autres d’importation étrangère. En mars 1929, Paul Vigne a porté la question à la tribune de l’Académie de Médecine. D’après lui, le nombre des lépreux existant à Marseille aurait doublé depuis la grande guerre, or 13 seulement sont hospitalisés. Mais il importe de remarquer que cet accroissement est uniquement dû à l’absence de barrière sanitaire elïicace à l’égard de l’importation et non au réveil du foyer autochtone des Alpes-Maritimes. Chargé en août 1929 par le Ministre de l’Hygiène de faire une nouvelle enquête sur la côte méditerranéenne, j’ai visité, avec Paul Vigne qui m’a prêté le
(1) Pino Pinetti. Giorn. Italiano di Dermat. e Si fil., ocl. 1931, pp. 1319 sq.
DOMAINE GÉOGRAPHIQUE
concours le plus utile, de nombreux villages situés sur les hauteurs qui dominent la vallée du Paillon et de ses affluents (Castagnier, Contes, Eza, Saint-Maurice, Peillon, la Turbie, Levins-Tourette, Yence) où, il y a quelques vingt-cinq ans, P Inspecteur départemental d’hygiène Barbary relevait six lépreux dont cinq appartenaient à la même famille. D’après mes recherches, le nombre des lépreux existant dans les Alpes-Maritimes, en 1929, était au minimum de 11. En 1923, P. Vigne et Boinet comptaient 10 cas et l’année suivante l’Inspecteur Barbary concluait d’une enquête à laquelle avait collaboré les médecins cantonaux d’hygiène publique, qu’il n’existait plus dans le département des Alpes-Maritimes qu’une douzaine de lépreux. Des 11 cas que j’ai pu réunir, 1 seul est P importation étrangère , les 10 autres sont autochtones.
« Cette survivance de la lèpre médiévale, écrivais-je dans mon rapport, ne s’observe que dans les lieux misérables, surpeuplés et sordides où l’endémie se perpétue par la contagion familiale. J’ai la conviction que de simples mesures d’hygiène, de propreté élémentaire, aurait une action certaine sur les petits foyers autochtones en supprimant les causes qui les alimentent. Cependant, j’estime que l’isolement serait bien préférable, car chez plusieurs de ces malades la lèpre revêt une forme ouverte ». En effet, des 3 malades originaires de la région de Nice, que j’ai longtemps soignés à l’hôpital Saint-Louis, 2 portaient des tubercules ulcérés et émettaient de nombreux bacilles de Hansen par leurs muqueuses nasale et buccale.
Zambaco a montré, à la fin du siècle dernier, qu’en d’autres régions de la France, la lèpre était méconnue plutôt qu’éteinte. En Bretagne notamment, abstraction faite de la syringomyélie, que Zambaco rattachait à la lèpre, il y a quelques cas de lèpre nodulaire sporadiques. J’ai eu l’occasion d’en observer un cas avec Hallopeau. Il était originaire de Grasse (canton de Guingamp) et était défiguré par un léontiasis des plus prononcé. Il était atteint d’un véritable jetage nasal dans lequel pullulaient les bacilles spécifiques. Ce malade était cultivateur ; il n’avait jamais été à la pêche sur la côte de l’Islande où plusieurs de nos marins se sont contaminés. Les recherches que j’ai effectuées sur place ne m’ont pas permis de découvrir l’origine de ce cas. Je n’en ai trouvé aucun autre à cette époque (1897) en Bretagne.
A ma connaissance, la lèpre autochtone est complètement éteinte dans le pays basque, en Auvergne et dans le Limousin où Milian avait signalé quelques lépreux (1) ; mais ils ont peut-être une origine espagnole et portugaise.
A Paris, il y a toujours un certain nombre de lépreux, dont j’estime le nombre à 200 environ ; tous sont venus de pays exotiques. L hôpital Saint-Louis en abrite quelquesuns en permanence. La Clinique de l’Antiquaille, à Lyon, a reçu 7 lépreux en 1932. Quelques cas de lèpre observés sur des étrangers ou coloniaux existant en permanence dans les grands ports français, notamment à Bordeaux et surtout à Marseille (voir page 110).
Espagne. Les recensements successifs ont donné les chiffres suivants :
En 1878 : 521 lépreux ; — en 1904 : 522 lépreux, dont 122 dans la province de Valence ; 117 dans celle d’Alicante 70 dans celle de Castille ; 67 dans celle de Malaga (2) ; — en 1914 : 898 lépreux, nombre que J. Azua considère comme se rapprochant le plus du total réel (3). Les cas sont répartis dans 33 des 49 provinces ; les plus atteintes sont : Valence (155 cas) et Alicante (137).
('1') Milian et P. Fernet, Un cas cle lèpre autochtone venant du Cantal. Bull, delà Soc. médic. des Hôpit. de Pans, 9 oct. 1908. — G. Milian, Pseudo-pelade et Lèpre autochtone. Ibid., 28 avril 1909. — Du Même, Lèpre du Cantal à
forme syringomyélique spasmodique. Ibid., 18 juin 1009. t
(2) J Francisco Tello, 11° Conf. Internat, de la Lepre, Bergen 1909, voi. II, p. 171.
(3) j! Azua, LaLepraen Espana, in Monnaie de Medicina Interna de Hkrnando y Maranon, t. II, p. 837, Madrid,! 9-0.
Les lépreux d’Espagne peuvent être classés en 4 groupes :
a) Groupe oriental comprenant les provinces de Castellôn, Valence, Alicante, et les Castilles ;
b) Le groupe andalou qui s’étend à toute l’Andalousie et Badajoz ;
c) Le groupe galicien qui occupe les quatre provinces galiciennes ;
d) Le groupe des Canaries où 79 cas sont répartis dans 25 villages.
Sampelayo et De BuEN,en 1923,
concluent qu’ à cette date il y avait en Espagne environ 1.500 lépreux dont 474 en Galicie. Covisa a observé, en 15 années de pratique à Madrid, 136 lépreux, la plupart à l’hôpital San Juan de Dios. De ce nombre, 30 pour 100 semblent avoir contracté la maladie hors de l’Espagne. Cet auteur est d’avis que la lèpre s’accroît actuellement dans le pays. Ramon Gonzales Médina pense avec de nombreux médecins espagnols que les formes à la phase initiale, monomorphes ou d’un diagnostic difficile, sont particulièrement fréquentes (1).
Un nouveau recensement, publié en 1929 par V. Gimeno Rodriguez Jaen, inspecteur des léproseries, n’accuse que 732 lépreux, mais cette statistique n’infirme pas l’opinion de ceux qui croient à la progression de l’endémie lépreuse, car cette statistique est donnée comme incomplète.
Le Portugal est 1 un des pays de l’Europe où la lèpre sévit avec le plus de violence. Elle ollre son maximum de fréquence dans le département de Lisbonne, dans la haute et la basse Beira, San Pedro do Sul, l’Algarve et l’Estremadure ; le département de Bragance est le moins contaminé. Le foyer autochtone, encore en pleine activité, est entretenu par l’importation de lépreux venant des colonies portugaises et surtout du Brésil.
11 n existe pas de statistique officielle digne de foi. Sur l’initiative de Bernardino Antonio Gomes (le vieux) fut entrepris, en 1820, un dénombrement qui accusa 1.553 lépreux en Portugal. Zeferino Falcao, auquel on doit de nombreux travaux sur la lèpre, adressa, à la lin du siècle dernier, un questionnaire à tous les médecins du Portugal en vue d établir le nombre des lépreux. Presque tous répondirent à la circulaire dont les résultats furent communiqués à la Ire Conférence Internationale de la lèpre (Berlin, 1897). Lu joignant aux cas signalés par ses confrères, ceux dont il avait personnellement connaissance, Falcao put réunir 466 cas. Mais il s’empresse de dire que le nombre réel est bien supérieur. D après A. de Rocha Brito, il serait même de 3.000 ; mais cette évaluation est généralement considérée comme excessive.
En somme, on a 1 impression que la lèpre est menaçante en Portugal et qu’aucune disposition n’a été prise contre elle.
Fig. 24. — Répartition des cas de lèpre en Espagne. D’après le recensement officiel de 1928 (P. Montais As, Revista médica de C'anarias, mai, 1932).
(1) P.amon Gonzales Médina, Les traitements actuels de la lèpre. Leurs résultats cliniques et biologiques, Aelas Derrnosifdiografias, nov. 1929, p. 132 et déc. 1929, p. 202. 1
DOMAINE GÉOGRAPHIQUE
Foyer Nordique Scandinavie et Etats Bcdtes
En Norvège, depuis 75 ans, se poursuit une vaste expérience qui démontre l’ellicacité de la prophylaxie humainement réalisée.
En 1856, date de sa mise en vigueur, on comptait dans ce pays : 2.833 lépreux ; en 1902 : 525 ; — - en 1907 : 428 ; — en 1923 : 140 (1). (Sur l’historique et les dispositions de la loi norvégienne, voir pp. 573 et suiv.).
Pour la première fois, depuis des siècles, il n’y eut en 1922 aucun cas nouveau. Le nombre des lépreux est devenu si minime que beaucoup de praticiens n’ont pas eu l’occasion de voir des cas de cette maladie (2) ; il résulte de la méconnaissance de cette infection par des médecins inexpérimentés qu’en moins de deux ans (1918-1920), 15 nouveaux cas ont été enregistrés en Norvège.
En Islande, la statistique officielle ne portait que 47 lépreux à la fin du siècle dernier. Au cours de deux voyages (1894 et 1895), Ehlers reconnut l’existence de 181 malades et estima le nombre total de lépreux existant dans l’île à 200 environ.
La loi islandaise concernant l’isolement des lépreux et leur confinement dans un hôpital public est entrée en vigueur le 14 février 1898. D’après cette loi, qui est analogue à celle promulguée en Norvège le 6 mai 1885, les médecins de district doivent adresser, chaque année, au médecin-chef des rapports sur tous les cas de lèpre existant dans leur ressort. Les malades qui ne se soumettent pas aux dispositions de la loi peuvent être isolés à l’hôpital. Ceux qui ne sont pas indigents peuvent s’isoler à domicile.
Une léproserie-hôpital, ouverte à cette date aux environs de Reykjavik, à Laugarnesi, contenait 50 de ces malades en 1898. Dansles26 années qui suivirent sa fondation (1898-1924), 143 lépreux de forme nodulaire et mixte et 61 de forme maculo-anesthésique ou anesthésique pure y furent admis (S. Bjarnhjedinsson).
D’après L. Rogers (1925), il y aurait quelques lépreux au Groenland. Au Canada, on a noté des lépreux provenant de cette terre.
En Suède, il y avait à la fin de 1907, 89 lépreux, la plupart originaires des provinces centrales, dont 49 étaient hospitalisés à la léproserie de Jârfo et 40 surveillés à domicile.
Grâce à ces mesures, en mai 1932, on constatait une diminution très sensible de la lèpre; il n’y avait plus que 37 cas dont 19 à Jârfo et 18 à domicile. Il est digne de remarque que 24 de ces 37 malades sont âgés de plus de 60 ans.
Il n’y avait plus, en 1927, que 32 cas de lèpre dont 12 à la léproserie de Jârfo et 20 isolés à domicile. La surveillance est exercée par Reenstierna.
En Finlande, d’après Axel Cedercreutz (1925) (3) la lèpre est en régression et les sujets atteints sont en général d’un âge assez avancé.
Depuis novembre 1904, une léproserie d’Etat pour 50 malades a été ouverte à Orivesi, non loin de la ville de Tammerfors. Sur le nombre total des lépreux qui est de 57, 2/ en 1925 étaient isolés à Orivesi. La plupart des autres malades habitaient dans la région méridionale du pays et en étaient originaires.
(1) H. P. Lie, IIIe Cunf. Internat, de la lèpre (Strasbourg, 1923). Comptes Rendus, 1924, pp. 50-53.
(2) H. Pie Lie, Acta Dennatologica, déc. 1920.
(3) Axel Cedercrentz, La lèpre en Finlande. Finska Làkareulskapets Handlingar, t. LX\I1, 192a (Résumé en allemand) .
Jeanselme. — La Lèpre.
Il n a pas été jugé utile d’imposer l’isolement obligatoire. Axel Cedecreutz demande qu il soit créé un Inspecteur particulier de la lèpre.
La Lithuanie, dans ses frontières actuelles, comprend le cercle de Memel qui, avant lu guerre mondiale, laisait partie de l’Empire d’Allemagne. Celui-ci y avait édifié une léproserie pour protéger sa frontière orientale menacée par la lèpre. En 1927, il y avait dans cet asile 15 lépreux; 2 malades recevaient des soins à domicile; un était en traitement à l’hôpital de Kovno.
Lu Lettonie, 1 endémie a atteint son plus haut degré en 1892, époque à laquelle le nombre des cas nouveaux fut de 38. Depuis 1899, se manifeste un retrait sensible. En 1908, 00 communes seulement étaient infectées alors qu’auparavant il y en avait 140.
En 1922, 39 malades portés « guéris » ont été libérés. Les individus qui. sont dans cette situation doivent se présenter pour examen tous les trois mois. Environ 210 lépreux sont en traitement dans les asiles de Riga et de Talsi. Dans la Livonie septentrionale, il y avait d après Etzold, en 1900, 320 cas connus ; en 1910, 204. Le nombre des cas nouveaux a été en 1923 de 37 ; — en 1924, de 16 ; — en 1925, de 15.
En Esthonie, se dessine depuis le commencement du siècle un mouvement de recul très accusé : en 1900, 554 lépreux ; — en 1914, 350 ; — en 1926, 236 ; — 1927, 226 dont
102 isolés alors que la maladie datait de moins de 3 ans. Pour l’année 1928, Paldrock donne le chiffre de 235, dont 213 internés dans les quatre léproseries d’Etatet 22 à domicile sous la surveillance médicale.
L’endémie dans l’île d’Osel atteignit son plus haut période en 1904. Dans les 16 années qui suivirent, elle décrût d un tiers ; quelques localités sont demeurées tout à fait indemnes Le nombre total des cas a été de 368.
DOMAINE GÉOGRAPHIQUE
La Russie, abstraction faite des républiques de l’Union Soviétiste situées en Asie (celles de l’Aserbeidjan, des Arméniens, des Bouriates, des Turcomans, des Mongols, etc.), possède en Europe plusieurs foyers, notamment sur le versant septentrional du Caucase, dans les territoires de Kouban et de Terek, dans le Daghestan, le long du littoral européen de la Caspienne et sur la Volga, dans le gouvernement d’Astrachan, dans l’Oural en particulier. Il existe aussi des lépreux dans le gouvernement de Cherson an nord de la mer Noire, dans la Bessarabie (incorporée à la Roumanie), dans l’Ukraine, dans le gouvernement de Léningrad... En 1926, Bortkewitsch évaluait à 879 le nombre des lépreux pour la Russie tout entière. Vladimirov donne le chiffre officiel de 1.500 cas pour l’Union soviétiste, mais à son estime il existe 10.000 cas.
En mars 1926, une Conférence tenue à Léningrad â projeté d’adjoindre aux trois anciennes léproseries : celle de Krutye Rutschji située dans le gouvernement de Léningrad, celle de la république de Yakoutsk près de la Lena et celle de Vladivostock, de nouveaux asiles en Ukraine, dans le pays des Turkomans, dans celui des Bouriates et en Mongolie.
En Pologne, d’après les autorités locales, la lèpre serait complètement éteinte. Cependant de Souza-Araujo fait des réserves et suppose que l’endémie peut encore couver dans les territoires polonais voisins des Etats Baltes et de l’Ukraine.
Dans les autres pays de l’Europe, la lèpre autochtone est totalement éteinte, à savoir: en Belgique, Hollande, Grande-Bretagne, Danemark, Allemagne, Autriche dans ses limites actuelles et Suisse.
Dans ce dernier pays, Galli Valleirio, en faisant une ascension, découvrit le petit foyer de lèpre du Guttet (1.334 mètres d’altitude) dans le canton du Valais. Il y avait alors 6 cas dont 4 de lèpre confirmée et 2 de lèpre suspecte. Il n’a pas été possible de tirer au clair l’oriefine de ce foyer. Résulte-t-il de la réviviscence d’un ancien foyer autochtone ? Les
3 derniers survivants de ces lépreux ont été internés à l’hôpital de Brieg (Valais) près de la frontière italienne. L’un de ces cas est récent, c’est celui d’une femme qui s’était mariée à l’un des lépreux (1).
Dans tous ces pays, il existe d’ailleurs des cas de lèpre importée provenant de leurs colonies ou d’ailleurs, en particulier du Brésil, de l’Argentine, des Antilles ou d’autres régions de l’Amérique Latine.
(1) Communication orale faite par le prof. Du Bois, de Genève, à H. G. de Souza-Araujo, Leprosy, Survey... Rio de Janeiro, 1929, p. 344.
Dans l’aperçu historique (pp. 60 et 61), se trouvent exposées les étapes successives qui ont conduit Armauer IIansen à la découverte de l’agent pathogène de la lèpre ainsi que l’application que A. Neisser a faite des colorants d’aniline à ce bacille, ce qui n’a pas peu contribué à établir sa signification étiologique.