VULGATE DE JEROME
Homo cùm fuerit in cute carnis ejus tumor [sëeth] vel inhaerentia [sappachath] , vel candor [bahéreth] et fuerit in cute carnis ejus tactum lepræ [nég‘a çara‘ath] ...
’Eàv t iv. yÉvr, toc. iv oéppa-i Xpojto; aÙTOÙ o ÙAr( ar,p ajta; Tr^auyf,;.
Homo in cujus cute et carne ortus fuerit diversus color sive pustula, aut quasi lucens quispiam, id est plaga lepræ...
Ainsi les mots hébreux sëeth, sappachath et bahéreth, rendus par tumor, inhaerentia et candor dans la version latine du texe hébreu, sont traduits dans la version des Septantes par o'S/Tj arpcc'jîxç TYjlxvyyjç (cicatrix signi), et dans la Vulgate par : diversus color sive pustula, aut quasi lucens quispiam.
Du chapitre XIII du Lévitique il résulte qu’il y a soupçon de « çara‘ath » s’il existe sur la peau une saillie ou tuméfaction, un état squameux ou une tache claire.
Le prêtre confirme l’existence de la « çara‘ath » et déclare le malade impur :
1° Lorsque la tache claire siégeant sur la peau, sur une cicatrice d’ulcère ou de brûlure, est déprimée et que son poil est blanc ;
2° Lorsqu’une tuméfaction blanche porte une ulcération et des poils blancs ;
3° Lorsqu’une lésion de la barbe ou du cuir chevelu est déprimée et porte des poils de nuance jaune d’or et plus courts ;
(1) En réalité, les soixante-douze membres du Sanhédrin d’Alexandrie ont fait effectuer la traduction des livres de Moïse.
(2) C’est une révision de la version italique ou Vêtus Italice faite d’après les Septantes, mais retouchée par Jérome pour la rendre conforme au texte hébreu.
INTRODUCTION HISTORIQUE
4° Lorsqu’une tache blanc-rougeâtre apparaît sur la tête chauve.
Le prêtre rejette, sans plus ample examen, la présomption de « çara‘ath » et déclare le malade pur, si la peau est couverte de taches blanche ou entièrement dépigmentée.
En dehors de ces cinq cas, le prêtre ne peut pas se prononcer, séance tenante, et doit mettre le malade en observation pendant deux périodes consécutives de 7 jours (1). Si, après chacune d’elles, le prêtre constate l’absence de divers signes caratéristiques ou l’état stationnaire de la lésion, il écarte le diagnostic de « çaiVath» et déclare que le malade est pur.
Toutefois, le diagnostic porté à première vue ou après observation n’est pas définitif ; il peut être révisé, s’il y a lieu, dans un sens ou dans l’autre. Ainsi, lorsque sur un sujet déclaré pur apparaissent des signes de certitude (dépression ou extension de la tache, poil blanc, chair vive, etc.), le sujet est soumis à un nouvel examen et, s’il est positif, le prêtre portera le diagnostic de çaroi'ath et déclarera le malade impur. Inversement, lorsque les signes caractéristiques disparaissent, par exemple, lorsqu’un ulcère se cicatrise, le malade auparavant impur est déclaré pur.
Pour décrire la çara‘ath des objets mobiliers et des maisons, le Législateur emploie exactement les termes dont il s’est servi pour caractériser la çara‘ath humaine. A l’une comme à l’autre les mêmes règles, les mêmes procédés d’investigation et de purification sont applicables. La çara‘ath des murailles peut guérit * (2) comme celle de l’homme : c’est donc une maladie. Enfin, après avoir exposé tout ce qui a trait à la çara‘ath, le Législateur ajoute dans une phrase dernière : telle est la loi relative à toute tache de la çara‘ath, au nétheq ou çara‘ath de la tête, à celle des vêtements, des maisons, aux tumeurs, aux dartres squameuses, aux taches brillantes... voulant ainsi marquer qu’il confond toutes ces espèces en un tout et qu’il ne fait aucune distinction, quant à la nature, entre la çara‘ath humaine et celle des objets inanimés.
Il faut donc que l’explication proposée du mot çara‘ath convienne à l’universalité de ses formes morbides ; on ne peut pas admettre des solutions partielles, différentes selon qu’elles concernent l’homme ou les choses.
Or la lèpre, on le sait, est une maladie exclusivement humaine. Par là-même, elle diffère déjà de la çara‘ath.
Parmi les types décrits dans le Lévitique, l’un d’eux a pour caractères des taches d un blanc éblouissant, déprimées et portant des poils décolorés. Ce syndrome ne correspond à aucune des formes cliniques de la lèpre. Dans le pemphigus lépreux, la cicatrice quelque peu déprimée peut être d’un blanc éclatant, mais elle est dépourvue de poils. La forme squameuse, la forme saillante et ulcéreuse de la çara‘ath sont trop sommairement décrites pour qu’on puisse essayer d’en discuter la nature.
En outre, que de lacunes dans les prescriptions mosaïques si elles visent la lèpre ! Pourquoi le Législateur ne signale-t-il pas l’insensibilité des taches et des extrémités, signe majeur connu de tous en pays léprogènes ? pourquoi s’applique-t-il à décrire des signes peu évidents et d’une observation délicate, tandis qu’il semble ignorer 1 iniiltration hideuse du visage, la raucité de la voix, les déformations et déviations des doigts... tous symptômes qui s’imposent à l’œil le moins averti.
La çara‘ath d’ailleurs a une évolution rapide puisqu’il sullit d’une ou deux périodes d’observation de sept jours pour qu’on puisse en constater les progrès. Contrairement à la lèpre, elle semble cantonner ses effets sur la peau et son pronostic est généralement peu
grave.
Il est vrai que l’homme atteint de çara‘ath est relégué hors du camp, qu il doit vivie
(1 ) Par exception, la période d’observation n’est que de sept jours, lorsqu’il y a doute au sujet d une lésion situee sur une cicatrice d’ulcère ou de brûlure.
(2) Nirja de la racine raja -= être guéri. — - Septantes : Ôn ’.iO'/j àçrj. — Vulgate ; reddita sanitate.
loin de ses semblables, la bouche couverte d’un voile et crier : Impur ! Impur ! pour avertir les passants de sa présence. Ces injonctions de la loi mosaïque ressemblent fort aux règles prophylactiques imposées aux ladres, en Occident, durant la période où la lèpre y régnait et ce rapprochement qui vient aussitôt à l’esprit conduit à se demander si ces mesures n’ont pas été suscitées, au temps de la Bible comme au moyen âge, par la même crainte : celle de la contagion. Après un examen plus approfondi, on arrive à cette conviction que la pratique de l’isolement procède à ces deux périodes de conceptions différentes. Si l’homme atteint de çara‘ath, signe visible du courroux divin, est relégué, c’est qu’il est impur, c’est qu’il est frappé d’interdit, de tabou si l’on veut, pour avoir gravement offensé Jeovah. Si le pauvre ladre dont parle nos chroniques est pourchassé et séparé des humains c’est, à n’en pas douter, par mesure prophylactique. Le secourir dans sa détresse est un acte méritoire, agréable à Dieu.
Le mot « tamé », qui revient si souvent dans les chapitres xm et xiv du Lévitique, veut dire « impur » et non pas « inoculable » et « contagieux ». Il est rendu dans la version des Septantes par ày^ocprog, dans la Yulgate par « immundus » qui ont le même sens. « Nég‘a » exprime l’idée de coup, de châtiment, d’une plaie dans le sens biblique du mot ; il est traduit par « y.y-n » dans les Septantes, par « plaga » dans la Vulgate, ou bien par des termes synonymes « pollutus » souillé, « contaminatus » touché. Les moyens de purifications prescrits par le Législateur ont bien plus un caractère religieux qu’hygiénique.
On peut donc écarter sans réserve l’assimilation de la çara‘ath et de la lèpre.
Notre tâche principale est à présent terminée, puisqu’elle consistait uniquement à chercher si le mot çara£ath désigne ou non la lèpre. Pour être complet, nous ajouterons qu’on a cru reconnaître dans la description de la çara‘ath un certain nombre de dermatoses, entre autres les taches achromiques très communes dans les races de couleur ainsi que la dépigmentation totale de la peau qui s’observe parfois chez elles, le vitiligo, le psoriasis, l’eczéma, le lichen, la morphée, la sclérodermie, la chéloïde, les teignes... Mais, à vrai dire, ce sont là des présomptions et non une certitude. La çara‘ath embrasse tout un groupe de phénomènes hétérogènes reliés entre eux par de vagues et grossières analogies.
Qu elle siège sur la peau de I homme, sur une étoffe ou une muraille, la çara‘ath offre ce caractère commun qu’elle progresse et s’étend. L’observation médicale à son enfance n aurait-elle pas pas confondu sous le même vocable des dermatoses, des taches de moisissures et des efflorescences de salpêtre ? C’est l’hypothèse qui semble le mieux s’accorder avec le texte (1).