DE L’INDE ANTIQUE
La « kushtha » ou lèpre est longuement décrite dans les Charaka et Susruta-Samhita qui sont les plus anciens monuments de la médecine indienne. Mais les opinions les plus divergentes ont été émises sur leur âge et les remaniements successifs qu’ils ont subis à
(1) Amin Gemayel. L’Hygiène et la Médecine à travers la Bible, 10 pl., Paris, 1932. — Dans cet ouvrage paru après la rédaction de 1 Introduction historique, l’auteur, sans fournir aucun argument nouveau, admet l’identité de la çara’ath et de la lèpre (pp. 37-38).
INTRODUCTION HISTORIQUE
diverses époques. Fr. IIessler faisait remonter l’Ayurveda de Susruta au xe siècle avant l’ère chrétienne, Wilson au ixe ou xe siècle, Wise à une époque indéterminée comprise entre le ixe et le me siècle avant J. -G. Mais la plupart des auteurs sont d’accord pour refuser aux deux grandes encyclopédies médicales une aussi haute antiquité. Celles-ci dateraient vraisemblablement des premiers siècles de notre ère. Or, un passage d’ARCHiGÈNE, qui vivait sous Trajan, nous apprend qu’à cette époque l’éléphantiasis, autrement la lèpre nodulaire, existait dans l’Inde (1).
Dans la description des symptômes, on relève: la perte de la sensibilité ; — l’aspect huileux et la tuméfaction de la peau ; — - l’existence d’éléments dont la bordure saillante encadre la portion centrale déprimée en apparence ; — enfin, la chute des derniers segments des membres.
L’énumération des signes dits précurseurs est tout à fait remarquable. Nul auteur, en Occident, à pareille époque, n’en a donné une aussi complète. Je la reproduis en respectant la forme concise du texte : absence totale de transpiration ou, au contraire, sueurs profuses ; — - induration de la peau ; — hypersécrétion huileuse ; — - perte de la couleur habituelle de la peau ; — sensation de démangeaison ; — douleur comparable à celle que produisent cent piqûres d’aiguilles ; — perte du sens du toucher ; — sensation de brûlure dans toutes les parties du corps ; — sensation de chatouillement ; — horripilation; — rudesse de la peau ; — chaleur du corps ; — sensation de pesanteur ; — apparition de tuméfactions sur le corps ; — - aspect permanent d’érysipèle ; — élargissement des pores de la peau ; - — douleur excessive dans une région du corps qui suppure.
Sur l’étiologie, je me bornerai à citer les deux passages suivants : Un enfant qui est issu de la semence contaminée et de l’œuf de scs parents affligés de la « kushtha » devra aussi être considéré comme un lépreux (kushthi). — La lèpre est une maladie hautement contagieuse.
Durant toute cette période, èXetpavnao'ts n a qu’un sens ; invariablement il désigne la lèpre nodulaire ou mixte. Deux vers de Lucrèce (2), un passage de Pline l’Ancien (3) attestent sa fréquence en Egypte qui semble avoir été son berceau ou, tout au moins, l’un de ses principaux loyers dans l’Antiquité.
Le fléau ne se répandit dans le monde gréco-romain qu’à une époque relativement tardive. Un médecin nomme Piiilon (4) affirmait que 1 elephantiasis était de date récente. Mais Plutarque (5) cite le témoignage d’ATHÉNÉDORE (6) qui, dans le premier livre de son ouvrage sur les Maladies épidémiques, écrit que 1 elephantiasis fut signalée poui la première fois au temps d’AscLÉPiDE (7). Les anciens ne nous ont rien appus sui 1 clé-
(1) Aet, Têlrab., IV, sermo I, cap. 122 (passage tiré iTArchigène).
(2) Lucrèce, De nat. rer., lib. VI, vers î 113—1 114.
(3) Pline l’ancien, Ilist. nat-, XXVI, 5. . .
(4) S’agit-il de Piiilon de Tarse, de Piiilon de Lahisse, de Piiilon le Juif ou d Alexandrie qui, tous, vécurent
entre le ier siècle avant ou le ier siècle après 1 ère chrétienne :
(5) Plutarque, Œuvres morales, Symp. qnaest., 1. VIII, quaest. IX, édit, gr.-lat. Didot.
(6) Il s’agit probablement d’ATHÉNÉDORE Cordylio, philosophe stoïcien né à Tarse ou il vécut pendant la seconde moitié du premier siècle de l’ère chrétienne, puis vint à Rome où il fut l’hôte et l’ami de Caton d Utique.
(7) Arclépide de Bithynie (124-96 av. J.-C.).
Jeanselme. — La Lèpre.
phantiasis, dit Rufus (1), mais il ajoute que Straton donne à ce mal le nom de cacochyme. Or, ce philosophe né vers 340 avant J.-C. mourut en 269.
Quoi qu’il en soit de ces divergences d'opinion sur l’âge auquel l’éléphantiasis apparut en Grèce, il est important de remarquer que le mot èAecp ocvRccniç ne figure dans aucun des traités qui font partie de la collection hippocratique. Galien, qui vivait six siècles plus tard, assure que de son temps cette maladie est commune en Phénicie et dans les autres contrées de l’Orient (2), et il croit que la « maladie phénicienne » d’ Hippocrate (3) n’est autre que l’éléphantiasis, mais il ne nous dit pas sur quoi il se hase pour soutenir
cette assertion.
Celse et Scuibonius Largus, d’après mes recherches, semblent les premiers qui, au temps de César et d’Auguste, emploient le mot éléphantiasis et, comme ils sont romains, ils ont de toute évidence emprunté ce terme à des auteurs grecs. Viennent ensuite, dans l’ordre chronologique : Dioscoride (ier siècle après J.-C.), Archigène (90-115), Pline le Naturaliste (23-79), Plutarque (50-120), Galien (130....), Rufus d’Ephèse, (ier -ne siècle).
Au temps de Celse (4), P éléphantiasis était presque inconnue en Italie. Cette maladie, au dire de Pline (5), y fut importée au temps de Pompée et le fléau s’éteignit rapidement.
Si la lèpre avait pris à Rome une grande extension, les jurisconsultes romains n’auraient pas manqué d’inscrire la lèpre à côté de la phtisie, de la fièvre intermittente, de l’ophtalmie, de l'aliénation mentale, sur la liste des maladies qui entraînent la rédhibition de la vente d’esclaves atteints de tares. Or, cette cause de rescision n’est pas indiquée au Digeste. L’Edit des Ediles et ses commentaires par Pomponius (ne siècle), Gaius (qui vivait sous les Antonins), Paul (sous les Sévères) et Ulpien (6) ne la mentionne point. De ce silence, on peut inférer avec vraisemblance qu’au ne et au me siècle après Jésus-Christ, sous les Antonins et les Sévères, la lèpre n’était pas endémique à Rome où afïluait pourtant un grand nombre d’étrangers et d’esclaves provenant de contrées léprogènes.
Cependant le fléau finit par s’acclimater en Italie et en Gaule. Soranus d’Ephèse, qui pratiquait la médecine sous Trajan et Adrien, se rendit en Aquitaine et traita fort habilement les maladies lépreuses qui y régnaient (7).
Quatre descriptions de l’éléphantiasis datent de la période gréco-romaine. La plus anciennement connue, celle de Celse, se réduit aux principaux symptômes objectifs. Ce mal, dit-il, affecte le corps tout entier, en sorte que les os eux-mêmes, à ce qu’on dit, sont altérés (8). Il signale : l’existence des taches et des tubercules (tumores) dont la teinte, d’abord rouge*, devient peu à peu plus foncée, — l’inégalité du derme qui est épais en un point, aminci dans un autre, rugueux et comme hérissé de squames ; — il note la tuméfaction de la face, des jambes et des pieds coïncidant avec l’émaciation corporelle. Quand le mal est ancien, poursuit-il, les doigts et les orteils sont masqués sous le gonflement et une petite fièvre apparaît qui consume l’homme accablé par tant de maux (9).
Pline l’Ancien s’inspire visiblement de Celse ou tout au moins d’un auteur où l’un et l’autre ont puisé. L’éléphantiasis, dit-il, débute souvent par la face, d’abord par des sortes de lentilles dans les narines. Bientôt elle se généralise à tout le corps. La peau est mouchetée de taches de couleurs variées ; elle est inégale : ici, épaisse ; là, amincie ; indurée
(1) Passage tiré des Œuvres iI’Ori base, trad. de Bussemakeh et Daremberg, t. IV, Paris, 1862, pp. 63-64.
(2) Galien, dit textuellement : « maladie phénicienne, celle qui est très commune en Phénicie et dans toutes les autres régions orientales. Ici, semble-t-il, c’est de l’éléphantiasis qu’il est question. »
(3) Hippocrate, édit. Littré, t. IX, p. 74, Prorrhétiq., 1. II, § 43 : f, voüuo; h cpotvixir xoùsousvti.
(4) Celse, De Medicina , 1. III, XXV.
(5) Pltne, Ilist. nat., XX, 52 ; — XXVI, 5.
(6) Digeste, 1. XXI, titre Ter, Edit des Ediles.
(1 ) Marcell., c. 19. — Mais ces al I ections lepreuses qui guérissaient facilement grâce à des préparations que Galien (de composil. medic. sec. loca. lib. I) nous a transmises, doivent-elles être considérées comme la lèpre véritable ?
(8) ... ita ut ossa quoque vitiari dicantur. — Celse est un polygraphe : peut-être ne connaissait-il la lèpre que de seconde main ?
(9) Celse, De re inedica, lib. III, cap. 25.
INTRODUCTION HISTORIQUE
en un autre point ou couverte d’une gale rugueuse. Vers la fin, la lèpre devient noire, elle applique les chairs sur les os et les doigts ainsi que les orteils se tuméfient (1). La mention de l’amyotrophie (et ad ossci carnes apprirnente [lepra]) donne à cette description toute sa valeur.
Ru fus, qui vécut peu avant Galien, fait un tableau saisissant de la lèpre nodulaire en poussée aiguë. Le léontiasis, dit-il, consiste en bosselures livides et noires, ressemblant surtout à des ecchymoses ; les unes siègent sur la face, d’autres aux bras, d’autres aux jambes ; il s’en développe beaucoup au dos, à la poitrine et au ventre. D’abord
non ouvertes, elles s’ulcèrent dans la suite de la manière la plus hideuse; puis l’ulcération
s’accompagne de tuméfaction des lèvres et d’une pourriture si profonde que, chez quelquesuns, les extrémités des doigts tombent et que les ulcères ne parviennent jamais à se cicatriser. 11 semble que c’est une maladie superficielle, parce qu’elle se manifeste au niveau delà peau, mais sa quasi-incurabilité nous suggère l’idée qu elle a une origine profonde (2).
Galien revient à maintes reprises sur les symptômes et les causes de l’éléphantiasis ’E/ecpseç, dit -il, est un mal qui rend la peau épaisse et inégale ; la peau et le blanc des yeux deviennent livides ; des extrémités des mains et des pieds, qui sont en extension, s’écoule une sanie livide et fétide (3)... Ce qu’on appelle ’E/itpag change tout à fait l’aspect de la face. Le nez devient camus, les lèvres sont épaisses, les oreilles amincies
et tout à fait semblables à celles d’un satyre (4).... 11 y a des maladies qui changent la
couleur de la peau : telles sont : a/cpoç xoù asvxyi xod sÀscpaç (5).
Galien nous fait connaître la division de la lèpre en six formes, ce sont : l’éléphantiasis, le léontiasis, l’ophiase, l’alopécie, la mutilation Ç/S£r,), l’état rugueux de la peau [lénpa). Il en donne les caractères principaux (6).
Celse, Pline, Rufus, Galien ne font qu’esquisser à grands traits le tableau de l’éléphantiasis ; Arétée de Cappadoce, qui vivait à la lin du premier siècle de l’ère chrétienne et au commencement du second, a donné de l’éléphantiasis une description qui est un modèle (7). Mais, pas plus que ses prédécesseurs, il ne signale ce symptôme subjectif, l’anesthésie des régions atteintes, connue même du vulgaire dans les contrées où l’éléphantiasis est endémique (8).
L’étendue de la description d’ÂRÉTÉE ne me permet pas de la reproduire. Je me contenterai d’en faire un bref résumé. Le début est insidieux : Le malade devient paresseux et il est en proie à la somnolence. Des poussées aiguës qui naissent d’abord dans les organes
iquc
qu'il taut abandonner tour espoir ae guérison, lorsque ni maiaaie s accroît, la respiration devient laborieuse et bruyante, des lésions des narines s’observent ainsi que di s altérations des yeux et du pavillon des oreilles. Arétée décrit avec exactitude le faciès léontiasique, la phase ulcéreuse des éléments nodulaires, la chute des poils, le prurit lépreux, les alté-
(1) G. Plinu, Nat. hist., XXVI, 5.
(2) Œuvres J’Oribase, trad. Bussemakf.r et Darembekg, t. IV, Paris, 1862, pp. 63-64.
(3) Gai.ien, Définitions médicales, édit. Gotl. Kühii, Lipsiæ, 1836, t. XIX, p. 346.
(4) Galien, De morb. causis liber, édit. Gotl. Kühn, Lipsiæ, 1824, t. VII, pp. 29-30.
ib. II, cap. XIII,
(5) Galien, ibid., t. VIT, p.
(6) Galien, édit. Gotl. Kühn, Lipsiæ, 1836, t. XIV. Jntroductio seu medicus, t. XIV, pp. 765-766.
(7) Aretaei Cappadocis, de causis et signis acutorum et diuturnorum morborum libri quatuor, lil in-fol., Oxoniae, 1723 (Edit. Boehhaave).
(8) Danielssen et Boeck ( Traité de la Spedalsked, Paris, 1848, p. 56) pensent que l’indolence [l’anesthésie] n’avait pas échappé à Arf.tée. Cela me paraît fort douteux. Voici comment il s’exprime : psXÉtov v/Aix ou îob) Papsïa /.ai xb'j avOowîrov àybéïi /.ai xà epu/.pà p.= X?a. Littéralement : une sensation de lourdeur accable chacun des membres du patient et même ses serments les plus minimes. C’est une allusion aux troubles de la sensation subjective. Arétée exprime plus loin la même idée : Chacun des membres paraît comme accablé par un poids et môme les plus petits sont alourdis. Mais, des troubles de la sensibilité objective, je ne trouve aucune mention dans la remarquable description d’AnÉTÉE.
rations delà surface cutanée qui est rugueuse et crevassée, couverte de croûtes impétigineuses. Les progrès du mal peuvent aboutir à la destruction du nez, à l’amputation des doigts et des orteils, et même de la main entière ou d’un pied, à la perte des organes génitaux. Car, avant d’atteindre le terme des cruelles souffrances qu’il endure, le malheureux mis en pièces assiste à la perte de ses membres. La gêne respiratoire peut être extrême : le lépreux suffoque alors comme s’il était étranglé par un lacet...
L'idée de contagion est la seule notion étiologique réelle qui se soit imposée à l’esprit des anciens. Vivre avec eux et prendre ses repas en leur compagnie est aussi dangereux, dit Arétée, que d’entrer en relation avec des pestiférés. Car l’infection se transmet facilement par l’air inspiré dans une atmosphère commune. Menacé d’un tel péril, qui ne les fuirait, alors même qu’il serait le père, le fils, le frère du malade ? Aussi beaucoup de patients sont -ils exposés sur les montagnes ou dans les régions inhabitées par des proches qui leur étaient chers. Quelques-uns subviennent pour un temps à l’entretien de ces malheureux. D’autres se comportent différemment ; ils les abandonnent sans ressources pour que la faim les en délivre. Les détails que Galien donne sur la vie matérielle et morale de ces réprouvés sont d’autant plus précieux qu’il raconte, en témoin oculaire, ce qu’il a vu dans sa jeunesse en Asie. Un homme, dit-il, atteint d’éléphantiasis continua de vivre dans la compagnie de ses camarades jusqu’à ce que l’un de nous fût contaminé. A ce moment, il exhalait déjà une odeur fétide et son aspect était hideux. On lui construisit donc une hutte proche du village, au sommet de la colline, près d’une source, et chaque jour on lui apportait sa ration alimentaire.
Pour guérir la lèpre, les médecins grecs conseillaient le régime, les exercices physiques, certains médicaments parmi lesquels la thériaque, mais surtout la chair de vipère à laquelle Arétée et Galien attribuent des cures merveilleuses.
— Ainpa est un mot bien antérieur à ’EXscpavnafrtç. Suivant la remarque judicieuse de Lorry, il est souvent employé au pluriel dans la collection hippocratique, comme s’il désignait, non pas une seule maladie, mais tout un groupe d’affections. « Les lèpres ». surviennent de préférence au printemps (1). Tantôt, elles sont continues, tantôt elles procèdent par poussées soudaines qui, naissant de la profondeur de l’organisme se répandent sur la surface cutanée sous forme d’éruption. La peau est rugueuse, inégale et squameuse. D’après Julius Pollux (2), grammairien du ne siècle de notre ère, Aér.pa viendrait en effet de Isitlç, écaille, opinion qui est généralement acceptée. Hippocrate rapporte un cas de « 'Ainpa » dont les principales manifestations (épaississement général de la peau et prurit intense) rappellent assez bien l’eczéma chronique ou le prurigo (3). On a cru reconnaître le psoriasis dans les poussées éruptives de la « lê-upy. » qui se disséminent sur toute la surface du corps et altèrent même les ongles (4). En général « ai AÉ-pat » figurent au nombre des maladies dont le pronostic n’est pas grave. « La lèpre (Iz-npx), le prurigo, le lichen, l’alphos, l’alopécie... sont plutôt des difformités (ahyoq) que des maladies » (5).
Cependant la « lênpa » prend parfois un caractère malin, et comme dans certains cas elle entraîne la rélégation de ceux qui en souffrent on a cru pouvoir faire de cette affection une forme de la lèpre proprement dite. Un passage d Hérodote (6) semble justifier cette interprétation. Ctésias (7), de la famille des Asclépiades, qui vécut longtemps en qualité
(1) Hippocrate, Aphor., sect. III, 20, édit. Littré. 1844, t. IV, p. 494.
(2) Julius Pollux, Onomast., IV, 25, Amstel., 1706.
(3) Hippocrate, édit. Littré, 1846, t. V, p. 208 ; — Epidémies, I. V. § 9.
(4) W illan donnait à la forme annulaire ou circinée du psoriasis le nom de Lepra vulgaris. On l’appelle parfois encore Lèpre des Grecs.
(5) Hippocrate, édit. Littré, 1849, t. VI, p. 246, Des Affections , § 35.
(6) Hérodote, I, 138.
(7) Ctesias, fragmenta, de rebus persicis, édit. Firmin-Didot, Paris, 1858, p. 153.
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de médecin à la cour du Grand Roi, nous apprend que le « le-poç » est appelé madyag chez les Perses et que nul ne peut l’approcher.
Vers l’an 282 ou 283 avant Jésus-Christ, l’Ancien Testament était traduit en grec par les Septantes. Dans cette version, le ternie « çara‘ath » est constamment rendu par « Xércfa », fort justement semble-t-il, car le mot hébreu et le mot grec paraissent avoir, à peu près, même signification. En effet, parmi les types de la « çara‘ath », il en est un qui est caractérisé par la rudesse et l'état squameux de la peau ( sappachath ) et un autre par des placards dépigmentés d’une blancheur éblouissante (bahéreth). La « lénpa » revêt aussi deux formes principales : l’une écailleuse, l’autre achromique. Plus tard, Jérome traduira de même, dans la Vulgate, le mot « çara‘ath » par le mot latin leprci.
Il n’est guère possible de préciser le sens exact du mot grec « lênpoc ». Pour Galien (in def.), entre « lénpx » et « ipc opx », il existe une grande allinité ; dans fa première de ces deux affections, le prurit est plus violent et la psore ne serait qu’une lèpre atténuée. Toutefois, si la lèpre se cantonne dans la peau, tandis que l’éléphantiasis envahit tout l’organisme, l’une et l’autre procèdent du même vice humoral. Parlant d’un homme atteint d’éléphantiasis, qui avait été amélioré par la vipère, Galien dit : il devint lépreux (hn ptâr,ç
èysvczo) (1).
— ’AXtpôç, y.eXaç, a evxY], léitpoc sont souvent associés, sinon confondus. D’après Galien (De causis sympt ., lib. III, cap. 58 et Method. med., lib. XIV, cap. 17), l’éléphantiasis peut succéder à la leucé et réciproquement. Hippocrate range la leucé parmi les affections les plus graves ( Prorrhetiq ., lib. II, 543) ; il la rapproche de la maladie phénicienne que Galien assimile à l’éléphantiasis.
Celse (2) donne de ces différents termes les caractères différentiels suivants :
« Le vitifigo n’est nullement dangereux, mais il est d’aspect repoussant et hideux. Il y en a de trois espèces. Celle qu’on appelle aAcpcç est de couleur blanche, un peu rude au toucher, discontinue, et ressemble à des gouttes dispersées, parfois elle s’élargit et après un temps d’arrêt elle s’étend. MéXaç diffère de l’espèce précédente par sa couleur noire semblable à une ombre ; quant au reste, les symptômes sont les mêmes. A ïby.n ressemble à àX<pog, mais elle est plus blanchâtre ( albida ) et descend plus profondément ; dans cette espèce, les poils sont blancs et semblables au duvet. Toutes ces variétés gagnent de proche en proche, tantôt vite, tantôt avec lenteur. Alphos et Mêlas, en des temps variables, naissent et disparaissent, Leucé n’abandonne pas facilement le territoire qu elle a envahi... »