‹ La lèpreChapitre 32 sur 144 · Bacilles anaérobies : Ducrey ; — Campana ; — Serra · texte numérisé non relu

Bacilles anaérobies : Ducrey ; — Campana ; — Serra

D’après Marchoux, les microorganismes qui ont été cultivés dans la lèpre peuvent être répartis dans les groupes suivants :

1. Bactéries qui, dans les cultures, ne sont pas acido-résistantes, ou seulement temporairement, ou qui sont quelquefois acido-résistantes, cultivant soit en aérobiose, soit en anaérobiose. L’absence d’acido-résistance ne doit pas faire rejeter l’hypothèse d’un germe lépreux ; certaines des bactéries qui ne sont pas acido-résistantes dans les cultures, le sont dans les tissus. Les inoculations expérimentales faites avec ces cultures, donnent des résultats fort douteux. A ce groupe, appartiennent les tentatives de culture de : LIansen ;

— Rare ; — Kantiiack et Barclay ; — Campana ; — Ducrey ; — E. Levy ; — Spronck ; — Babes ; — Barrannikow ;• — Carrasquilla ; — van IIoutum ; — Zenoni;

— Gjubert ; — Rost ; — Serra ; — -Bordoni-Uffreduzzi ; — Gianturco ; Czaplewsky.

2. Bacilles qui ont des caractères pléomorphiques ; il n’est pas possible de dire s’ils appartiennent à une espèce unique ou à plusieurs ; Teich ; — Kedrowsky ; — Ref.nstjerna.

3. Formes qui appartiennent au groupe des Streptothricées et sont plus ou moins acido-résistantes à certaines périodes de leur évolution : Kedrowsky ; — Bayon ; — Rost ;

— Williams ; — Wolbach et Honeij.

4. Un groupe de bactéries, qui ont le caractère de bacilles et sont plus ou moins acidorésistants. À ce groupe, appartiennent les microorganismes de Clegg ; — Currie ; — Brinckeriioff et Hollman ; — Musgrave et Clegg ; — Duval; — Marchoux; — Twort. En faveur de la spécificité de ce groupe de germes, Clegg fait valoir la séroréaction positive obtenue avec l’antigène provenant de ces cultures. Marchoux, au contraire, dit que cette réaction ne démontre pas la spécificité, car on peut enregistrer des résultats positifs avec la lèpre des Rats et avec la plupart des bacilles acido-résistants pathogènes ou non pathogènes. Marchoux fait remarquer que certains expérimentateurs sont parvenus à obtenir une prolifération sur différents milieux ; à ce groupe, appartiennent les tentatives de Neisser, Bezançon, Griffon et Leredde, Emile-Weil, Ch. Nicolle. Dans l’essai de Neisser, la culture doublait environ la grosseur des fragments de tissu lépreux ensemencés sur œuf Cuit. Bezançon, Griffon et Leredde, après inoculation de fragments de lépromes sur gélose au sang obtenaient quelques petites colonies blanchâtres et opaques de bacilles acido-résistants, mais qui ne pouvaient pas être réinoculées. Emile-Weil a cultivé sur jaune d’œuf des bacilles acido-résistants. Ch. Nicolle, en exprimant le suc de tubercules récents sur milieu Novy-Neal, a constaté des colonies dans l’eau de condensation des cultures. La réinoculation fut négative. Dans ces différents essais, ajoute Marchoux, il semble que le bacille de la lèpre a multiplié sur le tissu lépreux ; lorsque l’aliment adéquat a été consommé, la croissance s’arrête et la culture ne peut plus reprendre son développement, même si on lui fournit un nouveau fragment du même tissu ; il est vraisemblable qu’il s’agit réellement du bacille de la lèpre, car ces observations sont tout à fait concordantes. Par contre, il faut faire, à l’égard d’autres tentatives de culture, d’autant plus de réserves que le nombre et la diversité des germes sont plus grands ; que la culture est plus facile et les caractères différentiels par rapport au bacille de la lèpre sont plus accusés (Mar-

choux, Fraser et Flechter). On doit peut-être encore compter parmi les cas positifs, les constatations de Reenstjerna, de Tamiya, Kedrowsky et Biehler.

F. de Mello et J. Cabral (1926), après avoir donné une classification des germes trouvés dans les tissus lépreux, qui est analogue à celle de Marchoux, rendent compte de leurs propres expériences. Ils ont ensemencé, des fragments de lépromes sur les milieux de culture les plus divers : œuf liquide ; — pomme de terre glycérinée ; — pomme de terre glycérinée additionnée de sang humain ; — gélose-sang ; - — gélose sérum humain ; — gélose-sérum de lépreux ; — gélose-poisson-lait ; - — gélose-placenta ; — gélose-ascite, etc. L’examen des cultures faite du 30e au 60e jour après la mise à l’étuve à 37° a été constamment négatif. Ayant constaté que le bacille de FIansen peut se conserver pendant deux mois sans changement de forme dans les tissus lépreux ensemencés dans quelques milieux, ces auteurs se sont demandés s’il ne serait pas cultivable sur tissu humain. Ils ont donc inoculé une émulsion de léprome sur des fragmennts prélevés aseptiquement immédiatement après la mort et conservés en Ringer Locke (foie, rate, rein, ganglion lymphatique, peau). Tous ces tissus ensemencés demeurèrent stériles.

Les récentes recherches de N. Y. Greco (1928), établissent la longévité du bacille de la lèpre. Il peut conserver son aspect normal jusqu’au 295e jour et même plus de deux ans, en particulier sur des fragments de lépromes. L’âge du nodule et le traitement suivi par le sujet jouent un certain rôle dans le développement du bacille.

H. C. de Souza-Araujo (1928), a ensemencé sur bouillon glycériné un léprome en période de croissance. Au 15e jour, il se forma un petit dépôt, le liquide resta clair. L’examen du dépôt montra des bacilles acido-résistants et non acido-résistants ainsi que des filaments ramifiés. Des repiquages sur agar, sur bouillon et sur pomme de terre additionnée de 5 pour 100 de glycérine donnèrent peu de bacilles, mais des filaments plus nombreux. Dans des réinoculations ultérieures, ne se trouvèrent que des fdaments ayant les caractéristiques de l’actinomyces. Des fragments de lépromes contenant beaucoup de bacilles furent aussi ensemencés sur agar glycériné. Il ne fut pas possible de réaliser de réinoculation. Des prélèvements sur ces fragments de léprome, faits du 60e au 120e jour, ne montrèrent que des bacilles acido-résistants. Les mêmes constatations avaient déjà été faites dans quatre autres cas de lèpre. L’auteur ajoute que les filaments sont le plus typiques sur agar pur; sur agar glycériné, les cultures sont d’un jaune-orange. Dans les deux milieux nutritifs se forment des colonies qui envoient des traînées rayonnantes et produisent un trouble. La surface de l’agar glycériné et de la pomme de terre se couvre de spores caractéristiques, blanches, couleur de craie. L’auteur donne la description détaillée des cultures sur différents autres milieux.

En 1929, ont été publiés les résultats des tentatives de cultures de E. L. Walker, Giordano, Kulesa, Kornel, E. A. H. Friedheim, Timofejewsky, K. Shiga, Taiji Nojima.

Les recherches de E. L. Walker, faites à Llonolulu, ont porté sur 194 lépreux ; 607 prélèvements ont été faits pour ensemencer 2.363 tubes. Tous les milieux usités pour la culture des bactéries, des spirochètes et des protozoaires ont été mis à contribution. La conclusion principale que l’auteur tire de ses expériences, c’est que les différentes formes cultivées, cocci, diphtéroïdées, bacilles, fdaments mycéliens, seraient les étapes du cycle d’une seule bactérie qu’il range parmi les actinomyces. Si cette vue est juste, elle rendrait compte de la diversité que l’on constate dans les cultures, dans les propriétés acido-résistantes, dans la difficulté de l’inoculation expérimentale. L’auteur pense que la forme bacillaire avec acido-résistance chez le lépreux est l’état que le germe prend dans les tissus.

Or, ce sont en général des germes morts, ce qui expliquerait pourquoi ils ne donnent des inoculations et des cultures qu’à titre occasionnel. Les relations qui existent entre la variété d’actinomyces cultivée et le bacille de la lèpre seraient indubitables. Les examens de terre provenant des régions les plus diverses de l île Oahu ont démontré que cette sorte

d’actinomyces existait, ordinairement en petite quantité, mais parfois en quantité surabondante, dans 98 pour 100 des 50 analyses qui ont été faites. Par conséquent, la lèpre devrait être considérée en premier lieu comme une infection liée au sol dans lequel le parasite se trouve occasionnellement. L’infection serait ou médiate ou immédiate ; elle résulterait le plus souvent, de la pollution d’une plaie par de la terre qui contient le germe lépreux. Celui-ci est répandu par toute la terre, mais inégalement et ne devient pathogène que fortuitement. Si l’agent pathogène de la lèpre réside dans le sol, poursuit le même auteur, on comprend pourquoi dans les contrées où la lèpre est endémique les premières manifestations se localisent aux pieds, pourquoi cette infection atteint de préférence les populations paysannes, par exemple, celles de Hawaï, de Malte, de la Bosnie et des Indes, tandis qu’elle est rare dans les villes malgré l’afïlux des lépreux... Cette conception de Walker va à l'encontre des notions qui jusqu’à présent paraissent les mieux établies, car la plupart des léprologues estiment que la lèpre est une maladie exclusivement humaine, sans attache avec le sol, et qu’une enquête bien conduite permet d’attribuer l’origine d’un nouveau foyer endémique à l’arrivée d’un lépreux dans la région.

Depuis 1924, T. Nojima s’elforce d’obtenir des cultures pures du bacille de la lèpre ; il y serait enfin parvenu (1929). Comme milieu, il emploie le bouillon ou l’agar glycériné avec extrait alcoolique d’os nécrosé lépreux, le bouillon ou l’agar glycériné avec extrait alcoolique ou extrait éthéré de peau de nodules lépreux, l’agar-sang de nodules lépreux, l’agar-ascite de lépreux, l’agar sérum-sanguin de lépreux, le milieu de Petroff, la pomme de terre. Au bouillon, fut encore ajoutée une faible quantité de peptone, de glycérine, de lécithine, de cholestérine, d’extrait de pomme de terre, de jaune d’œuf, etc.

La morphologie des bacilles subit des variations plus ou moins grandes qui sont en rapport avec le matériel d’inoculation ; d’une façon générale, ils affectent à peu près les mêmes formes que dans les tissus.

Les bacilles cultivés sont acido- et Gram- résistants. Dans les préparations colorées existaient un ou deux corpuscules, ronds ou ovales, de teinte bleu noirâtre ou noirâtre, à l’intérieur du corps du bacille. La signification de ces corpuscules n’est pas encore connue. Les bacilles de la lèpre cultivés ont une action plus toxique sur la souris et sur le cochon d’Inde que les bacilles provenant des tissus lépreux (1). Les bacilles acidophiles cultivés par l’auteur seraient indubitablement des bacilles de la lèpre et leur emploi comme antigène donnerait 100 pour 100 de résultats positifs, avec le sérum des sujets atteints de lèpre nodulaire.

Sur pomme de terre ou agar glycériné mélangé avec du sang de lépreux, se produit une membrane qui enveloppe le fragment de nodule lépreux ; puis, la multiplication des bacilles se fait à l’intérieur du nodule lui-même.

L’auteur a cherché quelle est la « résistibilité » de ce qu’il appelle le « bacille de la lèpre » à l’égard des désinfectants : il a constaté qu’il se développe dans tous les milieux, sauf ceux qui contiennent de la potasse ou de la soude à 1 pour 100, ou du rivanol à 1 pour 1.000.

En fait de culture, il est une cause d’erreur qui doit toujours être présente à l’esprit, c’est l'association possible du bacille de Koch avec celui de Hansen. Cette coexistence est loin d’être rare, et l’on peut cultiver le germe de la tuberculose croyant cultiver celui de la lèpre. L’inoculation au cobaye ne résout pas toujours la question ; car l'injection de produits lépreux ou de cultures obtenues en partant de ceux-ci, peuvent provoquer chez l’animal, au point d’inoculation, des foyers et des abcès, mais jusqu’à ce jour il n’a pas été possible de réaliser expérimentalement une infection généralisée.

Melcher et Ortmann (1885-1886) ont introduit dans la chambre antérieure de l’œil

(1) D’après le résumé allemand du travail japonais : die gezüchteten Leprabazillen wirken gegen Maüse und Meers Schweinchen gifter als die Leprabazillen in den Geweben.

d’un lapin un fragment de léprome ; l’animal mourut au 300e jour. Outre les lésions oculaires, on constata, sur les plèvres et la surface des poumons, une éruption de nombreux nodules d’un blanc jaunâtre, ayant le volume d’une tête d’épingle. Sur le feuillet pariétal du péricarde, on remarquait des infiltrats durs et nombreux ayant le diamètre d’une lentille. L’année suivante (1886), les mêmes auteurs pratiquèrent la même expérience sur deux lapins avec des produits lépreux delà même origine. Les animaux moururent quatre mois après l’inoculation : presque tous les organes étaient parsemés de nodules. Se basant sur l’examen microscopique de ces trois lapins, Melcher et Ortmann crurent avoir réalisé une infection lépreuse généralisée. A. Hansen et Looft qui ont examiné leurs préparations, considèrent que l’infection transmise aux lapins n’est pas de nature lépreuse. Klingmüller qui a aussi examiné les préparations de Melcher et Ortmann conclut que les manifestations observées chez les lapins sont attribuables à la tuberculose. Ses arguments sont: 1° le passage facile de l’infection de lapin à lapin ; - — - 2° l’étendue des lésions ulcéreuses ; — 3° la disposition des bacilles qui ne sont pas rangés côte à côte en paquets ; — 4° la fréquence des bacilles incurvés à un degré qu’on n'observe pas dans la lèpre. Il y a tout lieu de croire que les lésions constatées relèvent d’une tuberculose généralisée, d’autant plus qu’il n’a pas été fait d’expériences de contrôle pour exclure cette hypothèse.

En 1901, j’ai fait quelques expériences, restées inédites, qui montrent avec quelle prudence il faut interpréter les résultats des cultures obtenues en partant de produits lépreux. Le sujet était un jeune homme atteint d’une forme mixte. Depuis plus d’un an, une nappe ulcérée s’était développée sur la voûte palatine et l’isthme du gosier. A la suite d’une poussée récente de conjonctivite, de kératite et d’iritis doubles, était apparue une masse ganglionnaire le long de la chaîne, sterno-mastoïdienne gauche. Lentement elle se ramollit et quelques semaines plus tard, je retirai par ponction 20 centimètres cubes d’un pus extraordinairement épais, très visqueux, grisâtre, homogène et brillant, caractères objectifs qui sont bien ceux des collections d’origine lépreuse. Ce pus contenait des boules ou peletons constitués par 5, 10, 25, 30 bacilles étroitement intriqués et des bacilles isolés. Des tubes de sang gélosé furent ensemencés. Le trente-troisième jour, apparurent sur ce milieu de petites cultures contenant des bacilles acido-résistants. Un moment, je pus croire que j’avais cultivé le bacille de la lèpre ; mais un cobaye, inoculé avec la culture, devint tuberculeux. Un de ses ganglions excisé montra au microscope des nodules tuberculeux typiques et la réinoculation de ce ganglion à un autre cobaye détermina chez lui la tuberculose. Trois gouttes du pus lépreux ganglionnaire conservé à l’étuve, furent injectées dans la chambre antérieure de l’œil d’un lapin : 17 jours après, commencèrent à poindre deux petits tubercules dans le champ pupillaire ; 21 jours après l'inoculation, ils ont acquis un volume notable.

Récemment (1), M. Ota et S. Sato sont revenus sur cette question. Ils ont obtenu des cultures de bacille de Koch, dans un cas, en partant d’un léprome typique provenant d’une lépreuse, dans un second cas, en essayant de cultiver le bacille de lèpre en ensemençant un ganglion axillaire d’un lépreux qui était atteint de tuberculose pulmonaire. Bien que la glande, dont la coupe était de couleur jaune foncé, présentât l’aspect typique des ganglions lépreux, elle donna naissance, 15 jours après l’ensemencement par la méthode de Sumiyoshi (traitement de tissu ganglionnaire par une solution d’acide sulfurique à 5 pour 100), à des colonies non pas de bacilles de Hansen, mais de bacilles de Koch, sur tous les milieux de Petroff, au nombre de 10. Ce fait est conforme à ceux qui ont servi de base au rapport de LI.-P. Lie (1911) (2).

La présence du bacille de Koch dans un ganglion lymphatique sur un lépreux est

(1) M. Ota et S. Sato, Soc. de Biol., 4 juill. 1931, t. CVII, p. 1064.

(2) H. -P. Lie, Archiv für Dermat., t. CVII, année 1911, p. 3.

de nature à jeter quelques doutes sur le résultat de la ponction ganglionnaire faite en vue du diagnostic de la lèpre. Si les bacilles acido-résistants ne se présentent pas en amas typiques (paquets de cigares ou globi), il ne faudra conclure qu’après s’être assuré que les bacilles ne sont pas inoculables au cobaye, ce qui ne permet pas un diagnostic immédiat.

Le mucus nasal des lépreux peut aussi contenir des germes de tuberculose comme cela résulte des recherches suivantes.

Etant donnée la grande réceptivité du tissu lymphatique pour la lèpre, C. Ninni et T. de Sanctis Monaldi (1) ont pratiqué l’moculation de produits lépreux dans les ganglions lymphatiques cervicaux du cobaye (technique appliquée par l’un d’eux à l’étude de la tuberculose).

Du mucus nasal, très riche en bacilles de Hansen, a été inoculé à des cobayes par voie ganglionnaire. Il se produisit une hypertrophie de la glande inoculée jusqu’au 30e jour, puis elle a régressé et repris son volume normal du 90e au 120e jour.

Au 25e jour : les ganglions avaient acquis le volume minimum d’une noisette. Tous les ganglions de la chaîne latérale cervicale, ainsi que les axillaires et les trachéo-bronchiques ont quadruplé de volume. Aucune autre lésion, sauf de la congestion du foie et de la rate, n’est signalée.

Au 45e jour, on observait une hypertrophie ganglionnaire moyenne avec quelques zones punctiformes de nécrose dans les ganglions inoculés. Les poumons étaient congestionnés, la rate triplée de volume et les corpuscules lymphoïdes étaient bien visibles.

Au 60e jour, on constatait l’hypertrophie du système lymphatique avec caséification centrale des ganglions inoculés. D’autres lésions sont mentionnées • stéatose du foie ; rate triplée de volume, avec quelques rares et g vos nodules non caséifiés ; poumons congestionnés avec de rares et très fins tubercules translucides.

Au 90e jour, l’autopsie ne montre rien d’anormal, sauf une très légère hypertrophie des ganglions inoculés et de la rate.

Les ganglions inoculés contenaient de nombreux bacilles acido-résistants jusqu’au 4e jour. Dans la suite, leur nombre a rapidement diminué et, au 90e jour, les expérimentateurs n’ont pas pu en mettre en évidence.

Les animaux de passage inoculés avec les organes des cobayes, sacrifiés après 25, 45 et 60 jours, ont tous présenté une tuberculose classique, type Villemin ; au contraire, ceux qui avaient été inoculés avec les ganglions prélevés au 90e jour, bien qu’inoculés comme les précédents par voie ganglionnaire, n’ont présenté aucune lésion.

Ces résultats montrent que les produits lépreux étudiés par Ninni et Monaldi ont déterminé des formes de tuberculose anormale par leur évolution et par la rareté des bacilles acido-résistants dans les ganglions inoculés, tuberculose qui a été révélée seulement par l’inoculation intra-ganglionnaire.

De ces expériences les auteurs tirent la conclusion qu’il convient de ne pas retenir comme lésions lépreuses expérimentales, les hypertrophies ganglionnaires et les nodules locaux ou éloignés obtenus après inoculation de produits lépreux et que l’inoculation par voie ganglionnaire de produits lépreux apparemment purs, peuvent révéler des formes atypiques de tuberculoses qui paraissent très fréquentes dans la lèpre.

(1) C. Ninni et T. de Sanctis Monaldi, Formes cachées des tuberculoses dans la lèpre humaine, Soc. de Biol. 27 juin 1931, t. CVII, p. 981.

Troisième période

Pour expliquer les variantes morphologiques de l’agent pathogène de la lèpre, Arning (1885) et, à sa suite, beaucoup de léprologues ont émis l’hypothèse que le bacille découvert par Hansen pourrait bien n’être que l’un des stades du cycle évolutif du microorganisme spécifique. Récemment, la constatation de granulations acido-résistantes au lieu du bacille de Koch dans certains produits virulents et la découverte de l’ultra- virus tuberculeux, ont remis en faveur cette hypothèse qui paraît d’autant plus justifiée que l’agent de la lèpre offre avec celui de la tuberculose les plus grandes analogies.

A. Vaudremer estime avoir démontré que certaines souches acido-résistantes et pathogènes du bacille de Koch, immergées dans des cultures filtrées d ’ As per gillus fumigatus pouvaient acquérir la propriété de pousser sur gélose en cultures rapides et perdre leur acido-résistance. Vaudremer, avec la collaboration de Sézary et de Mlle C. Brun a reproduit cette expérience avec le bacille de Hansen (1).

I. — - Sur 3 lépreux de mon service, en poussée fébrile, ces expérimentateurs ont prélevé (17 mars, 15 et 17 avril 1928) 10 centimètres cubes de sang qui furent ensemencés 1° : sur pomme de terre imprégnée de sérum de cheval stérilisé par liltration et glycériné à 2 pour 100 ; — 2° dans du liquide de cultures filtrées d ’ Aspergillus fumigatus. Toutes ces cultures furent mises à l’étuve à 38°. Dix jours après, sur les tranches de pomme de terre, on constate une énorme quantité de bacilles acido-résistants ; cependant ces cultures ne furent pas réinoculables. Dans les cultures sur milieu aspergillaire, apparurent des filaments mycéliens cyanophiles portant des granules acido-résistants (grenats). Ces formes se montrèrent dans 3 repiquages successifs, le 4e fut stérile.

II. — Les 15 janvier, 1er février et 26 juin 1930, 3 lépromes furent excisés après désinfection cutanée au thermo-cautère. Ces fragments furent immergés en milieu d ’Aspergillus fumigatus. Pendant 30 jours, les prélèvements sur 2 des échantillons ne montrèrent que des formes acido-résistantes d’une extraordinaire abondance. Ce temps écoulé, on vit apparaître des formes méningococciques GRAM-positif, qui donnèrent sur gélose, en 24 heures, des cultures d’éléments cyanophiles ayant la forme de méningocoques et prenant le Gram. Dans les repiquages successifs sur gélose, aux formes sus-dites vinrent s’ajouter des formes bacillaires granuleuses, très fines, disposées en palissade, GRAM-positif et paraissant provenir des méningocoques mutés. Les mêmes aspects et les mêmes mutations apparurent dans les cultures du 3e léprome, 8 jours après l’ensemencement.

Des recherches biochimiques, en milieu sucré, sur gélatine et gélose Veillon permirent de différencier ces éléments microbiens du B. cutis commune et des staphylocoques. Un lapin inoculé dans le canal céphalo-rachidien avec une émulsion massive de ces cultures ne présenta pas les accidents méningés que produisent les staphylocoques.

III. — Pour favoriser in vitro le retour à l’acido-résistance des formes cyanophiles, les auteurs ont eu recours à un procédé imité de celui qui avait permis à Gessard et Vaudremer d’obtenir des cultures de bacille de Koch en ensemençant des bacilles qui avaient perdu cette propriété. Pour cela, des mèches de lampe fixées sur un cadre de verre furent immergées dans des ballons contenant du bouillon glycériné à 2 pour 100 stérilisé. Par ce procédé, l’ensemencement d’un léprome donna lieu à des cultures de bacilles, les uns cyanophiles, les autres acido-résistants, qui se développèrent sur la mèche. Dans les repiquages

(1) A. Vaudremer, A. Sézary et Mlle C. Brun. Essais de cultures du bacille de Hansen. Soc. de Biol., 25 avril 1931 , t. CVI, p. 1225.

de ces cultures en bouillon glycériné à 5 pour 100, on ne vit plus que des formes acidorésistantes.

IV. — Les auteurs ont recherché si le sérum des lépreux avait un pouvoir agglutinant sur les cultures. Sur 11 essais faits avec 7 sérums non lépreux, 1 sérum tuberculeux et 3 sérums lépreux, l'agglutination au 50e fut : nulle avec les sérums normaux, légère avec le sérum tuberculeux, totale avec deux des sérums lépreux. Un sérum provenant d'une lèpre torpide n’agglutina pas.

V. - — - Après 15 mois de séjour à l’étuve de tubes contenant des fragments de lépromes en milieu aspergillaire, on trouva encore des bacilles lépreux typiques en grande abondance. Les germes cyanophiles, par contre, avaient disparu depuis 8 mois environ.

Dans une seconde note (1), les auteurs décrivent d’abord le cycle des mutations qu’ils ont observés dans les cultures des 3 lépromes ensemencés sur filtrat d ’ Aspergillus fumigatus. Les résultats dans les 3 expériences ont été identiques. D’abord, apparition de formes pseudo-méningococciques dans le liquide aspergillaire contenant le fragment de léprome immergé ; développement de ces germes en culture sur gélose ordinaire ; transformation mycélienne en bouillon de pomme de terre ordinaire ; apparition de bacilles granuleux courts et cyanophiles dans les ensemencements en bouillon de pomme de terre glycériné avec support inerte ; transformation des bacilles courts en bacilles longs, cyanopiles et sporulés ; puis, apparition de l’acido-résistance dans le même milieu, indispensable pour le développement de cette dernière propriété.

En outre, un fragment de rate lépreuse, broyée dans du liquide aspergillaire a été filtré sur bougie L3 et mis à l’étuve à 38°. Les cultures sur bouillon de pomme de terre simple de ce filtrat, demeurèrent apparemment stériles pendant 9 mois, puis se montrèrent des formes pseudo-méningococciques prenant le Gram. Ces éléments furent constatés dans les repiquages sur les milieux de Dorset, de Petroff, de Sabouraud et sur tranches de pomme de terre glycérinée, tandis que, dans le bouillon glycériné du fond des tubes, on voyait des bacilles cyanophiles fins et grêles. Enfin, en bouillon glycériné avec support inerte, on obtint des cultures pures, d’une acido-résistance si forte que des lavages multiples à l’acide sulfurique au tiers et à l’alcool n’ont pu la détruire.

En résumé le cycle évolutif est donc le même dans tous les cas observés. On peut de plus conclure que le bacille de la lèpre contient des éléments filtrables à travers la bougie L3.

De novembre 1930 à mars 1931, M. Ota et S. Sato (2) ont cultivé le sang provenant de 54 lépreux dont la moitié présentaient des symptômes de tuberculose pulmonaire. Ils ont surtout utilisé la méthode de Lôwenstein. Les milieux qu’ils ont employés étaient ceux de Hohn (légèrement modifié), de Petroff, de Pétragnani, de Lôwenstein et les tranches de pomme de terre glycérinées. Contrairement à leurs prévisions, ils n’ont obtenu aucune colonie de bacilles tuberculeux, mais ils ont vu se développer des cultures de 9 souches différentes de bacilles acido-résistants non tuberculeux. D’après la couleur de leurs colonies, ces bacilles peuvent être divisés en deux types : les uns (3 souches) sont blancs ou blancs-brunôtres, les auteurs les désignent provisoirement sous le nom de Mycobacterium album , les autres (6 souches) sont jaunes ocre ou orange et ils les appellent Mycobacterium aurantiacum. Ces deux variétés peuvent être considérées comme très proches l’une de l’autre. Les premières cultures ont été obtenues dans l’espace d’un à deux mois sur les différents milieux énumérés plus haut, sauf le Hohn. Les cultures-filles étaient en général très vivaces et se développaient en quelques jours.

D’un léprome, les mêmes auteurs ont pu isoler une souche orangée de même type que celle

(1) A. Vaudremer, A. Sézary et Mlle C. Brun, Cultures de germes provenant de lépromes et de rate lépreuse filtrée Soc. de Biol., 27 févr. 1932, t. CIX, p. 624.

(2) M. Ota et S. Sato. Culture de deux variétés d’un bacille acido-résistant à partir du sang et du léprome de lépreux (Mycobacterium aurantiacum et M. album), Soc. de Biologie, 4 juill. 1931, t. CVII, p. 1062.

qu’ils avaient déjà obtenue, l’année précédente, sur le même malade, par hémoculture. Mais les colonies ne se développèrent que sur deux tubes de milieu Petragnani, les 35 autres tubes ensemencés (Petroff, Petragnani et Lôwenstein) demeurèrent stériles. Pourtant tous les fragments de léprome se gonflaient sur les milieux, ils se coloraient en jaune vif et on observait dans les masses gonllées par l’autolyse une énorme multiplication des bacilles acido-résistants, mais ils 11e poussaient pas sur les milieux artificiels.

Les bacilles cultivés à partir du léprome mesuraient de 4 à 5 p de longueur ; ils conservaient la coloration de la fuchsine après traitement par la solution d acide sufurique à 25 pour 100 pendant 10 à 20 minutes. Après un mois, ils devinrent plus courts, mesurant de 2 à 3 a, et beaucoup d’entre eux ressemblaient à des cocci, ce qui correspond à la forme des bacilles obtenus par P hémoculture chez le même sujet et chez d’autres. Sur gélose glycérinée, cette forme courte redevint la forme longue du début.

« Nous ayons la ferme conviction, ajoutent M. Ota et S. Sato, que notre Mycobacterium aurcintiacum n est autre que le « Mycobacterium leprae , var. ciurantiacum » et notre M. album , le « M . leprae, var. album » ».

Plus tard (1) M. Ota et S. Sato ont isolé par hémoculture une autre souche du type orangé, soit au total, 10 souches cultivées, sur 65 lépreux. Comme la culture à partir des lépromes est très difficile, ils n’ont pu obtenir qu’une seule souche, après 39 essais de culture chez 37 lépreux (2).

Tout récemment O. E. Denney et Bernice Eddy (. Arch . 0/ Dermatology and Syphilology, mai 1933, vol. 27, pp. 794-804) ont étudié l'açtion stimulante provoquée par des leucocytes vivants mis en présence de bacilles acido-résistants provenant d’abcès lépreux.

Page 1