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I. — Inoculation dans la chambre antérieure de Vœil

C’est vers la fin du xixe siècle que cette méthode commence à être utilisée. Elle offre cet avantage qu’elle permet de suivre, étape par étape, la dissémination bacillaire et d’observer la réaction que les milieux oculaires opposent à l’envahisseur.

Damsch (1883), paraît être le premier expérimentateur qui appliqua cette technique à l’étude de la transmission de la lèpre. Chez deux Lapins, 139 et 219 jours après inoculation dans la chambre antérieure de l’œil, il constata des altérations cornéennes, des dépôts sur la membrane de Descemet et sur la capsule antérieure du cristallin ; dans ces régions ainsi que dans l’iris et les corps ciliaires, il y avait des cellules chargées de bacilles.

L’année suivante Vossius introduisit un fragment du tissu lépreux dans la chambre antérieure de l’œil de deux Lapins ; il jugea que le petit fragment inclus s’accroissait, que les bacilles se multipliaient, que l’infection pouvait être transmise de lapin à lapin, que les bacilles injectés gagnaient fins et les procès ciliaires, que leur dissémination commençait à s’effectuer quelques semaines après l’inoculation et qu’ils pénétraient jusquedansla cornée (1).

La question avait donc déjà été abordée, lorsque Melcher et Ortmann instituèrent leurs remarquables expériences (1885-1886). Quelques mois après avoir inoculé des Lapins dans la chambre antérieure de l’œil, outre les altérations des milieux oculaires, ils notèrent des foyers morbides disséminés dans les organes internes, en particulier dans les poumons, l’intestin et les glandes lymphatiques. Les lésions consistaient en amas nodulaires caséifiés et ulcérés qui siégeaient dans la sous-muqueuse de l’intestin, en lésions analogues, en partie nécrosées, occupant les reins, la rate, les- poumons et le foie. Dans la suite, Ortmann a pareillement constaté les mêmes lésions dans l’épididyme et les glandes lacrymales. Ici encore, il est difficile de ne pas incriminer la tuberculose. L’abondance des bacilles, leur siège exclusivement intra-cellulaire, la façon dont ils se comportent lorsqu’on emploie la méthode de coloration de Baumgarten ne me paraissent pas être des arguments suffisants pour rejeter cette hypothèse. Hansen et Looft qui examinèrent les préparations n’eurent pas l’impression qu’il s’agissait de la lèpre ou de la tuberculose ; peut-être, ajoutent-ils, la lèpre évolue-t-elle autrement chez l’animal que chez l’homme ? peut-être les lésions observées résultent-elles d’une maladie particulière aux animaux, puisque Nielsen, à Bergen, a re-

müller. A cette occasion celui-ci reprit la question et fit de nouveau l’étude comparative de la tuberculose de l’Homme et des animaux, de la « lèpre du Bœuf » et de la « lèpre des Bats ». De cette révision, il tira la conclusion que l’on n’a pas administré la preuve que la lèpre humaine soit inoculable au Lapin. Contre cette hypothèse, on peut faire valoir : 1° le faible pouvoir de transmissibilité de Lapin à Lapin ; — - 2° les manifestations destructives étendues ; — - 3° la disposition des bacilles qui n’étaient pas rangés en paquets comme

(1) Le fait que l’infection pouvait être communiquée d’un animal à un autre permet de se demander si la tuberculose, si souvent associée à la lèpre, ne doit pas être mise en cause.

dans la lèpre humaine, mais en ordre rayonnant, lorsqu’ils constituaient des amas ;

4° l’incurvation des bâtonnets observée avec une fréquence que l’on ne constate pas dans la lèpre humaine. Les lésions doivent par conséquent être attribuées à la tuberculose.

Holst se range aussi à l’opinion que les résultats obtenus par Melcher et Ortmann sont dus à la tuberculose et que la lèpre locale de la chambre antérieure de l’œil réalisée par Vossius n’est pas démontrée ; car, si l’on effectue des recherches longtemps après l’injection, on ne trouve pas, dit-il, de bacilles ou seulement un petit amas enkysté qui correspond au fragment introduit dans l’humeur aqueuse. Il admet qu’on peut produire une lèpre locale mais pas une infection générale. Ses expériences consistent en 19 tentatives d’inoculation (1891), sur des Cochons d’Inde et des Lapins, la plupart dans la chambre antérieure de l’œil, quelques-unes dans la cavité abdominale.

R. Stanziale qui, depuis 1910, a essayé maintes fois de communiquer la lèpre par infection oculaire, est convaincu que celle-ci ne peut pas être transplantée sur la cornée. Constamment aussi, d’après lui, le résultat est négatif, si l’on inocule dans le tissu sousconjonctival ou la chambre antérieure de l’œil un liquide même très riche en bacilles, du suc de tubercules lépreux aspiré par ventouse, ou une suspension de fragments de tubercules en solution physiologique. Par contre, l’inoculation de fragments de tubercules lépreux dans la chambre antérieure de l’œil lui a donné, plusieurs fois, des nodules soit dans le tissu irien en contact immédiat avec le fragment lépreux inséré, soit dans l’épaisseur de la cornée, à distance par conséquent du tissu transplanté comme aussi du point de pénétration de la lancette. Dans les granulomes ainsi obtenus, on pouvait constater « de nombreux bacilles, dus sans aucun doute à une multiplication in situ des germes spécifiques ».

Les transplantations en série de lapin à lapin lui donnèrent des résultats positifs jusqu’à la troisième fois. Le pourcentage a été élevé (de 42 à 75 pour 100) sur les lapins inoculés directement avec un léprome humain. Dans la seconde transplantation au lapin, le pourcentage a fléchi, il oscillait entre 25 à 40 pour 100. Enlin, dans la troisième transplantation, les résultats positifs furent rares.

Pour contrôle, des inoculations ont été faites dans la chambre antérieure de l’œil avec des fragments de peau stérilisée et des fragments de tubercules lépreux dont les germes avaient été tués préalablement par le chauffage. En dehors de la réaction qui suit l’insertion du fragment, Stanziale n’a pas observé, dans ces cas témoins, les altérations consécutives à l’introduction d’un fragment virulent. En effet, le tissu stérilisé par la chaleur se résorbe plus ou moins vite.

La greffe a d’autant plus de chance de réussir que le léprome destiné à l’inoculation est plus floride, qu’il contient plus de bacilles, enfin qu’il est transplanté aussitôt après la biopsie .

Tandis que l’émulsion de culture du bacille de la lèpre injectée dans la chambre antérieure de l’œil a donné constamment un résultat négatif les injections de cette même émulsion pratiquées sur des Rats blancs, Cobayes, Lapins et sur deux Singes, par voie souscutanée et dans le péritoine, donnèrent des lésions localisées et fugaces.

Limousin (1924) a fait, sur le Lapin, des inoculations intra-oculaires dç mucus nasal. Pour exclure la possibilité d’une infection mixte, le mucus fut additionné de 4 pour 190 de lessive de soude pendant 6 heures à 37° ; le précipité ainsi obtenu, qui contenait des bacilles nombreux, fut neutralisé avec de l’acide chlorhydrique, injecté, d’une part, dans la chambre antérieure d’un lapin albinos et ensemencé, d’autre part, sur des plaques de Petroff.

Le trouble qui se produisit dans l’humeur aqueuse ne tarda pas à s éclaircir ; mais, simultanément, la cornée s’opacifiait. Au 6e mois après 1 inoculation, la cornée était redevenue transparente ; l’humeur aqueuse qui était limpide contenait de nombreux bacilles acido-résistants. Une même quantité de bacilles provenant des tissus du même lépreux fut

injectée une seconde fois sur le Lapin en expérience. Cette nouvelle inoculation n’eut pour effet que d’augmenter le trouble cornéen. L’animal dont l’état général était satisfaisant fut sacrifié au 22e mois. Tous les organes paraissaient sains à l’œil nu, sauf les poumons où l’on observait quelques petits nodules. L’un de ceux-ci incisé donna une goutte de' pus laiteux qui contenait un gros amas de bacilles acido-résistants couchés côte à côte ; c’était soit de très fins bacilles inclus dans les éléments, soit des formes plus épaisses extra-cellulaires. D’après Limousin, les plus fins bacilles contenus dans les protoplasmas représenteraient un stade de développement précoce, et les bacilles épais et extra-cellulaires un stade plus tardif du cycle évolutif de l’agent pathogène de la lèpre. Les plaques de Petroff restèrent stériles, ce qui fit exclure la tuberculose.

Naar (1928), a inséré dans la chambre antérieure de l’œil du Lapin des fragments de léprome et obtint des granulations bacillifères. Pour le contrôle, il a introduit dans la chambre antérieure des fragments de peau normale : en ce cas, les phénomènes irritatifs cèdent promptement ; le fragment se vascularisé, se résorbe lentement et il ne se forme pas de nodules lépreux dans l’œil.

L’introduction de peau lépreuse dans la chambre antérieure produit d’abord des phénomènes d’irritation, ensuite survient une rémission, puis une forte réaction, la cornée et l’iris s’enflamment, l’œil augmente de volume, le fragment inséré s’accroît et devient riche en vaisseaux. Au microscope, on voit du tissu de granulation au centre duquel se trouve le morceau inséré qui est plus ou moins modifié. Le nodule pénètre dans la cornée et l’iris, plus tard, la néoformation se fraye une voie vers l’extérieur à travers la cornée. Au centre du tissu néoformé, se trouvent de très nombreux bacilles. Ensuite, on observe dans la cornée et dans l’iris des taches qui peuvent être riches en bacilles. Ces taches sont indépendantes les unes des autres, les bacilles sont vraisemblablement disséminés par les celulles migratrices. Il n’a pas été constaté de généralisation. Comme Stanziale l’avait déjà dit, le matériel doit consister en un morceau de tissu et non pas en une émulsion. Les fragments doivent avoir 5 à 6 millimètres de longueur sur 3 a 4 millimètres de largeur et 1 millimètre d’épaisseur. Des inoculations de contrôle doivent être faites à des Cochons d’Inde pour établir que la tuberculose ne peut pas être incriminée.

K. Shiga (1929) a inoculé une petite quantité d’une émulsion de tissu lépreux dans la chambre antérieure de l’œil d’un Chimpanzé. Quelques semaines plus tard, trois petits nodules se montrèrent sur l’iris et disparurent spontanément en deux à trois mois.

II. — Inoculations portant sur la peau, le tissu cellulaire sous=cutané,

les muqueuses ou les organes internes

Les premières recherches expérimentales sont dues à Neisser. En 1881, il inocula 14 Lapins et 5 Chiens. L’un de ces derniers mourut 4 semaines et demie après l’expérience. Sous la cicatrice, autour du Iragment inséré, de coloration jaune brun, existait du tissu conjonctif infiltré d’une quantité considérable de jeunes cellules bacillifères. Sur un second Chien se développa progressivement un nodule au point d’inoculation ; il mourut après 82 jours. Le nodule avait le volume d’un haricot, il était de nuance gris jaunâtre, adhérent à la cicatrice, il contenait de grosses cellules lépreuses dépourvues de bacilles. Les autres animaux, demeurèrent indemnes.

En 1882, Kôbner publia le compte rendu de très nombreuses tentatives d’inoculation. Sur un Singe de Java, il ht des inoculations dans le tissu cellulaire sous-cutané du

dos, sur la peau des deux oreilles et des paupières, sur la muqueuse de la lèvre inférieure, A l’autopsie de cet animal, on trouva des foyers caséeux dans les organes internes. Les manifestations relevaient donc de la tuberculose associée à la lèpre et non de cette dernière. En outre, Kobner fit une injection sous-cutanée de matière virulente sous la peau de l’oreille d’un Cobaye ; il inocula aussi des Rats blancs au niveau de la région inguinale, des Lapins dans la chambre antérieure de l’œil, des Pigeons sous la peau du jabot, des Anguilles dans une poche cutanée au cou, un Cobitis fossilis (Schlammpeitzker) dans le muscle du dos et des Grenouilles dans le sac lymphatique dorsal. Sur une Anguille se développa un petit nodule qui contenait des bacilles de deux sortes. Chez le Cobitis fossilis , on décela aussi des bacilles.

Vers la même époque, A. Hansen avait inoculé des Singes, des Chats, des Lapins, sans succès d’ailleurs.

Les tentatives d’ARNiNG (1885), sur le Lapin, le Cochon d’Inde, les Rats, les Porcs, les Pigeons, échouèrent complètement.

Sticker, persuadé que le bacille de la lèpre pénètre dans l’organisme par la muqueuse nasale, fit à Rombay (1897), sur certains points du nez, chez 6 Singes, des frictions avec des sécrétions nasales bacillifères, des crachats de lépreux, etc. Ces recherches ne donnèrent pas de résultats, ou plutôt on les ignore, car ces animaux ne restèrent en observation que 4 à 5 semaines.

Les expériences de Charles Nicolle (de Tunis) sont parmi les premières dont on puisse faire état. Elles ont été le prototype de nombreuses expériences analogues. Dans une première série de recherches, faites en 1905 (1), l’auteur prélève un fragment de léprome sur un sujet atteint depuis 4 ans de lèpre nodulaire généralisée. Quelques minutes après la biopsie, le produit du broyage est inoculé par scarification à la tempe, sur le pavillon de l’oreille, sur la muqueuse nasale et sur la conjonctive d’un Bonnet Chinois ( Macacus sinicus). De la même émulsion est injectée dans le tissu sous-cutané au-devant du pavillon de l’oreille.

Le 62e jour après l’insertion du virus, naît un nodule préauriculaire qui se développe graduellement, puis régresse et disparaît 56 jours après son apparition.

Le 68e jour, deux petits lépromes se forment sur le pavillon de l’oreille. Leur durée fut de 37 jours.

L’examen montra dans le chorion des lymphocytes et des leucocytes avec quelques bacilles.

Sur le même Singe, une seconde inoculation fut pratiquée 23 jours après la disparition complète des premiers accidents. L’incubation ne fut que de 13 jours et le léprome grelfé persista 101 jours.

Enfin, le Singe subit une troisième inoculation 32 jours après l’apparition du léprome consécutif à la deuxième inoculation et 69 jours avant sa guérison définitive. L incubation ne fut que de 6 jours et l’accident persista 63 jours.

Sur un second Singe, 4 inoculations successives furent pratiquées. Pour la première, l’incubation fut de 62 jours, et la durée du léprome de 29 jours. La seconde inoculation fut faite 19 jours après la disparition de la première greffe. L incubation dura 21 jours et le léprome persista 47 jours. La troisième inoculation pratiquée 13 jours avant la guérison des manifestations qui avaient suivi la seconde inoculation donna lieu à un nodule qui se développa après 6 jours d’incubation et dura 56 jours. La quatrième inoculation fut effectuée 4 mois et demi après la disparition du nodule consécutif à la troisième inoculation . la

(1) Charles Nicolle, Annales de l’Institut Pasteur, 1906, t. XX. — Compte Rendu de Y Acad, des Sciences, 20 févr. 1905, t. CXL, p. 539.

lésion cutanée ainsi obtenue se montra après 15 jours d’incubation et persista pendant 150 jours.

En 1907, Nicolle revient sur la question, et formule deux règles dont la première est que les Singes, inoculés cwec des produits lépreux, acquièrent une réceptivité de plus en plus grande à V égard de la lèpre. Cet état réceptif se traduit par la diminution de la période d'incubation et la durée plus longue des lésions produites. Cette sensibilisation déterminée chez le Singe par une ou plusieurs inoculations antérieures de produits lépreux offre une grande analogie avec la réceptivité connue des animaux tuberculeux vis-à-vis de la tuberculose. « Il est possible, ajoute Nicolle, quelhomme ne contracte, lui aussi, d’une façon définitive la lèpre qu’après une série d'atteintes successives et fugaces, laissant à la suite une réceptivité de plus en plus grande (1) ».

La seconde règle qui se dégage de ces expériences, c’est que, pour obtenir des résultats positifs, il faut utiliser des produits riches en bacilles et provenant de lépreux non traités.

Toutefois la première règle n’est pas absolue. En 1911, Ch. Nicolle et Blaisot inoculent un Macacus sinicus et un Chimpanzé. Le macaque reçut 16 injections virulentes à des intervalles variant de 7 à 25 jours, il eut 3 lépromes après 53, 39 et 31 jours d’incubation. Leur structure histologique était celle des lésions lépreuses ; les bacilles étaient nombreux. Il n’y eut aucun signe de généralisation et les nodules disparurent peu à peu. Le macaque mourut et, à l’autopsie, aucune lésion viscérale ne fut constatée. Le Chimpanzé reçut 8 inoculations en 4 mois au-dessous du sourcil gauche. Il se développa en ce point un nodule et plus tard dans le voisinage quelques petits nodules qui se fusionnèrent. Cette lésion persista 14 jours et rétrocéda ensuite. Les inoculations ultérieures restèrent sans effet. La répétition des inoculations n’a donc produit aucune sensibilisation chez le Chimpanzé ; il y eut assurément une extension de la lésion au voisinage mais aucun indice de généralisation.

Ap rès les premières expériences de Ch. Nicolle, en 1906 Babes et Ivalindero inoculèrent sous la peau de la joue d’un Macaque de petits fragments de léprome. Un mois après, au point d’insertion, se développa un nodule et le long des vaisseaux et des espaces lymphatiques se disséminèrent de minuscules lépromes qui contenaient des bacilles libres ou inclus dans l’endothélium et le périthélium des vaisseaux. L’animal mourut, trois mois après, de tuberculose. Les bacilles se sont-ils en fait multipliés ou se sont-ils seulement répandus dans le tissu néoformé ? Les auteurs laissent cette question sans réponse..

En 1908, Marchoux et Bourret inoculèrent un fragment de léprome dans une poche cutanée pratiquée sur la face postérieure du lobule de l’oreille d’un chimpanzé. Ce fragment, qui avait à peu près le volume d’une tête d’épingle, provenait d’un nobule prélevé sur un vieux lépreux ; il contenait des bacilles intra-cellulaires, mais en petite quantité. Dans le sang puisé au voisinage, il y avait des leucocytes renfermant quelques bacilles, mais aucun amas bacillaire. Les bacilles inclus dans les protoplasmas cellulaires étaient granuleux et peu colorés ; trois mois et demi plus tard, ils paraissaient morts. Le nodule greffé acquit la grosseur d’un haricot : il était composé de 3 zones ; au centre se trouvait ce qui subsistait du tissu humain inséré, il était nécrosé, faiblement et uniformément coloré, parsemé de quelques bacilles libres ou inclus dans les protoplasmas cellulaires ; autour du nodule s’était accumulée une quantité considérable de lymphocytes et de monocytes, les bacilles étaient peu nombreux, parfois groupés par 2 ou 4, il y avait cependant quelques globi véritables ; dans la zone externe ou inflammatoire, consistant en tissu conjonctif néoformé, quelques cellules bacillifères étaient parsemées.

(1) Les enseignements de la clinique sont d’accord avec l’expérimentation. Pour ainsi dire jamais, — sauf le cas d’inoculation accidentelle et massive, — un sujet ne contracte la lèpre sans avoir fait un séjour prolongé dans un foyer où elle est endémique ou avoir eu des rapports nombreux et intimes avec des lépreux (voir pp. 234 et suiv.).

En 1912, Marchoux inocula une culture impure, provenant du mucus nasal, à la joue droite d’un Macacus cynomolgus. Il survint une collection qui s’ouvrit le quatrième jour. Dans le pus de l’abcès, il y avait des bacilles acido-résistants granuleux et des traînées de globi en grand nombre, intra-cellulaires ou libres, qui avaient retenu la matière colorante.

En 1925, le même auteur fit de nouvelles tentatives d’inoculation. Il injecta à 2 Cochons d’Inde et à 20 Rats de la pulpe splénique provenant d’un cas de lèpre tubéreuse, de la substance cérébrale — on constatait de la méningite à l’examen macroscopique — à 2 Cochons d’Inde et 10 Rats. Les Cochons d’Inde moururent de tuberculose, les Rats moururent sans qu’il y eut prolifération des bacilles de la lèpre, seuls quelques animaux présentaient de rares bacilles acido-résistants.

De la pulpe splénique, contenant des globi en abondance et prélevée à l’autopsie d’une lépreuse cachectique, fut injectée à 15 Rats sous la peau et à 5 Rats, dans le péritoine. Au lieu de l’injection ou dans l’épiploon, on constata des bacilles acido-résistants qui persistaient 18 mois plus tard; dans le voi-

Fig. 27. — Greffe lépreuse de l’Homme au Singe.

Cette figure dont l’original est en couleur rend très imparfaitement le relief des tubercules, néanmoins on distingue nettement un tubercule intersourcilier, un tubercule à la base de la paupière supérieure droite déterminant l’occlusion de l’œil, deux traînées nodulaires nasogéniennes et un tubercule à proximité de la commissure labiale droite. - — - A. H. ROFFO. Bolelin de V Institut o de Medicina Experimental, Buenos Aires, 1927.

sinage, il n’y avait aucune trace d’inflammation et les ganglions voisins en étaient exempts, tous les bacilles étaient donc restés confinés au point d’inoculation. Pour établir si les bacilles étaient morts, ils furent injectés à 12 Rats ; un an plus tard environ, on ne trouva pas trace de bacilles acido-résistants et même aucune altération. Par contre, des bacilles tués par la chaleur existaient encore non modifiés dans les cellules de l’épiploon chez les Rats témoins, 15 mois après l’injection intra-péritonéale.

Lin léprome prélevé aussi aseptiquement que possible sur un sujet atteint de lèpre tubéreuse fut inoculé, une heure plus tard, dans le péritoine de

10 Rats blancs et sous la peau de l’aine droite de

11 Rats. 11 ne fut pas possible d’établir que les bacilles de la lèpre avaient proliféré. Sur les animaux inoculés par voie hypodermique, on ne trouva point de bacilles, ni au lieu de l’injection, ni dans les ganglions. Parmi les animaux qui avaient été inoculés par voie transpéritonéale, des bacilles furent constatés sur l’un d’eux dans l’épiploon encore 18 mois après l’injection.

Les expériences de Reenstjerna ont été commencées en 1912-1913 ; interrompues par la guerre, à cause de la pénurie de singes, elles ont été reprises en 1924.

Comme il a été dit plus haut (p. 131), l’expérimentateur croit avoir réalisé la culture du bacille lépreux. De celle-ci, il injecta à un Macacus rhésus, 1 centimètre cube dans le lobe frontal gauche du cerveau et 2 centimètres cubes dans les deux sciatiques. Après 52 jours, survint sur la poitrine des taches roses tirant sur le jaune, en forme de carte de géographie, qui disparurent après 3 jours ; elles contenaient des micro-organismes acido- et non acidorésistants ; au 61e jour apparut sur la face une tache semblable qui s’elfaça 2 jours après, son contenu bactériologique était le même que celui de l’éruption de la poitrine.

Un autre Alcicacus rhésus fut inoculé avec une culture pure d un micro-organisme, non acido-résistant et de forme streptococcique provenant du sang d un lépreux. Les inoculations furent multiples : 5 centimètres cubes dans le péritoine ; 1 centimètre cube dans le sciatique droit, 1 centimètre cube sous la peau des deux côtés de la lace, un demi centimètre

Jeanselme. — La Lèpre.

cube sous la muqueuse nasale des deux côtés. Après le 42e jour, il survint une bulle au médius gauche et une autre à l’annulaire droit ; ces bulles presque purulentes contenaient des bacilles acido- et non acido-résistants, soit libres, soit groupés en amas dans le protoplasma des cellules. L’animal mourut, 49 jours après l’inoculation, d’une infection septique, suite d’une morsure à l’oreille. A l’autopsie, on releva une pleurésie purulente et de petits abcès nombreux dans les poumons. Ces collections, ainsi que l’épanchement pleurétique contenaient des diplocoques non acido-résistants très petits.

Dans l'aine droite, dans la région sacrée droite et dans le voisinage du point d’inoculation dans le sciatique droit, il y avait des ganglions lymphatiques caséifiés du volume d’un pois contenant des amas de bacilles acido-résistants libres ou intra-cellulaires. Les autres organes paraissaient normaux à l’œil nu. Dans l’exsudât pleural et les abcès pulmonaires, il n’y avait pas de microbes acido-résistants.

Un troisième Macacus rhésus fut inoculé avec une culture pure qui avait été obtenue au moyen du procédé d’isolement de Burri, à l’encre de Chine (1) : en partant d’un diplobacille unique (aus einem einzigen Diploglied). L’animal reçut dans le lobe frontal du cerveau 1 centimètre cube et dans les sciatiques 2 centimètres cubes de ce matériel ; 49 jours après survint une contracture de l’un des membres inférieurs dans la plupart des articulations et sur la face dorsale de l’autre pied apparut une tache bleu-violet qui persista longtemps ; en ce point, il n’y avait pas de bacilles acido-résistants, mais seulement quelques bacilles non acido-résistants d’aspect diphtéroïde.

En 1925-1926, Reenstjerna entreprend de nouvelles expériences avec des produits paraissant particulièrement virulents : c’était des lépromes récents, au stade aigu, non traités et contenant des amas bacillaires bien colorés ; ils avaient été prélevés sur deux sujets atteints de lèpre tubéreuse extensive depuis une année environ.

Un certain nombre de nodules récents furent réduits en une bouillie qui fut additionnée de sérum physiologique et injectée à 3 Macacus sinicus dans plusieurs poches cutanées, dans la muqueuse nasale et dans l’un des testicules ; 4 Macacus rhésus furent inoculés sous la peau. Trois jours après, les traces d’injection étaient effacées. Du 37e au 45e jour, se développèrent, sur les 3 Macacus sinicus et 2 des Macacus rhésus , en plusieurs points de l’hypoderme et dans le testicule injecté, des nodules qui atteignirent les dimensions d’un pois à une prune et persistèrent de 40 à 62 jours, un nodule se maintint même 7 mois. Ces nodules, tant au point de vue clinique qu’au point de vue histologique, ne différaient en rien des lépromes de l’homme. Ils furent excisés quand ils semblèrent avoir atteint leur maximum de développement.

Les nodules provenant directement de l’homme et ceux qui furent excisés chez les animaux furent inoculés à des Cochons d’Inde qui ne contractèrent pas la tuberculose.

Au point de vue clinique et histologique, les nodules ensemencés ne différaient pas de ceux de l’homme. La peau qui les recouvrait était bleu-rougeâtre, dure, insensible à l’incision ; les nodules étaient constitués de grands mononucléaires, de cellules vacuolisées, d’éléments ronds, polygonaux ou fusiformes, de grosses cellules multinucléées, de lymphocytes, de cellules plasmatiques et de leucocytes en général très disséminés. Sur tous les singes, on trouva par dissociation des bacilles irrégulièrement distribués acido-résistants et Gram-positifs, bien colorés, souvent très nombreux, et disposés en partie par petits paquets. Ces bacilles, rares ou assez nombreux, étaient situés dans de grandes cellules mononucléées. La cellule la plus parasitée en renfermait au moins 30.

(1) La méthode de Burri à l’encre de Chine (Tuscheverfahren von Burri) consiste à mélanger une cultuie très diluée d un microbe quelconque ou d’un produit pathologique renfermant des germes microbiens avec une goutte d’encre de Chine. Les microbes deviennent assez facilement visibles. Si la culture est convenablement diluée, une goutte de ce mélange peut ne renfermer qu’un seul élément microbien qu’on recueille avec une pipette très effilée pour pratiquer une culture. — Reenstjerna a donc inoculé son Macaque avec une culture qu’il a obtenue en ensemençant un seul élément microbien constitué par un diplobacille puisé dans une goutte d’encre de Chine. (Note remise par M. Weinberg.)

Deux des Macacus sinicus furent réinoculés, l’un 6 mois, l’autre 7 mois, après guérison complète de la première inoculation. L’incubation, comme l’avait déjà noté Nicolle, dans ses expériences, fut écourtée (19 jours pour l’un; 22 jours pour l’autre). Les nodules persistèrent de 40 à 45 jours.

Reentjerna conclut qu’il a reproduit chez les Singes inférieurs une infection localisée de lèpre.

En 1916, Kyrle a fait connaître ses essais d’inoculation sur des Singes. Le produit virulent qu’il leur injecta était emprunté à un cas cliniquement très particulier. 11 le décrit comme une sorte de lèpre septique à cause de l’existence de nodules furonculoïdes, suppurants, voués à la destruction et en connexion avec une fièvre septico-pyémique. Ces nodules qui contenaient des bacilles acido-résistants en abondance furent broyés aussi fin que possible et cette bouillie fut injectée dans des poches cutanées et sous-cutanées au niveau des sourcils de deux Macacus rhésus. Rien ne se produisit aux points d’inoculation.

Ensuite, il injecta à deux Macaques du pus provenant de pustules. Un animal mourut bientôt après ; le second fut inoculé dans cinq pochettes cutanées situées au-dessus des deux arcades zygomatiques. De plus, des frictions furent faites avec du pus sur la muqueuse nasale érodée. Quatre semaines plus tard, de véritables nodules à surface rougebrunâtre s’étaient développés, ils prirent la couleur cuivre et atteignirent la grosseur d’un noyau de cerise. Au 35e jour, un nodule fut excisé, au 57e jour les autres nodules avaient disparu.

Trois Singes furent encore inoculés avec du pus frais de pustules. L’un d’eux ne tarda pas à mourir ; les deux autres présentèrent, au 22e jour après l’injection de pus provenant de pustules récentes dans des poches cutanées et sous-cutanées, des tubercules sur les sourcils qui augmentèrent successivement de volume et furent partiellement excisés après 29, 42 et 64 jours. La période d’incubation de ces nodules fut comprise entre 8 et 22 jours ; ils étaient de nuance brun-rougeâtre et en quelques jours acquirent la grosseur d’un petit noyau de cerise ; ils ne montrèrent aucune tendance à se ramollir, et ne furent pas accompagnés de symptômes généraux ; ils entrèrent en régression après 4 semaines. Les altérations histologiques constatées dans tous les nodules furent : un processus inflammatoire assez nettement délimité, gagnant jusqu’au tissu sous-cutané et jusqu’aux muscles. Une mince couche de chorion sous-jacente à l’épiderme était respectée. Les nodules étaient constitués par d’innombrables cellules qui enserraient le tissu conjonctif et meme les muscles en certains points. Ces éléments se composaient de quelques lymphocytes, de nombreux leucocytes multinucléés, mais surtout de fîbroblastes et de cellules épithélioïdes, ces dernières étaient groupées en follicules contenant de nombreuses cellules géantes ; le type Lanchans ne fut trouvé qu’une seule fois, dans la plupart des cas un noyau congloméré occupait le centre de l’élément et la cellule géante rappelait celle que provoque un corps étranger. Il y avait aussi de grandes cellules avec vacuoles bourrées de bacilles acido-résistants ; ceux-ci étaient du reste nombreux partout dans le tissu de granulation. Ils siégeaient dans les interstices des tissus, mais surtout dans les éléments : cellules épithélioïdes, cellules géantes et cellules lépreuses. D’après Kyrle, il semblait que la masse bacillaire était expulsée du centre des vacuoles vers la périphérie. Dans un nodule excisé plus tard, il n’y avait plus que des vestiges d’éléments acido-résistants et les cellules vacuolisées faisaient défaut. Un nodule, biopsié au 54e jour, rappelait par son aspect la structure tuberculoïde typique.

En 1926, Roffo déduit, d’inoculations faites à 22 singes inférieurs, Capucins et Macacus sinicus , que l’inoculation de sécrétions et de fragments de peau bacillifères provoque la formation d’un tissu de granulation analogue à celui qui existe dans les lépromes humains. Après 30 à 35 jours d’incubation, apparurent des nodules qui se développèrent environ jusqu’au 60e jour, puis disparurent progressivement. Des lépromes récents, en période extensive, riches en bacilles et non traités, sont particulièrement aptes à donner des ré-

sultats positifs. La production des nodules est beaucoup plus prononcée chez les Singes africains. L'alfection reste toujours locale, jamais elle ne se généralise comme chez l’Homme.

L’année suivante (1927), Roffo complète ses recherches antérieures : 100 Rats furent inoculés, par voie hypodermique ou intra-veineuse, mais d’ailleurs sans succès, avec une bouillie de lépromes, riches en bacilles, provenant de divers malades.

Plus tard, Roffo employa pour ses expériences des Singes de différentes espèces : Capucins , Macacus sinicus, Carayas, Therapithecus Gelada, Pithecus sinicus et Erythrocebus Pata. Les injections furent faites dans la région sourcilière. Le matériel utilisé pour cette série d’expériences fut un léprome de la face contenant de nombreux bacilles. Sur 3 de ces animaux, apparurent, soit au point d’inoculation, soit sur la région naso-jugale, après une incubation de 30, 32 et 45 jours, de petits nodules qui, au cours des semaines suivantes, atteignirent le volume d’un pois. Ils étaient constitués par un tissu de granulation semé de cellules vacuolisées et des cellules géantes contenant de nombreux bacilles. A des examens réitérés, la muqueuse nasale ne se montra jamais bacillifère.

Dans une autre série d’expériences, un petit nodule né récemment sur un sujet atteint depuis longtemps de lèpre tubéreuse servit à inoculer un Therapithecus Gelada et 4 Carayas . Ces derniers restèrent indemnes ; le premier animal, au contraire, présenta, un mois plus tard, sur la face aux points d’inoculation et ultérieurement sur la poitrine de petits lépromes dont certains égalèrent la taille d’un pois. Ces nodules étaient anesthésiques et, à leur niveau, les poils tombaient. L’examen histologique d’un élément situé sur la région maxillaire supérieure fut fait un mois après, il montra les lésions habituelles, et de nombreux bacilles. Au 110e jour, les nodules s’étaient résorbés, à l’exception d’un seul situé sur la mâchoire supérieure et de ceux qui existaient sur la poitrine. Constamment l’examen de la muqueuse nasale fut négatif.

Entre temps, un Singe ayant fait partie de la première série d’expériences fut réinoculé, cinq mois plus tard, alors que tous les nodules avaient disparu. Le produit virulent de date récente fut inséré sur la région sourcilière et sur le sillon nasal ; quinze jours plus tard, apparurent sur tous les points inoculés des nodules du volume d’un pois à une lentille, lisses et dépourvus de poils. Leur structure histologique ne différait pas de celle qui a été signalée plus haut. Sur un second Singe, réinoculé 4 mois après la première infection, et chez un troisième réinoculé seulement après 14 jours, apparurent de petits nodules semblables.

Roffo admet que les différentes races de Singes sont inégalement réceptives. En particulier, les Singes africains Erythrocebus Pcita et Pithecus sinicus semblent n’être que peu ou pas sensibles à l’égard de la lèpre, puisque des tentatives d’inoculation faites sur eux ont échoué.

Franchini et Cendali (1927), ont finement trituré de petits nodules lépreux provenant d’un cas récent et en ont injecté le produit de broyage dans le péritoine de Cobayes, de Rats blancs et de Souris blanches. Ils inoculèrent aussi un Macacus sinicus au sourcil droit et à la hanche gauche.

Chez le Singe, il se produisit, quelques jours après, sur le sourcil droit une tuméfaction rouge-brun foncé, elle s’accrut pendant 2 semaines, atteignit le volume d’un pépin de grenade, puis disparut en 45 jours. Exactement 3 mois plus tard, se montra une rougeur qui s’étendit à toute la paupière supérieure, elle s’accompagnait d’une tuméfaction circonscrite dont la taille parvint à égaler un petit pois.

De même, sur la hanche, un peu au-dessus du point d’inoculation, apparut une faible rougeur. Ces localisations furent excisées quelques jours après et, dans le sang de la biopsie, la coloration par le Ziehl et par le Gram démontra la présence de nombreux bacilles homogènes qui n’étaient pas inclus dans des leucocytes.

A peu près dans le même temps, un Rat blanc très amaigri mourut. Au point d’inoculation, le péritoine était quelque peu injecté et adhérent ; sur la séreuse et les anses intestinales étaient disséminés de petits nodules de la taille d’un grain de chènevis donnant à la

coupe une petite quantité de liquide rouge foncé. Dans ces lésions, des bacilles acido-résistants et GRAM-positifs existaient en grand nombre, les uns isolés, les autres en paquets, non granuleux. Les autres organes étaient intacts.

Quant au Singe, il restait bien portant. Toutefois, 18 mois après, le sourcil s’infiltra, devint rougeâtre, puis violet et acquit le volume d’un haricot. L’incision donna issue à un peu de liquide rougeâtre et bacillifère. Pour permettre de suivre son évolution, le nodule ne fut pas excisé ; deux mois après, il avait disparu spontanément. Malgré la guérison apparente, il subsistait au point d’inoculation de nombreux bacilles de la lèpre et, après une période latente d’un an et demi, un léprome se constitua. Ainsi donc la première localisation qui suivit l’injection n’avait conféré au singe aucune immunité. Il y avait plus de 3 ans 1 / 2 que ce singe avait été inoculé lorsqu’il mourut ; il était alors en état de cachexie grave, son arrière-train était paralysé et l’amyotrophie très prononcée. Pendant que cette paralysie s’installait, quelques mois avant la mort, un léprome riche en bacille se forma sur le sourcil, au point d’inoculation.

En 1928, LL C. de Souza-Araujo inocula un macaque Pseudo-Cebus avec un magma de lépromes riches en bacilles. Ce Singe reçut 1 centimètre cube de cette bouillie sous la peau de la joue droite et 1 centimètre cube dans le péritoine. Malgré une nouvelle injection, un nodule qui avait commencé à poindre s’affaissa.

Des inoculations sur des Rats blancs furent également négatives. Mais, sur des Souris blanches ayant reçu un demi centimètre cube dans le péritoine, l’autopsie, faite 23 jours après l’injection, montra une tumeur qui adhérait à la rate, au péritoine et au muscle lombaire. Dans cette tumeur, dans 2 ganglions abdominaux, la rate et le foie, les bacilles étaient en grand nombre, généralement en paquets et en globi. Sur des Souris et sur des Cobayes, l’injection intra-péritonéale de la bouillie bacillaire fut renouvelée ; la mort survenait dans la troisième ou quatrième semaine après infection généralisée ou bien il se formait une tumeur, de petits abcès dans les organes internes ou des nodules cutanés. La constatation de globi dans la tumeur, les micro-abcès, les nodules et les intestins, ajoute de Souza- Araujo, démontrent la multiplication du bacille de la lèpre dans le corps des animaux. Les Rats blancs, dit-il, sont aptes à contracter une nouvelle infection, mais les Souris blanches sont beaucoup plus sensibles.

Toujours en 1928, de Souza-Araujo inocula, avec une émulsion riche en bacilles provenant d’un léprome, les animaux suivants :

1° Un Pseudo-Cebus qui reçut 1 centimètre cube dans le tissu sous-cutané de la joue droite et 1 centimètre cube dans la cavité péritonéale ; — 2° Un Rat blanc auquel 1 centimètre cube fut injecté dans le péritoine ; — 3° Deux Souris blanches dont chacune reçut la dose de 0,5 centimètre cube dans la cavité abdominale.

Sur le Singe, après 23 jours d’incubation, on constata un nodule à la face. Il avait été déjà inoculé quatre mois auparavant dans le péritoine avec une émulsion d’un léprome et avait montré, 43 jours plus tard, deux petits nodules sur le front. Les deux incubations avaient donc été de : 43 jours lors de la première inoculation, de 23 jours lors de la seconde.

Sur le Rat blanc, on n’observa rien. Des deux Souris blanches, l’une mourut le lendemain de l’injection ; l’autre après 23 jours présenta du côté droit une fistule d’où s’écoulait un liquide riche en bacilles acido-résistants et contenant des globi. L’animal très malade fut sacrifié ; il avait une tumeur d’un centimètre de diamètre, adhérente au péritoine, au muscle lombaire et à la rate. Dans les coupes de la tumeur, des ganglions abdominaux, du foie et de la rate, il y avait de nombreux bacilles acido-résistants, en paquets pour la plupart et aussi en globi. Le foie en apparence normal à l’œil nu était infiltré au plus haut point. Sur des coupes de la tumeur de structure lymphoïde, de la rate et des reins, des bacilles acido-résistants en grand nombre étaient conglomérés en groupes et en paquets. Il s’agissait par conséquent d’une infection généralisée, d une multiplication des bacilles in situ et non de la lèpre des Rats.

Une émulsion de ces organes fut injectée à trois Souris, un Cochon d’Inde et à un Rat blanc. Deux Souris succombèrent, la troisième et le Cochon d’Inde restèrent sains. Le Rat eut, après 18 jours d’incubation, un nodule sous-cutané de l’abdomen, de la taille d’une petite olive, qui fut extirpé 24 jours après son apparition ; il était caséifié, quelques bacilles existaient dans le pus et dans le produit de grattage des muscles abdominaux, un globus contenait des bacilles granuleux. Line émulsion riche en bacilles, provenant du même lépreux, fut injectée dans le péritoine de 9 Souris blanches, à la dose de 0,5 centimètre cube et à 1 Cochon d’Inde, à la dose de 1 centimètre cube ; 14 jours après, l’une des Souris présenta plusieurs nodules cutanés : le premier sur le dos, le second sur la patte droite, de la taille d’un pois, et un troisième plus petit sur le ventre. Sur le nodule du dos, l’alopécie était complète ; 17 jours plus tard, il semblait diminuer de volume, il fut biopsié, on le trouva caséifié, dans le contenu purulent il n’y avait pas de bacilles. L’animal fut sacrifié, le foie et la rate étaient seulement congestionnés et augmentés de volume. Sur les coupes du foie, de la rate et des reins, on trouva quelques bacilles acido-résistants, groupés par 2 à 4, fragmentés ou granuleux. Cette constatation, ajoute de Souza-Araujo, est un argument en faveur d’une transmission réalisée de la lèpre.

Schôbl, E. Y. Pineda et Isao Miyao (1930), ont fait, à plusieurs reprises, à deux Singes des Philippines, des injections de tissus humains bacillifères dans l’intention de produire chez ces animaux un état allergique. Les inoculations portèrent sur les régions sourcilières, les versants du nez et l’oreille. Sur le premier Singe, apparurent aux points d’inoculation des nodules de consistance ferme, 2 mois 1 /2 après la première injection, et 2 mois après la seconde. Deux semaines plus tard, les nodules devinrent mous et la peau à leur niveau desquama. Trois semaines après leur éclosion, les nodules devinrent plus gros, mais notablement mous et il se produisit une nécrose centrale. Les ulcérations étaient recouvertes d’escarres dures ayant l’aspect du cuir ; après leur chute, les ulcérations sous-jacentes étaient baignées de pus fluide et grisâtre. Elles s’étendirent, mais 4 mois après la première inoculation, elles commencèrent à guérir et étaient cicatrisées 5 mois 1 /2 après. D’autres inoculations furent faites après que les ulcérations s’étaient développées et pendant leur cicatrisation. Il se formait de petits nodules qui se ramollissaient promptement et disparaissaient sans atteindre le stade ulcéreux. — Le second Singe fut inoculé quatre fois dans l’espace d’un mois. Il se forma de faibles indurations aux points d’inoculation dans le mois qui suivit la première infection. Au cours du mois suivant, trois nouvelles inoculations furent pratiquées. Les nodules persistèrent, ils devinrent plus volumineux ; certains présentaient une légère desquamation superficielle, mais trois mois et trois semaines après leur éclosion, ils s’affaissèrent et guérirent. L’incubation fut donc assez longue et il se développa un état allergique au cours duquel se formèrent aux points d’inoculation des indurations soudainement prononcées. Cet état allergique comportait 4 stades : a) Celui des infiltrats cutanés sans suppuration, avec une faible quantité de bacilles acido-résistants isolés ou disposés en paquets ; — b) Un second stade dans lequel les altérations s’étendaient, s’affaissaient, devenaient molles et s’ulcéraient dans leur portion centrale ; du pus ténu et grisâtre était sécrété, il contenait des bacilles pour partie phagocytés, mais les globi étaient plus nombreux que les bacilles isolés ou en paquets ; — c) Dans un troisième stade, la nécrose prenait de l’extension, ensuite elle devint stationnaire et il s’établit en définitive une ulcération à bords surélevés, couverte d’une escarre sèche sous laquelle du pus ténu, muqueux, grisâtre s’accumulait ; le fond de l’ulcération était tapissée de granulations, quelque peu sanguinolentes ; les globi étaient alors absents ou peu nombreux ; — d ) Au quatrième stade, les points inoculés guérissaient tandis que les bords s’affaissaient et que la cicatrisation s’effectuait en commençant par la périphérie. Cette évolution, disent Schôbl, Pineda et Miyao est une conséquence de la modification allergique par laquelle les différents stades peuvent s’expliquer. L’état du premier singe

ressemble, sous beaucoup de rapports, à celui qu’on observe en cas de réaction lépreuse ; chez cet animal une capacité de résistance graduellement croissante se manifestait par le volume de plus en plus petit des nodules d’inoculation et par une diminution d’intensité des accidents produits au cours des inoculations subséquentes.

Ch. Tanimura et Y. Sakurane (1930) (1), greffent des nodules lépreux à des Lapins dans le cerveau et les reins et prélèvent ces localisations ainsi que les tissus environnants à différentes dates, comprises entre le premier et le 32e jour. L’examen histologique leur a donné les résultats suivants :

1° Les tubercules lépreux paraissent pouvoir vivre beaucoup plus longtemps dans le cerveau que dans les reins ;

2° La réaction inflammatoire autour du fragment implanté offre, en général, dans le rein un degré plus élevé que dans le cerveau ;

3° Les bacilles de la lèpre ne paraissent pas pouvoir cultiver ni dans le cerveau, ni dans les reins ; quatre jours après l’implantation, on constate déjà dans le corps bacillaire, des granules caractéristiques, colorés parle Zieiil d’une teinte qui va du bleu foncé au brun foncé.

4° Quelque temps après l’implantation, les bacilles de la lèpre montrent des granulations qui doivent être considérées comme une forme de destruction. Finalement, ces bacilles sont résorbés et disparaissent.

D’après les expériences de M. Ota et S. Sato (2), de tous les animaux de laboratoire, c’est le Rat blanc qui offre les lésions externes les plus évidentes quand on l’inocule avec une souche de Mycobacterium Aurantiacum. Chez le Cobaye et aussi chez le Lapin, on constate toujours certains changements microscopiques, parfois même macroscopiques, dans les viscères, dans les ganglions régionaux ou encore dans le tissu conjonctif sous-cutané, mais pas d’altérations apparentes à l’extérieur.

Des 5 Rats blancs inoculés le 26 février 1931, avec 0,6 milligrammes d’une souche Cd de M. Aurantiacum , sous la peau du ventre, l’un a présenté, après trois mois et demi, un autre après quatre mois, une saillie de la grosseur d’une lentille, sur la joue, à côté dun ez (3). Plus tard, la peau qui recouvrait cette tumeur s est ulcérée et est restée glabre après la guérison de l’ulcère. Le premier animal est mort 162 jours après l’inoculation ; à part cette saillie sur la joue, aucun changement macroscopique n’a été observé. Le second a été tué le 225e jour : on a constaté à l’autopsie la tuméfaction des ganglions sous-maxillaires, au nombre de plus de 10. Sur les frottis, le bacille acido-résistant ne put être décelé dans aucun organe. Le troisième animal est mort 181 jours après l’inoculation, sans présenter aucune lésion extérieure, toutefois sur les poumons des nodules blanc jaunâtre de la grosseur d’un grain de riz ont été constatés à l’autopsie. Chez les deux autres rats, tout récemment la même saillie sous-cutanée de la joue a été notée.

5 Lapins et 4 Cobayes ont été inoculés avec la même culture, en même temps que les rats blancs ; bien que ces animaux parussent intacts, le microscope a révélé dans les poumons, dans le foie, dans la rate et les ganglions lymphatiques de chaque animal, certaines lésions, nettement différentes de celles de la tuberculose.

Le 20 mars 1931, 4 Rats blancs reçurent dans le tissu conjonctif sous-cutané du ventre une même dose de la souche Cf (type orangé). Deux d’entre eux ont présenté sur la joue, l’un deux mois, l’autre six mois après l’inoculation, une saillie de la grosseur d’une cerise, qui, chez les 2 rats, s’est ulcérée plus tard. En outre de cette lésion superficielle, on consul) Cti. Tanimura et Y. Sakurane. Experimentelle Untersucbungen über die Implantation der Lepraknoten. (lre communication) . La Lepro, lre année, n° 2, juin 1930, p. 137, Osaka, d’après le compte rendu des auteurs en allemand.

(2) M. Ota et S. Sato, Reproduction de la lèpre chez les animaux par l’inoculation des cultures du Mycobacterium Lepræ. Soc. de Biologie, 9 janvier 1932, t. C1X, p. 29, 2 lig.

(3) Dans une note antérieure (Soc. de biol .,4 juill. 1931), il est dit que la tuméfaction juxta-nasale était accompagnée d’une rhinite dont la sécrétion contenait toujours des amas de bacilles acido-résistants.

tatait des altérations anatomo-pathologiques assez particulières dans les poumons, le foie, la rate, parfois aussi dans les ganglions lymphatiques. Les 2 autres rats et les 3 cobayes inoculés le même jour vivent encore et ne portent aucune altération visible.

Les Rats blancs, Cobayes et Lapins inoculés avec trois autres souches (type blanc ou type orangé) obtenues par l’hémoculture ou par culture directe d’un léprome n’ont pas présenté jusqu’ici de manifestations morbides.

Notre conviction, disent en terminant les auteurs, est que nos 12 souches de bacilles acido-résistants isolés de lépreux appartiennent au bacille de Hansen ; pour appuyer cette assertion, ils se basent à la fois sur la culture et sur l’inoculation, et ils ne croient pas téméraire de conclure que le bacille de la lèpre se cultive et qu’il est inoculable aux animaux.

Cantacuzène et Longhin, après avoir fdtré sur bougie L3 une émulsion de léprome, constatent qu elle ne contient aucune forme microbienne. Dans ce filtrat existe néanmoins L ultra-virus de la lèpre, car l’ayant injecté dans la cavité péritonéale de Rats blancs, dont l’épiploon avait été préalablement bloqué selon le procédé de Van Deinse, deux à trois mois plus tard, ces animaux présentaient une émaciation considérable ; les bacilles de Hansen s’étaient multipliés dans leur épiploon et avaient provoqué une adénopathie de tout le système ganglionnaire.

Depuis leurs premières recherches, ces expérimentateurs sont parvenus à réaliser régulièrement sur le Rat blanc une infection généralisée, presque toujours mortelle (1). Ils bloquent au préalable l’épiploon des Rats en injectant dans la cavité abdominale 2 centimètres cubes d’un mélange de 2 centimètres cubes de phosphate disodique (solution à 5 pour 100) avec 0 cm3 35 d’une solution de chlorure de calcium à 5 pour 100 (méthode de Van Deinse). Le précipité de phosphate de calcium ainsi obtenu se fixe rapidement sur l’épiploon. Un à deux jours après, on injecta dans la cavité abdominale des Rats une émulsion non filtrée d’un léprome trituré. Pour éliminer l’objection d’une tuberculose concomitante, des injections de cette même émulsion étaient faites sur des cobayes témoins. Il est expressément noté que les Rats blancs en expérience étaient parfaitement sains et que la lèpre des Rats n’avait jamais été observée dans cet élevage entretenu depuis longtemps au laboratoire.

Les Rats inoculés présentèrent les signes d’une infection d’allure chronique qui les tuait en général en cinq à six mois. Le Rat, d’une maigreur squelettique, perdait son poil notamment à la base de la queue, au niveau des cuisses, des aines et des flancs, la peau de ces régions se desséchait, se couvrait de croûtes et de squames. L’un des animaux présentait, à la base de la queue, une ulcération du diamètre d’une pièce de un franc.

A l’antopsie, l’attention était tout d’abord attirée par l’étendue de l’hypertrophie ganglionnaire. Les groupes inguinaux, iliaques, axillaires, cervicaux, sous-maxillaires, inter-trachéo-bronchiques étaient très volumineux, de consistance assez ferme, sans trace de caséification. Les ganglions iliaques et axillaires, en particulier, étaient considérablement hypertrophiés en comparaison des glandes des témoins qui n’avaient reçu qu’une injection de phosphate de calcium. Les expérimentateurs mentionnent que sur ces Rats de contrôle jamais il n’a été constaté de bacilles acido-résistants pouvant faire soupçonner une infection par un microbe de sortie. La rate était doublée ou triplée de volume. L’épiploon, très épaissi, adhérait aux organes voisins.

Sur les frottis d’épiploon, de divers ganglions et de la rate des animaux infectés, existaient des bacilles acido-résistants. Il s’agit donc bien d’une infection généralisée ; chez des animaux ayant reçu une inoculation intra-péritonéale, sans blocage préalable de l’épiploon, la résorption totale des bacilles injectés s’effectuait en deux à trois semaines.

Les bacilles se coloraient tantôt uniformément, tantôt inégalement, sous forme de

(1) Acad, des Sciences, 19 sept. 1932.

grains acido-résistants. Parfois isolés, les bacilles étaient le plus souvent disposés en paquets comparables aux globi de la lèpre humaine. Souvent, ils étaient intra-cellulaires, à l’intérieur des grands monocytes. A côté de ces formes acido-résistantes absolument typiques coexistaient, parfois en grand nombre, surtout à la surface de l’épiploon, des bacilles ayant tous les caractères morphologiques des bacilles de Hansen, mais dépourvus d’acidorésistance. « Cette constatation, disent les auteurs, nous permet de nous demander si au cours de son évolution, le bacille de Hansen ne passe point par une phase où l’acido-résistance ferait défaut. »

L’infection lépreuse des Rats blancs a été transmissible en série au moyen d’une émulsion de ganglion ou d’épiploon provenant de Rats lépreux. La cachexie paraît se développer plus rapidement chez les Rats des passages subséquents que sur les Rats du premier passage. Ainsi, un mois et demi après l’inoculation, les animaux du second passage ont déjà perdu 30 à 50 grammes (leur poids moyen était de 200 grammes). A ce moment, leurs ganglions, fortement hypertrophiés contenaient déjà des bacilles acido-résistants. Néanmoins on note chez ces animaux une sensible disproportion entre le nombre des acido-résistants visibles dans les frottis et la rapidité ou l’intensité de certains phénomènes tels que : l’hypertrophie ganglionnaire, la cachexie, les troubles cutanés. Dès lors, on est en droit de se demander si, dans des cas semblables, l’ultra-virus ne jouerait pas un rôle pathogène plus actif que les formes visibles elles-mêmes ?

De ce long exposé analytique, paraissent se dégager les conclusions suivantes :

1° Une greffe locale de la lèpre a été souvent réalisée sur certains animaux. Leur réceptivité varie suivant les espèces : Tandis que le Ronnet chinois a donné à Ch. Nicolle des résultats positifs, les singes africains Erythrocebus Pata et Pithecus sinicus ont paru n’avoir qu’une réceptivité faible ou même nulle (Roffo). Parmi les petits animaux de laboratoire, le Rat blanc, et surtout la Souris blanche, présenteraient une aptitude prononcée à contracter la lèpre (de Souza-Araujo) ;

2° Les conditions les plus favorables à l'inoculation sont : l’insertion d’un fragment assez volumineux de léprome prélevé au stade d’activité, riche en bacilles et inoculé aussitôt après la biopsie. D’après Stanziale, l’injection d’un liquide, même très chargé en bacilles, est en général négative. Il semble que l’agent pathogène ne puisse conserver sa vitalité que s’il reste confiné sur le tissu humain. Cependant, plusieurs expérimentateurs ont réussi à produire des nodules en injectant des émulsions de bacilles ;

3° Lorsque l’inoculation est positive, un nodule identique d’aspect à un léprome humain se forme au point d’insertion du virus après une incubation généralement assez longue. Il se développe lentement ; après avoir acquis un certain volume, il reste stationnaire plusieurs semaines ou plusieurs mois, puis se résorbe ;

4° La structure du nodule est la même que celle d’un léprome humain : éléments épithélioïdes, cellules lépreuses vacuolisées, bourrées de globi, cellules géantes avec conglomérat de noyaux au centre de protoplasma, plus rarement couronnée de noyaux à la périphérie de l’élément (type Langiians), parfois les coupes rappellent la lèpre tuberculoïde (Kyrle) ;

5° Il s’agit de lésions presque toujours locales, qui naissent et meurent sur place. Roffo cependant signale la production de nodules à distance qui paraissent avoir bien été de nature lépreuse, car à leur niveau on constatait la chute des poils et de l’anesthésie ;

6° Après la résorption de la greffe lépromateuse, l’examen microscopique démontre la persistance de bacilles spécifiques. Après une période plus ou moins longue d’inertie, ils peuvent rentrer en activité et produire de nouveaux nodules. Chez un Singe inoculé par Franchini et Cenoali, apparut, au point d’inoculation, un nodule qui ne tarda pas à se résorber ; 18 mois après, se développa spontanément au même point un nouveau nodule qui atteignit progressivement la taille d’une fève ; il contenait des bacilles et disparut deux

mois plus tard. Enfin, quelques mois avant la mort du Singe, un troisième tubercule très riche en bacilles de Hansen se forma au même point que les deux premiers ;

7° Les expériences de Ch. Nicolle et de plusieurs autres expérimentateurs ont établi qu’en général la réceptivité des singes à l'égard de la lèpre s’accroît au cours des inoculations successives. Cette sensibilisation se manifeste par deux phénomènes corrélatifs : le raccourcissement de la période d’incubation et la persistance plus longue de la greffe lépreuse. Il y a pourtant des exceptions à cette règle ;

8° Schôbl, Pineda et Miyao sont parvenus à créer sur le Singe, par des inoculations réitérées, un état allergique dont ils ont étudié les différentes phases ;

9° L inaptitude du bacille de la lèpre à vivre en dehors du milieu humain est sans doute la raison pour laquelle la lèpre expérimentale ne peut que très difficilement être transplantée d’un animal à un autre animal de même espèce ;

10° La multiplication des bacilles reste presque toujours localisée au lieu de dépôt ou au voisinage immédiat du fragment humain greffé. Cependant, si les résultats annoncés par Cantacuzf.ne et Longhin se confirment, il y a tout lieu d’espérer que le blocage de l’épiploon sur le Rat blanc fournira un moyen de produire régulièrement une infection généralisée transmissible en série. Ainsi serait réalisé un immense progrès ;

11° Dans l’appréciation des expériences, il ne faut jamais oublier que la tuberculose est très souvent associée à la lèpre même au niveau d’un léprome floride. Pour éliminer cette cause d’erreur, il faut inoculer des cobayes témoins et ensemencer des plaques de Petroff.

12° Leloir d’abord (1887), Wesener ensuite et beaucoup d’autres expérimentateurs, ont établi que des bacilles de Hansen morts peuvent provoquer chez l’animal des foyers de réaction tissulaire ayant une structure identique à celle des granulomes lépreux observés chez l’homme. Les mêmes altérations histologiques (cellules épithélioïdes et géantes, affectant même le type Langhans, etc.) ont pu même être réalisées par l’injection de corps étrangers, par exemple par l’inoculation de particules de peau saine stérilisée par la chaleur. Ces pseudo-lèpres peuvent simuler une infection généralisée, les cellules migratrices portant à distance les bacilles morts ou les corps étrangers autour desquels la réaction tissulaire constitue une formation tuberculoïde. Mais, dans le premier cas, les bacilles morts n’offrent aucun indice de multiplication et, dans le second, les foyers produits par des corps étrangers sont dépourvus d’éléments microbiens. Toutefois cette preuve n’est pas inattaquable, car les recherches contemporaines conduisent à admettre que l’agent pathogène de la lèpre est invisible à certains stades de son cycle. D’ailleurs, dans les lèpres tuberculoïdes les bacilles font défaut ou sont très rares (1).

La lèpre des Rats

Sticker a vainement cherché le bacille de la lèpre dans les poissons vendus aux marchés de Bombay, région où la lèpre est commune. A Bergen, où la lèpre est endémique, il a relevé, sur un grand nombre de poissons, en particulier sur Gadus morrhua , G. ægliphinus, G. virens et Labrus berggylta, des irido-cyclites et des lésions cornéennes, de nom

(1) Je ne puis que signaler le travail suivant qui vient de paraître : Manuel Such Sanchiz, B. de Hansen. Comisiôn permanente de investi gaciones sanitarias, Madrid, 1933.

Intentes de cultivo del

breuses ulcérations cle la peau et des muqueuses nasale et pharyngée. Dans ces lésions, il a décelé la présence de bacilles acido- et alcoolo-résistants, mais qui retiennent inégalement la matière colorante. Les recherches de Ch. Nicolle, Comte et Catouillard, dans les eaux de Tunis, ont été négatives.

Les maladies infectieuses qu’on a décrites sous le nom de « Lèpre des Poules », de « Lèpre du Canard » ne paraissent avoir rien de commun avec la lèpre humaine.

Sibley (1890) a signalé sur quelques Oiseaux des altérations de la rate tout à fait comparables à celles qu’on observe dans la rate de l’homme lépreux. Ces lésions contiennent, en quantité prodigieuse, des bacilles acido-résistants qui étouffent les tissus ambiants sans y provoquer d’inflammation. Ils siègent dans les espaces lymphatiques et se disséminent, au cours de l’évolution chronique dans les autres viscères. Nôller a vérifié ces constatations sur 250 Serins : dans la rate, le foie, l’intestin, les poumons, la peau et le cerveau, il a trouvé des bacilles acido-résistants en quantité innombrable. Les lésions qu’ils provoquent ressemblent beaucoup à celles de la lèpre humaine et à la « paralèpre du Bœuf », mais, dans celle-ci, les bacilles restent cantonnés à l’intestin et aux ganglions lymphatiques correspondants, tandis, que dans la maladie des Serins, les localisations intestinales sont discrètes et les foyers infectieux se disséminent dans les viscères et dans la peau.

La maladie du Bœuf connue sous le nom de Johnes disease, d’ Enterititis chronica bovis paratuberculosa (Bang), d ' Enteritis bovis hypertrophica specifica (K. F. Meyer) offre une grande similitude avec la lèpre de l’homme. Elle est causée par des bacilles acido-résistants, analogues aux bacilles de la tuberculose, et appelés pour cette raison bacilles de la paratuberculose. Cette infection se manifeste par une diarrhée chronique, incoercible, qui peut se prolonger au delà d’une année et se terminer par la mort. La maladie se localise à l’intestin, l’intestin grêle en particulier, et aux ganglions mésentériques. La muqueuse proprement et parfois aussi la sous-muqueuse sont intéressées. Les bacilles contenus dans les lésions sont un peu plus courts et plus épais que ceux de la tuberculose et souvent granuleux; ils sont intra-cellulaires rarement isolés, en général en amas plus ou moins volumineux. Des cultures pures de cet agent pathogène ont pu être obtenues ; leur croissance est très lente. L’infection a pu être réalisée chez le Bœuf, notamment chez le Veau (Bang). Frosch propose de la désigner sous le nom de « Paralèpre du bœuf ».

La lèpre des Rats offre de grandes analogies avec la lèpre humaine. G. Dean, le premier, signala l’existence de cette maladie à Londres ; mais c’est à Stefansky (1903) que l’on doit la description de cette maladie. A cette époque, il constatait cette infection murine à Odessa sur 4 à 5 pour 100 des Rats d’égouts ( Mus decumanus norvegicus).

C’est une maladie répandue dans le monde entier. Elle a été constatée successivement à Berlin, en Australie, aux Etats-Unis, en Roumanie, au Japon, en Nouvelle-Calédonie. M archoux, sur 1.296 Rats d’égout examinés à Paris, l’a observée 65 fois, c’est-àdire dans la proportion de 5 pour 100. Cet expérimentateur, sur des lots de Rats capturés dans des dépôts d’os, dans les clos d’équarrissage et aux abattoirs, a relevé, comme Mc Coy l’avait déjà fait à San Francisco, des pourcentages beaucoup plus forts (14, 19 et même 45 pour 100). Cette infection s’observe presque exclusivement sur le Rat d’égout ou Surmulot. Cependant, Du jardin-Beaumetz l’a décrite sur un Rat blanc très fortement atteint ; il provenait d’ailleurs des égouts parisiens où les albinos ne sont pas rares. Marchoux fait remarquer que les Rats blancs n’étant qu’une variété de Surmulots, la contamination de cet animal n’est pas surprenante. Au Punjab, la lèpre murine a été signalée sur Mus rattus ; Kitasato a trouvé au Japon un M. alexandrinus , porteur de cette infection.

La lèpre murine affecte deux types cliniques (1). La forme ganglionnaire se traduit

(1) La description qui suit est empruntée à Marchoux et Sorel. La lèpre des Rats. Lepra murium. Ann. de V Institut Pasteur , t. XXVI, pp. 675, 778 et 936, 1912.

par des adénopathies axillaires, inguinales, sons-maxillaires, qui peuvent atteindre un volume considérable ; quand les groupes splanchniques sont seuls intéressés, la maladie n’est reconnue qu’à l’autopsie. La forme musculo- cutanée est beaucoup plus rare (8 fois sur 1.296 Rats, soit dans la proportion de 0,60 pour 100). Les animaux, profondément cachectiques, se meuvent avec difficulté et peuvent parfois être pris à la main. Leur robe est parsemée de mouchetures et de plaques alopéciques plus ou moins étendues (fig. 28). La peau,

Fig. 28. — Peau d’un Rat atteint de lèpre murine spontanée.

Photographie effectuée par transparence. Les parties foncées, cpii interceptent la lumière, indiquent la présence de nodules lépreux (E. Marchoux, IIIe Conf. Internai., Strasbourg, 1923).

très épaissie et bosselée, adhère aux tissus sous-jacents. Sur quelques sujets, on remarque de vrais nodules qui peuvent atteindre les dimensions d’une noisette, mais qui, en général, sont plus étalés que dans la lèpre humaine. Ces infiltrats peuvent être ulcérés. Pour apprécier l’étendue et l’importance des lésions cutanées, il faut dépouiller le Rat malade et examiner la peau par transparence. Dans tous les cas observés par Marchoux, la maladie prédominait sur la moitié postérieure du corps, tantôt à la face dorsale, tantôt à la face ventrale. « L’infection, dans ce dernier cas, semblait toujours avoir pour point de départ le groupe ganglionnaire inguinal, s’être ensuite étendue de proche en proche vers la ligne blanche et

surtout vers les lianes. Elle avait amené la formation d’une sorte de plastron de tissu néoformé se terminant symétriquement en pointes dirigées vers la partie antérieure du corps. »

Dans les viscères, les lésions visibles à l’œil nu sont discrètes. Mc Coy décrit de petites nodosités sur le feuillet pariétal du péritoine et du péricarde ; G. Dean a vu une petite zone de nécrose dans le foie (1).

Le bacille de la lèpre du Rat, comme celui de la lèpre humaine, « est un parasite spécial des cellules mésodermiques dans lesquelles il se multiplie avec une extraordinaire abondance, paraissant gêner la cellule-hôte par encombrement, plutôt que l’altérer par une sécrétion toxique ». Le protoplasma des cellules distendues par la culture microbienne finit par être désagrégé et les bacilles mis en liberté sont englobés par les cellules voisines. Ces éléments, hypertrophiés, tassés les uns contre les autres, quelquefois jusqu’à confusion de leur protoplasma qui s’est réuni pour constituer une cellule géante, sont en majeure partie, des cellules épithélioïdes.

Du point d’inoculation, les cellules bacillifères gagnent rapidement les ganglions par les voies lymphatiques. Les glandes ainsi hypertrophiées ne présentent aucune tendance à la suppuration.

Avant même d’avoir atteint un certain développement, l’infection dépasse les limites du ganglion ; les cellules parasitées vont se loger dans les espaces lymphatiques du tissu conjonctif qu’elles distendent, comprimant et infiltrant les organes voisins : glandes mammaires et muscles. Des nodules circonscrits, constitués par de grands mononucléaires et des cellules fixes chargés de bacilles, rappelant les lépromes de l’homme, se développent dans le tissu cellulaire sous-cutané. Dans le derme, les cellules infectées forment des manchons périvasculaires qui enserrent les glandes sébacées et les follicules pileux, d’où les plaques d’alopécie disséminées sur la robe des animaux malades. L’envahissement bacillaire peut gagner les assises énidermiques. La cellule de Malpighi, qui résiste moins facilement à cette infection que la cellule mésodermique se nécrose ; cette destruction de l’épiderme est l’origine des ulcérations observées sur les Rats lépreux.

L’évolution de la maladie est très lente. D’ordinaire, le Rat succombe à une affection intercurrente avant que l’infection ait produit des foyers considérables dans les viscères. Ce que l’on constate dans certains cas, ce sont de petits nodules dans le loie, la rate, le rein ou la vessie. Entre ces organes et le foyer infectieux, dit Marchoux, les poumons jouent le rôle de tampon. De bonne heure, des bacilles convoyés par le sang de la petite circulation pénètrent dans le parenchyme pulmonaire ; d’autre part, des voies lymphatiques des ganglions parasités, s’échappent quelques leucocytes bacillifères qui par les veines lymphatiques ou le canal thoracique aboutissent au poumon. Aussi cet organe renferme-t-il toujours des bacilles acido-résistants, même dès le début de l’infection. Mais, quel que soit le stade auquel on pratique l’examen, les cellules parasitaires ne sont jamais assez nombreuses dans le poumon pour se conglomérer en nodules. Les cellules bacillifères gagnent individuellement les ganglions médiastinaux qui constituent un nouveau système défensif, mais celui-ci finit par se laisser forcer.

Cette maladie a suscité un grand nombre de recherches expérimentales. Ci. Dean a réussi à communiquer cette infection à des Rats blancs par injection massive de bacilles dans le péritoine.

L’incubation est longue ; l’infection n’est souvent décelable qu’après 2 à 4 mois et même parfois après un temps plus considérable encore.

Contrairement aux prévisions, il est établi d’une laçon certaine que le Rat blanc est

(1) Kakeuchi (. Jap.Journ.of Dermat., t. XVI, 191 6) a signalé, dans la lèpre des Rats, des lésions tout à fait semblables à celles de la lèpre humaine : tuméfaction et altération segmentaire du cylindre-axe, gonflement et di\ ision de la myéline, absence presque totale de réaction du tissu interstitiel, hypérémie, épaississement des parois vasculaires, etc. Des bacilles ont été parfois reconnus soit dans la myéline, soit en dehors d’elle.

aussi sensible que le Rat gris à la lèpre murine, peut-être même plus sensible. Les expériences sur la lèpre humaine 11e doivent donc être entreprises que sur des Rats blancs d’élevage.

Marchoux est parvenu facilement à communiquer la maladie à des Rats gris ou blancs par insertion d’un fragment de tissu virulent dans le tissu cellulaire sous-cutané, par injection hypodermique d’une suspension bacillaire, et surtout par friction de la peau, préalablement scarifiée, avec un fragment de ganglion ou de tissu conjonctif riche en bacilles.

Mais le bacille de Stefansky 11e franchit pas la barrière épidermique intact. Des Rats âgés de quelques jours, encore glabres, ont pu être largement badigeonnés avec le liquide de broyage ganglionnaire riche en acido-résistants et cela sans résultat.

La Souris blanche est moins sensible que le Rat à la maladie de Stefansky et cette infection offre souvent, chez cet animal, des formes d’involution.

Tous les essais d’inoculation sur les animaux de laboratoire et chez le Singe ont échoué.

Le bacille de la lèpre des Rats existe en quantité innombrable dans les tissus malades. Coloré plus facilement par le Ziehl que le bacille de Koch, il résiste mieux à la décoloration par les acides dilués que le bacille de Hansen débarrassé de sa gangue glaireuse. 11 prend le Gram.

Protégé par son enveloppe cireuse, le bacille de Stefansky n’est pas attaqué par les sucs digestifs des mononucléaires qui l’ont phagocyté. Il paraît dépourvu de propriétés toxiques.

Contrairement au bacille de Hansen, le bacille de la lèpre du Rat est disposé sans ordre dans le protoplasma cellulaire, il 11’affecte jamais la forme en globi, en paquets de cigares, sans doute parce qu’il 11’est pas entouré d’une gangue glaireuse ou glée.

Parfois le bacille de Stefansky, comme le bacille de la lèpre humaine, devient granuleux et prend la disposition en chaînette ou coccothrix de Unna.

Marchoux et Sorel insistent sur l’étroite ressemblance qui existe entre le bacille de la lèpre du Rat et celle de l’Homme. « L’une et l’autre, disent-ils, ont dans l’organisme le même habitat, causent une maladie du même genre, à incubation longue et à marche lente. L’un et l’autre restent toujours contenus dans les cellules où ils se multiplient sans paraître fabriquer de substance toxique. Ni l’un ni l’autre n’a encore été sûrement obtenu en cultures successives in vitro. »

Comme le bacille de Hansen, le bacille de Stefanski multiplie assez facilement dans les tissus qui contiennent déjà des germes, mais il est impossible de transporter cette culture sur un autre milieu ou même sur un fragment sain de même tissu. Si l’on enlève aseptiquement un ganglion inguinal chez un Rat qui est au début de l’infection et qu’on le porte sur un culot de gélose nutritive, il se fait dans le ganglion, en quelques semaines, une véritable culture. Le nombre des bacilles acido-résistants y croît dans des proportions colossales ; il est facile de s’en rendre compte, en coupant ce ganglion, ainsi qu’un autre du même Rat, fixé au moment de l’extirpation.

En portant un fragment de ganglion-culture sur un morceau de rate stérilisée à 110° et ayant subi un commencement de digestion par la trypsine, Marchoux et Sorel ont vu se former, au moins à la surface, de petites colonies microscopiques, chétives, et montrant peu de tendance à l’extension. Le transport de ces colonies sur nouvelle rate n’a pas été possible.

Pour élucider le mode d’infection et de propagation de la lèpre humaine dans l’organisme, Marchoux et Sorel ont entrepris de multiples et ingénieuses expériences sur les Rats atteints de la maladie de Stefansky. Il suffira de signaler ici les données principales qu’ils ont mis en lumière : la lèpre des Rats n’est jamais congénitale;- — les arthropodes parasites des rats ne véhiculent pas les germes de la maladie de Stefansky ; — la contamination s’effectue, en général, par morsure ; — l’infection ne se produit pas au travers de la pituitaire alors même que cette muqueuse est frottée avec du mucus nasal bacillifère de Rats lépreux; mais le bacille de Stefansky traverse la muqueuse saine du fourreau ; —

de jeunes rats d’élevage, nés au laboratoire et par conséquent indemnes de toute contamination spontanée, peuvent présenter une localisation pulmonaire primitive après avoir absorbé des bacilles de Stefansky en grand nombre ; — l’inoculation de virus pur donne toujours la forme ganglionnaire, l’inoculation de virus impur se traduit par la forme musculo-cutanée.

« 11 est rare, disent Marchoux et Sorel, que l’animal survive assez pour que des lésions... étendues se manifestent, et c’est ce qui explique que la lèpre, cliniquement diagnosticable, soit peu commune. En général, le Rat meurt, non pas de la lèpre elle-même, mais d’une infection intercurrente pour laquelle il présente une grande sensibilité. Dans la terminaison, comme dans la marche, la maladie du Rat se comporte sensiblement comme la lèpre de l’homme » (1).

Dans trois notes successives communiquées à l’Académie de Médecine, (1921, 1922, 1925), Marchoux étudie les rapports de la lèpre humaine et de la lèpre murine. Les deux premières ont trait à un jeune Haïtien de 23 ans, très amaigri, dont les manifestations locales se réduisaient à des taches pigmentées exemptes d’anesthésie, mais dont les phénomènes généraux étaient fort prononcés : le sujet avait de la fièvre, des adénopathies douloureuses, de l’œdème et de l’albuminurie, une éruption de bulles contemporaine d’une poussée récente, de plus son mucus nasal contenait des bacilles acido-résistants finement granuleux. Ce malade mourut d’une pleurésie purulente dans laquelle on ne trouve que des streptocoques. A l’autopsie, Marchoux constata des bacilles différents de ceux de Koch et de Hansen. Dans tous les organes, dans la rate en particulier, existaient des masses microbiennes conglomérées en globi. Les bacilles qui les constituaient étaient très fins, courts, disposés dans tous les sens. Ils étaient acido- et alcoolo-résistants, mais ils étaient rapidement décolorés par le xylène, le toluène, l’acétone, l’éther, le chloroforme. Après les solvants des cires, ce bacille demeurait incolorable à nouveau par la fuchsine. « Ce caractère à lui seul, écrit Marchoux en 1921, suffit, à le différencier de ceux de la tuberculose et de la lèpre ». Ses amas colorés par le Ziehl, ressemblaient à une petite masse de poudre rouge d’où la dénomination de Mycobacterium, pulviforme que Marchoux propose de lui donner (fig. 29). A cette époque l’auteur n’assimile pas le bacille pulviforme au bacille de la lèpre et il intitule sa première note : «Sur une nouvelle maladie à bacilles acido-résistants qui n’est ni la tuberculose, ni la lèpre ». La conception de Marchoux va se modifier progressivement, la seconde note du 16 mai 1922 a pour titre : « La lèpre du rat est peut-être transmissible à l’homme. » Le 7 janvier 1921, de la pulpe splénique, prélevée sur la rate du jeune Haïtien mort de pleurésie, est inoculée sous la peau de Lapins, de Cobayes et de Rats. Aucune manifestation locale apparente ne se produit sur ces animaux. Trois d’entre eux succombent successivement à des maladies intercurrentes. Au point d’inoculation, il y avait du pus avec bacilles acido-résistants, très rares chez le Lapin, rares chez le Cobaye, nombreux chez le Rat. En juin, un Lapin et un Cobaye meurent ; on ne peut déceler l’existence d’acido-résistance, ni au point d’inoculation, ni dans les ganglions voisins, ni dans un organe quelconque. En décembre, les Lapins et Cobayes survivants, tous très bien portants, sont sacrifiés ; ils paraissaient indemnes de toute infection, ce qui exclut la tuberculose.

Fig. 29. — Mycobacterium, pulviforme.

Forme granulaire chez l’Homme (E.

Ma rchoux, IIIe Conf. Internat, de la Lèpre, Strasbourg, 1923).

(1) E. Marchoux et F. Sorel. Lepra murium. G. R. de la Soc. de Biol., 3, 10 et 17 févr. 1912, pp. 169, 214 et 269.

Entre temps, en mai 1921, deux Rats meurent et l’on constate des acido-résistants au point d’inoculation, dans les ganglions voisins et même dans le tissu conjonctif qui les entoure. En novembre 1921, un autre Rat succombe. Il n’est pas douteux que les bacilles acido-résistants se sont multipliés sur cet animal. Dans l’aîne droite proémine une masse de tissu conjonctif induré enrobant le paquet ganglionnaire et contenant une énorme quantité de bacilles. Ce Rat fut sacrifié en février 1922. L’autopsie montra, non seulement une infection du tissu conjonctif et des ganglions inguinaux droits, mais les glandes axillaires et le tissu conjonctif sous-cutané de la région thoracique gauche étaient bourrés de bacilles.

De nouveaux Rats furent inoculés avec la pulpe ganglionnaire recueillie sur les animaux de la première expérience ; l’incubation fut beaucoup plus courte dès le deuxième passage. Un frottis de tissu conjonctif infecté est tout à fait semblable à un frottis de même tissu provenant d’un Rat porteur de lèpre murine. Les bacilles ne sont plus courts et pulviformes comme dans le fragment humain inoculé, mais aussi longs et aussi épais que les bacilles de la lepra murium et ils offrent la même disposition dans les tissus. « S’agit-il donc, dans le cas du jeune Haïtien, d’une transmission accidentelle de la lèpre du Rat à l’Homme? » Peutêtre, ajoute Marchoux, « la résistance de l’organisme humain au virus lépreux du Rata pu amener la transformation pulviforme des bacilles acido-résistants trouvés chez l’Haïtien et le retour à la normale par l’inoculation au rat ». Néanmoins, Marchoux ne se croit pas autorisé à l'affirmer et il se borne à formuler la conclusion suivante : « Chez l’homme, il existe une maladie rappelant la lèpre, causée par un bacille acido-résistant se présentant en amas granulaires contenus dans une gouttelette de substance lipoïde et transmissible au Rat blanc qui prend une affection apparemment indifférenciable de la lèpre des Rats ».

Enfin, dans une troisième série d’expériences, Marchoux emprunte le produit virulent à trois lépreux de mon service, dans les deux premiers cas à l’autopsie, dans le troisième sur le vivant, au moyen d’une biopsie. Avec le matériel provenant des deux premiers malades, de nombreux Rats furent inoculés, ainsi que quelques Cobayes ; ces derniers furent atteints de tuberculose ; en ce qui concerne le virus recueilli sur le troisième lépreux, la précaution d’inoculer un Cobaye fut négligée, mais, ajoute l’auteur, si cette expérience avait été faite, elle aurait sans doute donné un résultat positif. La question que pose le titre de cette troisième note : « Unicité ou pluralité des bacilles lépreux », reste sans réponse. Néanmoins Ma rchoux, tout en refusant de se prononcer, fait remarquer que chez le jeune Haïtien, le virus lépreux pouvait être exacerbé par le streptocoque qui causa la mort du malade par pleurésie purulente.

Actuellement, Marchoux estime que le bacille de la lèpre humaine comprend plusieurs races dont l’une d’elles est inoculable au Rat.

Ma rkianos s’est assuré que le virus de la lèpre des Rats peut traverser les filtres de porcelaine (1). Les ganglions et l’épiploon d’un Rat sérieusement infecté furent triturés et délayés dans de l’eau physiologique. La suspension ainsi obtenue fut jetée sur un tamis pour écarter les débris tissulaires trop volumineux. Le liquide recueilli qui contenait de nombreux bacilles acido-résistants fut fdtré sur papier, additionné d’une culture de staphylocoques et passé sur bougie Chamberland 2L maintenue sous pression de 25 à 30 centimètres de mercure. Sur frottis colorés par le Ziehl, on ne constatait la présence d’aucun bacille acido-résistant.

Quatre Rats neufs reçurent sous la peau de Laine droite 1 centimètre cube du filtrat ; 2 Rats neufs de la même cage furent gardés comme témoins.

Trois mois après l’inoculation, un des Rats inoculés mourut. On ne constata qu’une légère tuméfaction des ganglions inguinaux droits. Les bacilles y étaient isolés, certains

(1) J. Markianos. Filtration du virus de la lèpre des Rats, Bull, de la Soc. de Path. exotique, t. XXII, pp. 410-411, 12 juin 1 929.

paraissaient granuleux. Sur les frottis des ganglions et organes profonds, la recherche des bacilles fut négative.

Neuf mois se passent, et un second Rat meurt. Les bacilles constituent par place dans les ganglions de 1 aîné droite de véritables paquets caractéristiques. Quelques rares acidorésistants sont disséminés dans le foie et la rate.

A la même date, la ponction d’un ganglion inguinal droit est positive sur un troisième animal et négative chez le quatrième.

Dans une seconde série d’expériences, Markianos prélève « le caséum d’un tubercule lépreux contenant de nombreux acido-résistants dont la majeure partie était granuleuse ». Ce matérie est mélangé avec 50 cm3 d’eau physiologique, additionné de 3 cm3 d’une culture en bouillon du virus Danysz, filtré sur bougie 2L.

Le filtrat ne montre pas de bacilles acido-résistants. Il sert à inoculer 5 Rats neufs dans l’aine droite. Trois jours après, l’un des animaux meurt et un autre un mois plus tard. Les ganglions contiennent des granules assez rares colorés par le Ziehl. Les frottis des autres organes ne montrent ni bacilles, ni granules.

Chez les 3 animaux survivants, la ponction des ganglions inguinaux droits, 82 jours après l’inoculation, permet de reconnaître dans la pulpe la présence de bacilles acido-résistants typiques, isolés ou en petits groupes caractéristiques.

Ce serait sans doute à un virus filtrant que serait due la contamination intra-utérine constatée chez les Rats nouveau-nés.

Muir et Henderson ont fait de nombreuses recherches expérimentales sur la lèpre des Rats (1) ; la plupart de leurs résultats concordent avec ceux qui ont été obtenus par Marchoux et ses élèves. Leurs conclusions sont les suivantes : 1° la lèpre murine peut être communiquée aux Rats par scarification, par inoculation sous-cutanée et intra-péritonéale ; trois semaines après l’inoculation, l’infection peut être évidente, et déjà visible au microscope 8 jours après l’inoculation sous-cutanée ; — 2° les reins et les capsules surrénales sont rarement atteints, des granulomes ulcéreux sont habituellement observés après infection par voie intra-péritonéale ; — 3° la virulence n’est pas renforcée par une alimentation riche en protéines plus ou moins privées de vitamines ; — 4° par ingestion de viande de Rat contaminé, peut naître une infection dont l’incubation est longue et les manifestations hésitantes ; — 5° les inoculations faites à des Singes, des Lapins et à des Hamsters chinois ont échoué ; — 6° les bacilles de la lèpre des Rats chauffés à 60° pendant 25 minutes ne sont plus virulents ; — 7° des inoculations de la lèpre humaine à des Rats, des Hamsters chinois et des Souris danseuses japonaises furent complètement négatives ; — 8° les cultures de B. C. G. de Calmette ne confèrent aucune protection contre la lèpre des Rats.

Gougerot a fait 30 tentatives de transmission de la lèpre humaine au Rat, en recourant aux moyens les plus variés, même à l’inoculation dans les nerfs périphériques, et il a constamment échoué.

La répartition géographique de la lèpre humaine et celle de la lèpre murine dans le monde ne sont pas superposables ; on a fait observer que ce désaccord n’est pas en faveur de la transmission de la lèpre à l’homme par le Rat.

(1) E. Muir et J. M. Henderson, Indian med. Journ. Res., t. XV, p. 807, 1928.

Jeanselme. — La Lèpre.

SÉROLOGIE

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