A. — DE L’EMPLOI D UN ANTIGÈNE SPÉCIFIQUE
Eitner, le premier, a réalisé cette réaction en 1906. Comme antigène, il employa un léprome, finement haché, qui fut mélangé à une quantité à peu près égale de sérum physiologique additionné d’acide phénique à 0,5 pour 100. Cette suspension fut vigoureusement brassée pendant 8 heures dans un agitateur, puis centrifugée jusqu’à limpidité parfaite. Les préparations obtenues avec ce liquide contenaient un très grand nombre de bacilles de la lèpre.
Le sérum lépreux fut fourni par le malade dont le léprome avait été transformé en antigène. Comme complément, Eitner se servit de sérum de lapin ; comme sérum hémolytique, du sérum de lapin préparé par des injections intra-veineuses d’hématies de bœuf.
Tandis que la fixation du complément s’effectuait lorsque le sérum du malade était mis en présence de l’antigène lépreux, dans les expériences de contrôle faites avec du sérum de sujet sain ou syphilitique, l’hémolyse était constante. Le résultat était le même quand, à du sérum de lépreux, était ajouté de l’extrait de peau normale (1).
Deux ans plus tard, Slatineanu et Danielopolu (1908) ont recherché la réaction de fixation sur 26 lépreux de l’hospice de Tikilesti-Dobrogea ayant pour la plupart des lésions très avancées.
L’antigène a été préparé avec des lépromes dont la teneur en bacilles de Hansen a été vérifiée. Les nodules lépreux ont été finement broyés. La pulpe obtenue a été mélangée
(1) Eitner. Nachweis von Antikôrper in Sérum eines Leprakranken mittels Komplementablenkung. Wien. klin Woch ., 1906, n° 5.
à de l’eau physiologique (0,85 pour 100) contenant 0,5 pour 100 d’acide phénique. Le mélange a été laissé 24 heures dans un agitateur électrique et centrifugé ensuite jusqu’à complète transparence.
La grande majorité des sérums de lépreux a donné, avec cet antigène, un résultat positif : fixation complète dans 20 cas ; fixation plus faible, mais positive, dans 4 cas ; fixation très faible dans 2 cas. Dix sérums d’hommes sains ont servi de témoins. Aucun n’a empêché l’hémolyse en présence de l’antigène lépreux (1).
E. Gaucher et P. Abrami (1908), après s’être assuré que les bacilles de Hansen, en suspension dans une émulsion, s’agglomèrent très rapidement, ce qui rend la séroagglutinisation inutilisable pour le diagnostic de la lèpre, ont recherché la sensibilisatrice spéci fique dans le sérum des lépreux. Ils ont suivi la technique suivante pour préparer l’antigène. Un léprome, haché menu, est desséché dans le vide pendant 16 heures. La pâte brunâtre, d'aspect, gras, mais complètement sèche, ainsi obtenue, est additionnée d’eau chlorurée à 8 pour 1.000 stérilisée, dans la proportion de 1 gramme d’extrait pour 10 grammes d’eau salée. Cette émulsion est fortement agitée, puis déposée dans la glacière où elle séjourne deux jours. Au bout de ce temps, le mélange est devenu trouble, d’un blanc laiteux. Il est surmonté d’une bague graisseuse qu’il faut rejeter. Les recherches ont été effectuées avec le liquide qui surnage les fragments de léprome déposés au fond du tube. Examiné au microscope, cet antigène montre de nombreux bacilles de Hansen, des fragments bourrés de ces bactéries, des débris cellulaires nombreux.
Cet antigène, de composition mixte, a été laissé quatre heures en contact à 37° avec les sérums éprouvés. Le résultat a été le suivant : chez 8 sujets atteints de lèpre tubéreuse, la réaction, recherchée à maintes reprises, s’est toujours montrée positive et avec une très grande intensité.
Par contre, avec le sérum de 13 sujets atteints d’affections aiguës diverses, de 16 syphilitiques, de 2 cancéreux, de 3 lupiques, de 7 sujets atteints de tuberculose pulmonaire, la réaction a été constamment négative ; 3 tuberculeux ont donné une fixation légère.
Chez 8 malades atteints de syringomyélie typique, la réaction de fixation a été entièrement négative. Il en a été de même chez un sujet offrant le tableau de la maladie de Mo R V AN .
Au contraire, dans un cas de lèpre trophoneurotique, la réaction répétée à plusieurs reprises, a toujours été très intense. Le sérum d’un autre malade, atteint de panaris analgésique du type Morvan, a fourni lui aussi une réaction fortement positive. Chez l’un et l’autre sujets, la clinique était impuissante à établir le diagnostic de lèpre (2).
T. Sugai (1909) a recherché, dans 7 cas de lèpre, la fixation du complément en employant comme antigène un extrait aqueux de léprome. Deux fois le sérum était frais et la réaction fut pleinement positive ; cinq fois le sérum était assez vieux et, bien qu’il y eût généralement absence d’hémolyse, l’auteur lui-même ne considère pas le résultat comme décisif (3).
V. Babes (1909) conclut de ses recherches que le sérum de tous les lépreux, mis en présence de l’antigène correspondant, d’extraits éthérés de lépromes en particulier, donne une déviation du complément, généralement parfaite. Il n’a eu qu’un échec dans un cas de lèpre vraisemblablement guéri.
Sur des pièces anatomiques macérant dans de l’alcool depuis deux à dix ans, Babes
(1) Slatineanu et Danif.lopolu. Sur la présence d’anticorps spécifiques dans le sérum des malades atteints de la lèpre. C. R. de la Soc. de Biol., Paris, 23 oct. 1908, p. 309.
(2) E. Gaucher et P. Abrami. Le sérodiagnostic des formes atypiques de la lèpre. Bull, de la Soc. méd. des hôpit. de Paris , 6 nov. 1908, p. 497 ; — - article réédité in Lepra, 1909, vol. VIII, fasc. 3, p. 152.
(3) T. Sugai. Arch. f. Dennat. u. Sijph., 1909, t. XCV, p. 313.
SÉROLOGIE
(1909) a prélevé des lépromes dont il a fait un extrait éthéré. Celui-ci fixerait le complément aussi énergiquement que l’antigène frais et, de plus, il aurait l’avantage de conserver son activité pendant un temps très long, tandis que l’antigène frais, conservé dans la glace, a perdu presque totalement son pouvoir fixateur après trois mois. Babes s’est assuré que 1 alcool dans lequel les pièces des lépreux ont macéré n’a pas la propriété de fixer le complément, et qu en présence de sérum lépreux la déviation ne se produit pas quand on emploie, comme antigène, un extrait de cœur humain conservé depuis dix ans dans de l’alcool (1).
Recio Alberto (1909) a utilisé comme antigène un extrait alcoolique de léprome et suivi la méthode de Bauer. Sur 14 sujets ayant des manifestations cutanées lépreuses, la réaction a été constamment positive, sauf dans un cas. Sur 4 lépreux de la forme nerveuse, il n’a obtenu qu’une réaction positive ; deux furent négatives et une douteuse. Enfin, la réaction fut franchement négative chez deux syringomyéliques (2).
Serra (1909) a recherché la réaction de fixation dans 17 cas de lèpre. Elle fut constamment positive dans 6 cas de la forme tubéreuse, dans 7 cas sur 8 de la forme mixte, dans
2 cas sur 3 de la forme nerveuse. L’auteur est très réservé dans ses conclusions ; mais il insiste sur la grande affinité du sérum des lépreux pour l’antigène lépreux et les autres antigènes (3).
Steffenhagen (1910) a employé, comme antigène, des bacilles de la lèpre isolés des nodules au moyen de l’antiformine et ensuite desséchés, puis dilués dans une solution de sérum physiologique à 9 pour 1.000. Quatre sérums de lépreux sur cinq, mis en présence de cet antigène, donnèrent une réaction positive, tandis que trois sérums de syphilitiques, qui donnaient la réaction de Wassermann positive, ne fixaient pas le complément en présence de l’antigène lépreux (4).
Nishiura (1910) (5) a recherché la déviation du complément dans 147 cas de lèpre et sur 24 sujets non lépreux au moyen d’antigènes préparés de 4 façons différentes : I. poudre de nodules lépreux (le plus possible exempts de tissu sain), desséchée dans le vide, additionnée de solution physiologique de chlorure de sodium dans la proportion de 1 pour
3 ; mise dans l’agitateur pendant vingt-quatre heures, puis centrifugée jusqu’à clarification parfaite. Il faut noter que les extraits frais, provenant de lépromes non desséchés, ont une forte action fixante ( starke alleinhemmencle Wirkung ) ; — - II. extrait aqueux, au vingtième de foie desséché provenant d’un cas de lèpre tubéreuse très fortement bacillifère ; — III. foie de lèpre tubéreuse qui vient d’être réduit en fragments très menus, immergé pendant 24 heures dans dix fois son volume d’alcool absolu et centrifugé ; — IV. extrait alcoolique de foie d’homme normal, très bon vis-à-vis de la syphilis. Les antigènes I et II furent employés sans être délayés, les antigènes III et IV furent étendus de quatre parties de chlorure de sodium à 0,85 pour 100.
Les résultats positifs furent les suivants :
Antigènes
Lèpre nodulaire .
Lèpre nerveuse .
Syphilis .
Autres maladies que la lèpre ou la syphilis. .
67 cas
(1) V. Babes, sur les réactions réputées spécifiques dans la lèpre. IIe Conf. Internat, de la Lèpre, Bergen, août 1909 ; — Ueher spezifische Reaktionen bei Lepra. Zeilschr. f. Immunitâtsforschung u. experiment. Thérapie, 1910, t. V II.
(2) Recio Alberto. Sanitad y Beneficiencia, Ilabana, sept. 1909, p. 292.
(3) Serra. La sierdiagnosi di Wassermann nella Lepra. Il Policlinico, 1909.
(4) Steffenhagen, Berlin, klin. Woch., 1910, n° 29.
(5) Nishiura. Z. Immun-Forch., t. VII, p. 721, 1910.
Comme on le voit, dans la lèpre tubéreuse, les cas positifs sont beaucoup plus fréquents que dans la lèpre nerveuse et les extraits aqueux sont meilleurs que les alcooliques. Avec l’extrait aqueux de foie de lépreux, il y a plus de résultats positifs qu’avec l’extrait de nodules cutanés ; mais, même dans la syphilis, il y a des cas positifs avec les extraits hépatiques tandis que, avec l’extrait de nodules cutanés dans fa syphilis, le résultat est constamment négatif. D’où il résulte que, si le résultat est positif avec l'antigène I, d’après l’auteur la lèpre doit être fortement soupçonnée.
R. Biehler et Julius Eliasberg (1911), ont utilisé un antigène préparé de la manière suivante. Des lépromes récemment excisés sont abandonnés à l’autolyse pendant deux ou trois jours, à la température de la chambre, dans des vases bien clos. Ensuite ils sont coupés en fragments extrêmement fins et broyés dans une solution d’antiformine à 2 pour 100 et mis pendant vingt-quatre heures dans l’agitateur. Après centrifugation, le liquide qui surnage est neutralisé avec une solution normale d’acide sulfurique à 10 pour 100. La solution ne doit être ni acide, ni alcaline. Aussitôt après la neutralisation, l’extrait peut être employé.
L’examen a porté sur 18 lépreux dont 8 de la forme tubéreuse et 10 de la forme nerveuse. Tous les types cliniques étaient représentés : lèpre floride au stade d’éruption, lèpre tubéreuse au stade de déclin ou de silence, formes de passage s’acheminant vers l’anesthésie, lèpre maculo-anesthésique, lèpre tropho-neurotique (type Morvan et syringomyélie) à la période initiale ou ultime.
Presque tous les sujets dont, le sérum fut essayé étaient soumis au traitement par l’huile de Chaulmoogra ou par le nastin. Sans aucune exception, la réaction de fixation a été positive dans les cas de lèpre tubéreuse. L’extrait fut employé à quatre degrés de concentration différente (0,2 ; — - 0,15 ; — 0,1 ; — 0,075). Si 4 -f- sert à désigner les cas dans lesquels l’absence d’hémolyse a été constatée avec les 4 degrés de concentration, on voit que sur les 8 sujets atteints de lèpre tubéreuse, 6 ont donné la réaction de fixation : 4 +, et 2 : 2 -f. Ces derniers évoluaient vers la forme anesthésique, ils présentaient des altérations tropho-neurotiques prononcées, et l’un d’eux portait même des mutilations. Ils avaient encore, trois ans auparavant, une forme tubéreuse pure. Mais, depuis un an et demi, la recherche des bacilles de Hansen était négative. Dans tous les autres cas de lèpre tubéreuse, l’examen bactériologique du mucus des fosses nasales et de la gorge, du suc exprimé des lépromes montrait des bacilles en grand nombre.
Dans neuf des dix cas de lèpre nerveuse, l’hémolyse était nulle ou partielle. Le degré de la réaction fut : 5 fois 2 — ; 1 fois 3 -f ; 3 fois 4 -f. L’unique réaction négative a été donnée par un sérum provenant d’un sujet atteint d’une forme nerveuse longtemps pure qui avait été confondue avec la syringomyélie. Trois ans auparavant, était survenu un léprome de l’œil contenant des bacilles. Dans leurs expériences, les auteurs se sont assurés que le sérum n’était pas spontanément fixant. Ils ont aussi vérifié que la réaction était négative quand on emploie du sérum de paralytique générale, de syphilis récente ou de syringomyélie (1).
A. Lewin (1911) a obtenu, avec un antigène d’origine lépreuse, des résultats positifs dans 40 à 50 pour 100 des cas de lèpre tubéreuse, dans 20 à 25 pour 100 des cas de lèpre nerveuse et conclut que les sérums syphilitiques mis en présence de l’antigène lépreux ne réagissent pas. D’après lui, la réactions de sérums lépreux est spécifique vis-à-vis de l’antigène préparé avec des tissus lépreux.
Se RR a (1912), dans 3 séries d’inoculation de fragments de lépromes dans la chambre antérieure des lapins, a obtenu, avec le sérum de ces animaux mis en présence d’un antigène lépreux, les pourcentages de fixation de 91,66, de 90 et de 83,33. Les chiffres étaient
(1) Biehler et J. Eliasberg. Lepra, 1910, vol. IX, p. 207. — Voir aussi Deutsche med. Woch., 1911, n° 7.
SÉROLOGIE
sensiblement inférieurs, lorsque l’antigène syphilitique était utilisé (83,33 pour 100, 80 et 66,66). L’auteur a soumis à la même épreuve le sérum des lapins dans les nodules de la chambre antérieure de l’œil provenaient non pas de l’inoculation de lépromes humains, mais de cultures et les résultats ont été les mêmes (1).
Kritschewski et Bierger (1912) ont recherché la fixation du complément du sérum de lépreux avec des extraits de cultures de Kedrowsky, de Duval, de la tuberculose, delà fièvre typhoïde, du bacille du beurre. Aucun des 28 sérums, soumis à cette épreuve, ne montrait par lui-même un pouvoir fixant prononcé même après une action prolongée. La réaction fut recherchée dans 13 cas de lèpre tubéreuse, 7 cas de lèpre mixte et 8 cas de lèpre nerveuse. Dans tous les cas tubéreux, sauf un, le résultat fut positif, il en fut de même dans les cas de forme mixte et dans 5 des 8 cas de forme nerveuse. Avec les cultures de Duval, il n’y eut que 2 réactions positives. Avec le bacille de la tuberculose, les résultats furent analogues à ceux que donnaient les cultures de Kedrowsky, 8 réactions positives sur 11 cas. Les auteurs arrivent à la conclusion que le bacille de Kedrowsky est identique au bacille de Hansen (2).
Avec le concours de Joltrain (1912), j’ai recherché la réaction de fixation dans le sérum de 11 lépreux. L’antigène fut obtenu en broyant un léprome et en le laissant macérer plusieurs jours dans de l’alcool absolu ou dans un mélange d’alcool et d’éther à jîarties égales.
Des 11 sérums de lépreux examinés, il faut en éliminer 2 qui ne purent pas être utilisés, parce que l’un était fixant par lui-même et l’autre hémolytique. Restent donc 9 sérums qui ont donné 5 résultats positifs et 4 négatifs.
Il est intéressant de rapprocher l’examen sérologique de l’examen clinique. Dans les 5 cas où la réaction de fixation a été positive, les principales manifestations au moment de la prise de sang étaient les suivantes :
Obs. I. — Poussées de névrites hypertrophiques intéressant les nerfs cubitaux et médians, coïncidant avec un exanthème de larges macules érythémateuses ;
Obs. II. — Forme maculo-tuberculeuse. L’examen du sérum a été fait en période apyrétique, quinze jours environ après la cessation de nombreuses poussées de taches érythémateuses et de tubercules s’accompagnant de fièvre et se succédant presque sans interruption depuis 6 mois ;
Obs. III . — Forme maculo-tuberculeuse actuellement en poussée ;
Obs. IV. — Forme mixte : tubercules, névrite et amyotrophies. Poussées récentes d’iritis lépreuse, dont la dernière a eu lieu quinze jours avant l’examen du sérum ;
Obs. V. — Troubles trophiques cutanés et anesthésies caractéristiques. Le début de la lèpre, qui remonte à six ans, a été marqué par des jioussées de tubercules accompagnées de violentes douleurs.
Les 4 réactions négatives ont été observées dans les cas suivants :
Obs. VI. — - Forme mixte. Actuellement, larges placards à bordure érythémateuse. Mains en griffe. Maux perforants. Insuffisance des orbiculaires des paupières. Pas de réaction générale ;
Obs. VII. — Lèpre maculo-pigmentaire avec sensibilité thermique et douloureuse émoussée ou même abolie sur certaines taches. Pas de réaction générale ;
Obs. VIII. — Lèpre mutilante : résorption et élimination de phalanges, sclérodactylie, crises douloureuses d’asphyxie des extrémités. Paresthésies très nettes au niveau
(1) A. Serra. Lepra, vol. XII, 1912, p. 139.
(2) Kritschewski et Bierger. Charkow med. J., 1912.
de la plupart des doigts. Les mêmes troubles sensitifs existent sur trois médaillons pigmentés situés sur le tronc ;
Obs. IX. — Poussées de larges macules érythémateuses et pigmentaires dont l’origine lépreuse a été reconnue par E. Besnier, il y a 32 ans. Puis, mutilation lente et progressive des pieds et des mains. Le processus lépreux est éteint depuis de nombreuses années. LJne amputation faite au tiers inférieur de la jambe a permis de constater qu’il n’existait pas de bacilles dans la peau, les nerfs, la moelle osseuse, etc.
En somme, la réaction de lixation a été presque constante dans les formes en activité. Elle faisait défaut dans une lèpre érythémateuse en pleine évolution, mais apyrétique. Elle existait en revanche chez un lépreux qui avait eu autrefois des poussées de tubercules, mais qui ne présentait plus que des troubles trophiques cutanés et des anesthésies caractéristiques.
Sur 8 sérums de syphilitiques non lépreux, pris comme témoins, 2 ont donné avec l’antigène lépreux une réaction positive. Enfin, dans un cas unique, le même résultat positif a été obtenu avec le sérum d’un sujet sain (1).
D’après Halvar Akerberg, Johan Almkvist et I. Jundell, la réaction de fixation a été positive dans 39 des 45 cas de lèpre où elle a été recherchée par Eitner, Wechselmann et G. Meier, Slatineanu et Danielopolu, Gaucher et Àbrami, Sugai ; ce qui donne un pourcentage de 86 pour 100 des cas.
Pour leurs recherches personnelles, Akerberg, Alkmvist et Jundell ont préparé un extrait aqueux de la façon suivante. Un tubercule excisé aseptiquement le 16 juin 1909 est conservé jusqu’au 19 à la glacière dans du sérum physiologique stérile additionné de 0,50 pour 100 d’acide phénique. Le nodule, après ablation des portions de tissu non spécifiques, fut coupé en morceaux, puis broyé avec du sable stérile. Le magma desséché dans le vide fut conservé à la glacière en flacon bouché. Deux jours avant l’emploi de cet antigène, on prépara une émulsion de cette pâte qui contenait de nombreux bacilles de la lèpre avec une solution de sérum physiologique additionnée de 0,50 pour 100 d’acide phénique, et les quantités respectives furent calculées de façon que 10 parties de sérum physiologique contenaient environ une partie de la substance extraite du léprome. Cette émulsion fut souvent et énergiquement secouée et conservée à la glacière. Immédiatement, avant l’emploi, l’émulsion laiteuse fut faiblement centrifugée pour écarter les parcelles grossières de tissus.
Du tableau dressé par Akerberg, Almkvist et Jundell, il résulte que, sur 27 cas où la réaction de fixation vis-à-vis de l’antigène lépreux, a été recherchée dans une première série d’épreuves, 18 fois le résultat a été négatif, 7 fois positif et 2 fois douteux. Lesl8réacactions négatives concernaient 11 cas de la forme anesthésique et 7 cas de lèpre tubéreuse ou mixte en stade de progression. Les 7 réactions positives ont toutes été constatées dans des cas de lèpre en activité dont 6 du type tubéreux ou mixte et un seul du type anesthésique. Les deux réactions douteuses ont été observées dans 2 cas en progrès, l’un de la forme tubéreuse, l’autre de la forme nerveuse.
Dans une seconde série d’épreuves comprenant 28 cas de lèpre (les 27 cas précédents, plus un cas nouveau) les résultats sont presque identiques : 14 réactions négatives ont été obtenues dans 9 cas de lèpre anesthésique en période silencieuse et 5 cas de lèpre en période de progrès, dont 3 du type anesthésique et 2 du type tubéreux ; 8 réactions positives furent toutes relevées dans des cas en progrès dont 7 de la forme tubéreuse ou mixte et 1 de la forme anesthésique ; 6 réactions douteuses se répartissent indifféremment sur les deux types de lèpre en activité ou non.
(1) E. Jeanselme. Cytologie et sérologie de la lèpre. La Presse Médicale, 27 juill. 1912, Paris, p. 631.
SÉROLOGIE
Akerberg, Almkvist et Jundell ne peuvent donc se rallier aux conclusions de Slatineanu et Danielopolu, de Gaucher et Àbrami, de Sugai, qui regardent la fixation du complément comme constante et presque spécifique de la lèpre (1).
Les recherches de Oluf Ihomsen et S. Bjarnhjedinsson ont porté sur des sérums provenant de l’hôpital de Reykjavik. Le sang pris aseptiquement dans la veine était envoyé par bateau rapide à l’Institut sérologique de Copenhague où la recherche avait lieu le jour même ou le lendemain de l’arrivée. Pendant la traversée, les flacons de verre qui contenaient le sang furent conservés dans de la glace, à l’abri de la lumière. Le temps qui s’écoulait entre la prise de sang et son examen était de dix jours environ. Les sérums étaient parfaitement clairs, non chargés d’hémoglobine.
L’antigène fut préparé avec un léprome cutané contenant de très nombreux bacilles de Hansen. Un gramme de tissu bacillifère haché fut additionné de 4 centimètres cubes de solution de chlorure de sodium à 9 pour 1.000. Le mélange fut agité et ensuite centrifugé.
L’extrait aqueux ainsi obtenu était très légèrement louche. Comme terme de comparaison, un extrait fut préparé, en suivant la même technique, avec un fragment de peau normal ; 0,2 dixièmes de centimètre cube de cet extrait ne donnait aucune fixation du complément, soit avec le sérum de lépreux, soit avec celui de syphilitiques.
Le sérum de 16 lépreux anesthésiques donna avec l’antigène lépreux une réaction négative ; le sérum de 3 lépreux de la forme tubéreuse et de 3 syphilitiques donna une réaction positive. Or, en employant l’extrait de cœur de cobaye au lieu de l’extrait de léprome, les résultats étaient identiques : réaction négative avec le sérum des 16 lépreux anesthésiques, positive avec le sérum des lépreux de forme tubéreuse et des syphilitiques. Ces résultats, ajoutent les auteurs, ne plaident pas en faveur de l’existence dans le sérum des lépreux d’anticorps spécifiques, capables de fixer le complément (2).
Une autre série de recherches porta sur 50 sujets. Le résultat fut positif sur 18 lépreux de forme tubéreuse, sans exception aucune ; sur 6 des 13 malades atteints de forme tubéroanesthésique ; sur un seul des 19 lépreux du type anesthésique. La répétition des épreuves ne donna pas toujours des résultats concordants (3).
Après l’année 1912, les travaux sur la réaction d’EiTNER se font rares et il semble que ce moyen, auquel certains léprologues attribuèrent d’abord une valeur diagnostique à peu près aussi grande que celle de la réaction de Wassermann dans la syphilis, soit tombé peu à peu dans le discrédit.
La sérologie de la lèpre présente, en effet, de nombreuses particularités qui sont de nature à fausser les résultats. « Le sérum des lépreux, dit Joltrain, a certainement une constitution spéciale, et sa richesse en certaines substances, protéines ou globulines, fait que très souvent il est fixant de lui-même. Nous l’avons trouvé avec ces propriétés dans une proportion de 26 pour 100 (4) ».
Un autre caractère important du sérum des lépreux, c’est qu’il est polyfixant, autrement dit qu’il donne la réaction de Bordet-Gengou avec un grand nombre d’antigènes différents : extrait alcoolique du foie syphilitique, de sarcome, de carcinome ou de mvcosis fongoïde, tuberculome, immunsérum, produits microbiens, etc.
Frugoni et Pisani, qui admettent sans aucune réserve l’existence d’anticorps spécifiques dans le sang des lépreux, reconnaissent que le sérum de ces malades donne la
(1) Halvar Akerberg, Joiian Ai.mkvist et I. Jundell. Weitere Beobachtungen ueber. Wassermann Serumreaktion bei Lepra. Lepra, 1910, t. IX, p. 79.
(2) Oluf Thomsen et Bjarnhjedinsson. Untersuchungen ueber Komplementbindung mit dem Sérum Aussâtziger. Lepra, 1910, vol. IX, p. 191.
(3) O. Thomsen et S. Bjarnhjedinsson. Zeiisclir. Immun, forschung, t. VII, p. 414, 1910.
(4) Ed. Joltrain. Nouvelles méthodes de sérodiagnostic, etc. Paris, 1911, 3e édit.
réaction de fixation avec des antigènes multiples. Ils pensent qu’il ne s’agit pas là d’une aptitude générale du sérum des lépreux à fixer un complément avec les substanes énumérées plus haut, mais de dilïérentes sensibilisatrices dont chacune est seule en état de fixer le complément avec un antigène déterminé. L’une de ces sensibilisatrices appartiendrait en propre à la lèpre, Frugoni et Pisani essaient de le démontrer de la manière suivante ; ils ajoutent au mélange : sérum lépreux -j- extrait de foie syphilitique, d’abord la quantité de complément qui peut être fixé, puis un antigène lépreux et un nouveau complément. Par ce dispositif expérimental, ils estiment avoir démontré l’existence de plusieurs fixations de complément entre le même sérum et différents antigènes (1).
Quoi qu’il en soit de ces vues hypothétiques, il demeure établi que le sérum des lépreux possède à un plus haut degré que la plupart des autres sérums la propriété de fixer le complément. Ainsi le sérum de beaucoup de lépreux atteints de la forme tubéreuse donne avec l’extrait de foie syphilitique ou la tuberculine, la réaction de Bordet-Gengou, mais la réciproque n’est pas vraie. Il est tout à fait exceptionnel que le sérum des syphilitiques ou des sujets atteints de tuberculose donne la réaction de fixation avec l’antigène lépreux (2).
J. Bejarano et E. Emterria (1929) tirent de leurs multiples recherches les conclusions suivantes. Les méthodes d’hémolyse avec du sérum lépreux inactivé, en présence d’un antigène normal ou cholestérinisé, préparé parle procédé de Boquet et Nègre, fournissent sans aucun doute des réactions positives dans certains cas de lèpre, surtout dans la forme tubéreuse et en l’absence de toute infection syphilitique. Mais le sérum inactivé donne, avec l’antigène lépreux un pourcentage de fixations du complément beaucoup plus élevé qu’avec tous les autres antigènes et cela dans toutes les formes de la lèpre.
Ces résultats toutefois n’ont qu’une valeur relative, car l’antigène lépreux possède une capacité de fixation plus ou moins grande à l’égard des sérums syphilitiques.
La réaction d’opacité de Meinicke donne moins de résultats positifs qne les méthodes d’hémolyse. La réaction de floculation de Kahn fournit un très haut pourcentage de résultats positifs chez les lépreux, en particulier dans les formes tubéreuses.
Les différentes réactions donnent très fréquemment dans la lèpre des résultats contradictoires.
Sous l’influence de l’évolution morbide et du traitement, il est probable que le sérum des lépreux subit des modifications humorales qui agissent sur les réactions sérologiques.
Dans quelques cas, les résultats fortement positifs précèdent les phases d’aggravation ou de réaction lépreuse.
L’antigène lépreux, employé pour la fixation du complément du liquide céphalorachidien, ne peut pas fournir des données diagnostiques différentielles entre la lèpre anesthésique et les maladies nerveuses qui la simulent. Les réactions colloïdales sont habituellement négatives (3).
Gomes et de Azevedo Antunes signalent des cas de lèpre cliniquement incontestables dans lesquels la réaction de Gomes est négative. Se basant sur la réactivation de la réaction de W assermann dans le sang des syphilitiques par des médicaments spécifiques et s’inspirant du travail de Muir ( The iodicle sédimentation test in leprosy ), les auteurs ont cherché à réactiver la réaction de Gomes en administrant à leurs malades de l’iodure de potassium par la bouche. Dans l’ensemble, l’iodure réactive la réaction. Elle permet souvent un dia-
(1) Frugoni et Pisani. Vielefache Bindungseigenschaften des Komplements einiger Sera u. s. w. Berlin, klin. Woch., 1909, n° 33.
(2) La valeur de cette assertion est contestée plus bas.
(3) J. Bejarano et E. Enterria El antigeno leproso en el diagnôstico de la lepra. Datos serolôgicos y de liquido cepalorraquideo. Acias clermo-sifilograficas, févr. 1929, p. 314.
SÉROLOGIE
gnostic précoce. Elle fournirait même, mieux que les manifestations cliniques actuelles, des indications pronostiques et thérapeutiques (1).
G. Blanc, G. Joannidès et C. Pangalos (1930) ont préparé un antigène méthylique avec les bacilles acido-résistants de Kedrowsky, analogue à l’antigène tuberculeux de Nègre et Boquet. Ils ont soumis à 1 épreuve 27 lépreux, 2 suspects de lèpre et 18 sujets non lépreux.
Cet antigène a fourni un nombre beaucoup plus grand de réactions positives que les antigènes syphilitiques ou tuberculeux. loutefois une réaction négative ne doit pas faire conclure que le sujet est indemne de lèpre (2).