‹ La lèpreChapitre 38 sur 144 · ASINI · texte numérisé non relu

ASINI

Serra (1922), Marchoux, Delamare et Architouv (1925), Esposel (1927), ont donné des résultats contradictoires.

L’auteur a ponctionné 41 lépreux dont 19 de la forme tubéreuse, 8 de lèpre mixte, 14 de lèpre maculeuse. Chez 23 lépreux, la ponction fut réitérée, le plus souvent après un intervalle de 1 à 4 mois.

Les conclusions tirées de ces recherches sont les suivantes :

1° De temps à autre, il existe des modifications pathologiques du liquide céphalorachidien des lépreux. Elles consistent :

a) en lésions cytologiques : augmentation des lymphocytes, très rarement présence de globules rouges provenant sans doute de l’altération des vaisseaux qui rampent sur la paroi du canal céphalo-rachidien ; b) en lésions chimiques : hyperalbuminose.

2° Ces modifications sont de faible intensité. Elles sont vraisemblablement en rapport avec les lésions anatomo-pathologiques signalées par certains auteurs.

3° Ces altérations du liquide céphalo-rachidien s’observent dans toutes les formes de la lèpre ; mais elles semblent être plus fréquentes dans la lèpre maculo-anesthésique.

La réaction de Wassermann dans le liquide céphalo-rachidien des lépreux est toujours négative.

4° Dans la pratique, l’examen du liquide peut servir comme moyen de diagnostic différentiel entre la lèpre maculo-anesthésique et la syringomyélie.

La syphilis étant mise hors de cause d’une façon certaine, le diagnostic de syringomyélie peut être écarté si le liquide présente une formule pathologique (1).

J. Margarot et P. Devèze ont fait l’étude sérologique de 10 sérums de lépreux au moyen de 3 antigènes : un extrait alcoolique de cœur de veau ; — un antigène fourni par l’Institut Pasteur de Paris ; — un extrait alcoolique de foie de nouveau-né hérédo-syphilitique (10 grammes de poudre pour 100 grammes d’alcool absolu).

Deux réactions ont été pratiquées avec chacun de ces antigènes, l’une avec le sérum chauffé, l’autre avec le sérum non chauffé.

Lorsqu’une recherche était négative avec l’un des antigènes, on pouvait observer avec un autre un retard de l’hémolyse ou même un résultat faiblement positif, mais jamais une réaction très forte ou simplement moyenne. Toutefois, certains sérums de lépreux ont donné des résultats fortement positifs et concordants qui paraissent devoir faire porter le diagnostic de syphilis associée.

(1) Yr.jô W. Salminen. TJeber die Wassermannsche Reaktion im Sérum Lcproser und ueber Liquoruntersuchungen bei Lepra, Helsinki, 1928. Extrait, des Acla SocieJalis Medicorum Fennicae « Duodecim », t. X, fase. 1-2.

SÉROLOGIE

Les auteurs concluent qu’en l’absence de commémoratifs et de signes cliniques, la syphilis est probable chez un lépreux si, en dehors de toute poussée évolutive, il présente avec des antigènes différents des réactions sérologiques persistantes d’intensité comparable.

Par contre, et notamment dans les formes tubéreuses, l’hypothèse d’une syphilis concomitante semble pouvoir être écartée :

1° Lorsque le traitement antisyphilitique est sans influence sur la réaction (Je Anselme) ;

2° Lorsque les réactions présentent des variations en rapport avec des poussées évolutives de la maladie (Jeanselme) ;

3° Lorsque la comparaison des résultats des examens sérologiques pratiqués avec divers antigènes met en évidence des discordances se traduisant par un graphique paradoxal.

Les auteurs font remarquer que les deux premiers moyens de vérifications exigent plusieurs semaines ou même plusieurs mois, tandis que le troisième peut fournir une notion précise, immédiatement utilisable (1).

D’après Marcel Léger (1928), Trautmann a pratiqué à Madagascar, sur un grand nombre de lépreux, les sérofloculations de A. Vernes, au péréthynol pour le diagnostic de la syphilis, à la résorcine pour le diagnostic de la tuberculose.

Ces épreuves indiqueraient que le sérum des lépreux, non entachés de syphilis ou de tuberculose, se comporterait comme le sérum des sujets sains.

Trouver un indice photométrique au-dessus de 3, après séroréaction au péréthinol chez un lépreux, permettrait d’affirmer qu’il est en même temps syphilitique. Trouver un indice, photométrique au-dessus de 30, après séroréaction à la résorcine chez un lépreux, permettrait d’affirmer qu’il est en même temps tuberculeux (2).

Marcel Léger a vérifié (1932) la règle énoncée précédemment sur 2 sujets dont la lèpre n’était associée ni à la tuberculose, ni à la syphilis. Le premier avait pour tous symptômes 2 macules et une zone d’anesthésie ; le second offrait une forme beaucoup plus caractérisée (marbrures nombreuses sur tout le corps, anesthésies disséminées, main en griffe). Chez ces deux malades, l’examen du mucus nasal fait à deux reprises a été négatif.

La sérofloculation à la résorcine a donné chez le premier l’indice 20, chez le second 18, chiffres normaux qui excluent la tuberculose. La sérofloculation au péréthinol a été complètement négative chez tous deux (= 0) (3).

C. Trincao (1930), a recherché sur 61 lépreux, non suspects de syphilis, les réactions de Kahn (antigène de Parke, Daviee et Cie) et de Wassermann.

Les résultats des deux réactions ont été concordants sur 36 sérums (59 pour 100). Parmi les 25 autres sérums qui ont donné des résultats contradictoires, pour 14, la discordance portait sur le degré de positivité des deux réactions ; pour 11 de ces cas, la réaction de Kahn était plus sensible que la réaction de Wassermann. L’excès de sensibilité de la réaction de Kahn, d’après l’auteur, rend son emploi défavorable (4).

D’après No.tima (1930), dans la lèpre non associée à la syphilis, la réaction de Wassermann existe environ dans 20 pour 100 des cas ; celle de Meinicke dans 27 pour 100 ; celle de Sachs-Georgi dans 16 pour 100 ; celle de Murata dans 13 pour 100. Ces réactions peuvent donc être positives dans la lèpre en dehors de toute complication de syphilis (5).

Ramôn Gonzalez Médina (1932), après avoir émis la conception que les réactions

(1) J. Margarot et P. Deveze. Le diagnostic sérologique de la syphilis chez les lépreux. Ann. de Dermat. et de Sypk., 1928, pp. 576-580.

(2) Marcel Léger, Bull, de la Société exotiq., 14 nov. 1928, pp. 741-743.

(3) Marcel Léger, 1932, Ibid., pp. 546-549.

(4) Carlos Trincao. Soc. de Biol, de Lisbonne, 17 juin 1930, comptes-rendus de la Société de Biol., Paris, t. CV. 1930,

(5) Nojima. Studies on different reactions of leprous sera. Lepro, lre- année, mars 1930, Osaka.

sérologiques de déviation du complément, de précipitation et de floculation pourraient s’atténuer sous l’influence du traitement chaulmoogrique, expose ses constatations personnelles. Contrairement à l’opinion régnante, l’auteur a observé dans la majorité des cas, après une thérapeutique énergique par les éthers éthyliques, une exacerbation des réactions (1).

De cette masse énorme de faits, disparates, incomplets, souvent contradictoires, il n'est pas possible de tirer des conclusions fermes.

A l’heure actuelle, la lèpre ne possède aucune réaction sérologique qui lui appartienne en propre et qui permette d’affirmer qu’un sujet est atteint ou indemne de cette infection.

Une réaction positive peut être réalisée en mettant en présence d’un sérum de lépreux non seulement un antigène spécifique (émulsion d’un léprome, du loie ou de la rate d’un lépreux), mais aussi un antigène non spécifique (extrait de foie d’hérédo-syphilitique, de syphilome non ulcéré, de papule, de rate luétique, etc.). Les divers procédés de fixation du complément et de précipitation (Wassermann, IIecht, Bauer, Noguchi, Calmette- M assol, Levaditi, Jacobsthal, Kahn, Sachs-Georgi, Meinicke, etc.), peuvent s’effectuer, à peu près de la même façon, dans le sérum des lépreux et dans celui des syphilitiques. Des organes sains (cœur ou foie d’homme, cœur de veau, cœur de cobaye, etc.), des substances organiques (lécithine, glycocholate de soude, etc.), des champignons pathogènes, des microbes ou des produits bactériens (Bacille typhique, B. de Friedlander, staphylocoque pyogène aureus, sarcine jaune, sporotrichon, méningocoque, bacilles acido-résistants, tuberculine, etc.), peuvent même faire l’oilice d’antigène.

Très remarquable est la façon dont se comportent les antigènes de la tuberculose (tuberculine, extraits de bacilles tuberculeux ou émulsion, antigène de Besredka, etc.), à l’égard du sérum des lépreux.

Outre ce pouvoir polyfixant du sérum des lépreux, il y a une autre cause qui rend incertain le diagnostic sérologique de la lèpre ; c’est que cette maladie s’associe souvent à d’autres infections qui peuvent donner lien à des réactions similaires, telles sont : la syphilis, le pian en pays exotiques, la tuberculose qui s’observe si souvent, à une période avancée, chez les lépreux qui sont hospitalisés en salle commune avec des malades en état de tuberculose ouverte.

D’une façon générale, les réactions positives sont plus fréquentes dans les formes tubéreuses ou mixtes de la lèpre que dans la forme nerveuse ; elles sont aussi plus nombreuses et plus intenses dans le cours des poussées évolutives, dans la fièvre lépreuse, que dans les périodes intercallaires.

D’autres conditions peuvent encore faire varier l’intensité ou le sens des réactions. Ainsi, le même sérum, frais ou conservé depuis longtemps, ne donne pas toujours la même réaction.

Des examens sérologiques pratiqués en grand nombre sur les malades de l’Inde Anglaise et des Philippines, se dégage nettement la notion nette que la réaction de Wassermann chez les lépreux devient de plus en plus rare, à mesure que la technique se perfectionne et qu’elle est exécutée avec plus de soin.

Toutefois, alors même qu’on procède avec la plus grande rigueur, il subsiste toujours dans la lèpre un certain nombre de réactions de Wassermann positives. Muir et Mitra dans l’Inde, Wade, Pineda et Boxas-Pineda les attribuent, pour la plus grande part, à la coexistence de la syphilis avec la lèpre. Cette opinion est basée sur les deux arguments suivants : 1° dans les formes récentes de la lèpre, par exemple chez les jeunes sujets, la proportion des réactions de Wassermann positives correspond approximativement au pourcentage de l’endémie syphilitique dans la population ; — 2° pour une bonne part, ces réactions deviennent négatives après un traitement antisyphilitique énergique.

(1 ) Ramon Gonzalez Médina. In : José S. Co vis a, Modernos estudios sobra Dermosifilografia. Madrid, 1932, pp. 125-171.

SÉROLOGIE

Néanmoins, un certain nombre de réactions demeurent irréductibles, quelle que soit l’intensité de la thérapeutique mise en œuvre et bien que, pour exécuter la réaction, le procédé de Kolmer ait été suivi à la lettre. Ces réactions qui ne peuvent pas être modifiées sont mises, à Culion et dans l’Inde, sur le compte de la lèpre ; elles coïncident habituellement avec une poussée nodulaire ou la fièvre lépreuse.

Les réactions de floculation sont généralement négatives dans la lèpre. De cette remarque, certains sérologistes croient pouvoir tirer un caractère différentiel entre la lèpre, la syphilis et la lèpre associée à la syphilis. D’après eux, c’est la lèpre qu’il faut incriminer lorsque la réaction de Wassermann et la tuberculine sont positives et la réaction de floculation négative ; c’est au contraire la syphilis qu’il faut incriminer quand les réactions de Wassermann et de floculation sont positives et la réaction à la tuberculine négative ; enfin si les trois réactions sont positives, il faut conclure que la lèpre et la syphilis coexistent.

Quant à la différenciation sérologique de la lèpre pure et de la lèpre associée à la tuberculose, elle offre des difficultés presque insurmontables parce que la lèpre pure peut donner une réaction focale sous l’action de la tuberculine.

D’après José M. Fernandez, S. Schujman et Raul Macchi Campos, les réactions de Wassermann et de Kahn présentent leur maximum de positivité dans les formes avancées de la lèpre. Elles ne sont pas influencées par la médication antilépreuse quand elles reconnaissent la lèpre comme origine. Le facteur syphilis joue un rôle important dans ces résultats sérologiques (1).

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