‹ La lèpreChapitre 5 sur 144 · DE LA MÉDITERRANÉE · texte numérisé non relu

DE LA MÉDITERRANÉE

Elle s’y montre déjà fort commune à partir de la période hellénistique qui s étend de la conquête d’Alexandre le Grand à la réduction de la Grèce en province romaine. Cedrenus rapporte que Constantin fut guéri de la lèpre par les eaux du baptême. Mais il est probable que dans le passage de l’historien byzantin, le mot lèpre, pris dans une acception symbo-

(1) Galien, cdit. G. Khün, t. XII, 1826, p. 315.

(2) Celse, de medicina, 1. V., ch. xvm.

lique signifie : la tare morale, le péché. Dès lors, le sens devient clair ; Constantin fut guéri de la lèpre morale dont il était atteint, par les eaux du baptême (1).

Les chroniqueurs byzantins ne font que de rares et brèves allusions aux lépreux. Seul, Grégoire de Naziance, plaide éloquemment leur cause dans une de ses plus belles homélies.

Il est intéressant de noter qu’à cette époque (ive siècle ap. J.-C.), èlsyavzîoc'jtç et Az-px sont devenus synonymes et que le célèbre orateur emploie, dans le même passage, l’un ou l’autre de ces deux termes pour désigner la lèpre telle que nous l’entendons aujourd’hui. Le mot Àoo/3-/ÿ, à la période classique veut dire : outrage, mutilation. A l’époque byzantine, tout en gardant le sens primitif, ce terme en acquiert un nouveau, celui de lèpre mutilante. Dès lors il devient ambigu, lorsque l'idée de l’auteur n’est pas précisée par le contexte ; ainsi Àw/3 oq, teïwfivuivoçj signifie tantôt un mutilé, tantôt un lépreux.

Parmi les nombreux hôpitaux de Byzance, il en est un qui portait le nom de A«j3orpocpefov, c’est-à-dire réservé aux mutilés et aux lépreux. Il était situé hors la ville, au delà de Galata, sur l’emplacement du faubourg actuel de Péra.

Des établissements analogues existaient dans les provinces de l’empire d’Orient, en particulier aux abords des grandes villes, telles qu’Antioehe.

De tous les Xenodochia de l’empire grec, le plus célèbre fut celui que Saint Basile, évêque de Césarée, bâtit au voisinage de cette grande cité (372). La Basiliade était composée de quartiers distincts. Les étrangers, les indigents, les malades, les infirmes, et même les individus atteints de maladies contagieuses, telles que la lèpre, y étaient admis.

Sur les confins de l’Empire, en Arménie, il existait un certain nombre de refuges ouverts aux lépreux. Au temps où cette nation était encore païenne, il y avait dans le district de Târon (Mouche) un village appelé aujourd’hui Ourgnotz ou bien Ourganotz, mot qui en arménien veut dire « léproserie » (2).

Contre la lèpre, la législation byzantine n’a pris aucune mesure. Cette maladie n’est mentionnée, ni dans le Code Justinien (vie siècle), ni dans les Basiliques (ixe siècle), parmi les causes de rupture des fiançailles ou de dissolution du mariage, d’exemption de la tutelle ou autres charges légales.

A aucune période, en Orient, la lutte n’a été entreprise d’un commun accord par les basileis et les patriarches. Jamais elle n’a donné lieu à une réglementation générale et uniforme, analogue à celle qui fut instituée en Occident où les Capitulaires des rois francs, les Canons des Conciles et plus tard les Ordonnances des rois de France, témoignent de la vigilance des pouvoirs temporel et spirituel à l’égard du fléau meurtrier.

(1) Cedr., édit. Bonn, I, p. 475. — J’ai relevé, il y a une trentaine d’années, dans l’église Saint-Rémy de Reims, auprès des fonts baptismaux, les deux vers suivants inscrits au-dessus de l’un des trois compartiments d’un haut-relief polychrome de la Renaissance :

Constantinus erat lepra percussus utraque Sed statim sacris utraque cedit aquis

Ce compartiment représente Constantin, plongé dans une cuve jusqu’à mi-corps et recevant l’eau lustrale. Le deuxième compartiment représente le baptême du Christ ; le troisième, le baptême de Clovis (R. Blanchard, Corpus inscriptionum ad medicinam biologiamque spectantium, Paris, 1915, n° 141).

(2) Vahram II. Torkomian. Aperçu historique sur les établissements hospitaliers de l’Arménie. Ier Cougr. de l’Histoire de l’art de guérir, Anvers, 1920. — Dans cet article, on trouvera un certain nombre d’indications sur la lèpre et les léproseries en Arménie, à la période byzantine. — La première léproserie chrétienne fut fondée vers l’an 260-270 de notre ère (VIIIe Cougr. Internat, de l’Hist. de la Méd., Rome, 1930).

INTRODUCTION HISTORIQUE

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