‹ La lèpreChapitre 6 sur 144 · JUSQU’A LA FIN DU MOYEN-AGE · texte numérisé non relu

JUSQU’A LA FIN DU MOYEN-AGE

Ail 11e siècle de notre ère, Arétée nous apprend que les remèdes préconisés en Gaule contre l’éléphantiasis sont innombrables, d’où l’on peut déduire que cette maladie était déjà fréquente à cette époque dans cette contrée. Egalement au second siècle, Galien constate que l’éléphantiasis est très rare chez les habitants de la Germanie et de la Mysie, presque inconnue chez les Scythes (1).

Grâce à ces textes, nous possédons quelques jalons qui nous indiquent la route suivie par l’endémie lépreuse à travers l’Europe. Visiblement le fléau se propage du midi vers l’occident, le nord et l’est.

Une révision des plus anciens monuments écrits des Germains et des Anglo-Saxons tend à démontrer que ces races étaient exemptes de la terrible maladie avant leur établissement sur des territoires colonisés par les Romains.

C’est à une époque encore plus tardive que la lèpre apparaît en Scandinavie. D’après A. Hansen et H. P. Lie, la lèpre est signalée dans deux très anciennes lois norvégiennes, celle de Gulathing (xe-xie siècle) et celle de Borgarthing (xie siècle). A cette époque, le fléau avait donc gagné les régions les plus boréales de l’Europe.

Pour établir la marche, la répartition et la puissance de l’endémie, il faut consulter les ouvrages des chroniqueurs, les pieuses légendes des hagiographies, les vies des êtres charitables qui ont voué leur existence au soulagement des malades, les catalogues des « lieux dits » placés sous le vocable de saints, patrons des lépreux, et surtout les inventaires des maladreries dont le nombre et l’importance donnent en quelque sorte la mesure de l’endémie. Grâce aux documents puisés aux sources les plus diverses, on est parvenu à établir que, dès les premiers siècles du moyen âge, le fléau désolait, non seulement les Gaules, mais aussi l’Espagne où la Galicie était particulièrement infectée, l’Italie, l’Allemagne, le pays des Bataves, la Suisse, le pays de Galles, l’Ecosse, la Grande-Bretagne et l’Irlande.

L’endémie était entretenue par l’apport incessant de virus frais. Lin courant très actif s’était établi, dès les premiers temps du moyen âge, entre les foyers lépreux du Levant et l’Europe. D’humbles pèlerins sans aucunes ressources se rendaient en grand nombre aux Saints-Lieux ; ils y faisaient un séjour prolongé parmi la population indigène la plus basse et rentraient souvent contaminés dans leur patrie. Les navires d’Amalfi, de Sicile, de Pise, de Gênes et surtout de Venise, chargeaient aux Echelles du Levant les riches marchandises asiatiques qu’ils distribuaient à toute l’Europe. De temps immémorial, dit Ulysse Chevalier, la ville de Romans, en Dauphiné, entretenait pour les besoins de son commerce des relations très étendues jusqu’au fond de l’Asie... Ses foires et marchés étaient fréquentés par les Juifs et les Sarrasins. En outre, Romans était sur le passage des soldats et des pèlerins revenant de Palestine (2).

(1) Galien, Ad Glauconem de medendi methodo lib. II, édit. Gotl., Khün, vol. XI, p. 142,

(2) Ulysse Chevalier. Notice historique sur la maladrerie de Volay , près Romans, Romans, 1870.

A ces causes d’infiltrations insensibles et continues de la lèpre, il faut ajouter les importations massives causées par les guerres et les invasions. Il n’est pas douteux que l’établissement des Maures en Espagne fut la cause principale de l’endémie sévère qui régna dans ce pays. L’invasion sarrasine couvrit tout le Midi de la France, en particulier le Sud- Ouest, et naguère encore en souvenir de cet événement, la lèpre dans certaines localités des Landes portait parfois le nom de « mal arabe ». L’envahissement de la Sicile par les Sarrazins, en 827, paraît de même avoir été suivie d’une recrudescence.

Mais, de tous les grands mouvements de peuples, celui qui eut le plus de part à la réviviscence de la lèpre en Occident fut la levée en masse des Croisés.

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