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NATURE DES TACHES LÉPREUSES

Arning, Neisser, Unna et leurs élèves, n’ayant pu déceler le bacille de Hansen dans les macules lépreuses, les considéraient comme des neuro-léprides, autrement dit comme des troubles trophiques amicrobiens commandés par la névrite lépreuse. Tandis que le tubercule, d’après Unna, survient chez des sujets dont la peau offre aux bacilles un milieu favorable, les neuro-léprides se développent sur ceux dont la peau n’est pas réceptive, mais dont les nerfs le sont. La lésion cutanée primitive de la neuro-lépride, dit-il, est dépourvue de bacilles ; quelques-uns, tout au plus, sont épars sur l’endothélium des vaisseaux. Son élément permanent (base angio-neurotique) consiste en une hyperplasie cellulaire des vaisseaux ainsi que du tissu connectif des nerfs. Les caractères de la lésion nerveuse montreraient qu’elle est la plus ancienne.

(1) E. Jeanselme, R. Giraudeau et Y. Bureau, Bull, de la Soc. franç. de Dermat. et de Syph., Séance inaugurale de la Réunion Dermatologique de Lyon, janv. 1929, pp. 139-148.

(2) E. Jeanselme et Y. Bureau, recherches inédites.

(3) E. Jeanselme et Y. Bureau, Festskrift til oveilaegc Dr. med. H. P. Lie... 18 déc. 1927, Medicinsk Revue, Bergen, oct.-nov. 1927. — E. Jeanselme, R. Giraudeau et Y. Bureau, IIe Congr. Yougo-Slave de Dermatologie. Belgrade, 1928. — Séance inaugurale delà Réunion Dermatologique de Lyon, Bull, de la Soc. franc, de Dermat. eide Syph., janv. 1929, pp. 139-148, etc. — E. Jeanselme et R. Giraudeau, Ann. de Dermat. et de Syph., fév. 1931, pp. 177-198.

ÉTUDE ANATOMO-CLINIQUE

Entre temps, Babes et Kalindero, Hansen et Looft étaient parvenus à démontrer la présence de bacilles dans les taches récentes, et, ces constatations se multipliant avec les progrès de la technique, il fallut mettre la théorie de la neurolépride en accord avec les faits nouveaux. Pollitzer et Philippson avaient signalé dans le derme des décharges bacillaires. Partant de cette donnée, Unna suppose que ces bacilles, déposés dans un terrain peu favorable, meurent rapidement. Là seulement où le terrain est modifié par le trouble nerveux commandé par la névrite, ils vivent assez longtemps pour donner des effets visibles, qui sont l’infiltration de la neuro-lépride embolisée. D’ailleurs ces effets durent peu, comme les bacilles eux-mêmes, et ne laissent pour trace permanente que la lésion vasculaire de la base angio-neurotique. Si les microbes se fixent et prolifèrent, ce qui est rare, on assiste à la formation d’un léprome surajouté, le plus souvent hypodermique (parce que le tissu cellulaire sous-cutané des neuro-lépreux est un meilleur terrain de culture que le derme) ; mais ce léprome, avec sa structure spéciale (infiltrât circonscrit au pourtour des vaisseaux) peut toujours être distingué des lépromes proprement dits, au dire de Unna.

Les recherches de Darier ont définitivement ruiné l’hypothèse ingénieuse de la neurolépride (1).

Sur 9 examens de taches provenant de 8 sujets « quel qu’ait été l’âge de la tache, son caractère pigmentaire ou érythémateux, qu’il y ait eu ou non des poussées peu auparavant, dit Darier, j’ai toujours — sauf dans un cas — trouvé des bacilles de Hansen caractéristiques (2) ».

Ces résultats ont été confirmés par la plupart des bactériologistes.

L’évolution différente de la tache qui, tantôt reste telle indéfiniment, tantôt se transforme en léprome, peut être imputée à la faible virulence du germe ou à la résistance du terrain en état d’allergie. Le fait que de graves altérations nerveuses coïncident souvent avec de minimes lésions tégumentaires semblent impliquer que la virulence du germe n’est pas en cause. L’influence du terrain serait donc prévalente. En somme, en cas d’ensemencement tégumentaire, trois éventualités peuvent se produire : a) si le derme est naturellement propice à la culture du bacille de Hansen, un nodule lépreux se constitue d’emblée ; — b) si la réceptivité est modifiée par l’allergie, il se produit d’abord une tache qui se transforme en léprome par suite de la sensibilisation de la peau ; — c) enfin, si les bacilles apportés par voie sanguine et lymphatique sont rapidement détruits, il ne subsiste bientôt plus que des granulations acidophiles comme témoins de leur existence.

La tache hansénienne est toujours, et dès son début, d’origine bacillaire. Entre celle qui reste plane et celle qui est l’amorce d’un léprome, il n’y a pas de ligne de démarcation.

(1) J. Darier, Recherches anatomo-pathologiques et bactériologiques sur les taches érythémato-pigmentaires de la lèpre. Lepra-Conferenz zu Berlin, oct. 1897, t. III, pp. 396-412.

(2) Encore n’est-il pas certain que les bacilles faisaient défaut dans le cas unique réputé négatif, car l’auteur signale des grains ou bâtonnets isolés restés rouges par le Ziehl, mais ne présentant pas des caractères suffisamment nets pour être considérés comme des bacilles ou des débris bacillaires. — Darier conseille la technique suivante : fixation à I alcool absolu, xylol, paraffine, coupes collées à l’albumine, liquide de Ziehl pendant 2 heures à chaud (40° à o0°), décoloration ménagée par l’acide nitrique au dixième, lavage de la coupe, coloration du fond par le bleu de Loeffler dilué, déshydratation et éclaircissement rapide, résine d’Ammar.

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