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STRUCTURE DES MACULES LÉPREUSES

Ainsi qu’il vient d’être dit, des éléments que l’on désigne sous le nom de taches, les uns persistent indéfiniment à l’état de macules, les autres se transformeront à échéance plus ou moins lointaine en lépromes. Or aucun caractère clinique ne permet des différencier ces deux ordres de lésions, pourtant d’avenir si différent ; de là résultent vraisemblablement les divergences considérables, tant au point de vue histologique que bactériologique, que l’on relève dans la description des taches. Celles du type maculo-anesthésique sont constituées par des infiltrats cellulaires en général assez discrets, qui affectent la forme de manchons autour des petits vaisseaux sanguins et lymphatiques ou d’amas autour des glandes sudoripares et pilosébacées. Ces infiltrats sont formés de lymphocytes, de polynucléaires en petit nombre, de plasmocytes et de quelques mastzellen. Les figures de mitose qu’on observe dans les cellules fixes démontrent qu'elles se multiplient bien que la réaction du tissu conjonctif soit lente et tardive. Hansen et Looft ont observé des cellules épithélioïdes dans une tache en forme de cordon datant de trois semaines, mais ces éléments n’appartiennent peut-être pas à la tache maculo-anesthésique, car Lie a montré que leur existence en grand nombre doit faire présager la métamorphose de la tache en léprome.

Ces lésions, purement inflammatoires, persistent dans les formes nerveuses pures durant tout le cours de l’évolution. Menahem Hodara a pu les observer sur des taches récentes et sur une très vieille tache anesthésique. Quant à l’épiderme, ses lésions sont accessoires : tantôt il s’amincit, tantôt sa couche cornée est épaissie et desquame.

Comme on le voit, cette structure est fort peu caractéristique, elle l'est d'autant moins que, dans ce type de taches, les bacilles sont presque toujours en petit nombre ou même ne peuvent pas être décelés malgré des recherches laborieuses et réitérées.

Certaines lésions accessoires sont en rapport avec la topographie des infiltrats cellulaires. Rogers et Muir décrivent trois formes de début qui peuvent d’ailleurs s’associer. Quand le foyer initial occupe la couche sous-épithéliale, les papilles distendues par la prolifération conjonctive et l’œdème prennent la forme de coupoles et tendent à s’effacer. L’épiderme s’amincit. Les terminaisons nerveuses sont intéressées d’où l’anesthésie. Si l’infiltrat s’enfonce au contraire dans le derme proprement dit, les bacilles y sont nombreux tandis qu’ils sont disséminés dans les couches superficielles.

Quand le foyer principal siège entre les follicules pileux, l’œdème et la prolifération du chorion, maintenus sur les côtés par les glandes pilo-sébacées et les tubes sudoripares qui résistent à la pression, se portent vers la surface. L’aspect cliniquement est celui du lichen plan et le front érythémateux de progression fait un relief plus appréciable. Dans ce type, les bacilles sont beaucoup plus nombreux. Tantôt, ils envahissent directement et d’emblée l’infiltrat du chorion, tantôt ils se montrent d’abord dans la couche papillaire et gagnent de là les espaces interfolliculaires.

Dans le type subfolliculaire, la nappe d’infiltration s’étale au-dessous des glandes sudoripares et pénètre même dans l'hypoderme. Les follicules pileux sont détruits et les poils tombent (par exemple, ceux des sourcils, des membres, du dos des mains et des phalanges,) tandis que les follets subsistent plus longtemps et sont visibles à la loupe au niveau des taches. Le derme disparaît sous la pression de l’œdème. L’épiderme lisse et brillant se plisse comme une feuille de papier à cigarette ; il est sec par suite de la destruction des glandes sudoripares et sébacées.

ÉTUDE ANATOMO-CLINIQUE

Au niveau des taches qui n’offrent pas à l’œil nu d’autres altérations que la surcharge pigmentaire, l’examen histologique montre des lésions du derme et de ses annexes.

Sur une tache achromique examinée dans mon laboratoire par Mlle O. Eliascheff, les glandes sudoripares apparaissent parfaitement conservées dans la peau normalement Pig mentée encadrant la tache, leur lumière est nette et les cellules sécrétantes ont conservé leur aspect normal. Par contre sur la tache décolorée (ou plutôt hypochromique, car le pigment subsiste encore en quantité notable), les glandes sont transformées en glomérules compacts dont il est impossible de discerner la structure. Quelques tubes ont conservé leurs cellules glandulaires cubiques. Les autres sont aplatis, comprimés ; il n’existe plus dans leur lumière que des noyaux en pycnose sans protoplasma ; ces tubes forment des masses compactes, arrondies et sont entourés d’un léger infiltrat composé de quelques cellules rondes et de fibroblastes. Les poils sont encore conservés. Cette tache achromiques ou plus exactement érythémato-hypochromiques avait été prélevée sur une métisse des Antilles atteinte de lèpre nerveuse pure. Elle offrait pour tout symptôme une hypoesthésie de la sensibilité dans tous ses modes.

Bien que la recherche des bacilles de Hansen dans les taches achromiques soit beaucoup plus laborieuse que dans les taches érythémato-pigmentaires, il n’est pas douteux qu’elles reconnaissent la même origine que ces dernières. Ce ne sont pas de simples troubles trophiques commandés pour la névrite, mais des lésions produites directement par le bacille.

A ce processus en quelque sorte avorté qui appartient à la lépride s’oppose les altérations histologiques plus franches qui caractérisent la tache en voie de transformation lépromateuse (Cf. Pl., fig. 3 et 4). Dans celle-ci, comme dans le tubercule lépreux, une mince zone sous-épidermique est presque toujours respectée. L’infiltrat bien cohérent qui engaîne le plexus sous-papillaire, les vaisseaux du chorion et les glandes se compose en majeure partie de cellules conjonctives à grand noyau pâle et oblong, à protoplasma abondant, de lympho cytes, de leucocytes, de plasmocytes, de mastzellen en quantité variable, parfois de chorioplaxes et même de cellules géantes. Dans certains cas, les vaisseaux sont le siège d’endo-périvascularite plus ou moins accusés, les nerfs sont dégénérés et entourés de sclérose, le réseau élastique est fragmenté ou détruit. Parvenue à ce degré, la tache est un léprome en nappe qui ne se distingue en rien, par sa structure, d’un nodule lépreux.

Ces lésions fourmillent de bacilles, isolés, conglomérés ou en globi, parfois en nombre aussi considérable que dans un léprome. Ils débordent jusque dans la zone saine sousépidermique et même dans l’épiderme. Ils infiltrent les parois vasculaires, les filets nerveux et les glandes.

Bacilles, qui représentent l’attaque, altérations histologiques, témoins de la défense, sont en proportion à peu près équivalente.

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