MODE D'APPARITION DES LÉPROMES
Ils sont rarement le premier symptôme de l’infection. Dans ma statistique portant sur 125 cas, je ne les trouve signalés comme manifestation initiale que 13 fois (voir p. 283). Encore cette proportion est-elle certainement trop élevée. Quelques sujets avaient peut-être déjà éprouvé de l’engourdissement des extrémités avant l’éclosion des tubercules ; d’autres, dont l’infection remontait à l’enfance n’avaient que des souvenirs imprécis sur son début ; chez plusieurs indigènes, en raison de la pigmentation cutanée, une éruption de taches avait pu passer inaperçue.
Dans la règle, la formation de tubercules est le résultat de poussées successives qui se font, soit au niveau des taches et qui amènent leur infiltration graduelle, soit dans leur voisinage immédiat, soit à distance.
Chez deux femmes, j’ai vu l’éruption de tubercules débuter par des plaques urticantes très prurigineuses qui se transformèrent en éléments infiltrés de nuance cuivrée et à sensibilité obtuse. Ces deux malades avaient eu des poussées d’urticaire avant d’être lépreuses. Le dermographisme chez elles était très accusé. L’une d’elles avait deux enfants sujets à de violentes crises d’urticaire.
Le début peut être insidieux ou bruyant. Même au cours d’une évolution torpide, il se produit de temps à autre quelques signes inflammatoires qui coïncident avec le ramollissement d’un ou deux tubercules préexistants. C’est l’ébauche de ce qui se passe dans les poussées véritables, pendant lesquelles on assiste à l’apparition de phénomènes aigus tumultueux, tant locaux que généraux. La fièvre, parfois très vive, peut s’accompagner de délire. Il n’est pas rare d’observer des arthralgies ou même un gonflement douloureux de nombreuses jointures, méritant le nom de pseudo-rhumatisme lépreux.
Quelques jours après le début de la poussée fébrile, les tubercules anciens s’animent, deviennent turgescents et douloureux. La peau voisine s’enflamme. Tantôt, rougeur et gonflement se circonscrivent en placards qui simulent l’érythème noueux et s’individualisent peu à peu en tubercules nouveaux, situés au voisinage des anciens dont le volume s’est accru. Tantôt, le processus plus diffus et plus étendu prend tous les caractères d’une nappe érysipélateuse à bordure saillante, sans excepter la phlycténisation, le gonflement des ganglions et la desquamation consécutive (1). Cependant l’orage s’apaise ; le malade érpouve une sensation de bien-être. Mais, si quelques tubercules se sont résorbés, d’autres ont progressé et près d’eux sont apparus de nouveaux nodules, de nouvelles plaques d’infiltration. Aux membres inférieurs, les poussées successives laissent à leur suite un œdème dur et pachydermique qui masque les tubercules et enlève à la peau toute souplesse. Ce développement énorme des jambes et des pieds avait frappé les Grecs qui, pour cette raison, donnèrent à la forme tubéreuse le nom d’éléphantiasis.
(1) Plusieurs fois, je me suis assuré que le streptocoque joue un rôle dans ces poussées de nature mixte.
ÉTUDE ANATOMO CLINIQUE