‹ La lèpreChapitre 75 sur 144 · C. — LOCALISATIONS VISCÉRALES (O · texte numérisé non relu

C. — LOCALISATIONS VISCÉRALES (O

Tantôt les bacilles dispersés en petits amas dans les parenchymes ne provoquent aucune réaction des tissus ; tantôt la lutte qui s’engage entre ceux-ci et les envahisseurs aboutit à l’édification de foyers.

Il m’est arrivé souvent, à la suite de poussées septicémiques qui avaient entraîné la mort, de constater sur les coupes histologiques des groupes de bacilles échoués dans la plupart des viscères.

Sur un poumon qui paraissait normal à l’œil nu, le tissu interstitiel, surtout la paroi des alvéoles et des petites bronches, était parsemé de globi nombreux sans réaction de voisinage ; en plusieurs points, la lumière des petits vaisseaux en était comblée.

Des bacilles en plus ou moins grand nombre peuvent s’arrêter dans les capillaires du foie sans léser l’endothélium.

La rate, saine en apparence, est toujours farcie de bacilles.

Dans le rein, dans les capsules surrénales, il n’est pas rare de voir de petits vaisseaux plus ou moins oblitérés par des embolies bacillaires.

Cette dissémination des germes qui s’effectue sans doute au stade préagonique et qui n’aurait peut-être pas donné lieu au développement de lépromes, si la vie s’était prolongée, doit être distinguée des véritables localisations viscérales.

Longtemps elles ont été considérées comme exceptionnelles et peu importantes. Les recherches bactériologiques de Hansen, de Neisser, de Cornil et Suchard, de Babes ont contribué à établir que le bacille spécifique, loin de se cantonner dans la peau, les muqueuses

(1) Pour rédiger ce chapitre, j’ai fait de larges emprunts à un article que j’ai publié autrefois : E. Jeanselme, des localisations du bacille de la lèpre dans les différents organes. La Presse Médicale, 8 déc. et 15 décembre 1900, illustré de nombreuses planches en couleurs.

ÉTUDE ANATOMO-CLINIQUE

des premières voies et les nerfs, se généralise presque toujours aux organes internes. L’ouverture de sujets qui ont succombé à une maladie intercurrente prouve que les viscères peuvent être envahis dès les premières phases de l’infection.

La lèpre se cantonne rarement à un tissu, à un organe, comme le fait parfois la syphilis ou la tuberculose.

Cependant cette loi de généralisation souffre des exceptions. Sur 89 autopsies faites par Hansen et Looft, 4 fois la rate paraissait seule prise ; Max Joseph a publié un cas analogue. Ces lèpres monoviscérales ne s’étaient traduites pendant la vie par aucun symptôme.

C’est un fait qui mérite d’être mis en relief. Tandis que, dans certaines infections chroniques, les lésions d’un organe attirent parfois l’attention, au point qu’on peut décrire des formes limitées à un organe, ces localisations dans la lèpre ne se signalent pour ainsi dire jamais à l’attention du clinicien. Elles sont à peu près muettes. Ce sont des lésions purement anatomiques, des trouvailles d’autopsie le plus souvent, à moins qu’elles ne siègent sur un organe dont la palpation est facile, les ganglions lymphatiques superficiels ou le testicule par exemple.

Certains organes sont plus spécialement réceptifs à l’égard du bacille de Hansen, par exemple : la rate, la moelle des os, les glandes lymphatiques, les nerfs, le foie et le testicule ; d’autres par contre, sans être réfractaires, opposent une résistance plus ou moins grande aux localisations de la lèpre : parmi ceux-ci je citerai le poumon, le rein et le système nerveux central.

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