CHEZ LA FEMME
Moins fréquemment que chez l’homme, on observe chez elle des tubercules sur les organes génitaux externes.
Rabes a trouvé des bacilles de la lèpre dans la muqueuse des trompes, de l'utérus et du vagin. Thiroux signale leur présence sur des femmes malgaches indemnes de tous signes de lèpre. Sugai et Mabuchi ont recherché 16 fois le bacille de Hansen dans la sécrétion utérine de femmes atteintes de lèpre tubéreuse, et l’y on trouvé 3 fois. Les sécrétions de l’appareil génital de la femme peuvent donc être virulentes.
(1) G. Delamare et R. Jimenez Gaona, Lèpre et Acromégalie, Bull, de la Soc. médic. des Hôp. de Paris, 26 févr. 1932, pp. 267-270. — Caffarena, Thèse d’Asuncion, oct. 1931.
ÉTUDE ANATOMO-CLINIQUE
Su gai et Monobe décrivent des infdtrats lépreux situés sous la muqueuse, à l’orifice du vagin. Sur 58 femmes lépreuses, Pais a noté l’utérus normal dans 24 cas. Dans 39,6 pour 100 des cas, il y avait atrophie ; — dans 5,1 pour 100 : hypertrophie du col ; — dans 24,1 pour 100 : atrophie commençante et légère ; — - dans 3,4 pour 100 : augmentation de volume. Quant aux trompes, elles étaient normales dans 24,1 pour 100, — atrophiées dans la même proportion, — hypertrophiées dans 10,2 pour 100 des cas.
Déjà Danielssen et Boeck avaient vu des nodules dans les ovaires. Ces organes peuvent être indurés, hypertrophiés ou atrophiés. Leur surface est parfois inégale et raboteuse, hérissée de gros noyaux libreux. Arning, le premier, décela le bacille de la lèpre dans l’ovaire. Babes vit des bacilles dans les canaux de Pflüger et même dans l’épithélium d’un follicule de De Graaf. Gluck et Wodynski ont fait l’étude histologique de l’ovaire lépreux dans 6 cas. Ils ont observé une inflammation interstitielle chronique aboutissant à une sclérose hypertrophiante ou rétractile à laquelle ils donnent le nom d ’Oophoritis chronica leprosa. L’albuginée était constamment épaissie, l’épithélium germinatif était à peine modilié. Le parenchyme constituait deux couches distinctes : la périphérique sclérosée, la centrale en état de prolifération inflammatoire chronique. Les follicules primordiaux étaient manifestement raréfiés, les follicules de De Graaf en petit nombre ou absents. Les vaisseaux, dont les parois étaient épaissies par l’inflammation chronique, pouvaient être totalement oblitérés. Des bacilles existaient, le plus souvent isolés, dans la couche médullaire ; on en voyait dans des cellules ou en amas libres, mais seulement dans les parties profondes de l’organe.
A l’autopsie de 11 lépreuses, Kobayashi a trouvé les ovaires de couleur, de forme et de grosseur normales ; une seule fois leur volume était diminué ; leur surface était lisse, sauf dans ce cas où elle était inégale, toujours leur consistance était accrue. Sur la coupe examinée à l’œil nu, la couleur était d’un blanc laiteux, la prolifération du tissu conjonctif manifeste dans les substances corticale et médullaire.
A l’examen microscopique, l’épithélium germinatif n’est jamais observé. Dans tous les cas, on trouve à sa place une prolifération conjonctive et une formation cicatricielle. Dans 2 cas de L. nerveuse la tunique albuginée n’offrait aucune modification notable. Par contre, dans les 9 cas de L. tubéreuse, il y avait dans cette tunique de l’infiltration cellulaire et delà prolifération conjonctive. — Dans 3 cas, des bacilles delà lèpre étaient disséminés dans les protoplasmas cellulaires ou dans le tissu conjonctif interstitiel. — Dans les 11 cas, de la prolifération conjonctive et de l’infiltration cellulaire existaient dans le tissu interstitiel des substances corticale et médullaire. — Dans 6 cas, il contenait des bacilles en petit nombre. — Dans 4 cas seulement, les follicules étaient visibles, leur épithélium était trouble et gonflé, mais il n’y avait pas de bacilles dans les cellules qui le constituaient. — Dans 8 cas, la paroi des vaisseaux était épaissie et dans 2 de ces cas se voyait une infiltration de substance hyaline, mais, il n’y avait pas de bacilles ni dans la lumière, ni dans la paroi des vaisseaux.
Quand l’infection a lieu avant l’âge de la puberté, celle-ci s’établit difficilement et les caractères sexuels secondaires n’apparaissent pas ; les creux axillaires, le pénil ne se couvrent pas de poils ; les seins, ne se développent pas ; les règles ne s’installent pas ou elles sont rares, irrégulières, douloureuses. La lèpre survenant après la puberté peut avoir pour effet de suspendre la menstruation, mais presque toujours elle n’est pas modifiée. A ce sujet, l’opinion des auteurs est contradictoire. Tandis que, d’après Léger, les troubles menstruels s’observent dès le début de l’infection, Noël, sur 167 cas observés au Cameroun, (dont 148 cas de lèpre anesthésique, 9 de lèpre tubéreuse et 10 de lèpre mixte), signale la rareté des règles irrégulières ; mais il faut remarquer l’extrême prédominance dans cette statistique de la lèpre nerveuse qui a peu d’influence sur la fonction menstruelle. Au Japon, Sugai et Mabuchi ont observé l’aménorrhée ou l’irrégularité des règles. Pais,
en Sardaigne, a noté la ménopause précoce. Malgré la dysménorrhée, Gluck a vu des femmes lépreuses mettre au monde des enfants vivants et sains en apparence.
La gestation peut être une cause d’aggravation de la lèpre. En voici un exemple que j’ai observé récemment. Sur une femme atteinte d’une forme maculo-anesthésique avec prédominance des troubles dysesthésiques, une recrudescence manifeste de ceux-ci survint au cours de la grossesse et, peu après l’accouchement, la malade souffrit d’une névrite cubitale aiguë fort douloureuse. Les localisations de la lèpre étaient en régression quand cette femme devint de nouveau enceinte ; cette fois, la recrudescence fut surtout tégumentaire et la figure se couvrit d'un masque léonin. Tous ces symptômes s’atténuèrent après l’accouchement. Chacune de ces grossesses fut normale et suivie d’un accouchement à terme d’un enfant sain en apparence (1). Tout récemment J. Tisseuil (2) signale incidemment qu’il n’est pas rare d’observer chez les indigènes de la Nouvelle-Calédonie l’apparition des symptômes de la lèpre au cours de la grossesse et 1 ur sédation après l’accouchement. Sur une femme enceinte de deux mois et atteinte de lèpre maculeuse récente, A. Peralta Ramos a fait pratiquer l’interruption de la grossesse et la résection partielle des deux trompes alin d’obtenir la stérilisation définitive. Pour justifier sa conduite, il fait remarquer que la lèpre peut devenir fébrile et bacillémique au cours de la grossesse. Il s’appuie aussi sur un travail de Rodriguez. D’après ce médecin, à la colonie de Culion, 16 pour 100 des enfants nés de mères dont la lèpre a été fébrile pendant la grossesse ont présenté précocement des symptômes de l’infection entre 3 et 17 mois et 5 pour 100 seulement lorsque la lèpre ne subit pas de recrudescence au cours de la grossesse. De ces arguments et de la constatation assez fréquente du bacille de Hansen chez des fœtus et nouveau-nés, Peralta Ramos conclut que l’interruption de la grossesse peut être recommandée dans l’intérêt de la mère et de la société. Je fais sur cette opinion les plus expresses réserves.
L’examen bactériologique du placenta, du fœtus et des mort-nés issus de femmes lépreuses a été exposé à I’Ëtiologie (pp. 274 et suiv.).
Dans la lèpre tubéreuse, le mamelon et l’aréole du sein sont souvent infiltrés de nodules circonscrits ou de nappes lépromateuses diffuses (Jeanselme, Rômer, etc.), qui peuvent descendre dans la profondeur et intéresser les canaux galactophores. Babes a vule processus s’étendre aux glandes mammaires où des bacilles se logent entre les cellules glandulaires. Cependant il est rare que le lait soit bacillifère. Sugai et Monobe, bien qu’ils considèrent la mamelle comme une des régions où pullule volontiers les bacilles de la lèpre, ne les ont décelés que très rarement dans la sécrétion lactée ; toutefois dans quelques cas, aussitôt après l’accouchement, ils étaient assez nombreux. Au surplus, ces auteurs font remarquer qu’il existe presque toujours des altérations histologiques dans les glandes mammaires d’apparence saines à l’examen clinicpie.
Chez une de mes malades, atteinte de lèpre mixte en période d’activité, qui venait d’accoucher à terme d’un enfant paraissant indtmr e de lèpre et pesant 3 k. 250, la recherche des bacilles dans le lait d’apparence normal fut effectuée : avant dégraissage, après dégraissage, après centrifugation. Ces trois procédés ont donné un résultat complètement négatif.
(1) Une nouvelle grossesse a été suivie, à l’époque du retour de couches, d’une sévère poussée maculo-tuberculeuse compliquée d’accidents oculaires.
(2) J. TissEUiL. Sur un cas de lèpre ganglionnaire, Bull, de la Soc. de Path. exotiq., 9 juill. 1930, pp. 692-693.
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