X. — INSUFFISANCE OU MÉIOPRAGIE DES GLANDES ENDOCRINES
J’ai déjà signalé des phénomènes (T infantilisme, quand l’infection survient avant la puberté et un cas de myxœdème typique sur un sujet devenu lépreux dans l’enfance. J’ai observé plusieurs fois des cas frustres d’insuffisance thyroïdienne et j’attribuerais volontiers à cette cause certaines infiltrations élastiques, non œdémateuses de la face et des extrémités supérieures et même certaines scléroses cutanées ou pachydermies des extrémités inférieures. Quand on soupçonne cette origine, la recherche du métabolisme du basal devra toujours être effectuée. — Delamare a observé un lépreux âgé de 20 ans dont les testicules avaient la taille de noyaux de cerises ; les cheveux faisaient défaut et l’intelligence était imparfaitement développée. — Hirschberg a présenté un sujet de 36 ans chez lequel, après guérison de nombreux foyers lépreux de la peau et des muqueuses, survint une adiposité générale avec proéminence de l’abdomen ; les mamelles étaient grosses et pendantes ; les testicules étaient atrophiés ; le visage d’aspect féminin était glabre, la voix à tonalité élevée. Le diagnostic porté fut : adiposité secondaire testiculo-hypophysaire ; l’hypertrophie de l’hypophyse fut considérée comme une suite de l’insullisance des testicules. — Delamare a observé un cas analogue. — Peut-être les quatre cas de gynécomastie qui m’ont été communiqués par Sasportas (voir p. 483 et lig. 210-211) reconnaissent-ils une origine hypophysaire. — De Beurmann, L. Ramond et Larroque (1) ont observé un cas de croissance gigantesque et d 'acromégalie chez un homme de 32 ans atteint de lèpre tubéreuse depuis 8 ans. L’examen radiographique montra un allongement des os, sans épaississement ; la selle turcique était irrégulière et élargie, le sinus frontal dilaté. D’après Caffarena (2), la gynécomastie, fréquente au Paraguay chez les lépreux, n’est pas accompagnée d’insulïisance génitale et d’acromégalie. Récemment G. Delamare et R. Jimenes Gaona ont de nouveau traité la question des rapports de la lèpre et de l’acromégalie (3). Le sujet, âgé de 44 ans, était atteint de lèpre tubéreuse ; le testicule gauche était gros comme un œuf de poule, la tête et la queue de l’épididyme droit étaient bourrées de nodules, les mamelles étaient anormalement développées. La radiographie des mains montre que le carpe et le métacarpe sont à peu près normaux, mais l’hypertrophie delà voûte crânienne est manifeste, elle est surtout prononcée sur le frontal et la protubérance occipitale. Le contour delà selle turcique est imprécis, l’existence d’une importante périostose basilaire paraît indéniable. En résumé, « la lèpre, disent les auteurs, aurait débuté, il y a 16 ans..., l’acromégalie aurait commencé il y a environ quatre ans, donc après la gynécomastie et l’insullisance génitale qui paraissent avoir respectivement cinq et sept ans d’existence ».
Brutzer, dans 2 examens sur 4, a trouvé des infiltrats de la dure-mère entourant l’hypophyse et de nombreux bacilles dans l’hypophyse elle-même. Dans ces cas l'acromégalie n’est pas signalée.
Doutrelepont et Wolters (1896), Schaffer (1900), Babes (1901), ont décrit, dans la lèpre tubéreuse, une infiltration cellulaire, une prolifération du tissu conjonctil interstitiel et des bacilles de la lèpre en petit nombre dans le pancréas. Kobayashi a trouvé des lésions analogues.
(1) De Beurmann, L. Ramond et Larroque, Bulletin de la Soc. Médic. des Hôpit. de Paris, 1912, p. 714.
(2) Caffarena, Thèse de Médecine d’Asuncion, oct, 1931. — Natali et Caffarena. Los sindromes pluriglandulares con ginecomastia en los leprosos. Actas Dermo-Sijiliograficas, 1933, p. 411.
(3) G. Delamare et R. Jimenez Gaona, Lèpre et acromégalie. Bull, de la Soc. méd. des Hôpit. de Paris 26 fév. 1932, pp 267-270.
D’après Dohi et Nakano (1), on ne peut nier que des localisations de la lèpre sur les surrénales puissent être la cause de la maladie d’Addison. Kumagai (2) en signale un cas dont les altérations des surrénales étaient les suivantes : Épaississement de la capsule, prolifération du tissu conjonctif interstitiel, mais à un faible degré ; couche corticale mince et ratatinée. Près de la surface et en un point confinant à la substance médullaire, infiltration lépreuse très prononcée avec cellules « écumeuses » en grand nombre ; couche médullaire ratatinée par suite de la disparition des cellules chromafîines. Bacilles principalement dans la couche corticale ; dans les cellules « écumeuses », ils étaient au contraire clairsemés. Kobayashi relève des lésions analogues. Dans un cas où les altérations inflammatoires étaient le plus manifestes et les bacilles très nombreux, la coloration de la peau pendant la vie n’était pas celle que l’on observe habituellement dans la lèpre, mais d’un brun-noirâtre, comme dans le cas de Kumagai, et possédait un éclat particulier. Kobayashi considère ce fait comme un cas de maladie d’Addison de nature lépreuse. Quand on soupçonnera l’existence d’une localisation de la lèpre sur la surrénale, il faudra rechercher les différents signes caractéristiques du syndrome addisonien : troubles gastro-intestinaux, douleur épigastrique, asthénie, baisse de la pression artérielle, taches buccales, etc., et s’assurer qu’il n’existe pas une infection tuberculeuse concomitante.