INDISPENSABLE P
Deux opinions contradictoires ont cours à ce sujet. Les uns estiment que, dans les formes nodulaires et mixtes bien caractérisées, la preuve clinique est suffisante. Les autres refusent d’affirmer le diagnostic de lèpre quand la présence du bacille spécifique n’a pas été constatée. « Nous ne nous associons pas, dit Marcel Léger (3), au principe posé par Kaposi en 1897 au Congrès de Berlin, que le clinicien a le droit de conclure de manière ferme, en l’absence d’une confirmation bactériologique. Les symptômes cliniques ne sont jamais que des arguments de présomption. L’existence du bacille nettement prouvée signe seule de façon indéniable la maladie de Hansen ».
Cette opinion me paraît trop absolue ; Kaposi (4), dans deux cas de « Lèpre tubérosomaculoso-anesthésique » n’a pu, malgré l’examen bactériologique le plus soigneux, démontrer la présence du bacille de Hansen dans les tubercules et dans le sang. Au cours
(1) Ch. Audry. Histoire d’un lépreux. Ann. de Derrnat. et de Syph., mai 1910.
(2) Notice sur la lèpre, rédigée par M. E. Jeanselme au nom de la Commission de la lèpre composée de MM. E. Roux Netter, Widal, Darier et .Jeanselme rapporteur. Le texte de cette notice a été adopté, sans modification, dans la séance du 6 nov. 1928.
(3) M. Léger, La lèpre et son diagnostic bactérioscopique, La Presse Médicale, 19 déc. 1928, p. 1615.
(4) Kaposi, /re Conf. Internat, de la lèpre, Berlin, oct. 1897, t. I, lre partie, p. 179.
DIAGNOSTIC
d’une poussée nodulaire fébrile, il me fut impossible de mettre en évidence le bacille spécifique dans une nappe d’infiltration hansénienne située sur le scrotum. Des examens réitérés me donnèrent constamment le même résultat négatif. Or, chez le lépreux en question j’avais antérieurement trouvé des bacilles, à maintes reprises, dans des accidents cutanés et dans le mucus nasal. Des préparations de contrôle faites avec des nodules provenant d’autres sujets me convainquirent que ce résultat négatif n’était pas dû à une erreur de technique. Un petit nombre de faits analogues ont été publiés. L’absence de bacilles acido-résistants, dans des lésions en pleine évolution active, paraissait naguère inexplicable, mais on sait aujourd’hui, d’une façon certaine, que le virus de la tuberculose peut perdre la forme bacillaire et devenir invisible à nos moyens d’investigation. Un certain nombre de recherches tendent à établir que le bacille de la lèpre peut subir les mêmes métamorphoses.
Des exceptions aussi rares ne diminuent en rien la valeur du diagnostic bactériologique des formes tubéreuses ou mixtes. Mais, dans la lèpre nerveuse, dans la lèpre tuberculoïde et d’une façon générale dans les formes frustes où les bacilles ne sont pas toujours décelables, exiger la preuve bactériologique serait aller à l’encontre de l’intérêt du patient et de la société, car éliminer du cadre de l’infection hansénienne ces cas négatifs, c’est priver ces malades du secours de la thérapeutique et exposer les sujets sains à se contaminer à leur contact. C’est ici le cas de répéter qu’en biologie un fait négatif n’a jamais qu’une valeur relative.