‹ La lèpre est contagieuse [electronic resource]Chapitre 20 sur 57 · I, — RAPPORTS ORDINAIRES DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

I, — RAPPORTS ORDINAIRES DE SOCIÉTÉ

Ici, l'expérience décidera encore. Le rapport général nous a déjà transmis des documents précieux que nous allons résumer.

Le D' Gordon expose que des individus de races différentes, vivant dans une même maison, ont été infectés, et sont morts de la maladie.

Le D'' Checkley, que la maladie avait été communiquée à un enfant, qui n'était pas héréditairement prédisposé, par contact avec un lépreux à ulcères purulents.

M. Rogers, que deux jeunes gens avaient contracté la maladie par proximité et peut-être par contact direct.

Le D'' Aquart, qu'une jeune fille prit le mal en couchant avec une jeune femme; et qu'il connaît un second cas parfaitement semblable.

Le D' Mauget, qu'un jeune homme devint malade en couchant avec un camarade affecté, et en se servant de la même pipe.

Le D'' Reed, qu'un jeune nègre de douze ans, qui était dans l'habitude d'aller avec un lépreux, prit sa maladie.

LeD'Pollard, que tous les enfants d'une famille, qui jouaient ordinairement avec un nègre affecté (et même leur père), tombèrent victimes de leur imprudence.

Le D' Carney, qu'une petite fille de sept ans, qui couchait avec un petit garçon lépreux, devint lépreuse comme lui.

M. W. Keates, qu'on lui a raconté plusieurs cas de contagion, quand la maladie était avancée. Le D' Rose, qu'un enfant européen contracta le

mal en jouant avec un jeune Chinois ; et qu'un pharmacien transmit son affection à son aide et à son neveu.

Le répondant de Ceylan et celui de Sumbalpur pensent que le mal peut être communiqué par un contact prolongé et une étroite proximité, et par la respiration dans les appartem.ents de l'air vicié par le malade.

Le consul Robertson, le D"' N. Jackson, le

William, ont vu des cas, ou croient à la contagion, lorsqu'on a vécu longtemps avec le malade. : C'est une opinion très-répandue, que, indépendamment de tout rapport sexuel, le coucher avec un lépreux, ou simplement sur son lit souillé, est spécialement dangereux. Nous la trouvons à Trinidad et au Venezuela; Danielssen et Boeck la signalent dans le midi de la France, le rapport général dans les Indes, et le rapport de la Guyane dans cette même contrée. Par tous les faits que nous relevons on s'apercevra que cette croyance n'est pas vaine.

Allons à présent au rapport des D" Manget et Watt.

(( G..., âgé de vingt-cinq ans, blanc, de famille bien portante et parfaitement pure, et qui avait toujours joui des aises de la vie, visita un jeune homme avec lequel il dormait et était dans les termes les plus intimes. Ce jeune homme avait des taches de lèpre. Après des rapports d'environ

un an, G... trouva des taches sur sa personne. Bientôt des tubercules parurent, et il est mort peu de temps après dans un état affreux. Sa famille est encore à présent libre de toute afFection.

« X..., jeune fille de quinze ans, blanche, appartenant à une famille saine, bien portante et riche, oii la lèpre n'avait jamais paru. Elle fut visitée par une jeune amie Y..., dans la famille de laquelle existait la maladie, sans que la famille de X... en eût connaissance. Elles dormaient dans le même lit, et vivaient librement et intimement ensemble. Elles furent environ trois mois ainsi; et, quelque temps après, la maladie fit son apparition sur Y... Cependant X... prit des années, se maria et eut des enfants ; mais , au bout de plusieurs années de mariage, la maladie l'attaqua, et elle mourut lépreuse. "Personne dans sa famille n'a jamais eu ce mal. »

D'' Cameron. « Il y a deux cas, à ma connaissance personnelle, qui ne peuvent laisser de doute. Le premier est celui d'un surveillant, né dans le pays de Galles, de parents qui appartenaient à la classe moyenne et vivaient dans le comfort. Il avait vingt-six ans, et était de forte constitution. Il contracta la maladie en couchant dans un lit et dans un hamac appartenant à un autre surveillant qui était lépreux. Ils dormaient ensemble dans le lit. Le lépreux n'avait pas d'ulcères en suppuration, mais une transpiration abondante d'odeur

très-désagréable et malfaisante. Cette étroite société dura environ six mois, et le lépreux quitta la propriété.

« Le second cas est celui d'un jeune homme (dix-huit ans) de Glasgow, qui était clerc chez un marchand de Berbice. Il arriva ici en parfaite santé, et y vécut de même pendant deux ans. Alors la lèpre tuberculeuse apparut. On trouva que sa laveuse était lépreuse, et que le fils de cette femme, qui emportait et rapportait les linges, avait des taches anesthétiques sur tout le corps. »

Pous ne pas fatiguer, nous nous abstenons de donner les cas 4 et 7 de ce rapport, qui exposent que des enfants, dont la famille était saine, contractèrent la maladie en jouant ou en dormant dans le même lit avec d''autres enfants lépreux.

Le Landré rapporte un' certain nombre de cas parmi lesquels nous en choisirons quelquesuns d'excellents, laissant de côté ceux qui ne nous paraissent pas assez concluants.

1. Nous en avons déjà donné un (p. 62) à un autre point de vue, et comme accusant l'infection d'une jeune sœur par son aînée; mais il renferme un second fait d'un genre différent, qui est l'infection de cette aînée par la négresse qui l'allaitait.

2. « JV1"° S..., née dans la colonie de parents hollandais (c'est-à-dire nés eux-mêmes en Hollande), et très-aisés, fut atteinte de la lèpre dans

sa première jeunesse. La cause de sa maladie était, restée une énigme pour les parents, et ce n'est que lorsque leur fille eut atteint l'âge de trente ans, qu'elle fut révélée par le triste fait suivant. Une esclave , qui était mourante , fit appeler M"'^ S... auprès d'elle, et lui confessa qu'elle avait souvent mis son enfant en rapport avec un lépreux.

3. « M"^ K..., née dans la colonie, fut atteinte de la lèpre, et mourut à l'âge de vingt-trois à vingtcinq ans. La cause de la maladie se découvrit bien des années plus tard. M. F..., se trouvant en commission avec d'autres personnes à la léproserie de Batavia, vit se traîner devant lui une négresse lépreuse, qui se trouvait dans la dernière phase de son existence. Cette femme, qui avait pris M. F... pour le père de la demoiselle, lui avoua qu'elle avait conduit souvent, et à dessein, Tenfant chez un lépreux. Le père de la demoiselle était membre du conseil colonial, riche, Danois de naissance. La mère était née dans la colonie de parents hollandais.

4. « Dans la famille d'un officier supérieur, il y avait plusieurs enfants dont un seul, une fille, fut atteinte de la lèpre. Étant toute jeune encore, cette fille passa la plus grande partie de ses jours avec une enfant lépreuse (l'enfant du major (1) dont il a été question.) La jeune fille mourut de la

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lèpre à la colonie. Son père était Hollandais; sa mère était Anglaise. »

Dans le même cas, on voit encore un petit garçon communiquer son mal à une petite fille de son école.

5 et 6. « La fille d'un avocat, ayant perdu sa mère, fut allaitée par une négresse. Elle eut souvent pour compagne une petite fille à peu près du même âge, enfant d'un homme riche, membre du conseil colonial. Ces enfants étaient dans leurs jeux continuellement en contact avec un garçon nègre, qui avait des taches de psoriasis (connu dans la colonie sous le nom de treef), qm, plus tard, parurent être des macules lépreuses. Il fut envoyé à la léproserie. Les suites funestes de ce contact continuel ne se firent pas attendre; car, à l'âge de seize ans, la fille de l'avocat avait la lèpre très-prononcée. Elle mourut jeune. Mais, aussi chez la compagne de sa jeunesse, les symptômes se firent sentir à l'âge de onze à douze ans ; elle succomba à l'âge d'environ vingt ans, victime de cette triste maladie. Les parents de ces deux enfants étaient nés en Hollande. »

7. Il s'agit ici de l'enfant d'un médecin qui devint lépreux , pour avoir été conduit plusieurs fois, à l'insu de ses parents, chez une lépreuse. « Il ne pouvait être question d'hérédité ; le père de l'enfant était Hollandais, et la mère née dans la colonie de parents hollandais. Les ancêtres,

tant du côté paternel que du côté maternel, nous sont connus en remontant jusque dans les xvif et xvi° siècles.

8. « Le Dumontier nous a assuré que, pendant les vingt années qu'il a séjourné à Surinam, il n'a vu qu'un seul Indien affecté de la lèpre. Cet Indien, qui habitait les bords de la rivière Coppename, avait beaucoup fréquenté la léproserie (qui se trouvait alors dans cette localité); et il n'y a pas de doute que ce ne soit là qu'il ait été infecté. »

Danielssen et Boeck vont à leur tour nous enrichir, quoique bien malgré eux.

Anne Andreasdatter (1). « Personne dans sa famille n'a été attaqué de la spedalskhed... Pendant un an elle a couché avec une personne spédalsque. »

Régine Larsdatter (2). « La malade est née dans notre ville de parents sains. La mère était Écossaise, et elle n'a jamais entendu dire qu'aucune personne de sa famille fût spédalsque. Elle croit avoir été exposée à contracter cette maladie, élevée qu'elle fut par une femme morte spédalsque. »

Ceux qui racontent des faits si marquants sont ceux-là mêmes qui ont écrit ces lignes : « Parmi la foule de spédalsques, que nous avons observés par centaines et que nous avons journellement fréquentés, il n existe pas un seul exemple que le

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mal se soit étendu par la contagion. » Eh quoi ! coucher pendant une année entière avec un lépreux, avoir sa propre chair en contact incessant avec la chair d'un pareil malade, avec ses taches, avec ses tubercules, respirer son haleine fétide, subir sa sueur morbide, ressentir ses frissons de fièvre, etc., etc., cela ne suffît pas pour la contagion ! Et encore, être élevé par une lépreuse, avec ces rapports excessivement intimes, de tous les moments, et de plusieurs années qui accompagnent l'éducation première, et qui valent bien, le comportant peut-être aussi , le dormir dans un même lit, cela ne suffit pas non plus, et ne suffit pas pour un enfant ! D'où provient donc le mal ? N'étant pas héréditaire, il faudra bien qu'il soit spontané, puisque nos savants ne reconnaissent que ces deux origines. En présence de telles circonstances, préférer dire que les cas sont spontanés! N'assiste-t-on pas ici vraiment à un de ces exemples de partialité et de parti pris qui expliquent la persévérance dans l'erreur ?

Le D'' Armauer Hansen, médecin assistant dans le même hospice oii M. Danielssen était médecin en chef, à Bergen, mais qui, loin de partager sa pensée, a écrit énergiquement pour la contagion, produit un certain nombre de cas (1) : nous extrayons le suivant :

(1) Hansen, On the etiology ofLeprosy {The Britishand Foreign medico-chirurgical Revieio, avril 1873, p. 468).

« Joachim Berentsen : tailleur, viagt-six ans. Forme tuberculeuse. Ses parents, qui sont encore vivants, sont nés à Bergen ; les parents de son père, Lars Andersen, qui est âgé de soixante ans, étaient tous les deux nés à Indre Holmedal. Ils vinrent assez tôt à Bergen pour que leurs neuf enfants, desquels le père du patient est le. plus jeune, fussent nés à Bergen. Leurs petits-fils et arrière-petits-fils habitent tous Bergen, et tous sont en bonne santé. Les parents de la mère étaient d'Horningdal, oii il n'y a pas de lèpre, et de Bergen. Ils ont deux filles, dont l'une a une fille bien portante, et l'autre a, outre notre patient, deux enfants vivants qui sont sains. Le patient, à l'âge de quinze ans (1858-59), résida une demi-année à Spidsoën, et durant cette période il fut en rapport avec les paysans des environs, et aussi avec des familles entachées de lèpre. Il avait pour compagne constante de ses jeux Kari Spidsoën, jeune fille du même âge que lui, et qui avait alors des taches de lèpre. On ne pense pas qu'il y eût d'autres rapports plus intimes. Après son retour à Bergen, le patient travailla à Tyskebrygge, et, fort peu après ce même retour, le père remarqua dans la complexion de son fils une altération, qui lui fit soupçonner la lèpre. Cette appréhension devint une certitude quand, en 1863, il envoya son fils à la mer. Le patient lui-même soupçonna la lèpre à la fin de 1864, après avoir souffert de la fièvre à Sulina ;

no PREUVES DE LA. CONTAGION DE LA LÈPRE.

mais il ne découvrit de marque certaine ^que dans le cours de l'année 1865. »

A ces faits ajoutons ceux que les renseignements directs ou notre propre expérience nous ont fournis.

Le directeur de la léproserie de Curaçao, M. l'abbé Kieckens, nous écrit : « Pendant cette période (les vingt-cinq dernières années), j'ai eu toute facilité d'observer que presque tous ceux qui souffrent de ce mal l'ont contracté par suite de communications ou commerce avec des lépreux, et surtout dans leurs rapports avec les malades du Venezuela. Trois seulement, et quf étaient des enfants, tenaient de leurs parents ce triste héritage. La chose est d'autant plus croyable, qu'il ne peut guère être question d'hérédité, puisqu'il n'y a pour ainsi dire pas de lépreux dans la colonie. »

Le R. P. Bugermann : « Je suis resté plusieurs « années à Taïti, oîi règne l'éléphantiasis : comme « je faisais un peu de médecine, j'y ai soigné deux <( malades à lèpre tuberculeuse dont l'un avait « communiqué à l'autre la maladie. »

Le R. P. aumônier des déportés à Saint-Laurent (Guyanne française), nous a appris, vivâ vofie, qu'il n'a pas vu de déporté vivant dans son quartier séparé contracter la lèpre. Mais cinq ou six s'évadèrent un jour et se cachèrent pendant quelque temps dans des cases de lépreux. On les reprit et quelques-uns d'entre eux prirent la maladie. La

PREUVES DE FAIT. m

simple habitation n'avait peut-être pas été assez long-ue pour qu'il y eût infection. Il est probable qu'il s'y est joint une autre circonstance.

Suivent les cas que nous avons observés.

Un Hindou, du nom de Siôou, m'a raconté qu'il naquit de parents sains, que ses trois frères ou sœurs et ses oncles étaient bien portants. Mais, étant encore enfant, il coucha pendant environ deux années avec un petit camarade dont tout le corps était couvert de tubercules et les pieds trèsulcérés. Lui, Sibou^, n'avait ni plaie ni blessure ; mais durant le cours de ces deux années il s'aperçut que sa joue droite devenait insensible, et^ avec ce lépreux à tubercules, c'est la lèpre anesthétique qu'il contracta.

Un autre jeune malade Hindou, nommé Gopi, me dit qu'il ne connaît pas ses grands parents, mais que son père et sa mère, ainsi que ses trois frères ou sœurs sont en bonne santé. Avant d'être malade, il a eu pour compagnon assidu de ses jeux, pendant environ un an, un autre jeune homme lépreux, dont l'affection était très-avancée^ et à ulcères infectieux.

Un troisième Hindou encore, du nom de Madhou, me raconte que sa propre famille ne connut pas la lèpre; mais que, pendant deux ans, il habita la même maison avec son beau-père, qui était dans un grave stage de la maladie. La femme de ce dernier tomba d'abord malade; puis son

gendre, notre coolie. Quant à leur fille, la femme de Madhou, elle parut saine tant qu'il resta avec elle.

Le jeune P... affirme que personne n'a été affecté dans sa famille. II attribue son mal à ce que, enfant, il faisait sa société habituelle d'un camarade plus âgé, qui avait la lèpre à un haut degré, buvant au même verre, et en usant très-familièrement.

X... pense que son affection lui est venue de ses fréquents rapports avec des voisins malades. Personne dans sa famille n'aurait jamais rien eu.

C. B... est une jeune fille de vingt ans, malade depuis dix. Elle dit, et sa mère avec elle, que toute la famille est saine. Mais pendant son enfance, et jusqu'à l'âge de dix ou douze ans , elle eut pour voisine et pour amie, avec laquelle elle était sans cesse, une autre jeune personne chez qui le mal avait fait de grands progrès, et à ulcères infectieux. Celle-ci est morte ; mais déjà C. B... avait hérité de son mal.

Continuons toujours : nous sommes loin d'avoir tout dit.

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