INTRODUCTION DE LA LÈPRE, ETC
r L'hérédité doit être totalement mise de côté. Elle donnerait en effet une postérité de sang mêlé, mais n'atteindrait pas la race pure. Le rapport de la Guyane Britannique (1875) contient à ce sujet un fait des plus intéressants, raconté par le surintendant du district de la rivière Pomeroon, M. Me Clintock. Ce district, dans lequel on avait établi un lazaret, est avoisiné par quatre tribus indiennes. Trois d'entre elles n'ont voulu avoir aucuns rapports avec les colons; une seule, celle des Warrow, est entrée en relations avec eux; et même elle en a eu de beaucoup trop intimes avec le lazaret, mais c'est la seule aussi que la lèpre ait envahie; les trois autres sont restées exemptes. Et quelle sorte de lépreux trouve-t-on chez ces Warrow? Leur extérieur fait clairement lire leur origine : ce ne sont que des gens de sang mêlé, que trahissent leur peau plus brune et leurs cheveux frisés. Voilà bien certainement les fruits de l'hérédité. M. Me Clintock n'a vu aucun lépreux de race indienne pure, quoique sans doute il pût y en avoir, mais non pas évidemment par hérédité. Lors donc que cette race pure tombe à son tour victime, comment cela se fait-il ?
2° La production spontanée n'est pas plus admissible. Des siècles et des siècles se sont écoulés soit pour les habitants des Canaries, de Madère et des Açores, soit pour ceux des Sandwich, soit pour les Canadiens et tous les autres peuples des Indes
occidentales, soit pour les Australiens, sans que parût un seul cas de lèpre ; personne n'oserait penser que ces cas attendaient, pour éclater, le débarquement d'un étranger lépreux.
L'explication par l'hérédité ou les cas spontanés n'est pas sérieuse; mais parles voies que repoussent les anticontagionnistes, rapports des sexes^ contact et proximité, non-seulement elle est on ne peut plus naturelle, mais elle est forcée, et déplus elle est exactement conforme aux faits.
C'est l'histoire, qu'on va bientôt lire, du peuple d'Hawaï. En un instant la marée du mal monte et inonde l'archipel. Lors de cette irruption, on ne peut songer à l'hérédité ni à la production spontanée. Pour un grand nombre de victimes la cause est dans la cohabitation ; mais pour beaucoup aussi, les enfants par exemple, et d'autres encore, elle est dans la contagion pure. Ce peuple, avec ses missionnaires et ses médecins, la signale lui-même, et nous en cite des cas hors de toute discussion.
Nous avons un second exemple d'introduction, oii les faits se présentent sous une forme différente, mais sans cesser d'aboutir à la même conclusion, et d'être aussi probants.
Il s'agit du New-Brunswick, d'oii le lieutenant gouverneur écrit, et tous les médecins parlent de même : « On peut dire qu'au temps présent (1863) la maladie est bornée à un petit nombre de familles d'extraction française, vivant sur les confins