RÉSUMÉ. LA LÈ1>UK
Outre qu'un certain nombre n'a pas d'opinion arrêtée, parce que la maladie est, il faut l'avouer, peu étudiée et peu connue, la liste des contagionnistes est longue et compte de nombreuses et solides autorités. On a de l'expérience dans les Guyanes, oti la lèpre est plus répandue que nulle part ; on en a à Bourbon, à Maurice, aux Seychelles ; on en a dans cet hospice de Mozufferpur, oîi, en cinq années, le D'Macnamara atraité 2,300 malades ; on en a à Singapore, Penang et Malaca, oii le Rose a résidé près de vingt ans; on en a aux Sandwich oii la nouvelle importation et propagation a été un événement de la plus haute portée, qui a douloureusement enseigné aux gens du pays que la lèpre est bien et réellement contagieuse, et les a forcés à promptement établir un immense lazaret. Nous pouvons sur ce point en croire les valeureux missionnaires qui habitent ou hantent ce lazaret depuis plusieurs années.
III. Que si l'on passe des raisons d'autorité à la preuve donnée par les faits, on trouve que :
1° La famille olfre des exemples évidents de communication parmi ses membres, et surtout parmi les enfants. Outre les cas ordinaires, il en est qui s'excluent par eux-mêmes de l'hérédité. Ou bien les enfants qui se transmettent le mal sont issus de parents européens et indemnes ; ou bien l'enfant le contracte du second mari de sa mère ; ou bien il le contracte avant son père ou sa
mère ; ou bien encore, loin de le recevoir de ses parents, c'est lui qui le leur donne.
La part de l'hérédité, quelque grande qu''elle soit effectivement, a souvent été exagérée; et cela particulièrement par MM. Danielssen et Boeck, dont les données paraissent tout à fait se contredire entre elles.
On fait également jouer à l'inoculation un rôle considérable, qui n'est pas le sien.
Et, au contraire, on omet Yinfection^ dont l'action nous semble souverainement funeste.
En ce qui concerne les rapiiorts des sexes, l'opinion que la maladie n'est pas transmissible ainsi est fondée sur une observation très incomplète, et par conséquent elle est erronée. S'il est vrai que souvent il n'y a pas de suites fâcheuses, il l'est aussi que souvent il y en a. Et prétendre que la partie victime était alors inclinée par une disposition antérieure est, dans certains cas, contre l'évidence. On doit faire attention que les cas dans lesquels la contagion ne s'est pas manifestée sont des cas purement négatifs, vides, qui ne prouvent point que le caractère contagieux n'existe pas ; tandis que des cas de contagion bien constatés prouvent indubitablement qu'il existe.
2° Les ra'pports sociaux fournissent de nombreux exemples de transmission.
Particulièrement, on se trompe d'une manière totale en pensant que les personnes attachées aux
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lazarets, ou celles qui prennent soin des malades dans l'intérieur des familles, offrent un exemple frappant de préservation, qui devient une 'preuve sans réplique contre la contag-ion. Ici encore l'observation est très incomplète et partiale. « Ces personnes souffrent, au contraire, dit le D' Innés, député inspecteur général des hôpitaux, dans une proportion plus grande que le reste de la population. » Parmi tous les cas que nous avons cités, il en est un bon nombre qui ne laissent pas l'ombre d'un doute. On peut certainement dire que la preuve sans réplique est en faveur de la contagion.
Les deux preuves sur lesquelles le Royal Collège se fonde avec tous les anticontagionnistes, et qu'il accentue fortement, à savoir: 1° qu'il n'y a probablement pas contagion dans les rapports des sexes ; 2" qu'il n'y en a jamais pour les personnes employées dans les lazarets, sont donc totalement inexactes et nulles (1).
(d) Il yalongtemps que ces deux preuves si faibles sont les armes les plus fortes contre la contagion. Les docteurs de Maurice, qui présentèrent le rapport de J781, n'en ont pas d'autres. « Cette maladie, disent-ils, n'est point ici communicative, d'après le rapport des gens de l'art qui l'ont suivie avec soin. Un mari ou une femme, l'un ou l'autre attaqué de cette maladie, habitent ensemble, ont des enfants ; celui qui est infecté de ce vice ne le transmet 'point à l'autre, ni aux enfants issus de leur commerce... Elle n'est point communicative, parce qa'il n'y a pas d'exemple d'un maîti'e ou d'une maîtresse attaqué de cette maladie, et dont les esclaves, obligés de leshabiller, déshabiller, laver leur linge, manger souvent les restes de leur repas, ont été atteints de ce mal. )> Ne le transmet point à l'autre, ni
IV. L'introduction de la lèpre au sein d'un peuple, ou son passage d'une race affectée à une race exempte, ne pouvant se comprendre ni par l'hérédi té, qui donne une race mêlée et n'atteint pas la race pure, ni par les cas spontanés qui n'ont aucune raison d'apparaître à ce moment précis, n'a son explication possible, et les faits le vérifient complètement, que par les deux voies de la contagion et des rapports des sexes, celles mêmes qui sont niées.
V. Introduite par la contag-ion, la lèpre ne perd pas sa nature; et la contagion continuant à agir concourt à la propagation du mal. En effet, dans le cas mémorable de l'archipel des Sandwich, la propagation effrayante qui a eu lieu ne peut absolument s'expliquer, à son début surtout, que par la cohabitation unie à la contagion.
Dans beaucoup d'autres cas, l'hérédité est impuissante à rendre compte de la grande multiplication que l'on observe,- parce que les races affligées étant ravagées par la maladie et la mort devraient céder la place aux familles exemptes ; mais comme, au contraire, elles s'accroissent quelquefois dans une proportion bien plus grande que la population ne le comporterait, et qu'elles finissent même en certains lieux par couvrir le pays et engloutir les
aux enfants...; Il n'y a pas d'exemple d'un maître ,.. une observation faite avec encore plus de soin, et un peu moins d'assurance, eût mieux servi.
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familles saines, il faut qu'il y ait un autre facteur des cas de nom que rhérédité. Ce facteur ne peut être la production spontanée, et surtout pas elle uniquement, non seulement parce qu'il y a des cas oii la contagion est palpable, mais par plusieurs autres graves motifs, et entre autres parce que le fait que l'accroissement de la lèpre est proportionné à lajiberté des rapports, et sa diminution aux entraves (résultat oii la production spontanée n'est pour rien), signale, outre l'hérédité, la cause spéciale de la contagion.
VI. Si nous avons eu, dans les îles Sandwich et la Guyane française, deux grands exemples de multiplication du mal par la facilité des rapports et la contagion (et cohabitation), nous avons aussi, dans Curaçao et le New-Brunswick, deux exemples remarquables de presque cessation par séparation. Ici les cas spontanés sont encore absents, ce qui montre que l'efficacité de la séparation est due à ce que la propagation de la lèpre est tout entière dans la transmissibilité soit par l'hérédité (mais l'hérédité n'a qu'une action partielle), soit par contagion (cohabitation et inoculation). C'est parce que toute propagation est dans la communication, que cette loi est vraie : liberté, multiplication; séparation, extirpation.
Donc LA LÈPRE EST CONTAGIEUSE. H y a suraboudance de preuves.
Évidemment, elle ne l'est point par un contact
KST CONTAGIEUSE. 241
rapide comme la g'ale; mais par la proximité , par l'infection, par la cohabitation, elle est extrêmement dangereuse.
Cette vérité une fois constatée, il faut restituer à la contagion beaucoup de cas qui lui appartiennent, et qui étaient restés inexpliqués ou douteux, ou avaient été attribués à d'autres causes.
Quelques-uns disent que, s'ily a des cas de contagion, ils sont of extrême rarity (1). Ils paraissent rares, parce que la maladie se transmet toujours d'une manière insensible, que le sujet n''éprouve rien, et qu'un temps notable s'écoule ordinairement avant l'apparition des premiers sig-nes. Pendant des années le sujet n'aura aucune impression pénible, et ne se doutera pas le moins du monde de son état. C'est par la réflexion et non par les sens que la transmission se reconnaît. La vraie cause était ig^norée de la plupart des sujets que nous avons interrog-és. Ainsi en arrive-t-il pour l'affection héréditaire, de source éloignée, que le sujet ne sent pas.
Mais tout ce que nous avons fait comprendre, et touchant les individus et touchant les populations, doit détromper sur cette rareté apparente. Si nous avons pu citer beaucoup de personnes qui ont été victimes de la contagion, malgré leur santé, malgré leur vertu, malgré une excellente hygiène, malgré les précautions prises, que ne doit-il pas . arriver, et en effet, en certains lieux, que n'arrive-
(1 ) Eeuwc citée.
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t-il pas, à des foules de toute race et couleur, sans intelligence, sans prudence, sans morale, et qui ne savent môme pas ce que c'est que le régime et l'hygiène?
Il est une autre observation à faire, et qui est de la plus haute importance, mais que notre ignorance médicale nous engage à abandonner à l'appréciation des personnes compétentes. Dans nos contrées existe l'opinion commune, et c'est également celle de graves docteurs, que la lèpre et la phthysie sont dans le rapport le plus étroit. On appelle même la phthysie une lèpre interne. On rapproche encore la lèpre et la scrofule. Mais, pour nous en tenir à la phthysie, ce qu'il y a de très assuré, et ce que nous avons observé nous-même, c'est que la phthysie est fort commune dans les familles de lépreux, ou parmi les personnes en intime communication avec eux. Nous avons spécialement connu des cas nombreux de phthysie^ surtout chez les femmes, parmi ces employés d hospice que l'on dit remarquablement préservés. Il est donc fort possible que l'influence contagieuse des malades se ^ fasse sentir sous plusieurs formes, et que la phthysie soit une de ces formes. Les femmes, qui sont plus que les hommes exemptes de la forme ordinaire, seraient peut-être plus qu'eux sujettes à la forme phthysique. Ce point nous semble devoir être mûrement examiné : il étendrait singulièrement la question
Mais, pour rester dans les données communes, et qui nous ont occupé jusqu'ici, ne pouvons-nous dire encore, que si la contagion, qui est indubitable, a été méconnue dans la grande enquête de 1863, ce n'est pas seulement parce qu'elle se dérobe souvent elle-même, mais aussi parce que répondants et rapporteurs avaient d'avance leur idée faite, et n'ont pas assez cherché, pesé et compté les faits qui contrariaient leur idée. Il est bien clair que si l'on rejette à priori les raisons adverses, on n'y trouvera jamais de preuves. Des personnes contractent l'affection auprès d'un malade, c'est qu'il y a eu inoculation. Un époux infecte l'autre, c'est que ce dernier avait une tendance à la maladie (conclusion du rapport). Des gardes-malades et des employés d'hôpitaux tombent frappés : c'est que la maladie tirait son origine dune autre cause (jy Porteour) ; ou bien, que les victimes avaient été exposées aux mêmes conditions qui avaient produit la maladie dans ceux dont elles se croyaient infectées (1). Hélas ! qu'est-ce que l'on daignera donc accepter? D'autres savants passent sous silence des réclamations qu'ils nous disent ne pouvoir passer sous silence (D" Fox et Farquhar). Et, qu'on ne l'oublie pas ! c'est à l'opinion nouvelle, qui est l'opinion anticontagionniste, à présenter ses titres. Or elle n'en a exhibé que deux, l'exemption des personnes
(1) Medico-diirurgical Review.