‹ La Lèpre et ses modes de propagation à la Guyane FrançaiseChapitre 11 sur 16 · FORME FORME · texte numérisé non relu

FORME FORME

NOMBRE DES CAS OBSERVÉS FORME MIXTE n :

TUBERCULEUSE Avesthésique mulilante pire se

Européens ............. 14 5 7 2 AYADES LAN. Rue I > I »

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Quant à la proportion suivant laquelle les sexes sont frappés, nous trouvons une différence très grande en faveur du sexe masculin. Les 74 malades cités ci-dessus comprennent seulement :

1 européenne atteinte de Lèpre tuberculo-anesthésique,

8 négresses atteintes de Lèpre mutilante,

2 mulâtresses atteintes l’une de Lèpre mixte, l’autre de Lèpre mutilante.

En tout 11 femmes pour 63 hommes. Il est à remarquer qu'à la Guyane où il est encore plus répandu que la Lépre, l'élé-

phantiasis frappe surtout l'élément féminin.

En jetant les yeux sur la carte de la Guyane, on voit qu'elle se divise relativement à l'habitat en deux régions distinctes : l’une intérieure, est habitée par les tribus aborigènes et sur la frontière

hollandaise par les tribus nègres émancipées de la domination

RATE hollandaise ; l’autre, côtière, est occupée par les villes et villages créoles, les petits districts Galibis et les pénitenciers. Les villages créoles et Cayenne, situés à l'embouchure des fleuves, sont habités par une population de couleur en grande majorité; les Galibis qui ont leurs villages plus reculés mais à une faible distance des établissements créoles, se tiennent à l'écart de cette population. Enfin les pénitenciers renfermant des européens et des arabes sont ou isolés, par leur organisation disciplinaire, des centres près desquels on les a établis (Cayenne, Kourou), ou, comme au Maroni et aux îles du Salut, confinés dans des limites fermées au reste de la population.

La Lèpre est très inégalement répartie entre ces divers centres populeux : chez les Indiens, comme nous le disions au commencement de ce chapitre, elle n'existe pas ; nous nous sommes livré à ce sujet à une enquête minutieuse auprès des placériens qui ont pénétré jusqu’à eux et de ceux de nos collègues qui ont eu l’occasion de visiter certaines tribus. Pas plus que ceux-ci le docteur Crevaux, qui, dans ses voyages du Maroni à l'Oyapock et à l Amazone, a traversé le territoire de celles restées inconnues jusqu’à lui, n'y a rencontré de cas de Lèpre. Nous-même avons constaté qu’elle était inconnue aux Galibis de Sinamari, de Mana et du Maroni. Toutes ces tribus n’ont même pas de mot dans leur langue pour la désigner. On pourrait donc croire que la région intérieure a échappé à l'infection si les peuplades des nègres Boschs du haut Maroni ne possédaient des lépreux. Ce fait nous a été affirmé d’abord par un missionnaire compagnon de voyage du docteur Crevaux; plus tard, à Mana où des Boschs viennent depuis peu d'années attirés par les placériens faire avec leurs pirogues le ravitaillement des placers, nous avons reçu d'un nègre Bosch atteint de Lèpre mutilante une demande d'admission à la léproserie ; le malade nous avait été amené à cet effet par sa

famille. Récemment encore, M. l'abbé Brunetti, de retour d'une

mission dans le Maroni, nous confirmait l'existence de la Lèpre parmi les tribus nègres qu'il avait visitées en exprimant l'opinion qu’elle y était moins répandue que parmi les créoles de Cayenne. Sur la côte la presque totalité des points habités est infectée ; nous trouvons des lépreux à Oyapock, Approuague, Kaw, Roura, Remire, Cayenne, Tonnégrande, Montsinéry, Macouria, Kourou, Sinamari, [racoubo, Mana. Seul le domaine pénitentiaire du Maroni a été respecté : Saint-Maurice et Saint-Laurent sont indemnes ; de même on n'a pas vu se produire de cas de Lèpre dans les pénitenciers installés près de Cayenne et de Kourou. Aux Îles du Salut la Lèpre ne sévit pas, mais l'hôpital pénitentiaire y a recueilli des lépreux transportés libérés venus de divers points de la colonie et depuis lors notre savant collègue, M. le médecin de 1" classe Rangé, a observé un cas de contagion sur lequel nous aurons à revenir.

Ce qu'il y a de frappant dans la distribution géographique de la Lèpre à la Guyane, c'est sa localisation dans tous les points où domine l'élément nègre, quelque situation qu'ils occupent sur la carte. À cet égard la physionomie du bassin du Maroni est intéressante : occupé à son embouchure par des Européens, des Arabes et des Galibis, à ses sources par diverses peuplades autochtones et dans la partie intermédiaire par des tribus nègres, c'est seulement chez ces dernières que la Lèpre fait des victimes.

Il eût été d’une extrême importance, pour compléter notre description de la Lèpre à la Guyane, de déterminer le chiffre de l'effectif des lépreux. Mais après avoir éprouvé des difficultés nombreuses à préciser tous les foyers de la maladie, nous en avons rencontré d'insurmontables quand nous avons tenté d'opérer un recensement. La Lèpre frappe indistinctement les classes riches et les classes pauvres et, si ces dernières étalent leur mal à tous les yeux, les autres dissimulent dans la mesure du possible

l'ex: SU . ME é existence au sein des familles d'une maladie qui inspire toujours

de la répulsion. Ce n'est donc que par une enquête médicale, devant laquelle la loi ouvrirait les domiciles privés, qu’on pourra jamais connaître exactement le nombre des lépreux de la colonie. Cependant, si nous avons obtenu pour la plupart des centres populeux infectés des chiffres douteux et incomplets, il nous a été possible de relever exactement le nombre de lépreux de deux communes importantes, Mana et Approuague, situées aux extrémités opposées du littoral : Mana en 1885 compte 21 lépreux dont 20 hommes et une femme, tous de race noire; la commune d'Approuague en renferme 18 dont 1 chinois, 15 noirs et 2 négresses. En tout 39 malades sur une population totale de 2,464 habitants, soit 1 lépreux pour 63 individus ou 16 pour 1,000. Le hasard seul ayant fait aboutir nos recherches en ces deux points, nous croyons pouvoir admettre que la proportion est sensiblement la même dans les autres quartiers créoles, ce qui nous permet d'évaluer approximativement à 278 le nombre de lépreux répartis entre les bourgs de la côte sur une population de 17,374 habitants. A ce chiffre de 278 il faudrait ajouter pour être complet l'effectif de la léproserie, les lépreux transportés libérés internés aux îles du Salut et ceux appartenant aux tribus nègres Boschs.

On voit que nous sommes loin d’après ce calcul du dixième de la population indiqué par J. Laure, et pourtant les recherches statistiques du professeur Leloir nous autorisent à croire qu'il est bien peu de contrées irappées dans des proportions aussi effrayantes. Si l'on songe d’ailleurs à l’incurabilité de la Lèpre par nos moyens actuels, on ne peut citer une autre maladie constitution-

nelle dont les ravages soient aussi étendus.

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