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du Haut-Maroni; ce sont les nègres Boschs (nègres des bois) descendants d'esclaves évadés de Surinam vers la fin du 17° siècle
et reconnus indépendants par la Hollande depuis 1776.
L'élément européen comprend 300 créoles libres auxquels il faut ajouter 500 hommes de troupe, 200 fonctionnaires, 600 transportés en cours de peine et autant de libérés. En tout, 2,000 blancs.
La race Sémitique est représentée par 2 à 3,000 transportés arabes originaires d'Algérie.
La race Indoue, introduite par l'immigration coolie, la race Mongole, représentée par des Annamites et des Cochinchinois déportés ou immigrants, réunissent un millier de sujets.
Les Indiens peaux-rouges constituent la portion autochtone de la population. Leurs tribus principales sont celles des : 1° Galibis, installés près des fleuves Sinamari, Iracoubo, Mana, Maroni, généralement à 30 ou 40 kilomètres en amont des villages de noirs ; 2° Oyampis, dispersés sur les sources de l’'Oyapock ; 3° Emerillons, au sommet du bassin de l’Approuague ; 4° Roucouyennes ; 5° Oyacoulets ; ces deux importantes tribus occupent les bassins des principales branches d'origine du Maroni. Ces peuplades peu denses (le D' Crevaux estime à 2,000 le nombre des Indiens) ont les mœurs douces et hospitalières, à l'exception cependant des Oyacoulets ; ceux-ci, soit pour avoir conservé la tradition de l'invasion européenne qui fut si bien pour eux l’invasion des barbares, soit pour avoir été inquiétés par le voisinage des nègres Boschs, vivent retirés dans leurs grands bois sans relations aucunes et ont seuls conservé l'usage du curare pour empêcher tout étranger de violer leur territoire. L'Indien, tel que nous l'avons observé dans les districts Galibis, est de petite taille, robuste et adroit ; il a les sens de l’ouïe, de la vue et de l’odorat très délicats, qualité héréditaire que nous avons observée même
sur les jeunes enfants ; il est essentiellement pratique, dès l'en-
fance les objets utiles seuls peuvent le tenter. Son caractère indépendant sans fierté demeure réfractaire à notre civilisation, à nos coutumes, à notre religion ; si lappât des liqueurs fortes peut le déterminer à laisser baptiser ses enfants, les missionnaires n’ont pas à citer la conversion d’un seul adulte. L’alcoolisme, voilà tout ce qu'ils ont retenu de notre voisinage et de nos tentatives inopportunes de civilisation. Les recherches auxquelles nous nous sommes livré à Mana nous permettent d'affirmer qu'on a ainsi amené une race laborieuse, de mœurs policées et inoffensives, à un état de dégénérescence prélude de sa prochaine disparition. Près du fleuve s'élevait 1l y a un siècle un village populeux très florissant sur lequel un doyen (Tamouchi) exerçait une autorité comparable à celle d'un juge plutôt qu’à celle d’un souverain. Les lois pour n'être point écrites n’en étaient pas moins inviolées ; ils pratiquaient la monogamie à l'inverse des nègres Boschs, les unions consanguines étaient interdites, le mariage avait lieu solennellement peu après l’époque de la puberté, enfin le divorce était la peine appliquée à l’infidélité conjugale. Les travaux étaient logiquement distribués entre l’un et l’autre sexe : l'homme faisait la pêche, la chasse et abattait les arbres pour mettre de petites étendues de terrain en culture; la femme était chargée de la récolte, de la préparation des aliments, de la confection des poteries, des pagaras (paniers) et de quelques étoffes de coton. Aujourd'hui Ja maigre population, où domine le sexe féminin, qui occupe les carbets disséminés sur les rives du fleuve, est en pleine déchéance. Quand la saison est favorable à la pêche ou à la chasse, la tribu entière se rend au bourg de Mana pour y vendre les produits de son industrie, souvent pour en être dépouillée à l’arrivée par les habitants. L'argent obtenu est aussitôt dépensé en tafia et après une débauche dégradante la tribu regagne son village, pour y vivre misérablement jusqu'à une nouvelle occasion. C'est là l’histoire de toutes celles de ces peuplades qui ont subi
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les approches de la population créole ; les noirs, non contents d'exploiter d'une façon cynique le penchant invétéré de l'Indien pour l'alcool, le soumettent encore chez lui à des vexations qui le déterminent non à se défendre, mais à émigrer. Quelques tribus de l'intérieur, grâce à l'éloignement, ont encore pu conserver leur autonomie et leur originalité ; les proportions prises depuis quelques années par la recherche de l’or ne permettent pas d'espérer que l’époque de leur décadence soit longtemps reculée.
Au point de vue de sa distribution territoriale nous devons diviser cette réunion d'éléments ethniques cosmopolites en trois groupes : 1° La population créole, européens, noirs, mulâtres, coolies et chinois, établie sur le littoral depuis Mana jusqu'à l'Oyapock. 20 La population transportée européenne et arabe, confinée dans les limites pénitentiaires au Maroni, aux Iles du Salut et dans les pénitenciers de Cayenne et de Kourou. 3° La population indienne et bosch dispersée dans la région intérieure et complètement isolée des précédentes.
Le genre de vie ne peut différer beaucoup dans les circonscriptions d’une contrée où les ressources alimentaires et les conditions
climatériques sont partout sensiblement les mêmes. A part les établissements pénitentiaires et les confortables maisons à:l'européenne de Cayenne, l'habitation, case pour le noir, carbet pour l'Indien, consiste en une cabane de treillis de branchages dressée sur le sol nu et couverte de feuilles de palmier. L'alimentation des noirs et des Indiens a pour base le manioc dont la farine est consommée sous forme de couac (farine grillée) ou de cassaves (galettes). Le poisson de mer et d'eau douce, très abondant, est d’un usage journalier soit à l’état frais, soit salé, soit boucané ; les Indiens emploient beaucoup ce dernier mode de conservation. Les noirs font une grande consommation de mauvais poissons de l’ordre des silures dits poissons à limon ; ils remplacent fréquem-
ment le poisson indigène par le bacaliau, morue salée de qualité
très médiocre. Le gibier, abondant seulement en certaines saisons, ne tient qu'une place secondaire ; les ignames, les patates, les cucurbitacées sont les légumes les plus cultivés. Les Coolies et les Chinois remplacent le manioc par du riz, leur aliment de prédilection. Les Européens ont conservé la nourriture à l’européenne, seuls ils usent régulièrement de pain et de viande de boucherie.
Le vêtement des Indiens et des nègres Boschs consiste essentiellement en une pièce de toile passée entre les cuisses et retenue à une ceinture par dessus laquelle elle se rabat en s’étalant sur le ventre. Tout le reste de la population est vêtu dans l'acception du mot, chacun conservant à son vêtement la forme nationale. Le créole guyanais n'est point malpropre comme l'a fait supposer souvent son aspect négligé; hommes et femmes se livrent à des ablutions journalières et se baignent très fréquemment. Le bain leur est moins une jouissance qu’une mesure de propreté, inspirée sans doute par l'odeur nauséabonde qu’exhale chez eux la sueur; ils ne disent pas a//er se baigner, mais aller se laver. Quant aux Indiens, l’eau est indispensable à leur bienêtre, c’est aussi leur ressource thérapeutique la plus usuelle,
Le commerce, la pêche, la culture et l’industrie aurifère sont les seuls genres de travaux qui occupent la population créole. Les placers emploient la majeure partie des noirs adultes, des coolies, quelques chinois et un petit nombre de transportés libérés. La culture et la pêche constituent le fond des ressources des villages créoles et des tribus de l’intérieur; enfin le commerce est surtout entre les mains des Européens et des Chinois. Le long séjour que nous avons fait au milieu de cette population cosmopolite nous a permis de nous convaincre que, de tous les éléments qui la composent, la race noire est à la fois la moins laborieuse et celle qui résiste le mieux aux influences morbides climatériques.
Tel est le milieu physique et ethnique qui a servi de champ à
nos observations sur la Lèpre.