‹ La Lèpre et ses modes de propagation à la Guyane FrançaiseChapitre 8 sur 16 · DNS · texte numérisé non relu

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plus tardivement. C'est seulement par l'apparition de ces derniers symptômes que le malade est mis au courant de son état, de là la difficulté d'obtenir de lui des renseignements précis sur la période prodromique de la Lèpre dans la plupart des cas.

Les lésions essentielles de la Lèpre sont toujours symétriques autant chez le blanc que pour les autres races, mais cette symétrie n'est pas parfaite, c’est-à-dire que si l’on ne voit pas les tubercules, l’anesthésie, les taches ou les mutilations se produire d'un seul côté, ils peuvent sur les parties symétriques du corps affecter des dispositions et occuper une étendue différentes. L'ulcère qui constitue une lésion fréquente mais non pathognomonique, témoignant de l'état dystrophique du tégument, est généralement localisé à un membre. A la période la plus avancée seulement, les placards tuberculeux ou les macules sont susceptibles de s’ulcérer symétriquement.

Suivant qu'elle frappe un enfant ou un adulte, la Lèpre suit dans son évolution une marche différente : l'enfant prédestiné à ses atteintes est anémique, souvent chétif avec une coloration terne de la face. S'il est en puissance d’une variété tuberculeuse ou tuberculo-anesthésique, il présente un épaississement de la peau des oreilles, du visage, de la face dorsale des mains, peu accentué; s'il est menacé de Lèpre mutilante, les membres sont grêles, le système musculaire peu développé, il est sujet à contracter des ulcères aux poignets et aux jambes. Dans l’un et l’autre cas le sujet offre un aspect spécial, dont un œil exercé peut seul saisir la signification bien avant l'apparition d'autres symptômes. Ce stade prodromique a une durée variable de plusieurs années. Entre la 10° et la 15° année ordinairement, une éruption de tubercules, de taches ou la disparition de la sensibilité en des points circonscrits, viennent éclairer le diagnostic. Mais alors même la marche ne prend pas une allure rapide, le mal progresse

encore avec lenteur, d'une façon assez discrète pour que le malade

lui-même n'ait conscience de ses progrès qu'à des intervalles éloignés. La durée de la maladie peut être fort longue; la forme mutilante n'abrège même pas toujours l'existence surtout chez les noirs; nous avons observé une lépreuse noire entrée à la léproserie en 1846 qui accuse actuellement l’âge de 92 ans; une autre, entrée en 1853, jouit à l'âge de 68 ans d'une santé générale excellente bien que ses membres soient assez détériorés pour l'obliger depuis 15 années à marcher sur les genoux. Il n’en est pas de mème des variétés tuberculeuses qui semblent aiguillonnées par l’époque de la puberté et dès lors progressent de manière à entraîner la mort en moins de 15 années. On voit rarement le lépreux tuberculeux depuis son enfance dépasser l’âge de 30 ans.

L'évolution de la Lèpre chez l'adulte est caractérisée par la succession plus rapide des accidents, principalement dans la forme tuberculeuse, aussi bien pour la race blanche que pour les autres.

Les auteurs divisent l’évolution de la Lèpre en trois périodes : 1° période prodromique ou d'invasion; 2° période d'état; 3° période de déclin. On voit par ce qui précède combien ces périodes peuvent varier dans leur symptomatologie et leur durée, suivant la race ou l’âge du sujet et la forme de l'affection.

Pour éviter d’être confus dans une description générale, nous exposerons séparément les formes que nous avons observées à la Guyane, en choisissant parmi nos observations les plus complètes

un cas typique se rapportant à chacune d'elles.

OBSERVATION I LÈPRE TUBERCULEUSE OBSERVÉE SUR UN NOIR ORIGINAIRE D'IRACOUBO Le sujet F. H..., ne présente pas d'antécédents héréditaires certains.

I déclare avoir joui d’une bonne santé jusqu’à l'âge de 34 ans et nous ne

relevons dans ses antécédents personnels que le fait d’avoir habité, pendant

toute cette période de son existence, un bourg où la Lèpre est assez répandue.

En 1878, il a commencé à sentir ses forces diminuer avec son appétit, le travail au soleil lui était particulièrement pénible. Des accès de fièvre quotidiens l'ont obligé à cesser alors ses services sur un placer où il était engagé pour 6 mois comme ouvrier laveur d’or. Pendant une année l’état fébrile a persisté, puis la fièvre a été remplacée par des névralgies faciales nocturnes s’accompagnant d’une sensation de brulûre., La même sensation de brulûre s’est manifestée au niveau des avant-bras, des jambes et des pieds. Il ne se rappelle pas avoir présenté de taches rouges ni de plaques insensibles. Dès 1880, il a remarqué que ses mains, ses pieds et la région malléolaire devenaient le siège d’un gonflement douloureux et d’ulcères peu étendus qui se fermaient, sous la seule influence de soins de propreté et du repos, pour reparaître bientôt sur les parties voisines. Enfin un exanthème tuberculeux à envahi les oreilles, la face et les doigts. À cette manifestation seulement il a reconnu la natuie de son affection et a fait alors une demande d'admission à la léproserie.

Nous recevons ce malade à l’Acarouany le 13 octobre 1883. C’est un homme d’apparence robuste bien qu'amaigri par les souffrances qu’il endure depuis quatre ans. Les ravages de la maladie se sont surtout exercés sur la face, les mains et les pieds. La peau du front est épaissie ; le nez, les lèvres supérieure et inférieure au niveau de l'union de la peau avec la muqueuse, les deux oreilles, sont envahis par des tubercules serrés de la grosseur d’un pois chiche entre lesquels il existe parfois des fissures peu profondes, saignantes. La sensibilité est entièrement éteinte au niveau des tubercules, très obtuse dans la zone avoisinante. Des indurations, limitées dans l'épaisseur des joues, sont perceptibles à la palpation et font éprouver la sensation de petites tumeurs étalées dans la profondeur du derme auquel elles adhèrent, quelques-unes appartiennent à la muqueuse buccale ; leur dimension varie d’une pièce de 50 centimes à une pièce de 2 francs. La muqueuse du nez est le siège de tubercules et d’ulcérations qui déterminent parfois des épistaxis légères. Les mains, surtout au niveau des doigts, sont gonflées et des tubercules disséminés sur la face dorsale des phalanges ; le gonflement rend tout travail manuel impossible, car, au moindre effort pour serrer un objet, des fissures s'ouvrent qui dégénèrent en ulcérations ; quelques cicatrices, faciles à constater par l'absence de pigment sur leur trace,

indiquent qu'il s’en est produit maintes fois. L'aspect des membres infé-

rieurs se rapproche sensiblement de celui des supérieurs, toutefois les tubercules sont en plus petit nombre, généralement ulcérés par le fait de la marche ; la sensibilité de la plante des deux pieds est exagérée. Sur les autres parties du corps la peau paraît saine et n'offre pas de changements de coloration. Le malade éprouve des céphalés qui lui causent des insomnies fréquentes, il tousse et expectore abondamment des crachats muqueux, l’auscultation révèle seulement des râles de bronchite ; les fonctions digestives s’'accomplissent régulièrement,

À un an d'intervalle l’état de ce malade s'est aggravé au point que nous avons dû le retirer de la petite case qu'il habitait pour le placer à demeure à l'infirmerie : la marche lui est devenue impossible, l'éruption tuberculeuse ne s’est pas étendue mais une grande partie des tubercules sont ramôllis et ulcérés. Avec la disparition de la bronchite a coïncidé l'apparition d'un vaste ulcère sur le côté externe de la jambe droite ; cet ulcère, fort douloureux et profond, puisqu'il a détruit les tendons des péroniers latéraux, empiète sur le pied de deux ou trois centimètres en avant et au dessous de la malléole externe et remonte jusqu’au tiers moyen de la jambe ; il fournit une suppuration sanieuse très abondante. La perte de l'appétit a provoqué un amaigrissement considérable, les nuits sont souvent marquées par de la fièvre.

Notre sujet, arrivé à la dernière période de la cachexie lépreuse, est mort en 1886. L'évolution de la Lèpre pour ce cas a donc été de sept années.

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