‹ La lèpreChapitre 22 sur 26 · OP OT ET · texte numérisé non relu

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portent des tubercules parfois volumineux sur la tête, sur les flancs et à la face externe des membres. Des plaques alopéciques plus ou moins étendues, siègent en différents points de la surface du corps, plus particulièrement à la croupe, au cou et sur les flancs. La peau est fréquemment ulcérée.

Bacille de Stefansky. — Tous ces accidents sont causés par la multiplication, dans l'organisme des animaux malades, d’un bacille acido-résistant comme celui de Hansen, incultivable comme lui et comme lui intracellulaire. Il ne présente avec le parasite de la lèpre humaine que des différences de détail. Certains éléments sont plus longs, légèrement incurvés et portent un renflement en bouton terminal. Un caractère différentiel plus net réside dans la disposition des bacilles dans le protoplasma cellulaire. Au lieu d’être comme les bacilles de Hansen, réunis en amas et entourés d'une matière glulineuse qui les cimente dans une position fixe, les bacilles de Stefansky sont indifféremment répandues dans le protoplasma de la cellule. Les macrophages qui les contiennent ressemblent aux cellules de Virchow, ils ont augmenté de volume, ils possèdent un gros noyau et un protoplasma peu colorable, ils sont très fragiles. Quand ils sont déchirés, les bacilles se répandent dans la préparation au lieu de former des globies indéformables.

Mais, il est, jusqu’à nouvel ordre, impossible de décider si la glée dans laquelle les bacilles de Hansen sont noyés, est d’origine cellulaire ou d’origine microbienne. Si c’est la cellule humaine qui jouit de cette propriété et si la glée est une sécrétion défensive, on comprend que la disposition des bacilles dans la cellule devienne un caractère de différenciation tout à fait négligeable.

Dès maintenant, l’'écude que nous avons faite du bacille de Stefansky nous permet de penser qu'il appartient à la même espèce que le bacille de Hansen dont il n’est qu'une variété. En d’autres termes, nous pouvons dire que le bacille de Stefansky est, au bacille de Hansen, comme le bacille tuberculeux aviaire est au bacille tuberculeux humain.

Facilités de l’inoculation. — L'infection se transmet très facilement de rat malade à rat sain et même du rat gris au

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rat blanc d'élevage qui s’y montre au moins aussi sensible. Il n’est pas nécessaire d'introduire le virus dans le périloine comme l’a fait Georges Dean, ni même sous la peau, il suffit, avec un tampon d'ouate, de le déposer sur des scarifications superficielles de l’épiderme ou simplement sur la peau fraîchement épilée. En revanche, la peau saine, même celle encore glabre de jeunes rats de huit jours, arrête tous les germes. L'inoculation se fait facilement avec une émulsion de bacilles obtenus par broyage d’un léprome en eau physiologique. Elle est possible avec ce même matériel conservé plus de huit jours à la glacière ou chauffé cinq minutes à 60 degrés; elle ne réussit plus quand le chauffage se continue à la même température seulement pendant un quart d'heure ou quand le matériel est corrompu, Les bacilles de Stefansky, en effet, conservés à l’étuve à 37 degrés en milieu impur dégénèrent très vite et deviennent granuleux. Ces bacilles granuleux tout à fait analogues aux coccothrix de Unna, sont des bacilles morts.

Forme fruste de la lèpre. — La lèpre murine avec les caractères que je viens de décrire, se rencontre parmi les rats des égouts de Paris dans la proportion de 0,60 p. 100. Mais une infection plus discrète cliniquement méconnaissable s’y trouve répandue bien davantage. On la décèle à l’autopsie chez 5 p. 100 des rats qu’on examine. Encore ce pourcentage a-t-il été établi d’après le chiffre global des animaux qui nous sont passés par les mains. Les rats infectés ne sont pas partout uniformément répartis. Dans certains lots, l’autopsie nous a permis d’en trouver jusqu'à 40 p. 100.

En somme, si la maladie cliniquement diagnosticable est rare, la lèpre latente est commune.

Transmission de la maladie. — Sur ces animaux qu’on peut sacrifier et inoculer facilement, il devient relativement commode d'étudier la marche de la maladie et de rechercher comment elle se transmet.

Voies digestives. — Nous avons vu que, si quelquefois il était possible d’infecter certains rats en leur faisant absorber par les voies digestives de grandes quantités de bacilles, ce

mode de propagation devait être considéré comme exceptionnel. Les bacilles de Stefansky qui traversent le tube digestif se rendent directement au poumon. Or, il est rare de découvrir une infection spontanée siégeant primitivement au poumon.

Péritoine. — Une injection de matériel septique dans le péritoine provoque la formation de nodules dans l'épiploon, la rate, le foie, lésions qu’on n'observe pour ainsi dire jamais dans la maladie spontanée.

Peau. — La localisation des premiers germes dans les ganglions superficiels chez les rats qu’on capture comme chez ceux qui, expérimentalement, ont reçu le bacille par la voie cutanée indique que la maladie s'introduit ordinairement par la peau.

La marche de l'infection après inoculation superficielle de l’épiderme nous a montré que les bacilles cheminent par les lymphatiques avec les cellules phagocylaires qui les ont emprisonnés et gagnent de suite Les ganglions qui servent de confluents aux lymphatiques de la région.

Diffusion des germes dans l'organisme. — C’est dans le ganglion lymphatique et dans la peau au point d’inoculation que se montrent les premiers foyers de multiplication des germes. Encore la peau n'est-elle pas toujours prise et le point d’inoculation est-il souvent difficile à retrouver. Plus l’inoculation a été légère, moins elle a laissé de trace là où elle a été faite.

C’est après être sortie du ganglion où l'infection a sommeillé plus ou moins longtemps, que nous la voyons s'étendre de proche en proche, infiltrer le tissu conjonctif interlobulaire de la glande mammaire, dont, par compression, elle amène l’atrophie; gagner le tissu conjonctif sous-cutané; se concentrer dans les régions plusirriguées et à tissu plus lâche quientourent les glandes sébacées et Les follicules pileux ; étouffer les poils et produire des plaques alopéciques ; gorger les mailles du tissu conjonctif; y former des nodules plus ou moins volumineux; s'étaler dans la couche basale des cellules épidermiques; pénétrer entre les cellules de Malpighi avec les cellules migratrices; finir par infecter les cellules épidermiques; en amener la

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déchéance; ou, se dirigeant vers l’intérieur, envahir le tissu conjonctif intermusculaire et produire l’atrophie des muscles ; se glisser dans le tissu conjonctif interfasciculaire des nerfs et causer des troubles sensitifs, peu faciles à déceler chez le rat, ou des troubles trophiques plus communs.

En un mot, du ganglion, soit doucement et en tache d'huile, soit par bonds successifs, les bacilles envahissent tout l’organisme et se retrouvent même dans les centres nerveux, non point dans les cellules dendritiques, mais autour des vaisseaux sanguins.

Marche insidieuse de l'infection. — En somme, la lèpre entre insidieusement ; peu perceptible au début, elle n’est souvent qu’une découverte d’autopsie. Ce n'est qu’au moment où l'organisme est profondément infiltré de germes, qu'elle devient cliniquement diagnosticable.

De chancre d’inoculation, il ne peut être question; les lésions cutanées qu'on observe sont des signes tardifs d’une infection très étendue.

Cette infection est entrée longtemps auparavant par une de ces morsures que se font les rats, si souvent que tous en portent quelques-unes. Le germe pénètre par une de ces pelites plaies à la faveur d’un contact septique. Ces contacts sont fréquents étant données les mœurs des rats qui, pour dormir ou se cacher, se réunissent en grand nombre et en masses compactes.

Pas de transmission par les insectes. — Les insectes parasites renferment souvent des bacilles acido-résistants, mais différents de celui qui nous occupe, comme en témoignent les inoculations infructueuses qui en ont été faites. Ils ne jouent donc aucun rôle dans la transmission de la maladie. Si la gale intervient comme cause favorisante, c'est en ouvrant dans la peau des portes nombreuses à l'infection.

Contagion génitale possible. — Dans les expériences qui ont été faites, la maladie ne s’est pas communiquée d’un sexe à l’autre par les voies génitales, mais, déposés dans le fourreau du mâle sans lésion préalable de la muqueuse, des bacilles de Stefansky ont pénétré dans l'organisme et ont gagné les ganglions inguinaux.

Nous n'avons point observé de transmission héréditaire. La lèpre s’acquiert par contagion directe.

Rôle des infections secondaires. — Mais la maladie qu'on inocule, ce n'est pas la lèpre cliniquement diagnosticablie, la maladie rare qu’on trouve seulement chez 0,60 p. 100 des rats parisiens. On donne cette lésion bénigne, si commune chez les rats de capture, dans laquelle les bacilles restent cantonnés jusqu'à la mort de l'animal.

Pour obtenir une lèpre nodulaire, c’est-à-dire pour provoquer un envahissement de tout l’organisme, il faut employer un artifice. Au bacille de Stefansky qu'on inocule, il faut adjoindre un staphylocoque qui en favorise la multiplication et la dissémination. Il est indifférent que l’inoculation du coccus soit contemporaine de celle du bacille ou qu'elle la suive à plus ou moins brève échéance. Le résultat est le même.

Cette association microbienne expérimentalement réalisée n'est pas toujours artificielle. Elle se rencontre souvent dans la nature, et les phénomènes morbides revêtent alors les mêmes apparences. Les rats cliniquement lépreux sont toujours porteurs d’ infections secondaires dont le rôle est expliqué par nos expériences.

Guérison spontanée. — Les rats ne meurent pas de lèpre; quand ils succombent, c'est à une affection intercurrente. Ils peuvent guérir.

Nous avons observé plusieurs cas de guérison spontanée dans nos cages. Des rats de capture reconnus porteurs de bacilles par ponction ganglionnaire, ont élé quelque temps plus tard trouvés indemnes à l'autopsie. Au lieu d’être amaigris, comme le sont les animaux profondément infectés, ils avaient notablement engraissé en captivité et se trouvaient, à l'époque où ils ont élé sacrifiés, dans un état de santé bien plus florissant qu'au moment de leur capture. Ils avaient guéri sous l'influence d’une alimentation saine et copieuse.

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Analogie de la maladie humaine et de la lèpre murine. — Sans doute la lèpre du rat diffère de la lèpre de l’homme, mais le tableau que nous venons de tracer de la maladie murine montre bien que les deux affections ne s’écartent guère plus l’une de l’autre que la tuberculose aviaire de la tuberculose humaine. Les germes spécifiques, leur localisation dans les cellules et les tissus, les symptômes cliniques établissent entre les deux affections des liens de parenté indéniables.

Pour établir un rapprochement entre deux germes, il ne faut pas attacher une très grande valeur à un argument fourni par une réaction aussi peu spécifique que la réaction de Wassermann-Eitner. Cependant il convient de rappeler queles lépromes du rat ont donné un antigène aussi bon que les lépromes humains entre les mains de Mezincescu® et de Schmitt”. Si la réaction d’Eitner est possible avec des antigènes variés, cœur de cobaye, lipoïdes divers, etc., le dernier auteur a reconnu qu on obtenait pas de réaction positive quand on se servait de tissu conjonctif de rat sain au lieu d'employer le tissu conjonctif de rat infecté.

Etiologie comparée. — Si nous voulons faire entre l’épidémiologie de la maladie humaine etle mode de transmission de la maladie murine un rapprochement qui s'impose, nous placerons la question de la lèpre sous un jour tout nouveau et nous verrons s'éclairer bien des coins obscurs de son histoire.

Les insectes. — Il ne faut plus s’attarder tout d’abord à discuter cette pure théorie de la transmission des germes par des insectes piqueurs. Quelques observations isolées et qui n'ont pas subi, de la part de ceux qui les ont faites, le contrôle de l'expérience, ne gardent aucune valeur après les recherches

1. Mezicescu. — Maladie lépreuse du rat et ses relations avec la lèpre humaine. Comptes rendus de la Soc. de Biol., 5 mars 1908. — Maladie des rats et lèpre humaine. Ibid., 16 déc. 1908.

2. SCHMITT. — On the relation between rat and human leprosy. PR sity of California publications in Pathology, t, II, no 3, sept. 1911.

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systématiques qui ont été vainement poursuivies pour les vérifier. Nous avons donné ailleurs‘ des raisons qui, a priori, nous paraissent suffire à les faire écarter et qui reposent sur la comparaison entre l'épidémiologie des maladies véhiculées par des insectes et celle de la lèpre.

Une place à part cependant doit être faites aux hypothèses de Borrel d'une part, de Wherry, Currieet Lebœuf d'autre part. Les démodex et les mouches, supports de germes vivants, peuvent contribuer à les disséminer. Mais, dans ce cas comme dans le contact impur, le bacille est déposé à la surface de la peau et non pas inoculé. C’est un contact indirect.

Contact. — C’est en effet au contact, aussi bien pour l'homme que pour le rat, qu’il convient d’altribuer le rôle principal. Le bacille de la lèpreest sans doute fragile comme son congénère murin ; si la glée qui l'entoure en retarde la dessiccation, cette survie, par ce que nous connaissons de la contagion de la lèpre, ne doit pas être énorme.

Chance actuelle de contagion. — C'est parce que la promiscuité est moins grande de nos jours qu'au moyen âge, c'est parce qu’on échange moins facilement ses vêtements que la contagion est plus restreinte. Cependant nos expériences sur le rat nous ont enseigné qu'un coït suspect n’est pas sans danger. D'autre part, les blanchisseuses qui avec des mains professionnellement altérées, manient le linge des lépreux, les infirmiers et les médecins qui touchent et pansent les malades, courent moins de risques qu'autrefois, parce que les lépreux sont moins nombreux.

Il serait dangereux de croire que la lèpre a changé de nature et qu'elle est pour nous devenue moins contagieuse qu’autrefois. Déposé au bon endroit, le bacille de Hansen pénètre dans les tissus. Comme celui de Stefansky, il doit être saisi promptement par des phagocytes qui le véhiculent ensuite jusqu'aux ganglions Iymphatiques de la région.

Les expériences d’inoculation de la lèpre des rats nous por-

1. Marcaoux et BourreT. — Recherches sur la transmission de la lèpre, An, Inst. Past., juillet 1909,t. XXII.

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tent à croire que l'infection se fait très facilement. On se leurre peut-être quand on affirme qu’il n’y à pas de cas de contagion à Paris. Parce qu’on n’a pas vu s allumer un foyer apparent de lèpre autour des malades que depuis cinquante ans recueille sans isolement l'hôpital Saint-Louis, il ne s'ensuit pas qu'on ait surpris tous les cas de contamination. Si la lèpre humaine est aussi facile à transmettre que la lèpre du rat, il a dû se produire sûrement quelques infections accidentelles. :

Le début de la lèpre est toujours méconnu.—Laclinique et même le microscope ne fournissent encore, en ce qui concerne la lèpre, que des moyens de diagnostic grossiers. L’affection n’est reconnaissable que quand elle est déjà très avancée. Il faut qu'il y ait des lésions organiques ou une culture des bacilles spécifiques dans les tissus assez abondante pour qu'une biopsie devienne démonstrative.

Or, il en est sûrement de la lèpre comme-de toutes les maladies, il y a des formes légères et des formes graves, des formes frustes et des formes monstrueuses. Maladie chronique plus encore peut-être que la tuberculose, elle s’installe comme celle-ci, lentement, insidieusement. Les bacilles n'ayant point les propriétés toxiques du bacille de Koch, ne révèlent même leur présence que beaucoup plus tardivement.

Lèpre ganglionnaire. — Chez l'homme, comme chez lerat, il doit y avoir des infections latentes, des foyers ganglionnaires qui peuvent rester ignorés et contenus pendant plus ou moins longtemps, quelquefois pendant toute la vie du porteur de germes. Les conditions de la vie, le confortable, l’alimentation suffisante sont des raisons quirestreignent puissamment l'infection. Mais elle n’en existe pas moins. La probabilité de cette infection ganglionnaire primitive a été étayée par des faits précis récemment constatés. On savait depuis longtemps que le bacille de Hansen se multipliait dans les ganglions, Neisser l'a établi dans son mémoire de 1884.

Sugai' a insisté à nouveau sur cette localisation et constaté

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